Les femmes ont de tout temps avorté

Dans la chronologie des dates qui semblent faire histoire de l’avortement, loi de 1920, loi Veil, loi Neiertz, etc « nous ne retrouvons pas les femmes et leurs luttes, individuelles quand elles avortaient en risquant leur vie et la prison, puis collectives avec le mouvement des femmes. »

Illustré par des affiches, des exemples et témoignages situés à Grenoble, ce livre revient sur les luttes des femmes, des féministes, sur leur occultation dans l’institutionnalisation précaire des années 80. « Nous allons parler de ce que nous, femmes d’âges, de classes, de sexualités, de cultures et d’origines différentes, nous avons subi, conquis, vécu, dans nos vies et dans nos corps quand il s’agit de choisir d’enfanter ou non. »

Y compris dans l’usage du vocabulaire, le point de vue ne peut être neutre « Les femmes sont réellement invisibilisées puisque l’on parle au masculin d’hommes et de femmes » Pourquoi ne pas généraliser l’utilisation, comme proposé, d’un « illes » pour les pluriel-le-s.

Avant 1961, les histoires de « faiseuses d’anges » punies, guillotinées, oublient et dénient le rôle central des politiques étatiques et des institutions médico-religieuses. « En réalités, les terribles conditions d’avortement sont le fruit d’un système politique qui condamne les femmes à faire ce choix dans les plus mauvaises conditions. »

L’ouvrage est divisée en plusieurs chapitres.

« Avant 1961 : la répression de l’avortement » analyse l’unité des pouvoirs politiques, médicaux et religieux contre la maitrise de la fécondité par les femmes et les premiers actes publics de résistance.

« De 1961 à 1974 : Les luttes pour l’avortement libre et gratuit » et le rôle du  planning familial, sans omettre la place des groupes non-mixtes, « le privé est politique », le « manifeste des 373 salopes », les comités MLAC, la méthode Karman (avortement par aspiration), le tout abondamment illustré.

« De 1975 à 1979 : la légalisation de l’avortement », « De 1980 à 2000 : L’institutionnalisation des luttes » mais aussi les centres autonomes d’IVG, et « De 2000 à 2008 : Progrès et détérioration du droit à l’avortement ».

La conclusion « Comment voulons-nous avorter et dans quelles conditions ? » est suivie de la reproduction partielle d’un beau texte de Christine Delphy, paru dans Le monde.

« En tant que femmes, nous ne nous satisferons désormais de rien de moins que tout. » cette phrase donne le ton de cet ouvrage à diffuser très largement.

Sur le même sujet : CADAC : Une conquête inachevée : le droit des femmes à disposer de leur corps, coordonné par Valérie Haudiquet, Maya Surduts, Nora Tenenbaum (Editions Syllepse 2008) L’usagère pose le diagnostic

Collectif IVP : Avorter

Histoires des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui

Éditions Tahin party, Lyon 2009, 131 pages, 6 euros

Didier Epsztajn


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