Jazz : nouveautés avril 2012 (B)

Minimaliste

Parlons de pochette d’abord. Plus minimaliste que celle-là, tu meurs. Une sorte d’ombre blanche d’un dessin qui laisse planer la possibilité de l’absence totale d’un dessin, comme si les auteurs avaient voulu jouer avec le concept même de pochette. Une indication la plus petite possible du nom du groupe « Plaistow » et le titre générique de l’album « Lacrimosa », le nom du trio, suisse, Johann Bourquenez (piano), Raphaël Ortis (basse électrique), Cyril Bondi (batterie) et les titres des deux (longues) compositions, Lacrimosa et Cube. Le CD se double de la diffusion de leur musique sur le Net. Le groupe a choisi de faire entendre sa musique sur les deux supports. L’un gratuit, l’autre payant sans que ce soit considéré comme contradictoire ou exclusif.

Et la musique ? Comme la pochette. Aussi minimaliste se référant à la tradition de Steve Reich ou celle des derviches tourneurs comme celle de Terry Ryley. Le risque est celui de l’ennui. Ils (et nous) n’y échappent pas toujours. Il faut creuse le sillon jusqu’à la disparition du sillon pour voir au-delà, ou plutôt à travers. Une musique qui se veut hypnotique, qui suppose d’y entrer pour y rester. Une fois franchi la porte, le monde y apparaît. « Lacrimosa » – un mot issu du latin qui signifie « larme » – fait la synthèse de toutes les influences du groupe : Mozart (une partie de la messe du Requiem), Regis Jauffret pour son livre éponyme, un groupe de métal… références qui se retrouvent dans cette musique.

Plaistow : Lacrimosa, Insubordination netlabel (www.edogm.net/plaistow)

Confluence

« Papanosh », un drôle de nom pour un groupe…de jazz qui fait entendre des réminiscences de fumée de cigarettes, de tavernes grecques ou turques – la différence ne saute pas aux visages -, de musiques appelées du monde faute d’autres termes mais aussi de Miles Davis (difficile d’y échapper) mais aussi les Lounze Lizards (un groupe new-yorkais dont le saxophoniste, John Lurie, joue aussi dans les films de Jim Jarmusch) et… Bernard Lubat. Le tout est une synthèse sans être un collage, une rareté. Quentin Ghomari (trompette, trombone), Raphaël Quenehen (saxophones), Sébastien Palis (piano, orgue, accordéon), Thibault Cellier (contrebasse) et Jérémie Piazza (batterie) savent se jouer de toutes leurs influences pour construire une musique qui se veut puissante, révoltée et ouverte. La liberté et la fraternité sont ici aussi revendiquée. « Your Beautiful Mother » revendique sa légitime « ugly beauty » – titre d’une composition de Thelonious Monk -, sa beauté laide.

Papanosh :Your beautiful mother, Label Vibrant/Vibrants Défricheurs. Ils seront en août au festival Mens Alors et à Uzeste au mois d’août

Jazz et No Jazz

Il faut le savoir, le jazz n’aime pas se définir. Il attire la passion sans se laisser enfermer ni dans un périmètre ni une surface posés a priori. Comment savoir si c’est du jazz ou non ? Quitte à surprendre, la réponse devrait être impossible. Le savoir n’a rien à faire en cette histoire. Il faudrait parler de parfum, d’atmosphères, de références, d’influences, de phrasé sûrement, de pulsation. Toutes ces questions sont posées par ce groupe, « Kami quintet » composé de Pascal Charrier aux guitares et composition (une longue suite en 8 parties, « Spirale »), Jérôme Mouriez à la batterie très rock, Denis Frangulian à la basse électrique, un trio dans le quintet très fortement imbriqué pour une musique qui tient beaucoup aux différentes facettes du rock d’aujourd’hui tandis que Julien Soro au saxophone alto et Bastien Ballaz au trombone sont plus liés à la pulsation du jazz (et des groupes de Rhythm and Blues). Un collage qui ne fonctionne pas toujours mais donne des résultats inespérés. Ils n’hésitent pas à foncer en abandonnant les contrées trop riches et bien fréquentées pour se risquer vers des pays sauvages mêmes s’ils ne sont pas totalement inconnus. « Human spirals », spirales humaines pour descendre et monter aux rythmes lourds d’un monde qui ne connaît guère sa propre humanité… Il faut soutenir le label « ajmi » qui permet de découvrir de nouveaux groupes.

Kami quintet # 2 : Human spirals, Ajmiseries, distribué par Intégral

Nicolas Béniès

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