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Reconnaître les autres formes d’aspiration à la liberté et à l’égalité

3Dans l’introduction, Nadine Plateau parle, entre autres, des discriminations et des racismes en soulignant que « Toutes les données aujourd’hui disponibles, quantitatives et qualitatives, montrent qu’en particulier les groupes issus de l’immigration maghrébine, turque et subsaharienne, se voient restreindre l’accès tant au marché du travail qu’au logement ou à l’éducation ». Sans que disparaissent les racismes antisémite, anti-noir-e, anti-rrom, une nouvelle forme de racisme domine dans certains pays européens : l’islamophobie. Un racisme basé sur la construction/invention d’un-e autre comme différent-e par nature ou par essence.

La préfacière explique le mot Tayush et le groupe (« Groupe de réflexion pour un pluralisme actif », http://www.tayush.com/) qui s’y rattache : « Bien que clairement situé-e-s différemment dans ce qu’on nomme les rapports de classe, de sexe et de race, ces hommes et ces femmes partagent une même volonté de recréer la citoyenneté et le vivre ensemble. D’où le choix du nom Tayush, mot issu de l’arabe classique Ta’ayush qui signifie coexistence ou vivre ensemble ».

Elle ajoute « Un espace tout à fait particulier en ce que l’affrontement ne se coule pas dans le moule asymétrique des rapports de force et n’aboutit pas à la mise à mort que ce soit d’une pensée ou d’une identité ». et « Avec Tayush, le vivre ensemble commence ici et maintenant… et c’est un agir ».

Elle poursuit sur les « défis du pluriel », la « subjectivité contrôlée » des auteur-e-s des textes présentés, les singularités individuelles et collectives, l’« action politique commune, d’un cheminement collectif, d’un travail d’élaboration – dans les mots et l’agir – de la démocratie »

Elle consacre un paragraphe au « féminin dans la langue », la volonté de « rendre visible le féminin trop souvent occulté dans le langage quand par exemple le mot hommes pris dans un sens générique empêche que l’on se souvienne que la moitié de ces hommes sont des femmes qui ont été et sont encore dominées dans les sociétés patriarcales ». Nadine Plateau souligne aussi que les luttes contre le sexisme rejoignent celles contre le racisme et réciproquement, « lutte contre un système de domination qui assigne des groupes à des essences supposées dans le but de les inférioriser ».

Elle termine sur les mots égalité, diversité, laïcité, en présentant les différents textes et invite à cette démarche collective pour que ces mots fassent sens pour toutes et tous et « deviennent vraiment universels ».

Tout en indiquant de légères variations de sens entre l’usage des termes entre la Belgique et la France, je reste dubitatif sur certains mots utilisés. Il ne me semble pas que le terme « diversité » permette d’aborder la complexité des rapports sociaux et des individu-e-s dans leurs identités fluctuantes et multiples.

Le mot « laïcité » à une histoire particulière dans certains pays, je trouve préférable de parler de sécularisation, de séparation de « l’Église et de l’État », de liberté de conscience et de pratique (ce qui implique, entre autres, des lieux de prières décents dans la ville et des salles de prières dans les entreprises, que les principales fêtes religieuses juives et musulmanes soient fériées à l’instar de celles des chrétien-ne-s, que les parures vestimentaires ne soient des obstacles ni à l’éducation ni au travail)…

Les courants de l’émancipation négligent les différenciations entre dominé-e-s, entre celles et ceux qui appartiennent ou se reconnaissent dans les différents groupes dominants ou majoritaires, que cela soit d’un point de vue de genre, de la langue, de la culture, de la religion, de la sexualité, etc., et celles et ceux n’y appartenant ou ne s’y reconnaissant pas. Cette mise à l’écart, cette mise « hors norme » des autres, est plus qu’une souffrance pour les personnes concernées, c’est un déni d’égalité. Il y a beaucoup à apprendre des travaux féministes sur le sujet. Des hiérarchies, de fait, se reconstruisent et divisent profondément celles et ceux qui sont objectivement toutes et tous des dominé-e-s.

Je n’aborde que certains points. 

J’ai particulièrement été intéressé par les analyses de l’enseignement et « la question des modalités concrètes de production des inégalités scolaires », du fonctionnement de la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB) en regard du fait religieux et la proposition de « neutralité pragmatique différenciée » que nos ami-e-s québecois-e-s nomment « accommodement raisonnable », celles sur « l’émergence de minorités actives » dont les exemples de ces « jeunes femmes qui résistent aux mécanismes discriminatoires », ou le décryptage des statistiques sur l’origine des travailleurs et des travailleuses et le poids de celle-ci dans les inégalités.

Irène Kaufer rappelle que les femmes ne forment ni une minorité ni « une catégorie passagère », qu’elles sont présentes dans toutes les catégories discriminées. Elle ajoute que « la diversité semble ignorer les majoritaires et plus encore les discriminant-e-s ». Il s’agit bien de rapports sociaux asymétriques qui créent à la fois les dominant-e-s et les dominé-e, les racisé-e-s dit de couleur et les racisé-e-s invisibilisé-e-s blanc-he-s, les êtres humains construits comme femmes et comme hommes, etc.

L’auteure souligne la place de la non-mixité dans la construction de mouvements de dominé-e-s et en particulier du mouvement des femmes. Elle parle aussi de l’apport des Black Féminists (voir par exemple, Black femininism : Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, textes choisis et présentés par Elsa Dorlin, Editions L’Harmattan 2008, Sujet politique du féminisme – qui est ce NOUS de " Nous les femmes " ?

Elle insiste sur la construction des voies concrètes de solidarité : « ensemble quand on peut, séparément quand il le faut, mais si possible pas les unes contre les autres »

Ouardia Derriche parle du racisme comme question politique, de la construction de l’islamophobie comme « construction idéologique euro-américaine », du racisme systémique alors que le plus souvent « le seul racisme pris en considération est le racisme des individus », des politiques d’ajustement structurel, de la culturalisation et de la naturalisation des pratiques, de « l’hystérie collective autour du foulard »…

Henri Goldman propose « Neuf thèses pour antiracisme de convergence » : le racisme est « systémique » (ou « structurel ») ; la restauration de l’État social ne garantit nullement l’éradication du racisme ; le racisme n’est pas un sous-produit du capitalisme ; le racisme vise des minorités ethnoculturelles, pas des individus atomisés ; l’islamophobie est la forme principale du « racisme de crise » ; le discours antireligieux est devenu la forme respectable du discours raciste ; le mouvement ouvrier et démocratique n’est pas le premier acteur de la lutte antiraciste, il en est le premier enjeu ; aucun mouvement social n’est spontanément universel ; le nouvel antiracisme n’avancera que s’il marche sur deux jambes.

Sans partager l’ensemble des formulations,cela me semble une bonne base pour débattre. Je souligne la dimension d’auto-organisation indispensable : « Seule l’existence de mouvements autonomes, notamment issus des minorités ethnoculturelles, peut garantir que certaines préoccupations ne seront pas décrétées secondaires par ceux/celles (enfin surtout ceux) qui sont en position de rédiger les synthèses ». C’est la leçon du mouvement féministe et c’est aussi une condition pour construire un nouveau front majoritaire et inclusif pour bouleverser l’ordre-désordre du monde.

Table des matières

Introduction de Nadine Plateau : Tayush ou le vivre ensemble

Azzedine Hajji et Renaud David Maes : La question raciale est une question sociale : le cas de l’enseignement en Communauté française

Michel Staszewski : L’École publique, tisseuse de liens sociaux ?

Farida Tahar : Pour une vision empirique du combat des femmes. L’expérience locale du collectif TETE (Toutes Égales au Travail et à l’École)

Irène Kaufer : L’égalité hommes/femmes est-elle soluble dans la diversité ?

Albert Martens : Les inégalités dans l’emploi et l’origine des travailleurs et travailleuses : ce que les statistiques peuvent révéler

Younous Lamghari : La STIB1 à l’épreuve du fait religieux

Gratia Pungu : Entre démographie menaçante et démocratie hésitante : Diversité à Bruxelles, émancipation différée ?

Khaddija Haourigui : L’émergence de minorités actives, une inclusion sociale par le bas ?

Ouardia Derriche : Le racisme, une question politique

Marc Jacquemain : La laïcité contre elle-même

Paul Löwenthal : Foi et sécularisation

Xavier Delgrange et Hélène Lerouxel : Le droit, allié ou adversaire de la liberté ?

Henri Goldman : Neuf thèses pour un antiracisme de convergence

Nicole Dewandre : Penser les différences

Quelques points me semblent mériter plus particulièrement débat. S’il est difficile d’analyser conjointement les mécanismes discriminatoires relevant de l’appartenance de classe, de genre, de « race » ou de « groupe ethnique », l’oubli du système de genre par certain-e-s me semble une erreur méthodologique, les femmes ne sont ni une catégorie ni une minorité.

Je ne pense pas que l’on puisse mettre sur le même plan la domination systémique des hommes sur les femmes (les rapports sociaux de genre) et les prises de positions de certaines féministes rebaptisées bien hâtivement en « logiques matriarcales ». Je passe que la notion de « féminisme hégémonique », en rappelant que le féminisme, comme mouvement de subversion sociale et d’égalité réelle, est très largement minoritaire dans toutes les sociétés, même celles où la notion de genre, souvent dépolitisée, est utilisée institutionnellement.

De la même manière, je ne pense pas que l’on puise mettre sur le même plan les constructions sociales sexistes et/ou racistes et les différences d’appréciations philosophiques incluant les constructions religieuses.

D’autres débats devraient porter sur les hypothétiques « classes moyennes », sur l’enseignement des « philosophies religieuses » (peut-on mettre sur le même plan le créationnisme et les théories évolutionnistes ou du Big Bang ?), sur la fantasmatique « neutralité » de l’État, sur la notion d’incroyant-e qui n’a de sens que pour les « religieux », sur la « sécularisation individuelle », sur la place des « écoles confessionnelles », sur le droit « comme allié naturel de la liberté », etc.

Et bien évidement, il serait souhaitable de discuter des « Neuf thèses pour antiracisme de convergence » présentées par Henri Goldman.

Je termine justement par une de ces thèses : « aucun mouvement social n’est spontanément universel », ce qui implique donc un travail et une volonté de convergence sur l’antiracisme comme sur d’autres sujets…

Un livre pour penser et construire les convergences.

Compléments possibles :

Pour le vivre ensemble : Leila Shahid, Michel Warschawski et Dominique Vidal : Les banlieues, le Proche-Orient et nous, Les Éditions de l’Atelier 2006, Taayoush ou vivre ensemble

Zahra Ali : Féminismes islamiques,La fabrique 2012, Le féminisme comme notion radicale faisant d’abord des femmes des êtres humains

Abdellali Hajjat – Marwan Mohammed : Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », La Découverte 2013, Rejeter une supposée « essence » religieuse des faits observés et s’interroger sur le sens du recours à la référence musulmane par les acteurs sociaux

Maxime Rodinson : Islam & capitalisme, réédition Demopolis 2014, Le rôle d’une religion en tant qu’idéologie (mobilisatrice ou non) ne peut-être pensé indépendamment des rapports sociaux et de leurs perceptions

Un texte collectif : Notre horizon : l’égalité réelle pour toutes et tous, Notrehorizon : l’égalité réelle pour toutes et tous

et prochainement, une note sur le livre de Stéphane Lavignotte : Les religions sont-elles réactionnaires ?, à paraître aux éditions Textuel

Tayush : Les défis du pluriel. Égalité, diversité, laïcité

Couleur livres, Bruxelles 2014, 176 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

1 Société des transports intercommunaux de Bruxelles

 

Soutenons les 595 femmes de ménage du Ministère des Finances en Grèce qui se battent pour leurs emplois et leur dignité

Article de Patrick Saurin du 7 juillet 2014 publié sur le site du CADTM, http://cadtm.org/Soutenons-les-595-femmes-de-menage

arton10438-06d54Depuis le 17 septembre 2013, en Grèce, 595 femmes de ménage ​du Ministère des Finances sont ​en lutte ​contre leur licenciement. Elles sont devenues un cas emblématique de résistance contre la Troïka. Il y a un blog avec des vidéos, des photos et des informations sur le combat qu’elles mènent : http://agwnkatharistries595.wordpre…

Des témoignages de soutien peuvent être transmis à Sonia Mitralias du Comité de solidarité avec « Les Femmes de Ménage en Lutte », à l’adresse suivante : sonia.mitralia@gmail.com (tél. fixe : 00302109420681 et 0030 6932295118)

Le 28 juillet prochain, il y aura un grand concert ​de solidarité à Syntagma. Des messages de solidarité par écrit et par vidéo peuvent être adressés par des syndicats de femmes de ménage, par des artistes ainsi que par des organisations (associations, collectifs, syndicats, partis) p​our être lus et visionnés pendant le concert. Ces témoignages pourraient également figurer sur​ le blog des femmes de ménage.​

Il y aura une autre échéance le 23 septembre, ​quand la Cour Suprême rendra son arrêt définitif sur la question du licenciement des 595 femmes de ménages.

Une pétition va être mise en ligne prochainement.

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Voici l’appel à la solidarité rédigé par les 595 femmes de ménage en lutte suivi de sa traduction en français. Cet appel est suivi d’un texte émouvant d’Archimandrite Vassilios Varvelis, Secrétaire du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique, traduit en français par Yorgos Mitralias.

We are 595 women cleaners of the Greek Ministry of Finance and since 17th September 2013 we have been unemployed. The Government fired us and chose to give our jobs to private contractors, with no financial benefit for the state. Our wages ranged from 300 to 650 euro a month. We are not numbers, we are human beings.

We haven’t bowed our heads in submission. Since 17th September we have been in the streets every day, claiming back our jobs, claiming back our lives.

The Government is trying to suppress our just fight in any way it can. Pictures of defenseless 50 or 60-year-old women beaten up by riot police have spread around the world. Lots of us were taken to hospital after the barbarous and unjustifiable police attacks against us.

We have opted for dignity. Ten months of struggle, ten months of poverty and problems ! But we haven’t given up. We continue our struggle. We claim the self-evident : our right to life.

A surge of support is spreading in society. Workers, redundant workers, unemployed people, students, pensioners, artists, they all express their support.

Greek justice has vindicated us, but the Government refuses to comply with the court decision. It wants revenge on us because we are fighting. It wants revenge on us because we have opted for dignity.

SOLIDARITY IS PEOPLES’ WEAPON. We call on you to express your solidarity to our struggle for life and dignity. We call on you to sign the support petition and help collect signatures, which will force the Government to execute the court decision – something that will cost nothing to the Greek state.

TOGETHER WE CAN STOP THESE BARBAROUS POLICIES.

Nous sommes 595 femmes de ménage du Ministère des finances de Grèce et depuis le 17 septembre 2013, nous sommes sans emploi. Le Gouvernement nous a licenciées et a choisi de confier nos emplois à des prestataires privés, sans aucun bénéfice financier pour l’État. Nos salaires vont de 300 à 650 euros par mois. Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres humains.

Nous n’avons pas baissé la tête en signe de soumission. Depuis le 17 septembre, nous sommes allées tous les jours dans la rue pour réclamer la préservation de nos emplois, réclamer la préservation de nos vies.

Le Gouvernement est en train d’essayer de réprimer notre juste combat en utilisant tous les moyens. Des photos de femmes sans défense âgées de 50 ou 60 ans tabassées par la police anti-émeutes ont fait le tour du monde. Beaucoup parmi nous ont dû être transportées à l’hôpital après les attaques barbares et injustifiables de la police contre nous.

Nous avons fait le choix de la dignité. Dix mois de lutte, dix mois faits de pauvreté et de problèmes ! Mais nous ne désespérons pas. Nous continuons notre lutte. Nous réclamons ce qui est une évidence : notre droit à la vie.

Un mouvement de soutien est en train de se propager dans toute la société. Des salariés, des travailleurs licenciés, des chômeurs, des retraités, des artistes, ont tous témoigné leur soutien.

La justice grecque nous a donné raison, mais le Gouvernement refuse de respecter la décision de justice. Il veut se venger de nous parce que nous combattons. Il veut se venger de nous parce que nous avons fait le choix de la dignité.

LA SOLIDARITÉ EST L’ARME DES PEUPLES. Nous vous demandons d’apporter votre solidarité à notre combat pour la vie et la dignité. Nous vous demandons de signer la pétition de soutien et de nous aider à rassembler des signatures qui obligeront le Gouvernement à respecter la décision de justice – ce qui ne coûtera rien à l’Etat grec.

ENSEMBLE, NOUS POUVONS ARRÊTER LES BARBARIES POLICIÈRES

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Ma mère femme de ménage, moi enfant et neveu de femmes de ménage

Archimandrite Vassilios Varvelis1

Les maisons où elle travaillait 6 jours par semaine brillaient, et le septième, le Dimanche (son « jour férié »), elle devait nettoyer aussi sa maison et nous tous, préparer à manger un plat chaud, laver, sécher le linge, nous embrasser et se reposer.

Cette mère à moi !

Ces femmes de Peristeri2, les mères de nos amis, qui s’en allaient à l’aube sans avoir mangé, laissant leurs enfants dans la rue, pour arriver à Ekali, Filothei, Psychico3, sous la pluie, dans le froid, quand il neigeait et dans la canicule, pour devenir des « servantes » comme les appelaient les « Dames », pour nous élever, avec leur sueur quotidienne, pour nous éduquer, pour que nous devenions des êtres dignes. Et la plupart de nous nous le sommes devenus !

