Trois minutes quarante-trois


« Il fut, le 18 août 1969, l’audace même.

Il fit ceci : il s’empara de l’hymne et il le retourna

Il eut ce front.

Il prit ce risque. »

Un texte saturé de mots, de ruptures, de phrases violentes, un rythme soutenu, transcription d’une réception de trois minutes quarante-trois de musique, une présence constante de cette musique, en rupture de la musique « Car Hendrix fit ceci : il s’empara de l’hymne américain, lui arracha ses veilles fringues et les médailles qui cliquetaient sur sa poitrine militaire, et y introduisit son refus violent d’un monde violent, un refus d’une violence folle, d’une violence cent fois plus violente que toutes les violences qui, ça et là, explosaient. »

Un portrait au vitriol des États-Unis une peinture de ces années entre deux mondes. Si l’armée du monde fut vaincue par le Vietcong, le même monde ensevelira les refus sous la diversification marchande au delà de tous les cauchemars.

Des musiques de révolte, il ne restera que le vendable sous major, le tube sous projecteur, la star académie…

Une approche mordante de cette Amérique, en fait ces États-Unis qui se croient à la fois l’Amérique et le centre du monde, qui hait les nègres, les indiens, les drogués, les hippies, les viets, les autres non conforme au rêve étriqué de petit-bourgeois grenouille de bénitier.

« Il vécut une vie à l’envers.

Il y pris goût.

La nuit devint son domaine.

Qu’il confondit avec la musique.

Car c’est la nuit que la musique lui venait et le courbait sur sa guitare.

La nuit vaste.

La nuit nègre

En lutte avec le jour.

La nuit désirable.

Maternelle.

La nuit à boire et à fumer et à baiser et à jamer.

Faut-il toujours que le matin revienne ? »

Un livre pas propre, des phrases pas rondes, des mots pas policés, des sons distordus, des grincements amplifiés, etc…

« On ne tutoie pas sans raison le tonnerre »

« En trois minutes quarante-trois, The Star Spangled Banner rendit respirable l’air d’un pays où la jeunesse suffoquait, cernée qu’elle était par des discours qui, cherchant à toute force à gommer les aspérités de l’Histoire, ne faisaient que lui mentir. »

Un cri en trois minutes quarante-trois : The Star Spangled banner

Pour une autre lecture : The Star Splangled Banner

Lydie Salvayre : Hymne

Seuil, Paris 2011, 242 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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