Deux José/Jozef, celui de Colombie, narrateur, fils de Miguel Altamirano « Comprenez, je vous prie, que mon père était le récit de ma mère, un personnage, rien de plus que sa version des faits » et Jozef Teodor Konrad Korzeniowski (le futur Conrad).
Des rencontres, des souvenirs « le souvenir de Charlotte était devenu hermétique et antipathique », des écritures dont le Nostromo de Conrad, vrai faux récit de cette Costaguana.
Le cœur de l’Amérique centrale, la Colombie et son déchirement panaméen.
Des histoires, des contes, et toujours la violence, la guerre et le scandale du financement du canal de Lesseps.
Raconter, inventer, mêler des vies réelles et imaginaires, aimer en déraison et partir comme exil de soi « Mon pays brisé m’avait brisé de l’intérieur mais, à dix-sept ans, ma fille avait droit à une vie dégagée du poids de cette rupture, libre de l’ostracisme volontaire et des fantômes de l’exil (elle était de la chair de la chair de Colon, pas moi) » Confronter la création des histoires à l’invention de l’histoire nationale.
Troubles des rencontres improbables entre l’ange de l’Histoire, le journalisme aiguillonné par le progrès, les passions de Miguel et d’Antonia, de José et de Charlotte, de Conrad et des voyages. Un itinéraire dans le temps, d’autant plus réel qu’il s’ouvre aux inventions, aux interrogations et aux couleurs d’un grand écrivain.
Et pourquoi, comme l’auteur dans une note finale, ne pas reproduire une citation d’Une histoire du monde en 10 chapitre ½ de Julian Barnes « … nous inventons des fables. Nous racontons des histoires pour maquiller les faits que nous ne connaissons, ou que nous n’acceptons pas ; nous préservons un noyau de faits réels et nous brodons une nouvelle histoire. Notre panique, notre souffrance ne sont allégées que par des récits euphorisants. »
Juan Gabriel Vasquez : Histoire secrète de Costaguana
Traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon
Seuil, Paris 2010, 312 pages, 22 euros
Didier Epsztajn