Et quand la mère rentrait du travail, ayant dans son sac à mains sa robe mouillée qu’elle portait quand agenouillée elle lavait les planchers à la serpillère, moi tout petit je lui demandais :

 Maman, qu’est que tu m’as apporté ?

 De la fatigue mon enfant – sa réponse. De la fatigue.

Nous avons grandi avec les vêtements que les « Dames » lui donnaient comme charité. On n’avait pas de vêtements à nous. Des choses de seconde et troisième main. C’est avec ça que nous nous habillions.

Des mères héroïques !

C’est sur ces mères que le fascisme a osé lever la main. Ce sont ces femmes qu’ont frappées les « hommes de main » à 500 euros.

Au lieu de baiser leur main, ils les ont envoyées à l’hôpital.

Ceux qui ont tué notre « frère » et notre « enfant » Alexis Grigoropoulos4, ceux qui offrent l’asile aux Nazis, chair de leur chair, ceux qui vendent de la drogue pour que le peuple ne se réveille jamais, ceux qui exploitent des prostituées pour toucher leurs pourcentages, ceux qui traitent de façon inhumaine les immigrés, ceux qui font chanter les petits commerçants, ceux qui servent toujours fidèlement le pouvoir du moment, ces voyous de Miliciens durant l’Occupation, les mouchards de la dictature, ceux qui pour toucher en retour « leur dividende » ont osé lever leur main infâme contre nos mères.

A tous ces minables aux muscles entraînés et au cerveau sous-développé, qui avec leur attitude et leur comportement ont craché sur leurs propres mères, je tourne le dos.

Je durcis mon cœur.

Je ne les bénis plus. Cela ne me convient plus.

Je n’ai aucun vœu pour eux.

Tous ceux-là vont me trouver face à eux, dans la lutte.

Je crie fort : Réveillez-vous tous, réveille-toi peuple de Dieu avant qu’il ne soit trop tard.

« Écoutez donc rois ; apprenez juges de la terre. Prêtez l’oreille, ô vous qui gouvernez les peuples et qui êtes si fiers de leur multitude. Votre puissance vous a été donnée par le Seigneur ; votre autorité vient du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, et scrutera vos desseins. Vous, ministres de Son royaume, vous ne jugez point avec droiture ; vous n’observez point la loi ; vous ne marchez point selon la volonté de Dieu. Et quand soudain Il fondra sur vous, vous en frissonnerez ; car Son jugement est bien plus sévère contre ceux qui ont la puissance… »5

Voir en ligne : http://agwnkatharistries595.wordpre…

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595 femmes de ménage grecques : 11 mois de lutte acharnée contre le gouvernement et la Troïka

Article de Sonia Mitralias du 7 juillet 2014 publié sur le site du CADTM, http://cadtm.org/595-femmes-de-menage-grecques-11

arton10439-7a51eAprès 11 mois d’un long et âpre combat, limogées depuis septembre, mises sous statut de "disponibilité », soit licenciées au bout de huit mois, 595 femmes de ménage de la fonction publique sont devenues l’incarnation, le symbole, l’âme, la vie-même de la résistance la plus farouche contre la politique de rigueur en Grèce ! Ces femmes sont devenues tour à tour « sujet politique » et le leadership de toute la résistance actuelle contre la politique de la Troïka, osant affronter un ennemi aussi puissant que le gouvernement grec, la Banque centrale européenne, la Commission et le FMI

Et pourtant, après ces 11 mois de combat, après avoir défié et être devenues l’ennemi principal du gouvernement et de la Troïka, après avoir court-circuité la mise en œuvre des mesures de rigueur, après une présence très médiatisée sur la scène politique, ces femmes de ménage en lutte ne sont toujours pas considérées comme sujet politique par les opposants à l’austérité.

Et pourtant, depuis le début des mesures d’austérités infligées par la Troïka, les femmes ont pris la rue en masse et leurs résistances semblent avoir une dynamique propre toute particulière et riche en leçons politiques.


images_1-4bd84Durant ces quatre ans de politiques d’austérité qui ont transformé la Grèce en un amas de ruines sociales, économiques et surtout humaines, on n’a parlé que très peu de la vie des femmes et bien sûr encore moins de leurs luttes contre les diktats de la Troïka. C’est donc avec surprise que l’opinion publique a accueilli cette lutte exemplaire faite entièrement par des femmes. Mais est-ce vraiment une surprise ?

Elles ont participé en masse aux 26 grèves générales. Dans le mouvement des indignés, elles occupaient les places, elles campaient, manifestaient. Elles se sont mobilisées en première ligne pour l’occupation et l’autogestion de l’ERT,* Exemplaires, elles étaient l’âme des assemblées des grévistes des administrateurs universitaires dans l’éducation et les universités contre la « disponibilité » c’est-à-dire le licenciement après 8 mois avec 75 % de leur salaire. 25 000 fonctionnaires de l’État, en majorité des femmes, seront concernés par le dégraissage des services publics. Elles constituent aussi l’écrasante majorité (95 %) des volontaires du Mouvement de Solidarité et des dispensaires autogérés qui essayent de faire face à la crise sanitaire et humanitaire.

La participation massive des femmes aux mouvements de résistance contre la destruction de l’État social par les politiques de l’austérité, n’est donc pas une surprise, elle n’est pas due au hasard : d’abord, et nous le savons, la condition des femmes est dans l’œil du cyclone de l’austérité. La destruction de l’État social et des services publics fait exploser leur vie : en tant qu’employées majoritaires dans la fonction publique et en tant qu’usagères principales des services publics, les femmes sont doublement impactées par les coupes de tous genres. Elles ont donc mille raisons pour ne pas accepter la régression historique de leur condition de femmes, qui équivaudrait à un véritable retour au 19e siècle !

C’est vrai que dans un premier temps elles ne se démarquaient pas en tant que « sujet politique femmes », partageant les mêmes revendications et les mêmes formes de luttes avec les hommes dans les mouvements. Elles y étaient nombreuses, c’est tout.

Mais, déjà dans la lutte pionnière contre l’extraction d’or dans la région de Skouries, à Chalkidiki au nord de la Grèce, s’opposant à la société canadienne multinationale « Eldorado », les femmes se sont très vite distinguées par leurs formes de lutte et leur radicalité. Et si la presse et l’opinion publique ignoraient l’incidence de leur identité de genre sur la façon de lutter, la police ne faisait pas autant ! En effet, la police anti-émeute avait ciblé tout particulièrement les femmes, utilisant une répression féroce et sélective pour terroriser toute la population à travers ELLES, pour anéantir toute désobéissance et tout mouvement de résistance. Criminalisées, emprisonnées, elles ont subi des violences humiliantes, aussi sexuelles et… spécifiques à leur corps et à leur…genre !

Dans un second temps, les femmes ont exprimé des initiatives et formes de luttes propres à elles.

Tout a commencé quand, pour imposer la partie la plus dure de son programme d’austérité et satisfaire les engagements à l’égard de ses créanciers, le gouvernement a ciblé en toute priorité les femmes de ménage du ministère des Finances, de l’administration fiscale et des douanes. Il les a placées dans le mécanisme de disponibilité déjà depuis fin août dernier, ce qui se traduit par ce qu’elles touchent les trois-quarts de leur salaire de 550 euros pendant huit mois avant qu’elles soient licenciées définitivement. Le gouvernement a suivi exactement la même stratégie qu’à Skouries. L’objectif : s’attaquer d’abord aux plus faibles et les moins susceptibles d’être soutenues…c’est-à-dire les femmes de ménage, pour ensuite faire passer le gros des employés à la trappe, c’est-à-dire aboutir au licenciement des 25 000 fonctionnaires publics !… Et cela dans un moment où les mouvements de résistances étaient saignés à blanc par l’austérité sans fin, étant atomisés, fatigués, exténués, vulnérables…

Il croyait qu’avec « cette catégorie de travailleurs », ces femmes pauvres de « basse classe » touchant des salaires d’à peine 500 euros et, croyait-il, pas très intelligentes (d’où le slogan des femmes de ménage : « Nous ne sommes pas des connasses, nous sommes des femmes de ménages »), il aurait vite fini par les écraser comme des mouches.

Le but étant de privatiser le travail des femmes de ménage pour en faire cadeau aux entreprises privées de nettoyage. Ces sociétés mafieuses connues pour être des champions de la fraude fiscale, réembauchent avec des salaires de 200 euros par mois, soit 2 euros par heure, avec assurance partielle, sans aucun droit du travail, ce qui équivaut à des conditions de semi-esclavage et de galère.

Ces femmes limogées et sacrifiées sur l’autel de l’anthropophagie de la Troïka, ces femmes de 45 à 57 ans, souvent monoparentales, divorcées, veuves, endettées, ayant à leur charge des enfants ou maris chômeurs ou des personnes handicapées, se trouvant devant l’impossibilité de toucher prématurément leur retraite et cela après plus de 20 ans de travail, et dépourvues de toute possibilité de retrouver du boulot, ont alors décidé de ne pas se laisser faire. Elles ont pris leur vie en mains !

Et voilà qu’une poignée de femmes décident de bousculer les routinières formes de lutte des syndicats traditionnels. Quelques-unes prennent l’initiative de s’organiser par et pour elles-mêmes, un noyau des femmes de ménage qui avaient déjà lutté et gagné 10 ans plus tôt pour obtenir des contrats de longue durée. Elles ont travaillé comme des fourmis, tissant patiemment une toile d’araignée à l’échelle du pays…

Et comme ces servantes du ministère des Finances ont été jetées dans la rue et que faire la grève n’a plus de sens dans leur cas, elles ont décidé de faire un mur humain avec leur corps dans la rue, devant l’entrée principale du Ministère des Finances à la Place de « Syntagma », la place devant le Parlement, la place la plus emblématique du pouvoir… 

Ce n’est pas un hasard que ce soient des femmes qui ont fait naître des formes de lutte pleines d’imagination. Déconsidérées à cause de leur genre et de leur classe sociale, marginalisées par les syndicats et n’ayant point de liens avec les organisations traditionnelles de la gauche grecque, elles ont dû faire du bruit pour être audibles, pour se faire entendre, elles ont dû se créer une image pour être visibles !

Aux grèves passives, aux journées d’actions éphémères et inefficaces, elles ont substitué l’action directe et collective. Elles misent sur la non-violence, l’humour et le spectaculaire. Avec des couronnes d’épines sur la tête à Pâques, avec la corde passée autour de leur cou devant le siège du parti de la Nouvelle Démocratie, avec de la musique et des danses elles réclament : la réembauche pour toutes et tout de suite ! Tout cela est inédit en Grèce…

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Elles occupent et bloquent l’accès au Ministère, et surtout elles pourchassent les membres de la Troïka quand ils veulent entrer au Ministère (!) les obligeant à fuir en courant et à prendre la porte de service, ensemble avec leurs gardes du corps. Elles affrontent et se battent corps à corps avec les unités spéciales de la police. Tous les jours, elles inventent des nouvelles actions, qui sont reprises par les médias, elles alertent toute la population : en somme elles brisent l’isolement.

Et voici que, ce qui d’habitude était représenté par une statistique sans vie et sans âme, par le chiffre du record du chômage, de la pauvreté, voici que ces « abstractions » s’humanisent, acquièrent un visage, deviennent des femmes en chair et en os, qui en plus ont une personnalité et une volonté politique propre. Elles s’appellent Litsa, Despina, Georgia, Fotini, Dimitra… Et avec leur exemple, leur courage, leur persévérance, leur rage de vaincre, elles redonnent espoir à toutes les victimes de l’austérité…

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Mais attention, les forces antiémeutes brutalisent presque quotidiennement ces femmes, pour l’exemple, car leurs patrons craignent la contagion. Et c’est toute la Grèce qui assiste au triste spectacle de ces femmes souvent âgées qui, jour après jour, sont piétinées, maltraitées et blessées par des Rambos de la police, qui auraient pu être leurs fils ! Et pourquoi ? Parce que c’est la Troïka elle-même qui veut les abattre, parce qu’elles sont l’exemple à imiter par tous les opprimés, parce elles sont à la pointe de la contestation anti-austérité, non seulement en Grèce mais partout en Europe. Parce que leur lutte peut devenir contagieuse…

Plus que jamais, le combat de ces 595 femmes de ménage héroïques est le nôtre. Ne les laissons pas seules. Elles se battent pour nous, battons-nous pour elles. Organisons la solidarité européenne et mondiale !

1 Secrétaire du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique.

2 Peristeri est une commune populaire du grand Athènes.

3 Ekali, Philothei, Psychico sont des communes bourgeoises du grand Athènes.

4 Alexis Grigoropoulos est un adolescent de 15 ans qui a été abattu par la police à Athènes le 6 décembre 2008.

5 La Septante, « Sagesse de Salomon », Chapitre 6.

La BCE a pris conscience du risque déflationniste. Une réponse à la hauteur du risque ?

Le jeudi 5 juin, Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé des mesures inédites pour lutter contre la déflation. Il a souligné que ces décisions avaient été prises à l’unanimité des gouverneurs des banques centrales de la zone euro, autrement dit la Bundesbank a donné son accord alors que son gouverneur avait durement critiqué les mesures précédentes de soutien aux dettes souveraines des pays du Sud, à commencer par la Grèce.

Il faut croire que la situation est grave.

Elle l’est.

 

Le processus déflationniste est là.

La déflation ce n’est pas une « inflation négative » comme la définit Le Monde daté du 7 juin. C’est le résultat de la surproduction. Toutes les marchandises produites ne se vendent pas sur le marché avec comme conséquence la destruction de valeur dont la traduction est la baisse des prix. La déflation est un indicateur de la récession.

Cette baisse des prix est le résultat conjugué de la poursuite de la hausse de la production face à un marché qui succombe à la baisse du pouvoir d’achat des ménages salariés1 – 89 à 90% de la population active est salariée dans la zone euro -, rencontre qui se traduit par une concurrence exacerbée entre producteurs et les distributeurs pour gagner des parts de marché sur les concurrents. La grande distribution fait pression sur l’industrie – notamment agroalimentaire – pour faire baisser plus encore les prix « sortie usine ». Beaucoup d’entreprises n’y résisteront pas. Les faillites sont en train de progresser dans un environnement dans le quel on enregistre un changement de comportement des consommateurs qui fait disparaître les « hard discount ».

Les politiques d’austérité combinées à des politiques d’entreprise dont l’objectif essentiel est de diminuer le coûté de travail se liguent pour mettre en place une spirale déflationniste. Faillites et restructurations se traduisent par une augmentation du chômage de masse et ne permettent pas de trouver une voie pour renouer avec la croissance. Le capitalisme suit sa pente en la descendant via l’impératif de la compétitivité-prix qui approfondit toutes les destructions.

 

La réaction de la BCE

Il fallait une réaction. La BCE se donne comme objectif d’augmenter les encours de crédit à l’économie, en particulier le crédit aux PME pour relancer la croissance.

 

Quel est le dispositif ?

Cinq mesures

 

La baisse du taux de refinancement des banques (le taux directeur) qui passe de 0,25 à 0,15%. Ce n’est pas de l’inédit mais c’est un taux d’intérêt historiquement le plus bas jamais consenti par la BCE. Mario Draghi a annoncé que c’était pour longtemps.

La volonté est double. Permettre aux banques d’avoir une garantie. Elles prêtent mais elles savent qu’elles pourront trouver rapidement des liquidités à bas taux d’intérêt. Et, dans le même mouvement, de faire baisser le cours de l’euro face au dollar par une création monétaire plus importante que celle des Etats-Unis. C’est le moment que choisit la FED, la banque centrale américaine, pour mettre fin à sa politique de Quantitative easing (QE), de rachat sans limite des obligations du gouvernement américain sur le marché primaire. Les taux d’intérêt sont en train de remonter aux Etats-Unis.

Il est donc possible de faire baisser le taux de change de l’euro face au dollar. Sans parier sur cette possibilité…

La deuxième mesure est plus inédite : un taux d’intérêt négatif de 0,1% pour les placements des banques auprès de la BCE. Une taxe, pour parler autrement, payée par les banques qui voudraient préserver leurs liquidités auprès de l’institut d’émission de la zone euro.

La BCE voudrait inciter les banques à orienter leurs prêts vers l’économie et non pas les faire transiter à l’intérieur du système bancaire.

Le risque existe, c’est déjà le cas, de voir les banques orienter leurs prêts vers les pays du Sud de la zone euro dont les taux d’intérêt sont encore très élevés, même si la baisse est sensible.

La troisième mesure vise à orienter les crédits bancaires vers les PME, les entreprises en sécurisant les prêts par le transfert du risque des banques privées vers la BCE en créant des ABS. Pour Asset Backed Securities, soit des Actifs adossés à des Titres représentant des créances. En clair – si la clarté se conjugue avec les marchés financiers – un produit financier « multiple » regroupant des crédits aux entreprises consentis par les banques. La BCE prenant, de ce fait, le risque de défaut de paiement à sa charge.

Une titrisation qui fait ressembler les ABS aux CDO, un produit financier qui rassemblait les subprime, un produit mal noté que tout le monde savait, dangereux, avec des crédits plus surs permettant de noter le résultat final avec les fameux 3 A.

