Il est rare que l’auteur-e d’un livre, en seulement un peu plus de deux cent pages, rende à ce point sensible le temps qui passe, le temps perdu et celui qui ne sera pas, ici, pas retrouvé.
Arvid adulte, sa mère souffrant d’un cancer. Le refuge et des moments de vie, par brides maintenant et hier, ces passés qui font ce que nous sommes ou ne sommes pas. « Notre amitié étaient morte, et je me suis aussitôt surpris à le regretter, à regretter le passé disparu et l’avenir impossible. Mais nos étés avaient sombré. Pas uniquement parce qu’au bout de vingt-cinq ans je les avais oubliés : surtout parce que, désormais, ça n’avait plus de sens de s’en souvenir. »
Beaucoup d’échecs, mais l’existence est-elle autre chose qu’une suite de moments, rendus avec une autre saveur ou une autre amertume, par la perspective d’un regard vers ce qui fut notre présent et qui n’est que le passé.
« En revanche, mourir, je pouvais comprendre ce que c’était : la seconde précise où vous voyez arriver cet instant que vous avez toujours craint, où vous comprenez que vous n ’aurez plus la possibilité de devenir celui que vous auriez voulu être, où vous vous rendrez compte que celui dont on se souviendra est celui que vous avez été. »
Une écriture simple, lucide, sans pathos. Et pour celle et celui qui a déjà maudit le fleuve du temps, une fenêtre ouverte vers un monde quelconque, notre monde, notre vie.
Per Petterson : Maudit soit le fleuve du temps
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Editions Gallimard, Paris 2010, 235 pages, 18,50 euros
Didier Epsztajn