Si la BCE vend ces ABS, la même situation pourrait se reproduire.

La quatrième est classique et se divise. Ce sont les LTRO et le TLTRO. Les Long Term Refinancing Operations sont des prêts accordés par la BCE aux banques, pour un maximum de 2 ans. Les TLTRO s’adressent aux banques qui prêtent aux entreprises et aux ménages.

La cinquième, sans être totalement inédite, fait partie de la panoplie de la BCE que depuis 2010 – soit depuis la crise ouverte de la Grèce – et se nomme SMP, pour Securities Market Program, le rachat d’obligations de la dette souveraine des Etats de la zone euro sur le marché secondaire, soit sur le marché de l’occasion. Le marché primaire est celui où se négocie la dette des États pour se financer. Le marché secondaire est celui où se négocie les obligations de la dette passée.

Ironiquement Mario Draghi a répété que l’objectif de la BCE n’avait pas changé : un taux d’inflation pour la zone euro de 2%. Les derniers chiffres, pour le mois de mai 2014, font état d’un taux d’inflation de 0,5%. Il a de la marge. La BCE peut créer de la monnaie pour atteindre cet objectif.

 

Des mesures inédites certes mais suffisantes ?

Ces mesures qui marquent une prise de conscience réelle de la BCE face à la dégradation de la situation économique suffiront-elles à combattre la déflation et ranimer la croissance ? Il n’est pas besoin d’avoir fait de grandes études d’économie pour répondre négativement.

Elles sont loin d’être suffisantes.

 

Pour plusieurs raisons

D’abord la demande de crédit des entreprises n’est pas au rendez-vous. Les entreprises raisonnent par rapport aux possibilités d’extension de leur marché. Actuellement, aucune ne fait le pari d’une augmentation. Du coup, l’investissement productif n’est pas à l’ordre du jour. Plutôt le désinvestissement via les faillites ou la centralisation du capital pour créer des grands groupes qui permettent de restructurer l’outil de production, supprimer des unités de production et des emplois et…alimenter la déflation.

Ensuite les banques rechignent à prêter justement parce que l’avenir des entreprises n’est pas assuré. Elle peuvent disparaître.

Enfin la question que se pose les banques n’est pas celle des liquidités. Elles croulent sous les liquidités. Elles ne savent plus où les placer sinon dans le domaine des matières premières ou des dettes souveraines. Le grand paradoxe de ce monde capitaliste qui n’en manque pas. Si les dettes souveraines n’existaient pas, le système financier pourrait mourir faute d’endroits où placer ses liquidités. Le discours sur la croissance de la dette est uniquement idéologique.

Pour inverser la donne, il faudrait que la BCE – comme l’a fait la Fed – finance les besoins de financement des États de la zone euro par la création monétaire. Le déficit ne serait plus un problème et la création monétaire ne restera pas confinée dans le secteur financier où elle ne sert pas la croissance de l’économie. Financer les besoins de financement des États se traduirait par l’augmentation du marché final via les dépenses de l’État qui seraient orientées à la hausse. La pression des marchés financiers ne se ferait plus sentir ouvrant la porte à une politique de relance.

Ensuite, il faudrait faire des choix éthiques. Orienter les dépenses vers la renaissance des services publics, la lutte contre les mutations climatiques et écologiques et non pas vers les dépenses militaires ou toute autre dépense somptuaire.

Pour dire que la politique de relance si elle est nécessaire n’est pas suffisante. Mais elle redonne de l’oxygène pour décider des choix d’avenir.

Les mesures de la BCE mettent en évidence, pour qui en douterait encore, l’imbécillité des politiques d’austérité…

Nicolas Béniès

1 Suivant l’INSEE, le pouvoir d’achat a baissé de 0,7% en 2007, de 1,8% en 2012 et de 0,9% en 2013. Il a baissé plus encore en Grèce, en Espagne, au Portugal… Globalement, la zone euro connaît cette même érosion. L’Allemagne fait exception due à une lutte victorieuse des salariés. Mais pauvreté et précarité augmentent continûment dans ce dernier pays. 

Appel international : Nous soutenons PODEMOS

Quelques jours après les élections européennes, nous voulons célébrer l’irruption de PODEMOS comme alternative politique en Espagne. En seulement 4 mois d’existence, PODEMOS a réussi à obtenir un soutien populaire considérable, remportant 8 % des voix et devenant la 3ème force politique dans 23 des 40 principales villes du pays.

Alors que les politiques d’austérité ont créé dans le Sud de l’Europe un paysage désolé, il est encourageant de voir qu’il y a de plus en plus de gens prêts à se lever et à se battre pour la défense de la démocratie, des droits sociaux et de la souveraineté du peuple. Plus encore, c’est une source d’inspiration de voir qu’ils contestent les mandats des élites financières et politiques par de moyens nouveaux et radicalement démocratiques.

PODEMOS est issu de la vague de soulèvements populaires qui, depuis 2011, se sont propagés à travers le monde en exigeant une démocratie digne de ce nom. Son fonctionnement favorise la participation politique du peuple, organisant des élections primaires ouvertes, l’élaboration d’un programme politique participatif, la constitution de plus de 400 cercles et assemblées populaires dans le monde entier. PODEMOS obtient ses ressources exclusivement de contributions populaires, refusant tout prêt bancaire, et toute sa comptabilité est publique et accessible en ligne (podemos.info). Tous ses représentants seront révocables, et soumis à la stricte limitation de leurs mandats, leurs privilèges et leurs salaires.

Le programme politique de PODEMOS reflète les contributions de plusieurs milliers de citoyens, et exprime un sens commun partagé par des millions de personnes autour du monde : il propose de rompre avec la logique néolibérale de l’austérité et la dictature de la dette ; une répartition équitable des richesses et du travail ; la démocratisation radicale de toutes les instances de la vie publique ; la défense des droits sociaux et des services publiques ; ainsi que la fin de l’impunité et de la corruption qui ont transformé le rêve européen de liberté, d’égalité et de fraternité en cauchemar d’une société injuste, cynique et oligarchique.

Cette élection nous a montré que la désaffection et le malaise créés par les politiques de la Troïka favorisent la montée de la xénophobie et du fascisme. Il est donc urgent que l’espoir exprimé par PODEMOS se diffuse dans l’ensemble de nos pays : c’est l’image d’un peuple qui refuse de se soumettre à la passivité et se propose de récupérer ce pouvoir qui lui est propre, la capacité démocratique de décider ce qui est commun, ce qui détermine la vie de tous.

Pour ces raisons, nous voulons exprimer notre soutien à cette initiative et à sa méthode ouverte et participative, dans l’espoir que ses efforts se concrétisent et s’étendent à d’autres pays en Europe et dans le monde.

En solidarité,

Gilbert Achcar
Jorge Alemán
Cinzia Arruzza
Étienne Balibar
Brenna Bhandar
Wendy Brown
Hisham Bustani
Judith Butler
Fathi Chamkhi
Noam Chomsky
Mike Davis
Erri De Luca
Costas Douzinas
Eduardo Galeano
Michael Hardt
Srećko Horvat
Robert Hullot-Kentor
Sadri Khiari
Naomi Klein
Chantal Mouffe
Aristeidis Mpaltas
Yasser Munif
Antonio Negri
Jacques Rancière
Leticia Sabsay
Mixalis Spourdalakis
Nicos Theotocas
Alberto Toscano
Slavoj Žižek

 

http://apoyointernacionalapodemos.wordpress.com/nous-soutenons-podemos/

 

L’idée de la différence nationale raciale est un corollaire nécessaire à l’inégalité sociale

« Le drapeau nazi flottera-t-il à nouveau sur le Parthénon ?

Une « Phalange » transformée en parti politique

Prolégomènes à un cauchemar

6Violences, persécutions raciales, assassinats, complicités policières et étatiques, « interventions » auprès des employeurs pour qu’ils licencient les travailleurs étrangers et embauchent des chômeurs grecs, banques alimentaires réservées aux « Grecs d’abord »…

La Grèce est devenue le premier pays d’Europe à accueillir dans son Parlement un parti ouvertement nazi ayant obtenu le score non négligeable de 7% des suffrages exprimés.

Le brouillard qui avait couvert le pays depuis l’éclatement de la crise économique et l’application d’une politique-antisociale inédite au nom du « Mémorandum », se combinait avec la nuée noire d’une organisation qui fait d’Adolf Hitler son idole et de la violence de rue sa méthode d’ascension.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment cette extrême droite grecque, décriée et marginale il y a quelques années encore, parvient-elle à présent à dicter l’agenda politique en imposant ses choix radicaux au système partisan ? Comment avons-nous pu oublier la dictature ? Comment est-il possible que des citoyens de villages martyrisés par la SS votent pour un parti nazi ,? Comment est-il possible que nous tolérions la dérision de l’Holocauste dans un pays dont l’écrasante majorité des citoyens juifs a été exterminée dans les camps ?

Ce livre apporte une première analyse du phénomène Aube Dorée. Cette organisation a revêtu des formes multiples depuis sa première apparition publique. Pourtant, pendant trois décennies, son noyau dur est resté invariable. Nikolaos Michaloliakos, son chef, avait 19 ans lorsqu’il a été accusé pour la première fois d’avoir commis un acte illégal. Au cours de ces années et malgré quelques modifications ou plutôt des travestissements organisationnels, l’orientation de l’organisation est restée inflexible et basée sur les mêmes principes idéologiques et politiques.

Cette orientation est facilement repérable dans les documents de l’organisation. Certains affirment qu’en dernière analyse, elle exprime d’une manière originale la réaction du peuple face aux mesures inhumaines imposées par le gouvernement et la Troïka. D’autres se déclarent stupéfaits des performances médiatiques de l’organisation quand, par exemple, elle organise des distributions des vivres ou des banques du sang « pour les Grecs d’abord ».

Notre point de départ est tout à fait différent. Nous considérons que la transformation en parti politique bienséant d’un groupe nazi relève d’un grand scandale politique.

Si nous dressons ici un inventaire détaillé de l’idéologie, de l’histoire et de l’action de l’Aube Dorée, c’est pour décrypter ce qui se cache derrière les tee-shirts noirs et les gros bras des bataillons d’assaut de cette organisation.

Dimitri Psarras »

Contrairement aux raisonnements réducteurs et économistes, la montée électorale et organisationnelle de l’extrême-droite ne saurait-être expliquée simplement par la crise et le chômage. Il convient de prendre aussi en compte les offensives idéologiques racistes, sexistes, xénophobes, nationalistes, anti-démocratiques qui plongent leurs racines dans l’histoire, la structuration sociale et les imaginaires de toutes ou certaines couches de la population. Offensives qui n’interviennent pas en rupture radicale avec un monde antérieurement harmonieux, (le passé réécrit par les « vainqueurs », la négation institutionnelle des forfaitures ou des crimes, les inégalités sous-estimées, niées ou valorisées, la négation des dominations et de l’exploitation qui structurent les rapports sociaux et hiérarchisent les individu-e-s et les groupes sociaux, etc.). Sans oublier les liens ou les porosités, avec certains secteurs de l’appareil d’État, dont la police, l’armée, et les bandes armées…

C’est en détaillant et en analysant les écrits, les actions de celles et ceux (surtout ceux) qui se réclame de l’autoritarisme, de la préférence nationale, de la suprématie raciale ou plus ouvertement du fascisme ou du nazisme, que l’on peut percevoir les continuités et les ruptures, les bifurcations qui rendent plausibles non seulement des actes de violence, leurs revendications, mais aussi les pogroms, préludes aux tentatives d’accession au pouvoir, par les urnes ou non.

Pourquoi certains discours et certaines actions s’appuyant sur la stigmatisation d’autres populations, pourquoi des propos de haine ou des actes de violence entraînent, dans leurs négations ou dans leurs soutiens, certain-e-s à se tourner vers les groupes d’extrême-droite ?

Qu’est ce qui fait que des alternatives autoritaires, fascisantes, néo-nazies apparaissent comme un « moindre mal », une « solution » pour des individu-e-s ? Pourquoi certain-e-s adhèrent à la chasse aux « métèques », « youpins », « crouilles », « pédés », etc. ? Comment des groupes se construisent, en lien et en rupture, avec les institutions étatiques, les politiques publiques menées, les autres partis politiques de droite ? Ces questions ne sont pas seulement du domaine de la recherche sociale, elles impliquent des débats et des réponses politiques.

Dimitris Psarras, dans sa préface à l’édition française, parle, entre autres, de la réception du livre en Grèce, des charges criminelles qui pèsent aujourd’hui sur les dirigeants d’Aube Dorée. Il souligne aussi les attaques ouvertes menées contre les forces de gauche, la mise en avant de la « théorie » des deux extrêmes par la coalition gouvernementale, assimilant « la violence criminelle de l’organisation nazie aux mobilisations populaires radicales contre la politique d’austérité, afin de placer dans son collimateur le parti d’opposition, Syriza », les modalités d’intervention de l’organisation nazie et sa défense des dominants dont les armateurs grecs, ou les relations entre la Nouvelle Démocratie et Aube Dorée. « Une chose est certaine : nous ne pouvons pas attendre que ce phénomène soit voué à s’éliminer de lui-même. Le chemin sera long et difficile pour que les forces de la gauche et de la solidarité l’emportent. J’espère toutefois que, tout au long de ce chemin, la Grèce parviendra à jouer de nouveau un rôle : non plus en tant que laboratoire des politiques d’austérité, mais en tant que laboratoire d’éradication de la peste brune ».

Sommaire

  1. Une « phalange » transformée en parti politique (Prolégomènes à un cauchemar)

  2. Les premiers nostalgiques (Les néofascistes du Metapolitefsi1, 1975-1980)

  3. Entre Hitler et Papadopoulos (Aube Dorée et l’organisation de jenesse d’Epen, 1981-1985)

  4. De la rue à la place centrale (L’action et la propagande de la ligue populaire, 1987-1997)

  5. L’attaque du chef de la phalange (Le crime élucidé)

  6. Une armée bleue, nuance noire (Le premier travestissement)

  7. Faire alliance avec soi-même (Le deuxième travestissement)

  8. Les actions invisibles sur le banc des accusés (Aube Dorée face à la justice)

  9. Affinités électives (Les rapports entre Aube Dorée et la police)

  10. Le charme discret du nazisme (Les médias et Aube Dorée)

  11. Croix gammée et croix orthodoxe (Avec la bénédiction de l’Église)

  12. Le nazisme persistant (Une idéologie inaliénable)

  13. Un cache-sexe à croix gammée (Symboles et mots d’ordre)

  14. Canailles, traîtres et collègues (Le parcours parlementaire d’une formation antiparlementaire)

  15. Vainqueurs contre tous (Un écho grandissant, 2012-2012)

  16. Pogroms et lynchages (L’action post-électorale de l’organisation)

  17. L’embarras de la démocratie (Que faire et ne pas faire?)

  18. « No Pasaran » ou « Pasaran » (Péroraison autour d’un cauchemar)

Lire des extraits de textes de nazis est toujours éprouvant. Cette haine étalée et revendiquée semble toujours plus écœurante que les haines quotidiennes distillées par des partis plus « démocratiques ». Le niveau de violence verbale, les violences physiques associées ne sont cependant pas comparables à celles, intrinsèques, du fonctionnement du monde capitaliste. Elles redoublent celles-ci et forment un nuage épais qui assombrit l’horizon et rend peu pensable l’émancipation. Dimitris Psarras restitue bien ces dimensions.

L’auteur montre le résistible ancrage de cette extrême droite, le « grand scandale politique » que représente « la transformation en parti politique bienséant d’un groupe nazi, ayant fait l’objet de plusieurs décisions de justice irrévocables à la suite d’agressions visant l’« ennemi intérieur » ».

L’auteur revient sur la période de sortie de la dictature, les non-poursuites judiciaires, les proximités idéologiques de certains, les liens maintenus… Il analyse le vocabulaire et la propagande revendiquée comme « nationale-socialiste » et détaille les évolutions et les actions menées par les groupes d’extrême-droites.

Dimitris Psarras souligne le positionnement ultra-nationaliste de la plupart des partis lors de l’explosion de la Yougoslavie et des guerres qui s’en sont suivies. Positionnement sur la guerre et guerre à « l’ennemi-intérieur» à commencer par les populations roms. L’auteur parle de pogroms, de la banalisation des agressions xénophobes et racistes, du rejet des « albanais ». (Voir sur ce sujet, Gazmend Kapplani : Petit journal de bord des frontières, « Albanais, Albanais, Grec tu ne seras jamais »)

L’auteur analyse en détail les alliances nouées, le négationnisme revendiqué, « la négation de leurs propres crimes va de pair avec la négation de ceux commis par leur modèle idéologique, le national-socialisme allemand », les rapports particuliers entre Aube Dorée avec la police, la sous-culture masculiniste, la glorification de la suprématie physique ou la sacralisation de la violence, les collaborations d’officiers et de hauts responsables de la police avec Aube Dorée, le rôle des médias, les relations avec les courants radicaux de l’église orthodoxe dans un « pays qui n’a pas connu de séparation entre l’Église et l’État », la place du national-socialisme ou la substitution du terme « nationalisme » au trop sulfureux « national-socialisme », la reconstruction sur-valorisante de la Grèce antique…

Un chapitre est consacré aux symboles et mots d’ordre, croix gammée, couleurs, crochet du loup (Wolfsangel), croix celtique, salut, vêtements, devise, préférence nationale, etc.

Je souligne l’intérêt des chapitres sur les années 1994-2002 et 2010-2012, les politiques gouvernementales contre l’immigration, le rôle des médias, la soit- disant « action-sociale » du nazisme, les bons rapports entre la droite et l’extrême droite, les liens d’Aube Dorée avec le club des grands industriels, les pogroms et les lynchages, les « sanctions collectives » infligées aux étranger-es…

Dimitris Psarras interroge « Comment l’ordre démocratique peut-il faire face à la montée du nazisme ? ». Il souligne que la mise en évidence du vrai visage d’Aube Dorée « n’a pas suscité les réactions de répugnance attendues ». Si l’auteur utilise le terme « forces républicaines bienséantes », il aurait pu aussi parler d’ordre démocratique bienséant, pour en souligner le caractère limité, excluant et hiérarchisant…

Les alliances gouvernementales, quelle qu’en soit la configuration, se soumettent « à une condition sine qua non : la stricte application des mesures d’austérité draconienne du mémorandum », à l’accentuation des politiques d’austérité et de privatisation imposées, entre autres, par ceux qui dirigent l’Europe.

Et c’est sur ce terrain qu’il faut construire des réponses crédibles en adoptant « un projet social de défense intransigeante des droits politiques, sociaux et citoyens, ainsi que de la démocratie et de la justice sociale »

Pour en revenir aux questions posées avant d’évoquer certains éléments du livre, restent celles posées globalement à la gauche d’émancipation en Europe, ses silences, ses combats non menés, ses difficiles retours sur les crimes staliniens et le socialisme réellement existant, ses faibles préoccupations internationalistes, ses valorisations d’un faux universalisme, ses clivages anticipés sur des hypothétiques futurs, son refus de prioriser l’unité pour agir, etc.

Un livre à faire connaître. En absence d’une lutte intransigeante contre la peste brune, et de construction d’une nouvelle hégémonie émancipatrice, le cauchemar grec pourrait devenir le cauchemar d’autres populations en Europe.

3Lire aussi le texte du traducteur Panos Angelopoulos : Dimitris Psarras, Le livre noir d’Aube Dorée, Dimitris Psarras, Le livre noir d’Aub Dorée

Dimitris Psarras : Aube Dorée. Livre noir du parti nazi grec

Traduit du grec par Panos Angelopoulos

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/aube-doree-le-livre-noir-du-parti-nazi-grec.html, en coédition avec M éditeur (Québec), Paris 2014, 232 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

1 Le terme renvoi au changement de régime politique survenu après la chute de la dictature.

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Regards sur l’Union européenne

Je m’intéresse bien davantage à l’Europe, entité géographique, riche de ses diversités culturelles et paysagères, qu’au scrutin en vue de la composition du Parlement dont les prérogatives se situent nettement en deçà de celles dévolues généralement à ce type d’assemblée. Je ne commenterai pas en détails les résultats du dimanche 25 mai, mais note que la plupart des listes que les médias qualifient de « petites » s’alignèrent avec des handicaps rédhibitoires (candidat(-e)s non invité(-e)s sur les plateaux de télévision et de radio, faute d’argent, pas de profession de foi, ni de spot de campagne, bulletin de vote à imprimer depuis un site web…). Un déni de « démocratie authentique », symptomatique du fonctionnement opaque des institutions européennes.

«Faut-il faire sauter Bruxelles?»1. La question posée dans le titre n’est nullement farfelue. Si François Ruffin préconiserait volontiers d’attenter (du moins symboliquement !) aux organismes gestionnaires de l’U.E., ce qu’il décrit dans son opuscule résolument anticapitaliste a effectivement de quoi donner des envies de réduire en poussière les « blocs de béton armé », surtout le Berlaymont où « travaillent » vingt-huit commissaires et deux mille sept cent cinquante fonctionnaires, répartis dans cent trente mille mètres carrés de bureaux sur seize niveaux. Le fondateur de l’excellent journal Fakir2 a « enquêté en touriste » dans le quartier d’un kilomètre carré où des « comités confidentiels » et cinquante mille employé(-e)s préparent moult décisions qui impactent (trop souvent négativement!) notre quotidien et notre avenir.

«Dissoudre le peuple?»

« C’est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dénouement ». Cette déclamation ne susciterait a priori aucune méfiance, sauf qu’elle est gravée, au pied d’un arbre, sur la plaque3 de la Society of European Affairs Professionals, la Société des affaires professionnelles européennes, un cénacle de trois cent quarante-cinq lobbyistes. Ceux-ci « sont les garants de la démocratie », aux yeux d’Yves de Lespinay, boss d’Avisa Partners4 et vice-président, de 2009 à 2012, de la SEAP. Nous voilà donc rassérénés !… Du reste, cet organisme est hébergé à Bruxelles au 79 boulevard Saint-Michel dans les bureaux de l’Union des associations européennes des boissons non alcoolisées. Pour attirer l’attention des élu(-e)s, les farfadets fakiriens recouvrirent, le 22 mai 2009, de concert avec quelques ONG, un pan du marbre avec un message emprunté au dramaturge allemand, poète et théoricien du théâtre Bertolt Brecht: « ne serait-il pas plus simple pour un gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? », plus malléable que ces ronchons de Français, qui ne se laissèrent majoritairement pas berner par la propagande éhontée des partisans du Traité constitutionnel. Le 29 mai 2005, ils votèrent « non » à 54,68%. Le 1er juin 2005, 63,1% des Néerlandais se prononcèrent dans le même sens. Dans l’Hexagone comme au pays des tulipes, les dirigeants ne tinrent aucun compte de la vox populi. Le 12 juin 2008, les Irlandais rejetèrent à 53,4% le Traité de Lisbonne. Invités à se ressaisir, ils l’adoptèrent, le 2 octobre 2009, à 67,1%… Ailleurs, les députés avalisèrent, sans chipoter, le texte qui conforte le dogme de la « concurrence libre et non faussée » dans une « économie sociale de marché » censée apporter bien-être et prospérité. Or, le conglomérat d’États hétéroclites drapé dans la bannière étoilée sur fond bleu ne déploie pas un zèle ardu pour contrôler efficacement les établissements bancaires, renfloués par brassées de milliards après le krach de 2007/2008, ne contrecarre pas le moins du monde l’écœurant trading sur les matières premières et les denrées alimentaires, se retient bien d’imposer une taxe, même très symbolique (le chiffre de 0,001% a été avancé!), sur les transactions boursières afin de circonscrire les flux de capitaux.

Delors en barre

Le siège du Conseil économique et social5 européen sis au 99 rue Belliard porte le nom de « Jacques Delors ». L’auteur se remémore l’émission « La Marche du Siècle » du 18 septembre 1991 sur France 3, animée par Jean-Marie Cavada. Trois pontes se virent convier à égrener leurs doléances: Jérôme Monod (Lyonnaise des Eaux), Peht Gyllenhammar (Volvo) et Umberto Agnelli (Fiat). Le banquier Bernard Esambert (Compagnie Financière Edmond de Rothschild) n’avait pas reçu de carton pour ferrailler… En duplex depuis la capitale d’outre-Quiévrain, le président de la Commission6 loue « cette poussée salutaire » et approuve la nécessité impérieuse, invoquée par les membres de la Table ronde européenne7 des industriels, d’enclencher le turbo pour « aller à 140 à l’heure ». Le papa de Martine Aubry a toujours préféré prêter ses deux oreilles favorables aux grands patrons plutôt que de se préoccuper des revendications des syndicats et de s’appuyer sur les préoccupations des peuples. Durant trente-sept mois8, il avait piloté les finances et l’économie de la France. Le champion de la rigueur (pour les classes populaire et moyenne, pas pour les ploutocrates!) avait refusé toute « rupture » (pourtant lancée durant la campagne électorale par François Mitterrand dans un de ses élans de lyrisme avec lesquels le « sphinx » nous avait embobinés), gelé le SMIC et désindexé les salaires. Le 29 novembre 1981, n’avait-il pas plaidé en faveur d’une « pause dans l’annonce des réformes », recueillant les applaudissements d’Edmond Maire, le leader de la CFDT, à une époque où le peu « d’état de grâce » s’était déjà complètement effiloché. Il avait convaincu ses amis socialistes d’instaurer « la primauté du marché » et de ne pas hésiter à rétrocéder au privé des services publics non régaliens. Dans son bureau capitonné du 200 rue de la Loi avait germé le réseau transeuropéen, douze mille kilomètres de voies rapides pour les 40 et 60 tonnes. À l’encontre de la phraséologie « reconversionnelle », le fret par rail déclina à grande vitesse. L’accroissement des marchandises par la route alla de pair, plus tard, avec la si catastrophique ouverture à l’est… Serge Le Quéau, un ancien de la CFDT, trouvant auprès de Solidaires une organisation conforme à ses aspirations, avait gratifié le liquidateur de la gauche d’une apostrophe bien sentie qui lui valut l’expulsion du salon du Parlement strasbourgeois, le 25 novembre 1988.

« Endogamie et fusion »

François Ruffin écharpe aussi la Confédération européenne des syndicats, qui se complaît dans une « faiblesse tranquille », se profilant bien plus comme « la gardienne du temple »9 que comme la défenderesse de la cause des salarié(-e)s. Son « état d’esprit lymphatique » prédispose la CES « au compromis, à la reddition »10. Les quatre vingt-cinq confédérations11 qui la composent adhèrent aux schèmes du libéralisme et ont adopté le mot d’ordre de « croissance », s’imaginant qu’il suffirait d’augmenter la part du gâteau pour donner à chacun(-e) selon ses besoins. Une erreur funeste dont se régalent leurs partenaires de « négociations » ! La politologue belge Corinne Gobin dresse un parallèle entre le déménagement de la CES du quartier de Sainte Gudule dans un building luxueux du boulevard du roi Albert II et le ripage d’un discours contestataire vers « l’accompagnement » (des mourants ?…), la « culture du consensus ». Le « projet des Pères fondateurs » qui serait « perverti » aujourd’hui? Une baudruche à dégonfler dare-dare. Les spéculateurs et magnats de l’industrie furent à l’œuvre dès la signature du Traité de Rome, le 25 mars 1957. L’universitaire et essayiste belge Geoffrey Geuens, auteur de « La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des « marchés financiers à l’oligarchie » »12, réfute le terme « lobby » auquel il substitue ceux « d’endogamie » et de « fusion », tant les diverses officines, uniquement mues par la maximisation des profits et « les intérêts des bourgeoisies nationales », jouissent, sans contrainte, des « clés de l’Europe ». Une des innombrables illustrations de cette imbrication connivente : Gerhard Schröder, l’ex-chancelier allemand13. Le « camarade des patrons » avait siégé entre mi-janvier 2011 et décembre 2012 au Conseil de surveillance du trust pétrolier russo-britannique TNK-BP. Il perçoit depuis janvier 2006 des émoluments du groupe de presse suisse Ringier; fin mars 2006, la banque Rothschild l’avait embauché comme conseiller. À la tête du consortium germano-russe Nord Stream AG, il avait, dès son retrait de la scène politique, ficelé le projet de gazoduc en Mer Baltique, sous l’égide de Gazprom. Le premier exportateur de gaz au monde a augmenté, le mois dernier, de… 80% le tarif pour les livraisons à l’Ukraine. Herr Schröder palpe plus d’un million cinq cent mille euros par an (six fois plus qu’Angela Merkel). Pour une conférence, il réclame un minimum de cinquante mille euros. À ceux qui lui reprochent son amitié ostentatoire avec Vladimir Poutine, il rétorque « allez vous faire foutre ! ». Gérard Depardieu ne dirait pas mieux…

Empreinte néfaste

Le bimestriel sardonique Pour Lire Pas Lu14 décernait régulièrement une « laisse d’or » pour distinguer un « chien de garde »15 du système particulièrement méritant. La Décroissance désigne « l’écotartuffe du mois ». Dans le numéro d’avril 2014, Vincent Cheynet écrit la laudatio pour le lauréat: José Bové, « à la fois dissident et notable », propriétaire d’un pavillon californien new-age sur le Larzac ainsi que d’un voilier, « une belle saloperie très (très) chère en aluminium ». Le « caniche de Daniel Cohn-Bendit » prône un « Green New Deal », via une « relance du processus industriel »16. Son essai « Hold-up à Bruxelles. Les lobbies au cœur de l’Europe »17 mérite quelques heures d’attention. Zappez la préface imbuvable de son pote susnommé, lequel, en sept lignes et demie, mentionne à six reprises le vocable « projet » ! L’ex-démonteur de Mc Donald’s n’apparaît qu’au 603ème rang, sur 766 membres du Parlement européen18, au classement officiel quant aux activités en séance plénière durant la législature du 14 juillet 2009 au 17 avril 2014. Pourtant, le député, élu le 7 juin 2009 sur la liste Europe Écologie, se dépense sans compter dans l’exercice de son mandat, qu’il connecte aux requêtes des citoyens comme à des luttes sur le terrain. Les connivences, collusions, combines, manœuvres, qu’il dépeint par le menu, effraient et courroucent quiconque appréhende la « démocratie » dans son acception originelle. Les quinze mille lobbyistes qui grouillent dans la capitale belge19 n’impriment leur empreinte néfaste qu’avec l’aval des décideurs, dont l’omnipotente Commission et ses trente trois mille trente-neuf collaborateur(-trice)s, tous statuts confondus. Ce beau monde pratique l’art consommé de « l’entre-soi » dans une ambiance feutrée. Les businesswomen(-men) atteignent rapidement un « degré d’intimité » avec les cadres des Directions générales. « Ce n’est plus la raison qui occupe leur cerveau, mais le volume des affaires ». José Bové relate « la bataille du gaz de schiste » et celle du « libre-échange » avec le Canada et les States. Le chapitre sur « le plan fumeux du lobby du tabac » s’apparente presque à un thriller. Réjouissons-nous avec le natif de Talence de quelques « victoires » : par exemple l’interdiction, le 1er décembre 2013 pour… deux ans, de trois néonicotinoïdes fatals aux abeilles (l’imidaclopride, la clothianidine, le théaméthoxame) ou le refus, le 13 décembre 2013, par la Cour européenne de Justice à Luxembourg, de mettre sur le marché la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, mise au point par BASF pour produire plus d’amidon destiné à la fabrication de papier, de textiles et d’adhésifs.

Drainages et blablatages

Pour le vice-président de la commission parlementaire « Agriculture et développement rural », « l’Europe demeure un rêve subversif et pragmatique ». Combien de conditions sine qua non pour le concrétiser !…

« La crise fait le lit du Front national, d’autant plus sûrement que, nourrie par les excès de l’ouverture, elle rend plus attrayantes les sirènes du repli… Plongé dans le grand bain immatériel et poisseux du supranational, le peuple est totalement incapable de s’imaginer un destin ». Ces constats, stipulés avant le « séisme » d’avant-hier, émanent de Coralie Delaume dans « Europe. Les États désunis »20. « Si l’Union européenne est de plus en plus objet de défiance, ce n’est pas parce que le public se trompe de colère », mais « parce qu’il l’a identifiée comme la cause profonde de nombreux maux ». Cette sorte « d’impuissance » que révèle « la paralysie générale du politique » draine « fatalisme, découragement, exaspération et ressentiment ». Pour marquer leur ras-le-bol, leur dégoût, de très nombreux(-ses) citoyen(-ne)s boycottent l’isoloir : 56,84% d’abstentions dans l’Hexagone21, un léger reflux par rapport au 7 juin 2009 où 59,37% des inscrit(-e)s n’avaient pas participé. Les leaders de l’UMP et moult commentateur(-trice)s qui blablatent sur les plateaux des télés, notamment à « C dans l’air » (France 5), et des radios, insistent péremptoirement sur la corrélation entre le P.S. gouvernant le pays et la montée en puissance du F.N., sans esquisser la moindre once d’analyse validée par la réalité. L’audience de l’extrême-droite intégrée à l’establishment n’est-elle pas imputable avant tout aux reniements, par les solfériniens, de leurs principes les plus basiques, à leurs promesses22 vite remisées aux oubliettes, à leur incapacité d’esquisser une autocritique salutaire ? « L’Europe sert de cache-misère et d’idéologie de substitution » pour tenter de masquer (qui se laisse encore duper ?) « un ralliement sans condition aux préceptes néolibéraux ». Une autre assertion de Coralie Delaume à laquelle j’acquiesce. Tous ces preux chantres de « l’intégration » feignent de ne pas cerner que la Commission, la Banque centrale et la Cour de justice de Luxembourg  « sont les temples dans lesquels se célèbrent désormais la lente agonie des souverainetés nationales et l’escamotage patient de la démocratie ». Qui se soucie de la primauté du droit communautaire sur les législations spécifiques des différents États membres sous les coups de boutoir uniformisateurs répétés des vingt-huit juges et des neuf « avocats généraux » composant la troisième instance citée ci-dessus ?… Le livre très instructif de l’initiatrice du blog « L’arène nue » complète utilement les deux autres recensés23 en ces lignes.

René Hamm, Bischoffsheim (Bas-Rhin), le 27 mai 2014

1 Fakir Éditions, 1er trimestre 2014, 132 pages, 7 €.

2 303 rue de Paris 80000 Amiens.

3 Inaugurée le 6 décembre 2001 par Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen et Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles.

4 Boîte de conseils et d’expertises dans différents domaines (énergie, transports, logistique, santé, environnement, défense, sécurité…) des secteurs public et privé, se targuant d’une « compréhension des deux côtés de l’arène de la compétition ».

5 Cette manie d’ajouter l’adjectif « social » à des organismes ou des théories qui ne le sont pas !

6 Du 6 janvier 1985 au 22 janvier 1995.

7 Actuellement, Leif Johansson (Ericsson) préside cet aréopage de cinquante-deux PDG de grandes entreprises, dont sept Français.

8 Du 22 mai 1981 au 19 juillet 1984.

9 La Décroissance de mars 2014.

10 Idem.

11 Pour la France, la CFDT, la CFTC, la CGT, FO, l’UNSA.

12 Chez Aden à Bruxelles, septembre 2011, 368 pages, 25 €.

13 Du 27 octobre 1998 au 18 octobre 2005.

14 Remplacé, en mars 2006, après vingt-six numéros, par Le Plan B, lequel cessa sa parution après son édition de mai-juin 2010.

15 Le dimanche 25 mai, à 14 heures, la Chaîne parlementaire a rediffusé « Les nouveaux chiens de garde » de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. Dans la foulée, la reprise du « débat », animé par Emilie Aubry, sur le thème « Médias, politiques, le même discrédit ? » avec les inénarrables Élie Cohen, Franz-Olivier Giesbert et Dominique Wolton, vingt-trois minutes trente deux de faux-culerie!

16 Sur France Inter, le 20 février 2014, interviewé par Bruno Duvic.

17 Éditions La Découverte, février 2014, 261 pages, 17 €.

18 Harlem Désir occupe la peu glorieuse 752ème place. Son absentéisme chronique et ses glandouillages n’ont pas retenu François Hollande et Manuel Valls de le nommer secrétaire d’État aux Affaires européennes… « L’exfiltrage » d’un foutriquet!…

19 Si vous ne l’avez pas vu lors de sa diffusion, les 12 et 24 février, ainsi que le 5 mars 2013 sur Arte, je vous recommande plus que chaudement de « streamer » sur Youtube le très remarquable documentaire, fruit d’investigations poussées, « The Brussels business » du Belge Matthieu Lietaert et de l’Autrichien Friedrich Moser. Il sera projeté, le jeudi 29 mai à 19 heures, et suivi d’une discussion, dans le cadre de la Foire éco-bio de Colmar (Haut-Rhin) qui s’annonce d’un cru exceptionnel.

20 Chez Michalon, mars 2014, 220 pages, 17 €.

21 57,68% à l’échelle du continent. 87% des Slovaques, 80,5% des Tchèques et 79,04% des Slovènes ne se sont pas déplacés.

22 La seule qui ait connu une traduction dans les textes et faits, un tant soit peu conforme à « l’engagement » de la campagne électorale, « le mariage pour tous » (une formulation des plus stupides !), ne revêtait pas un caractère d’urgence, sauf à conférer au quinquennat de François Hollande une première estampille prétendument « progressiste ». Que, sous prétexte « d’égalité », Christiane Taubira and co aient créé une énième « niche fiscale » sans en supprimer aucune parmi les plus scandaleuses des quatre cent soixante existantes (coût : quatre-vingt milliards d’euros par an à ajouter aux quelque soixante-cinq milliards soustraits par la fraude et l’évasion) n’a pas gratouillé grand monde…

23 Je mentionnerai aussi « Désobéissons à l’Union européenne ! » d’Aurélien Bernier, Éditions Mille et une nuits, mars 2011, 176 pages, 4,10 €. Version actualisée en janvier 2014.

Stratégie de désobéissance et d’extension européenne

3Quelques remarques pour commencer. Je reformule certains commentaires écrits à la lecture du dossier Europe de ContreTemps n° 21.

 

 

Je suis toujours surpris que l’on parle des traités européens en esquivant la place et les conséquences de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des traités internationaux (voir sur ce sujet Claude Vaillancourt : L’empire du libre échange, Les accords de libre-échange constitutionalisent, en quelque sorte, le capitalisme). Il en est de même du rôle de l’impérialisme français, des groupes industriels « nationaux », dans la mondialisation.

Le mode de production capitaliste et les institutions étatiques et para-étatiques organisent une socialisation, planification des activités, sur un mode anti-démocratique. Les mouvements d’émancipation ne peuvent éluder les questions de socialisation élargie, de leur auto-organisation, des structures politiques de démocratie étendue nécessaires. Cela dépasse la notion de coopération soulignée par les auteur-e-s. D’autant, comme elles et ils l’indiquent aussi, en parlant du niveau européen, le mouvement d’émancipation, le mouvement ouvrier est très en retard face à la coordination transnationale des entreprises, du patronat et de la bourgeoise, face à leur « internationalisme » excluant…

Sans oublier que toute politique remettant en cause la propriété lucrative, le droit exorbitant des entreprises, le pouvoir de la classe dominante se heurtera, et quel qu’en soit le cadre institutionnel, à des réactions violentes de la bourgeoisie, des autres États, des institutions internationales…

En introduction, Verveine Angeli, Thomas Coutrot, Guillaume Etiévant, Michel Husson, Pierre Khalfa, Daniel Rallet, Jacques Rigaudiat, Catherine Samary, Aurélie Trouvé soulignent, entre autres, « les politiques d’austérité qui entretiennent la crise mènent à la déflation, qui à son tour aggrave la crise ». Elles et ils expliquent pourquoi un retour critique sur construction européenne est nécessaire, les limites de la logique libre-échangiste, le tournant constitué par l’adoption de l’Acte unique en 1986, l’inscription au cœur des traités du droit de la concurrence, l’éviction des peuples et des citoyen-ne-s, le néolibéralisme installé, le fédéralisme autoritaire, l’imbrication des systèmes productifs et introduisent sur les débats autour de la sortie de l’euro, du mouvement social européen et du « désobéir pour reconstruire ».

Sommaire :

  1. De continuité en ruptures : la longue marche du néolibéralisme

  2. L’euro, machine à diverger

  3. L’austérité une erreur ? Non : un projet

  4. La sortie de l’euro, un remède illusoire

  5. Le mouvement social européen en chantier

  6. Désobéir aux traités pour refonder l’Europe

Après être revenu-e-s sur l’histoire de la construction européenne, les continuités et les ruptures, les contradictions, les auteur-e-s analysent, de manière très pédagogique, l’euro « machine à diverger ». Elles et ils font ressortir que « le projet est en fait de faire fonctionner la monnaie unique comme un instrument de discipline salariale ». La présentation « des mécanismes de la divergence » est facile à lire sans être simpliste.

J’ai notamment apprécié le chapitre 3 : « L’austérité une erreur ? Non : un projet ». Les auteur-e-s rappellent, entre autres, que « La pression des marchés financiers sur les États est organisée par les États eux-mêmes ». C’est en effet se tromper soi-même que de penser que les dirigeant européens se trompent. Il y a bien une fuite en avant ultralibérale et productiviste. Il ne faudrait pas gâcher une si bonne crise !!! C’est un nouveau monde que cherchent à créer les élites dominantes, un monde dans lequel la démocratie et ses risques seraient contenus, ou le fédéralisme se fait plus autoritaire car fondé sur une discipline financière qui ne sert que les intérêts des dominants, « un fédéralisme autoritaire néolibéral, au sein duquel la souveraineté des États est à la fois mise en commun et entre parenthèses par un système de contraintes juridiques soustraites à la pression démocratique ». Sans oublier les projets « de donner aux multinationales de nouveaux outils juridiques … afin de pouvoir poursuivre les États dont les initiatives réglementaires entraveraient la course au profit maximum »

Je partage les analyses sur le remède illusoire que serait la sortie de l’euro. Au delà du renchérissement de la dette, du mirage de la compétivité-prix, de la boucle infernale des dévaluations-inflation-austérité, de la valorisation de la souveraineté nationale qui ne saurait être confondue avec la souveraineté populaire, des illusions probables sur la bourgeoisie nationale (voir les conséquences des compromis avec la bourgeoise au Chili par exemple, ou lors des décolonisations), de l’oubli des antagonismes entre « capital et travail » au niveau national, etc., euro ou pas, mener une autre politique impliquera « un bras de fer avec les institutions internationales et les marchés financiers ».

Comme les auteur-e-s du livre, je considère que le mot d’ordre de sortie de l’euro est une inversion des fins et des moyens, est contradictoire aux politiques de nécessaire, pour la transition écologique, comme pour la réorientation et la satisfaction des besoins.

Verveine Angeli, Thomas Coutrot, Guillaume Etiévant, Michel Husson, Pierre Khalfa, Daniel Rallet, Jacques Rigaudiat, Catherine Samary, Aurélie exposent les mobilisations en Europe, leurs limites, les expériences en cours dont celle des Indigné-e-s des Balkans avec leurs « plénums civiques, multinationaux », l’état du syndicalisme, les Forum sociaux européens confrontés à l’institution particulière qu’est l’Union européenne, l’Alter sommet, les réseaux dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation, le Blockupy Francfort…

Les auteur-e-s concluent sur des perspectives de désobéissance aux traités, de coopérations entre les peuples, de refus du dumping social et fiscal (et donc d’une convergence qu’il faudra imposer), des nécessaires décisions communes pour une transition écolo-énergétique…

Hier, certains courants pour l’émancipation parlaient des États-Unis Socialistes d’Europe, plus modestement nous sommes confronté-e-s à une construction historique de combats et d’institutions communes, de coopérations et de solidarités européennes, c’est pourquoi il faut refuser « cette Union-là »

Un livre pour débattre. Au delà des commentaires du début de cette note, des analyses étayées qui prennent en compte les contradictions en œuvre, soulignent les limites et les possibilités des mouvements sociaux, engagent des pistes de réflexion sur la désobéissance, la rupture, en gardant en ligne de mire les nécessaires solidarités.

Et une argumentation solide sur le débat de la sortie de l’euro, préconisée comme mot d’ordre, comme impératif, par certain-ne-s, au nom quelque fois d’une « ruse de la raison internationaliste » qui me semble plus relever de la ruse de l’irraison nationaliste et de la survalorisation des frontières nationales dans la mondialisation. Par ailleurs, au delà des divergences sur cette question, c’est bien la construction d’hypothèses stratégiques qu’il convient de construire ensemble.

En complément possible, le dossier Europe du n°21 de ContreTemps, Comme si les lendemains qui chantent imposeraient un présent qui déchante

Attac, Fondation Copernic : Que faire de l’Europe ?

Désobéir pour reconstruire

LLL – Les liens qui libèrent 2014, 175 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

Grèce : L’annulation de la majeure partie de la dette publique relève d’une impérative nécessité

La crise de la dette qui a éclaté en 2010 a constitué le meilleur prétexte pour la suppression des acquis sociaux des travailleurs et du peuple grec et pour la transformation du pays en une néocolonie soumise aux intérêts des créanciers. L’explosion du chômage à plus de 27%, la baisse des salaires et des pensions (de 40% en moyenne), l’augmentation des cas de suicide (plus de 6 000 enregistrés) et la migration massive des jeunes confirment le désastre social. Le gouvernement et les créanciers forcent les 99% de la population à payer cette crise. La responsabilité revient entièrement aux gouvernements grecs successifs et aux créanciers internationaux (tant du secteur financier privé : banques et fonds d’investissement, que des institutions internationales : FMI, UE et BCE) qui ont profité de la crise financière pour assurer leurs propres profits tout en provoquant une augmentation de la dette publique (175 % du PIB en 2014) et du déficit budgétaire grecs (12,7% du PIB).

Les discussions engagées le 5 mai 2014 au sein de la zone euro n’augurent rien de positif. Elles sont menées par les mêmes acteurs dont les manipulations récentes (le plan de restructuration de la dette par la participation du secteur privé en février 2012, et le rachat de la dette en novembre 2012) ont conduit à l’aggravation de la crise. Leurs intérêts sont diamétralement opposés à ceux de la société grecque.

La seule solution est la création d’un comité d’audit indépendant, susceptible de conduire à l’annulation de la majeure partie de la dette – à commencer par la dette contractée avec la Troïka qui représente à l’heure actuelle plus des deux tiers de la dette totale –, œuvrant au service d’un État souverain et hors du cadre imposé par les créanciers, et prenant appui sur toutes les expériences internationales similaires d’annulation des dettes (Équateur, Russie, Islande, etc.).

L’annulation de la majeure partie de la dette publique relève d’une impérative nécessité pour assurer l’amélioration des conditions des travailleurs et de l’ensemble de la société au moyen d’une politique sociale (favorisant l’éducation, la santé, la culture, etc.) et d’une augmentation des salaires et des pensions. Elle peut être fondée sur les clauses du droit international relatives à la dette odieuse, à l’état de nécessité, à la crise humanitaire, etc. Ce qui est nécessaire, c’est de la volonté politique.

L’Initiative pour un Comité d’Audit indépendant multipliera ses actions pour mettre un terme à toute démarche des créanciers ayant pour but de léguer le fardeau de la dette aux générations futures (p.ex., par l’allongement de la durée de remboursement), et pour que la question de l’annulation de la dette devienne une affaire du peuple grec.

Résolution adoptée à Athènes, le 7 mai 2014
Initiative pour un Comité d’Audit indépendant

Traduit par Panos Angelopoulos

Ne pas être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité

1Les drones constituent un des fleurons de l’industrie d’armement et de surveillance israélienne. Le Conseil fédéral helvétique prévoit d’en acheter à Israël.

BDS Suisse indique : « il est important de réagir contre un achat qui souligne une fois de plus la complicité des autorités suisses avec la poursuite de la politique répressive d’Israël à l’égard des Palestiniens ». D’autant que « Les rapports de la Banque mondiale montrent sans équivoque que, alors que tout développement économique et social de la population palestinienne est empêché, notamment dans les territoires occupés et que la pauvreté y est endémique, l’industrie d’armement et de sécurité est en plein essor en Israël depuis une dizaine d’années. Chaque nouvelle opération militaire dans la bande de Gaza, mais aussi des frappes militaires contre des pays voisins, profitent aux caisses des entreprises privés et étatiques de cette industrie et lui apporte de nouveaux contrats ».

L’éditorialiste, ajoute « Israël se spécialise en effet de plus en plus dans les technologies et les tactiques de surveillance asymétrique facilitant la répression d’une population largement sans défense ». Il convient aussi de se rappeler, l’ancienne collaboration militaire entre l’Afrique du Sud sous l’apartheid et de l’État d’Israël.

Le droit international implique de ne pas reconnaître la situation illicite créée par Israël. « Avec ce numéro spécial, nous entendons démontrer pourquoi toute coopération militaire et sécuritaire avec Israël soit être suspendue tant que ce pays continue de violer systématiquement les droits humains et les principes fondamentaux du droit international ».

Au sommaire :

  • Agnès Küng : L’industrie d’armement et de sécurité israélienne 

  • Shir Hever : L’impact politique du commerce d’armes de l’Europe avec Israël 

  • Hanspeter Gysin : La complicité militaire entre la Suisse et Israël 

  • Chronologie de la collaboration militaire entre la Suisse et Israël 

  • Peter Haenger : La longue fraternité d’armes entre Israël et le régime d’apartheid en Afrique du Sud 

  • Jonathan Cook : « The lab », Israël teste ses armes et ses tactiques sur une population palestinienne confinée 

  • Mary Honderich : Israël et son arsenal nucléaire : un secret de Polichinelle

  • Appel de la campagne BDS palestinienne à un embargo militaire immédiat et total d’Israël !

Je ne souligne que quelques éléments du premier texte sur « L’industrie d’armement et de sécurité israélienne ». Il me semble important de faire le lien entre les politiques menées par l’État d’Israël et le développement de industrie militaire. L’auteure parle de « focalisation de la politique israélienne sur les domaines de l’industrie et de la recherche militaire ». Agnès Küng rappelle, entre autres, les violations des droits humains et des droits internationaux de la part de l’État d’Israël qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Dans ces conditions, tous les pays acheteurs d’armes sont « complices de la politique de répression israélienne et violent en plus leurs propres lois ».

L’auteure détaille, la place de l’économie militaire en Israël, comment les territoires palestiniens sont un laboratoire pour cette industrie, le rôle de l’armée dans les politiques d’apartheid et de colonisation, Gaza comme « bon terrain d’essai pour le développement d’un équipement de plus en plus spécialisé », le rôle d’Israël dans la répression à l’échelon mondial, la participation des universités israéliennes à l’industrie de répression, la place de la robotique dans les processus de déshumanisation (voir sur ce sujet : Grégoire Chamayou : Théorie du drone, La fabrique 2013, Un régime de violence militaire à prétention humanitaire), le programme nucléaire et l’utilisation d’armes illégales, la responsabilité de la « communauté internationale », etc .

Une brochure à faire connaître, des argumentaires concrets supplémentaires en faveur de la campagne Boycott – Désinvestissement – Sanctions (BDS) contre Israël.

En collaboration avec Palästina-Solidarität Region Basel, BDS Suisse : L’industrie d’armement et de sécurité israélienne

http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/161-bds-fr/campagnes/bds-suisse/embargo-militaire-securite/790-l-industrie-d-armement-et-de-securite-israelienne

Didier Epsztajn

Construire un autre imaginaire collectif, un autre sens de la réalité

5Dans sa préface l’éditeur rappelle que « l’achat d’une résidence principale a été massivement encouragé, et les organismes financiers n’ont pas eu de mal à faire pression sur les gouvernements pour déréguler le marché hypothécaire, au motif qu’en assouplissant le crédit on faciliterait le logement ». Il souligne le rôle de la Plateforme des personnes touchées par l’hypothèque (PAH).

Trois éléments réclamés par cette Plateforme :

  • La « dation en paiement rétroactive » en cas d’impayé : lorsqu’une banque saisit un bien, la dette créée à l’achat de ce bien doit être liquidée

  • Le moratoire des expulsions et la reconnaissance du fait qu’expulser une famille sans revenus revient à violer le droit fondamental au logement, inscrit dans la Constitution

  • L’affectation des biens saisis par les banques à un parc de logements sociaux.

Sommaire :

Préface de Patrick Doutreligne : « Un écho espagnol à l’appel de l’abbé Pierre de 1954 ? »

Avant-propos de l’éditeur : « Oui, on peut… en Espagne et ailleurs !

  1. Un procédé criminel

  2. ImPAHrables

  3. S’organiser pour gagner

Annexes

Les auteur-e-s analysent, entre autres, la poursuite de la dette après la saisie du bien immobilier par la banque, le rôle des experts « pour détourner le débat de l’arène politique et échapper ainsi au contrôle des citoyens », la formation de la bulle immobilière, la spéculation, la politique des taux d’intérêts et de la fiscalité, le rôle de l’État et des principaux partis politiques.

Elle et il insiste sur le rôle de la propriété immobilière dans l’idéologie néo-libérale : « Le paradigme de « ta valeur est celle de ce que tu possèdes », leitmotiv d’une société qui parie sur l’individualisme et le succès personnel à tout prix, est devenu le principal repère pour beaucoup d’entre nous : posséder un logement était la porte d’accès au club privé des citoyens de première classe, la location étant le choix résiduel réservé aux exclus de ce club ».

Ada Colau et Adria Alemany détaillent les mobilisations, la proposition de loi d’initiative populaire (IPL), le rôle de la Plateforme des personnes touchées par l’hypothèque (PAH), l’auto-coordination citoyenne, la construction d’une autre légitimité, « Mais, pour que les gens se prennent en main, il ne suffit pas de créer des espaces communautaires. Il faut réinterpréter la réalité et reconstruire un scénario de la crise différent de l’officiel, un scénario que nos puissions identifier ». Les auteur-e-s parlent de désobéissance civile. Elle et il revendiquent : « la restitution du logement doit impliquer l’extinction de la dette envers la banque » et insistent sur les réponses « dimension collective et structurale au problème » pour briser « le mur d’isolement et de culpabilité ».

Un petit livre utile sur les résistances à la spoliation par les banques, sur le droit au logement et sur l’auto-organisation des citoyen-ne-s.

Sur le logement en France, lire par exemple : Jean-Baptiste Eyraud, Claire Le Strat, Willy Pelletier (Coord.) : Fondation Copernic : En finir d’urgence avec le logement cher, Syllepse 2013, Quand attendre devient obscène

Ada Colau et Adria Alemany : Si se puede !

Quand le peuple fait reculer les banques

traduit de l’espagnol par Elsy Gomez

Les Petits matins, Paris 2014, 141 pages, 8,50 euros

Didier Epsztajn

(Re)politiser l’espace institutionnel européen en y faisant entrer la conflictualité sociale

1« Doit-on se satisfaire du fait que le Parlement européen est « la-seule-institution-européenne-élue-au-suffrage-universel-direct » sans s’interroger sur les conditions dans lesquelles il est élu, et surtout sur le système dont il est seulement l’un des rouages ? »

Dans leur présentation, Bernard Cassen, Hélène Michel, Louis Weber soulignent, entre autres, l’abstention électorale, la notion de gouvernance à « l’exacte opposée de la démocratie citoyenne », l’illégitimité de la prise en main par la Commission européenne du Traité sur la stabilisation, la coordination et la gouvernance ((TSCG), l’auto-acceptation de la minimisation de son rôle par le parlement…

Elle et ils font des propositions de refondation radicale, en partant d’un constat : « Le régime de marché, avec l’adjuvant de la concurrence libre et non faussée, a été inscrit dans les traités, les accords inter-gouvernementaux, les règlements, « les protocoles d’accord » imposés par la Troïka aux pays les plus endettés. Ces dispositions ont été rendues aussi contraignantes que possible précisément pour réduire la portée de la prise de décision démocratique ». Sur cette forme de constitutionnalisation du capitalisme, voir le récent ouvrage de Claude Vaillancourt : L’empire du libre échange, M éditeur 2014, Les accords de libre-échange constitutionnalisent, en quelque sorte, le capitalisme.

Les auteur-e-s indiquent deux autres dimensions sur lesquelles, elle et ils reviendront : l’importance du lobbying et la production du droit que s’est arrogée la Cour de justice de l’Union européenne.

Sommaire :

Présentation

Un peu d’histoire

Nouveaux traités, nouvelles compétences

Procédures et mécanismes électoraux

Les derniers scrutins en France

Eurodéputés et groupes parlementaires

Un dispositif complexe

Du bon usage et du mauvais usage des pouvoirs

La voix des citoyens européens ?

(Re)politiser la décision européenne

Bernard Cassen, Hélène Michel, Louis Weber, dans ce petit livre, détaillent, entre autres, l’histoire, les rôles et les limites du parlement européen, la matrice qui fait « du libre échange et de la concurrence la norme d’une régulation efficace et juste », les procédures institutionnelles, les traités et les nouvelles compétences, les mécanismes électoraux et les particularités nationales.

Les auteur-e-s examinent plus particulièrement les derniers scrutins en France, dont l’abstention. Elle et ils soulignent la faible influence des député-e-s sur les deux autres composantes du « triangle institutionnel », la Commission européenne et le Conseil des ministres. « Cette disjonction entre élection parlementaire et désignation d’un exécutif n’a pas d’équivalent dans les États membres. Elle est même contraire à leurs traditions démocratiques ».

Elle et ils détaillent aussi les fonctionnements des eurodéputé-e-s, des groupes parlementaires, en spécifiant les différences avec les organisations nationales, des partis européens reconnus, ceux qui ne le sont pas, des fondations politiques européennes. Les groupes parlementaires sont « des conglomérats assez disparates », bénéficiant d’avantages matériels et procéduraux, dont la désignation des membres des commissions. Le dispositif est complexe, favorise le « duopole » PSE – PPE.

Bernard Cassen, Hélène Michel, Louis Weber insistent sur les procédures, leur extrême lenteur, les évolutions sur la « codécision », et à travers des exemples les possibles déplacements ou infléchissements. « Il existe cependant une limite de nature structurelle : les traités ».

J’ai notamment été intéressé par le chapitre « La voix des citoyens européens ? », les analyses sur le lobbying, sur les mobilisations sociales, la place de l’Initiative citoyenne européenne (ICE).

Si le fil conducteur de cette construction institutionnelle est bien de « tenir les peuples à l’écart », c’est donc bien aux mouvements sociaux d’y « faire entrer » la conflictualité sociale, de (re)politiser ces espaces.

Au-delà des appréciations sur les possibles avenirs de l’Europe, mais pas de cette Europe là, un petit livre utile.

Bernard Cassen, Hélène Michel, Louis Weber : Le parlement européen pour faire quoi ?

Editions du croquant, Bellecombe-en-Bauges 2014, 126 pages, 8 euros

Didier Epsztajn

Appel de toutes les forces démocratiques et progressistes tunisiennes pour s’opposer au prochain prêt toxique de l’Union européenne à la Tunisie

Les associations et les organisations signataires de cet appel exhortent toutes les forces démocratiques et progressistes tunisiennes à s’associer activement et de manière déterminante dans les efforts que ne cessent de déployer de nombreuses organisations, réseaux et parlementaires, tant en Tunisie qu’en Europe, afin de s’opposer au nouveau prêt toxique que l’Union Européenne projette d’octroyer à la Tunisie.

Ce nouveau prêt, d’une valeur de 300 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 650 millions de dinars, sera soumis à l’approbation du Parlement européen le 16 avril 2014 prochain. C’est un prêt qui est hautement toxique parce qu’il exige l’application stricto sensu des conditionnalités imposées par le Fonds monétaire international (FMI). Ces conditions vont à l’encontre des revendications du peuple tunisien exprimées à travers sa révolution. Elles portent atteinte de manière flagrante aux droits économiques et sociaux de la majorité des tunisiennes et des tunisiens. Leurs applications ne feront qu’aggraver l’impasse économique et sociale actuelle. De plus, elles augmenteront considérablement le prix que nécessitera la sortie de cette crise.

Nous rappelons que le programme du FMI compte parmi ses nombreuses conditions injustes :

  • la recapitalisation et la restructuration des banques publiques en vue de les privatiser,
  • la révision du Code du travail pour le rendre plus flexible et réduire davantage les droits des travailleurs, la baisse des salaires réels et le gel de l’emploi dans la fonction publique,
  • la révision néolibérale à la baisse des régimes de retraite et d’assurance maladie afin de diminuer les droits des salariés et des classes populaires,
  • l’arrêt progressif de toute subvention aux produits alimentaires et aux sources d’énergie de consommation populaire.

Dans le même temps, le programme du FMI prévoit d’élargir davantage les libertés et les privilèges du capital et des grandes fortunes par le biais de la baisse de l’impôt sur les profits des sociétés, les privatisations et le renforcement du système d’exonérations fiscales dont bénéficie les investissements directs étrangers. Il s’agit aussi de renforcer la primauté des droits du capital dans tous les domaines sur les droits nationaux, en renforçant les droits de propriété du capital étranger dans les secteurs des services et de l’agriculture.

C’est la même logique dominante que vise à imposer, élargir et approfondir le programme du FMI. C’est contre cette même logique, qu’un mouvement populaire de contestation s’est dressé spontanément, les 7-8-9 janvier dernier, pour rejeter les nouvelles redevances que voulaient appliquer ce programme sur tout le secteur des transports. Ce mouvement a fini par avoir raison contre ces redevances et contre le gouvernement qui voulait les imposer.

Pour ces raisons, les organisations et les associations signataires, vous appellent à réagir rapidement et collectivement contre ce projet de crédit. Plus particulièrement, pour appeler les eurodéputé-e-s à voter la suppression des conditions qui ne feraient que rendre ce prêt, économiquement et socialement hautement toxique pour la Tunisie. Le gouvernement doit décider souverainement de l’utilisation des 300 millions d’euros. Cet argent devra être affecté en fonction des priorités et des besoins fondamentaux du peuple tunisien. Il est urgent que cet argent soit affecté pour :

  • la création d’emplois pour les centaines de milliers de chômeurs,
  • mettre fin à la dégradation dangereuse du pouvoir d’achat de l’ensemble du peuple tunisien,
  • l’amélioration de l’état de la santé publique, combattre toutes les formes de pollution de l’environnement,
  • financer la réforme du secteur de l’enseignement publique qui tombe en ruine,
  • porter secours aux populations des quartiers populaires et des régions de l’intérieur, surtout en mettant en œuvre un plan national de lutte contre l’extrême pauvreté.

Nous tenons à rappeler, à ce propos, que près de 85% des nouveaux crédits contractés depuis la chute du dictateur ont été affecté au remboursement de sa dette odieuse.

Les créanciers européens (France, Allemagne, Italie, Belgique, BEI, etc) doivent prendre leurs responsabilités en annulant cette dette odieuse sans condition. Les parlementaires européens doivent les y pousser au moment du vote d’avril conformément à leurs propres engagements. En attendant cette annulation, il est urgent de suspendre le remboursement de la dette extérieure de la Tunisie et de réaliser un audit intégral de cette dette.

Tunis, le 25 mars 2014

  • Raid Attac Cadtm Tunisie,
  • Union Générale des Etudiants de Tunisie,
  • Union des diplômés chômeurs,
  • Organisation Tunisienne pour la Citoyenneté
  • Rencontre Citoyenne de lutte contre la dictature de la dette

Publié sur le site du CADTM

L’Union européenne et le Mercosur négocient en secret un traité de libre-échange

Avant la nouvelle réunion des équipes de négociateurs

Les mouvements populaires s’opposent au traité de libéralisation commerciale

Face au projet de marché, nous réaffirmons l’ « intégration » à partir des peuples

En novembre 2005, la résistance et la mobilisation des mouvements populaires de « Notre Amérique » (Nuestra América) réussirent à enterrer l’ALCA. Les dirigeants et les peuples latino-américains repoussèrent le diktatde l’Empire consistant à nous soumettre à un espace de « libre-échange » dans les Amériques. Les conséquences ruineuses pour les secteurs populaires de ce « libre-échange » restent aujourd’hui évidentes avec la dégradation des conditions de vie des peuples dans les pays qui signèrent ces traités avec les Etats-Unis.

Huit ans après, nous voyons avec préoccupation les tentatives de recréer un nouvel ALCA avec les négociations d’un Traité de libre échange entre les pays du Mercosur et l’Union européenne qui auront lieu aujourd’hui (21 mars) lors d’une nouvelle réunion à Bruxelles. Face à cette situation, les mouvements populaires signataires ci-dessous :

Dénoncent que ces négociations se réalisent de manière secrète et confidentielle, sans information officielle sur les questions et propositions en débat, et exigent qu’elles soient publiques. L’ensemble de la population a le droit de connaître et de discuter les conséquences de cet accord commercial.

Exhortent également les gouvernements des pays du Mercosur et les autorités de ce bloc régional à garantir des processus de consultation avec les organisations populaires et l’ensemble de la population.

Alertent sur le fait que ce traité risque d’accroître la dépendance de l’Argentine et de la région vis-à-vis d’une intégration basée sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits industriels européens.

En plus, le traité aura comme conséquence le démantèlement des systèmes de protection sociale et réduira les capacités d’intervention de l’Etat et publique en faveur des peuples et d’un projet de pays et de région alternatif.

Nous ne permettrons pas la promotion d’investissements européens qui cherchent à transférer dans nos pays les activités extractivistes et polluantes, dévastatrices pour les peuples et la « Terre Mère » (Madre Tierra), dans le but de contourner les régulations environnementales existantes dans leur continent.

Un tel accord renforcera surement la subordination de l’Argentine et de la région aux diktats du CIADI* et aux organismes financiers internationaux. Nous proposons que les gouvernements du Mercosur suivent l’exemple de la République bolivarienne du Venezuela qui s’est retiré de cet organisme international en 2012 en mettant en cause sa légitimité en tant qu’arbitre « impartial » global dans le domaine commercial.

Parce que l’intégration dont ont besoin nos peuples doit être basée sur la solidarité, la justice et la réciprocité et non dans le « libre-échange », nous invitons à renforcer ce débat et la mobilisation face à l’avancée de ce traité et des autres initiatives de libéralisation commerciale en cours.

  • Information immédiate et large sur les termes des négociations en cours. Convocation à un débat public et démocratique sur les conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles de ces négociations.
  • Solidarité avec les mouvements sociaux européens qui résistent à l’accord.
  • Non au traité de libre échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Non à la militarisation de notre continent promue par les puissances impériales.
  • Oui à l’intégration des peuples basée sur les principes d’égalité, de solidarité, de réciprocité, de complémentarité et défense de la « Terre-Mère ». Pour la défense de nos biens communs sociaux, naturels et de nos territoires. Pour la défense des souverainetés populaires et de la souveraineté alimentaire des peuples de Notre Amérique.

Coordination continentale des mouvements sociaux de l’ALBA –

Section Argentine – Le 21 mars 2014

* NdT : Les expressions de « Nuestra América », « integración », « Madre Tierra » correspondent à des notions bien spécifiques en Amérique latine.

MERCOSUR : Marché du Cône Sud, il regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay (actuellement suspendu), l’Uruguay et le Venezuela. La Bolivie a signé son adhésion en 2012 mais elle n’est pas encore ratifiée par certains pays.

ALCA (FTAA en anglais – ZLEA en français) : Zone de libre-échange des Amériques impulsée par les Etats-Unis et faisant suite à l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) a été mis en échec en 2005 suite à la mobilisation des mouvements sociaux et le refus de certains dirigeants : Hugo Chávez, Nestor Kirchner et Lula.

ALBA (Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) : Créé en avril 2005, elle regroupe le Venezuela (pays initiateur), Cuba, la Bolivie, la Dominique, le Nicaragua, l’Equateur, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua et Barbuda. Le Honduras s’en est retiré en 2010 suite au putsch qui a renversé le président Manuel Zelaya.

CIADI : Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.Le centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements a été créé par la convention de Washington du 18 mars 1965.

(Traduction Richard Neuville) 

http://alterautogestion.blogspot.fr/2014/03/negociations-dun-accord-de-libre.html

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La Unión Europea y el Mercosur negocian en secreto un tratado de libre comercio

Ante la nueva reunión de los equipos negociadores

Los movimientos populares decimos NO al tratado de liberalización comercial

 Frente al proyecto de mercado reafirmamos la integración desde los pueblos

En noviembre de 2005 la resistencia y movilización de los movimientos populares de Nuestra América logró enterrar el ALCA. Los mandatarios y pueblos latinoamericanos rechazamos las órdenes del imperio de someternos a un área de “libre comercio” en las Américas. Las ruinosas consecuencias para los sectores populares de ese “libre comercio” hoy quedan en evidencia con la degradación de las condiciones de vida de los pueblos en aquellos países que firmaron estos tratados con Estados Unidos.

8 años después, vemos con preocupación los intentos de recrear un nuevo ALCA con las negociaciones de un Tratado comercial entre los países del MERCOSUR y la UNION EUROPEA que tendrán hoy 21/3 una nueva reunión en Bruselas. Ante ello, los movimientos populares abajo firmantes:

Denunciamos que estas negociaciones se realizan de forma secreta y confidencial, sin información oficial sobre las cuestiones y propuestas en debate, y exigimos que se hagan públicas. Toda la población tiene derecho a conocer y discutir las consecuencias de este acuerdo comercial.

Instamos también a los gobiernos de los países del Mercosur y a las autoridades de este bloque regional a garantizar los procesos de consulta con las organizaciones populares y el conjunto de la población.

Alertamos que este tratado amenaza con profundizar la dependencia de Argentina y la región con una integración basada en la exportación de bienes primarios y la importación de productos industriales europeos.

Además tendrá como consecuencia el desmantelamiento de los sistemas de protección social y laboral y reducirá las capacidades de intervención estatal y pública en favor de los pueblos y de un proyecto de país y de región alternativo.

No permitiremos que se promocionen inversiones europeas que buscan transferir a nuestros países emprendimientos extractivistas y contaminantes, devastadores de los pueblos y la Madre Tierra, con el efecto de eludir las regulaciones ambientales existentes en su continente.

Un acuerdo así seguramente profundizará la subordinación de Argentina y de la región a los dictados del CIADI y los organismos financieros internacionales. Proponemos que los gobiernos del Mercosur sigan el ejemplo de la República Bolivariana de Venezuela que en 2012 se retiró de dicho organismo internacional y cuestionó su legitimidad como árbitro “imparcial” global en temas comerciales.

Porque la integración que necesitan nuestros pueblos debe basarse en la solidaridad, la justicia y la reciprocidad y no en el “libre comercio”; convocamos a ampliar este debate y organización frente al avance de este tratado y del resto de las iniciativas de liberalización comercial en marcha.

  • Inmediata y amplia publicidad de los términos de las negociaciones en curso. Convocatoria a un debate público y democrático sobre las consecuencias económicas, sociales, ambientales y culturales de dichas negociaciones.
  • Solidaridad con los movimientos sociales europeos que resisten al ajuste.
  • No al tratado de libre comercio entre la Unión Europea y el Mercosur. No a la militarización de nuestro continente promovida por las potencias imperiales.
  • Sí a la integración de los pueblos basada en los principios de igualdad, solidaridad, reciprocidad, complementariedad y defensa de la Madre Tierra. Por la defensa de nuestros bienes comunes sociales, naturales y de nuestros territorios. En defensa de las soberanías populares y de la soberanía alimentaria de los pueblos nuestroamericanos.

ARTICULACIÓN CONTINENTAL DE MOVIMIENTOS SOCIALES DEL ALBA Capítulo Argentina

http://www.albamovimientos.org/2014/03/la-union-europea-y-el-mercosur-negocian-en-secreto-un-tratado-de-libre-comercio/

Chypre : un cercle vicieux qui rappelle celui de la Grèce

CADTM : A un an du « plan de sauvetage » conclu entre le gouvernement chypriote et la Troika (fin mars 2013) en contrepartie d’un prêt de 10 milliards, quel est le bilan des mesures d’austérité mises en œuvre ? Quel est leur impact sur la population ?

L’actuel gouvernement de droite à Chypre est monté au pouvoir, il y a un an, suite à une campagne de longue durée, soutenue aussi par le parti socialiste, contre le parti de gauche, AKEL, qui gouvernait le pays. Cette campagne reproduisait dans une très large mesure le discours de la coalition gouvernementale en Grèce. Selon ce discours, la crise économique résulte d’une fonction publique hypertrophiée et inefficace qui génère des déficits publics insoutenables et donc une dette publique trop élevée. Ce discours purement idéologique est fondamentalement erroné aussi bien pour le cas de la Grèce que pour celui de Chypre.

Malgré la corruption et avec une dette publique élevée mais stable autour de 115% du PIB, dans les années 2000, la Grèce a connu une croissance du PIB et de la productivité remarquable, alors que les dépenses publiques y étaient sensiblement inférieures à la moyenne de la zone euro. Selon le discours dominant, les fonctionnaires publics dépassaient 1,5 million. Il s’est avéré finalement, après une recherche officielle récente, que le nombre de fonctionnaires était inférieur de moitié à celui diffusé par la coalition gouvernementale.

Invoquer ce même discours à Chypre est complètement ridicule : à Chypre, il n’y avait ni de scandales significatifs (sauf celui des banques privées bien sûr et celui d’une imposition des entreprises qui était la plus faible de l’UE), ni une dette publique élevée. À la fin des années 2000, la dette publique chypriote était non seulement sensiblement inférieure à la moyenne de celle de la zone euro et à celle de l’Allemagne, mais elle respectait encore le critère de Maastricht, selon lequel la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Cependant, les partis de droite et le parti socialiste « maximalisaient » la responsabilité des déficits publics pour « minimiser » celle des banques. Dans les années 2010, la croissance des déficits publics était directement liée aux répercussions de la crise mondiale et européenne sur l’économie chypriote et surtout à la recapitalisation des banques privées en difficulté. Aucune politique d’austérité budgétaire ne pouvait faire face à la crise d’un secteur bancaire privé dont les pertes ont été estimées à 10 milliards d’euros, dans un pays où le PIB était inférieur à 18 milliards. Mais le mensonge répété maintes fois quotidiennement est efficace. Une large partie de la population chypriote considère le fonctionnaire public, dont le salaire est plus élevé que celui de l’ouvrier dans le secteur privé, comme autant responsable de la crise que le banquier. En réalité, la différence des niveaux de salaires entre le secteur public et le secteur privé à Chypre résulte du fait que le coût unitaire du travail dans le secteur privé est parmi les plus faibles de la zone euro (avec celui du Portugal et de la Grèce).

Le « plan de sauvetage » cependant ne se limite pas au secteur bancaire. Il impose une austérité budgétaire avec des conséquences très graves sur les conditions de travail, notamment sur les salaires des fonctionnaires, sur les bénéficiaires d’aide publique ainsi que sur les services publics (y compris les services de santé et d’éducation). Les diminutions consécutives des salaires dans le secteur public, loin d’avoir comme conséquence la fermeture du ciseau entre le salaire public et le salaire privé, ont provoqué la diminution des salaires du secteur privé, des salaires déjà très faibles, qui suivent chaque fois la chute des premiers. Les organisations du patronat qui exigent la « fermeture du ciseau », chaque fois que celui-ci commence à se resserrer suite à une diminution du salaire dans le secteur public, l’ouvre de nouveau elles-mêmes en imposant des diminutions de salaires dans le secteur privé. C’est ainsi que dans un pays où les petites et moyennes entreprises font faillite l’une après l’autre, dans un pays où plus de la moitié des immeubles commerciaux dans les grandes avenues sont vides, à vendre ou à louer, les profits des grandes entreprises fleurissent. En 2013, le profit brut d’exploitation des entreprises à Chypre a augmenté de presque 700 millions d’euros ! Et ceci dans un contexte où le pouvoir d’achat de la population diminue non seulement à cause de la diminution des salaires, mais aussi à cause de l’imposition indirecte qui augmente sensiblement ; dans un contexte où les quelques dizaines de grands entrepreneurs chypriotes qui profitent de la crise refusent de payer l’intégralité du service de leurs dettes auprès des banques chypriotes, dont les actifs « toxiques » ne cessent d’augmenter. On estime qu’une vingtaine de grands entrepreneurs ont une dette auprès des banques qui s’élève à 6 milliards d’euros, soit à 60% des capitaux que la Troïka compte dépenser dans le « sauvetage » de l’économie chypriote.

Les politiques d’austérité rendent la gestion de la crise bancaire extrêmement difficile et cela malgré la condition que la Troïka a imposé uniquement à Chypre afin de lui accorder le prêt de 10 milliards : la confiscation de tous les dépôts bancaires au-dessus de 100 000 euros de la Banque Populaire et de presque 50% de la même catégorie de dépôts de la Banque de Chypres[1]. La récession de l’économie (-2,4 en 2012, -5,4 en 2013) qui continue en 2014 et l’augmentation exponentielle du chômage (qui avoisine 20%) font augmenter les actifs toxiques des banques (estimés à 27 milliards d’euros) qui ne peuvent toujours fonctionner que dans le cadre extrêmement protectionniste adopté : contrôle strict des mouvements de capitaux, plafond journalier de 300 euros de retrait de liquide avec les cartes bancaires, etc. Les banques qui demeurent privées, toujours gérées par le même establishment économique et politique qui les a conduits à la faillite, appliquent toujours la même politique de taux d’intérêts élevés qui ne permet pas la diminution de la récession et le redémarrage de l’économie.

Il s’agit d’un cercle vicieux qui rappelle celui de la Grèce. Dans ce pays, les politiques de la Troïka rendent la dette publique insoutenable de manière directe, alors qu’à Chypre la dette publique augmente dangereusement via la dette privée et la crise bancaire.

CADTM : Fin février, le Parlement a voté contre le plan de privatisation des entreprises publiques, mesure issue du mémorandum conclu avec la Troïka en mars 2013, et une des conditions à la poursuite du prêt. Le texte a finalement été revoté et adopté le 4 mars. Peux-tu revenir sur ce plan ? Les entreprises qu’il concerne ?

Le projet de privatiser les entreprises publiques à Chypre, notamment les télécommunications (CYTA), l’électricité et la gestion des ports, est un véritable scandale.

En ce qui concerne les télécommunications, il faut tout d’abord noter qu’il s’agit d’une entreprise publique profitable, ouverte à la concurrence, offrant ses services à des prix très faibles comparativement à ceux des entreprises de télécommunications d’autres pays européens. Malgré le fait que les prix de télécommunications sont parmi les plus bas de l’Europe, CYTA a essayé à plusieurs reprises de diminuer davantage les prix de ses services, ce que les autorités lui ont interdit au nom de la concurrence ! La « concurrence non faussée » est valable seulement quand les entreprises privées menacent la survie des entreprises publiques. Lorsque les entreprises publiques menacent la survie des entreprises privées, on impose des mesures pour protéger les intérêts privés toujours au nom de la même concurrence. CYTA n’est pas seulement une entreprise profitable, mais une entreprise qui finance l’État. Celui-ci profite chaque année de montants non négligeables de la redistribution des profits de cette entreprise.

En ce qui concerne l’électricité, on pourrait dire la même chose que pour les télécommunications : entreprise efficace, profitable, entreprise qui finance l’État à travers la redistribution de ses profits. Contrairement aux télécommunications, il est vrai que l’électricité à Chypre est très chère. Cependant, 80% de son coût de production est dû au prix du gasoil importé, utilisé pour la production de l’électricité, suite à un choix énergétique de l’État chypriote contraire aux propositions de l’entreprise. La campagne du gouvernement actuel visant à relier le prix de l’électricité aux « salaires élevés » des ouvriers, efficace aux yeux de l’opinion publique, n’est pas fondée : le salaire ne représente que 7% du coût de production. Il faut ajouter que la distribution de l’électricité dans un petit pays comme Chypre est une activité de caractère nécessairement monopolistique. Pourquoi donc la privatiser ? Pour transformer un monopole étatique en un monopole privé et pour augmenter ainsi le prix de l’électricité en faveur de profits privés ?

Comment expliques-tu que dans un premier temps le gouvernement n’ait pas trouvé une majorité au sein du Parlement pour adopter le plan de privatisation ? Comment expliquer la démission de quatre ministres ? Va-t-on former un nouveau gouvernement de continuité ? Ou est-on face à une vraie possibilité de changement ?

Le gouvernement a eu des difficultés à faire passer au Parlement la loi sur les privatisations. La coalition au pouvoir était composée de deux partis de la droite chypriote. L’un de ces partis, le Parti démocratique, dont le pourcentage aux élections parlementaires oscille autour de 15%, vient de sortir du gouvernement, mais pour des raisons liées à un énoncé commun du président de la République de Chypre et du leader de la communauté chypriote-turque qui détermine le cadre d’un nouveau processus de négociations sur le problème chypriote[2]. Le président du Parti démocratique récemment élu, qui se présente comme un nationaliste dur, rejetant ce cadre de négociation (celui de l’ONU en fait), a provoqué une crise majeure dans son parti qui est maintenant divisé en deux, avec une aile en faveur des négociations et une aile qui est contre. Cela peut paraître paradoxal, mais ce sont plutôt les parlementaires de l’aile qui a soutenu l’énoncé commun, et qui était contre la sortie de leur parti du gouvernement, qui ont voté contre la première version de la loi sur les négociations. Ces parlementaires ont voté contre cette première version de la loi sous la pression des mobilisations sociales et des grèves des entreprises publiques. Beaucoup de cadres syndicaux de ces dernières sont membres du Parti démocratique et ont une certaine influence sur les parlementaires de ce parti. Finalement, la loi sur les privatisations après quelques amendements mineurs est passée avec le soutien de tous les députés du Parti démocratique. La menace de la Troïka d’arrêter le financement du « plan de sauvetage » a certainement joué un rôle décisif dans cette évolution.

On ne peut pas parler d’une véritable instabilité politique à Chypre. Le parti du président de la République contrôle encore le jeu politique. Il contrôle maintenant complètement le gouvernement qui a le soutien implicite du Parti démocratique sur la gestion de la crise et le soutien implicite de la Gauche sur la gestion du problème chypriote. Il s’agit bien sûr d’une stabilité qui semble relativement précaire, mais il ne faut pas oublier que le système politique à Chypre est celui de la République présidentielle : il accorde au président des pouvoirs presque « loyaux » pour une période quinquennale.

Le mouvement populaire contre les mesures d’austérité n’est pas encore très combatif et massif. Il y a bien sûr quelques grèves, notamment dans les entreprises publiques, et quelques mobilisations remarquables, mais la population semble se trouver encore dans un état de choc qui la paralyse. La crise chypriote n’a pas (encore ?) conduit à la radicalisation sociale et politique constatée en Grèce. Cette situation est due en partie aux traditions du mouvement ouvrier chypriote : pendant les 54 années de l’indépendance chypriote, le parti de gauche a participé à 44 années de coalitions gouvernementales, en collaboration avec une partie de la droite. Cela lui a permis de travailler dans le sens d’une distribution moins injuste des gains de la croissance économique, mais il a empêché le développement des traditions d’auto-organisation et de combativité du mouvement ouvrier.

Stavros Tombazos, 31 mars 2014, publié sur le site du CADTM

 

[1] Sur le prélèvement sur les dépôts bancaires, lire http://cadtm.org/Chypre-La-troika-persiste-et-signehttp://cadtm.org/Le-choc-chypriote

[2] En 1974, en réponse à un coup d’Etat militaire sur l’île soutenu par la dictature des colonels d’Athènes, une partie de Chypre est occupée par l’armée turque. Depuis lors, l’île est divisée. En 1983, le nord de l’île s’autoproclame “République turque de Chypre du Nord”. Un processus de paix entre les deux parties de l’île a été relancé sous l’égide de l’ONU. L’énoncé commun prévoit l’égalité politique de la communauté chypriote-grecque et de la communauté chypriote turque dans l’État central, ainsi que deux zones géographiques, ou deux « États constitutifs », chypriote-grec et chypriote-turque de la République. Il prévoit également « une et unique » personnalité internationale, nationalité, et souveraineté de la République

International Appeal : no to the vote on the racist ammendment / Appel international : non au vote de l’amendement raciste !

Grèce : L’impunité des violences racistes et la pénalisation des victimes par la loi renvoient l’Europe à ses heures sombres

Nous sommes inquiets et nous voulons le faire savoir. Alors que l’impunité des violences racistes est un problème qui s’étend de plus en plus en Grèce, le gouvernement Grec, plutôt que d’y répondre, s’apprête à la légaliser tout en punissant les victimes ! La semaine dernière, il a introduit un amendement au Code de la Migration qui prévoit l’expulsion des immigrés qui auraient déposé plainte contre les violences d’État au cas où leur plainte serait rejetée. C’est effrayant : cet amendement relève d’une stratégie de la peur, il punit les victimes et non les auteurs.

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Selon toute une série d’organisations nationales, européennes et internationales, en Grèce, la tolérance et la non-dénonciation des violences contre les immigrés – en particulier lorsque les auteurs portent un uniforme – a créé une tradition terrible. Nous croyons que la tolérance par l’État de la violence raciste – et plus encore son institutionnalisation –, au nom de la « protection » de l’appareil d’État contre les immigrés et les réfugiés (!), ne relève pas du « droit » d’un État national et n’est pas un moyen pour lui d’exercer sa souveraineté nationale. La situation de crise humanitaire provoquée en Grèce par les mesures d’austérité inacceptables et les responsabilités écrasantes que la Grèce a été forcée d’assumer en matière de flux migratoires ne peuvent aucunement servir d’alibi à un pays européen pour revenir à une époque de pur non-droit qui fait écho aux périodes sombres du continent européen. Lorsque cela arrive, nous savons déjà que le seul bénéficiaire en est la droite raciste.

 Nous croyons que les partis politiques et la communauté des citoyens à travers toute l’Europe doivent prendre immédiatement des initiatives afin que la légitimation étatique de la violence raciste par un pays européen soit stoppée et qu’une nouvelle réduction des droits des immigrés soit évitée.

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L’amendement inacceptable a été provisoirement retiré mais, comme le Ministre de l’Intérieur l’a annoncé, il sera réintroduit la semaine prochaine. En outre, l’ensemble de l’article 19, qui permet d’attribuer des permis de séjour pour raisons humanitaires – notamment aux victimes de violences racistes – a également été retiré du Code de la Migration.

Nous appelons les citoyens, les organisations, les mouvements, les partis politiques de toute l’Europe à réagir immédiatement, en mettant la pression sur le gouvernement Grec pour que l’article 19 soit réinstauré, sans l’amendement raciste quelle qu’en soit la forme. Il s’agit d’une question fondamentale de démocratie, d’humanisme et de justice.

merci à Olivier pour cette traduction

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https://www.facebook.com/impunity

https://secure.avaaz.org/en/petition/Greek

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Greece: The impunity of racist violence and the penalizing of victims by law returns Europe to dark times

We are concerned and we want to declare it. While the impunity of racist violence is a continuously extending problem in Greece, the Greek government, rather than addressing it, is about to legalize it, while punishing the victims! Last week, it introduced an ammendment to the Code on Migration that, in instances where their complaint is archived, foresees the expulsion of immigrants who lodge complaints of state violence against them. It is chilling: this ammendment is a scare tactic and it punishes the victims not the perpetrators.

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According to a series of national, european, and international organizations, in Greece, the tolerance and non reporting of violence against immigrants, especially in instances when the perpetrators are uniformed, has created a painful tradition. We believe that state tolerance of racist violence, more so, its institutionalization, for the «protection» of state aparratuses from immigrants and refugees (!) is not a «right» of any national state, nor is it a means of exercizing national sovereignty. The conditions of humanitarian crisis produced in Greece by the unacceptable austerity measures, but also the overwhelming responsibilities regarding migration flows that it has been forced to take on, cannot function as an alibi for a European country to return to times of state sanctioned lawlessness that echo dark periods of the European contintent. If this happens, we already know that the only beneficiary is the racist right.

We believe that political parties and the community of citizens across Europe ought to take immediate action so that the state legitimation of racist violence by a European country is stopped and further reduction of immigrants rights is avoided.

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The unacceptable ammendment has been temporariy withdrawn, but as the minister of the Interior has announced, it will will be reintroduced next week. In addition, all of Article 19, which allows for residence permits for humanitatian purposes, among them to victims of racist violence, has also been withdrawn from the Code on Migration.

We call on citizens, organizations, movements, political parties across Europe to react immediately, puting pressure on the Greek government to restrore Article 19, without the racist ammendment in any form. It is a fundamental issue of democracy, humanism, and justice.

First signatures:

Εtienne Balibar (Université de Paris-Ouest Nanterre, France)

Matyas Benyik (Chairman ATTAC Hungary)

Judith Butler (University ofBerkeley, USA)

Jodi Dean (Professor, Hobart and William Smith Colleges, USA)

Crhistine Delphy(University of Berkeley, USA)

Costas Douzinas (Birkbeck College, University of London, UK)

Rose-Marie Lagrave (Director of studies, EHESS, France)

Rose-Marie Lagrave (École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, France)

Michael Löwy (CNRS, France)

Antonio Negri (philosopher, Italy)

Leo Panitch (Υork University, Canada)

Luzia Margareth Rago (Ιnstituto de Filosofia e Ciências Humanas, Brazil)

Enzo Traverso (Cornell University, USA)

Hilary Wainwright (Chief Editor of Red Pepper, UK)

Stavros Tombazos (University of Cyprus)

Eleni Varikas (Université Paris-8, France)

Athena Athanasiou (Professor of Social Theory at Panteion University, Vice President of Nicos Poulantzas Institute)

Eftichis Bitsakis (Emeritus Professor, University of Ioannina)

Aris Chatzistefanou (journalist)

Dimitris Christopoulos (Assistant Professor at the Department of Political Science and History of the Panteion University, Vice-President of the International Federation for Human Rights-FIDH)

Gerasimos Couzelis (Professor of Social Theory, University of Athens)

Foivos Delivorias (composer)

Nicos Filis (Avgi newspaper)

Antonis Cafentzopoulos (actor)

Stelios Kouloglou (journalist, tvxs.gr)

Kostas Koutsomitis (director)

Antonis Liakos (Professor, University of Athens)

Savvas Michael (author)

Ilias Nicolakopoulos (Professor, University of Athens)

Costis Papaioannou (coordinator of the Racist Violence Recording Network)

Vassilis Papastergiou (Member of the Board of the Athens Lawyers Association)

Nicos Paraskevopoulos (Professor, Aristotelian University of Thessaloniki)

Dimitris Psarras (journalist, author)

Michalis Spourdalakis (President of the Hellenic Political Science Association)

Dimitris Trimis (ex-Presiden of the Journalists’ Union of the Athens Daily Newspapers)

Constantinos Tsoukalas (sociologist)

Yannis Voglis (actor)

A quand une Europe garantie sans conservateurs ?

« Les droits des femmes doivent être mis à l’agenda politique européen », réclament Marie-Noëlle Bas (Chiennes de garde), Magali De Haas (Osez le féminisme), Sabine Salmon (Femmes Solidaires), Annie Sugier (Ligue du droit international des femmes)… après le récent rejet par le Parlement de l’Union d’un rapport sur l’égalité salariale. A quelques semaines des élections des députés de l’UE, elles proposent d’en faire « un enjeu significatif du vote ».

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Pour la deuxième fois en quelques mois, le Parlement européen a rejeté un texte qui visait à faire avancer l’égalité femmes – hommes en Europe. Les conservateurs, une fois de plus, se sont mobilisés contre l’égalité salariale, la lutte contre les stéréotypes sexistes ou l’accès des femmes aux responsabilités. Comme à leur habitude et prenant modèle sur leurs collègues américains, ils mènent en Europe un combat systématique contre les femmes au détriment de leur liberté et de leur émancipation. Plus étonnant, ils ont pu compter sur des députés s’affirmant progressistes pour s’abstenir et ainsi permettre le rejet du texte.

Ce rejet n’est pas un épisode isolé, il s’inscrit dans une série de reculs et de remises en cause des droits des femmes en Europe. Que l’on aborde la question de la contraception et de l’avortement, que l’on parle de permettre aux femmes d’accéder aux responsabilités ou encore de l’égalité des salaires, on se heurte à un mur de conservatisme qui freine n’importe quelle avancée, même minime. Pendant que l’Europe stagne, l’Espagne, la Lituanie ou la Macédoine font reculer le droit à l’avortement, pourtant clé de voute de la liberté des femmes et de l’égalité entre les sexes.

Que se passe-t-il dans les têtes de ces parlementaires ? Sont-ils, hommes et femmes, satisfaits des 18% d’écarts de salaire ? Sont-ils contents de constater que les femmes européennes ne sont que 25% dans les parlements nationaux ? Que parmi les 27 gouverneurs des Banques centrales, on ne compte aucune femme et qu’elles représentent par ailleurs 70% des travailleurs pauvres ? Qu’elles assument 2/3 des heures de travail pour ne toucher que 10% des revenus ? Qu’elles soient 62 millions victimes de violences physiques et sexuelles ? Est-ce cette Europe à laquelle nous aspirons et que nous souhaitons laisser aux générations futures ?

La responsabilité de la droite dans ces reculs est majeure. Celle des partis progressistes, qui n’ont pas réussi à mobiliser suffisamment ou qui se sont divisés, doit également nous interroger. Les quelques féministes qui se battent depuis longtemps dans ces organisations politiques le savent : l’égalité femmes – hommes, tout le monde est pour… mais ce n’est jamais la priorité ni le bon moment.

Quand les dirigeants de l’UE comprendront-ils qu’il ne sera pas possible de construire l’Europe sans les femmes et sans faire de leurs droits un automatisme des politiques publiques ? Tant que la moitié de la population sera victime de discriminations, d’inégalités et de violences, il ne sera pas possible de construire une Europe de justice et une Europe de paix.

Il ne s’agit pas uniquement des femmes elles-mêmes ou de leurs droits : c’est une vision de l’Europe que nous voulons porter. Continuera-t-elle à se construire indépendamment des intérêts de celles et ceux qui la constituent ? Continuera-t-elle à être l’objet de quelques individus blancs, aisés, vieillissants et déconnectés de la réalité des peuples qui depuis Bruxelles décident de l’avenir de millions de personnes, créent des normes dans de multiples domaines, mais relèguent aux Etats le droit de régir les libertés des femmes ?

Les droits des femmes doivent être mis à l’agenda politique européen. Les élections européennes seront une occasion à saisir pour porter ce débat sur la scène européenne, d’en faire un enjeu significatif du vote et d’envoyer un signal clair aux institutions européennes : l’Europe ne se fera pas sans les femmes et ne se fera pas sans l’égalité.

Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde
Marie Cervetti, directrice du FIT, une femme, un toit
Caroline De Haas, militante féministe
Magali De Haas, Osez le féminisme
Monique Dental, réseau féministe Ruptures
Anne-Cécile Mailfert, Osez le féminisme
Françoise Morvan, Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes
Marie-Christine Lecomte, vice-présidente de Libres MarianneS
Françoise Picq, Association nationale des Etudes Féministes
Sabine Salmon, présidente de Femmes Solidaires
Martine Storti, présidente de féminisme et géopolitique
Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

Signez maintenant la lettre sur le harcèlement sexuel !

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Samedi nous serons le 8 mars, journée internationale de lutte des femmes pour l’égalité et l’émancipation. Dans un tel combat, il y a l’indispensable mobilisation contre la violence faite aux femmes. Le harcèlement sexuel est une des formes de cette violence, une atteinte intolérable à la dignité et à l’intégrité des personnes.

La lutte contre le harcèlement sexuel est un objectif important pour construire l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. La politique de l’Etat de Vaud sur ce sujet essentiel est totalement insuffisante dans ses moyens et dans ses effets. Une collègue enseignante vaudoise en a fait les frais. Elle a mené durant des années, avec un courage exemplaire, la lutte pour faire reconnaître le harcèlement sexuel qu’elle avait subi entre 2003 et 2005. Elle n’a obtenu définitivement justice qu’en 2014, après un long et harassant parcours judiciaire.

Il faut tirer les leçons de ce cas exemplaire et renforcer le dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’administration cantonale vaudoise. Il est urgent que l’Etat de Vaud mette en œuvre les recommandations du Bureau fédéral de l’égalité (BFEG) de manière à ce que les pratiques de harcèlement sexuel soient rapidement et efficacement identifiées, combattues et sanctionnées.

À titre personnel ou pour une association, nous vous invitons à signer la lettre afin d’amener le Conseil d’Etat vaudois à renforcer les dispositions de lutte contre le harcèlement sexuel et à agir enfin efficacement sur ce terrain.

Retrouvez notre dossier complet sur notre site internet : www.sud-vd.ch

Et si on supprimait les sens uniques et les voies de garage

Le Service Diversité de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC) a publié une brochure très intéressante contre les discriminations à l’embauche, en septembre 2013 : http://www.csc-en-ligne.be/Images/Argumentaire%20anti-discrimination%20%C3%A0%20l%27embauche_tcm22-301443.pdf

Questions illégales sur : la nationalité, la prétendue race, la couleur de peau, l’origine nationale ou ethnique, l’ascendance, le sexe, l’orientation sexuelle, la naissance, l’état civil, l’âge, la langue, l’origine sociale, la fortune, la conviction religieuse ou philosophique, la conviction politique, la conviction syndicale, l’état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique.

La brochure détaille les questions indiscrètes, les questions illégales, les vraies questions masquées et propose des stratégies, des réponses à apporter.

Ces questions et réponses sont complétées par des « annexes théoriques » : définition de la discrimination, comportement interdits (discrimination directe, discrimination indirecte, injonction à discriminer, harcèlement, refus d’aménagement raisonnable), champs d’applications de la législation anti-discrimination, références légales, etc.

Très utile, tant pour l’information que pour la construction de réponses. Et des pistes de réflexions pour des modifications de réglementation en France

CSC : Argumentaire pour lutter contre les discriminations à l’embauche

http://www.csc-en-ligne.be/Images/Argumentaire%20anti-discrimination%20%C3%A0%20l%27embauche_tcm22-301443.pdf

Didier Epsztajn

Take the Boat

Le Pitch

Tous les ans, 5000 irlandaises doivent se rendre en Angleterre pour avorter. Leurs compatriotes disent qu'"elles prennent le bateau." En plus de se sentir isolées et criminelles, elles doivent débourser des centaines d’euros. Mais des deux côtés de la mer, des militants, comme Gillian qui a vécu la même chose, sont prêts à les aider.

http://www.dailymotion.com/video/x1cg4af_teaser-take-the-boat_shortfilms

Les bonnes raisons de nous rejoindre

Notre projet

Alors que la France est sur le point de célèbrer les 40 ans de la loi Simone Veil, l’accès à l’avortement est toujours refusé en Irlande, en Pologne, à Malte et à Chypre. En Irlande, où nous avons vécu pendant un an, il n’est autorisé qu’en cas de danger pour la vie de la mère.

A travers l’histoire des Irlandaises, ce film rappelle que le droit des femmes à disposer de leur corps n’est toujours pas acquis. Il questionne le poids de la politique dans l’intimité des femmes, toutes susceptibles d’être un jour confrontées à un tel choix.

Un sujet actuel
C’est l’Espagne qui a fait les gros titres ces dernières semaines, depuis que le gouvernement a prévu de limiter le droit à l’avortement. De notre côté de la frontière, on découvrait avec stupeur qu’il était encore possible de retourner en arrière. Et on en parle moins, mais la Lituanie prend le même chemin. Alors il faut de nouveau se pencher sur la question : qui d’autre que les femmes elles-mêmes peuvent décider ? Le combat des Irlandaises est un sujet terriblement actuel.

Un sujet universel, l’exemple irlandais
En France, on connait bien l’Irlande. Enfin, la Saint-Patrick, la beauté de ses paysages, ses pubs, et la sympathie légendaire de ses habitants. Mais ce pays a une histoire très riche, souvent douloureuse. Sur une île longtemps colonisée par son puissant voisin protestant, le catholicisme n’est pas seulement une religion mais une question politique à l’origine du mouvement pour son indépendance. Il est aujourd’hui le principal rempart à la libéralisation de l’avortement.

Un sujet tabou
En Irlande, l’avortement est vécu comme une chose honteuse qui doit rester secrète. Les femmes qui s’expriment publiquement sont rares et elles sont considérées comme des héroïnes par les partisans de la libéralisation. Parfois un drame, comme la mort de Savita Halappanavar en 2012, relance le débat sans que leurs voix soient réellement entendues. “Take the boat” leur donne la parole.

Et après ?
Compte tenu de l’actualité, nous aimerions développer le projet sur le web. Une carte interactive de l’Europe permettrait à l’internaute de naviguer d’un pays à l’autre pour avoir une vision globale des disparités en matière de droit à l’avortement à l’aide de vidéos, de témoignages et de données chiffrées.

"Take the Boat" dispose du soutien de la Bourse Brouillon d’un rêve 2013 de la SCAM.

Qui sommes nous?

Nous nous sommes rencontrées sur les bancs de l’université et nous avons vécu ensemble à Dublin en 2008-2009. C’est là que l’idée du film a pris forme.Camille Hamet est devenue journaliste après être passée par le Celsa et à la City University of New York. Séréna Robin a voyagé en Colombie, en Mauritanie, en Inde et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, elle écrit des scénarios. “Take the boat” est notre premier documentaire.
A quoi va servir l’argent ?
Dans un premier temps, les 10 000 euros demandés serviront à financer le voyage de Camille et Séréna en Irlande, afin de terminer le film et récolter les dernières interviews. Dans un deuxième temps, ces 10 000 euros nous serviront à assurer la promotion du film et à trouver un diffuseur.Dans l’idéal, nous aimerions également atteindre un second palier de 40 000 euros, qui serviront à finaliser la production et post-production du film.
Et si vous ne pouvez pas donner ?
Parler de “Take the boat” autour de vous, à votre famille, à vos amis, à votre entourage professionnel, c’est déjà une aide précieuse ! Mais nous sommes aussi à la recherche de témoignages, textes, photos, vidéos. Alors si vous avez des histoires liées à l’accès à l’avortement en Europe, n’hésitez surtout pas à les envoyer à contact.taketheboat@gmail.com. Et n’oubliez pas de nous préciser si vous voulez que votre témoignage soit publié.
Merci à toutes et à tous, nous avons vraiment hâte de partager cette aventure avec vous !

http://www.touscoprod.com/fr/taketheboat

Lettre ouverte en soutien aux citoyen/ne/s de Bosnie-Herzégovine

Nous soussignés, exprimons notre complet soutien aux citoyen/ne/s de Bosnie-Herzégovine dans leur colère justifiée et leurs demandes légitimes. Leur revendication d’une vie décente, d’une véritable démocratie, d’une solidarité par delà les frontières – qu’elles soient ethniques, nationales ou religieuses -, l’égalité sociale et la justice résonne à travers le monde.

Tout comme les mobilisations de la place Tahrir, du Park Zuccotti, des places Taskim et Syntagma, les manifestant/e/s bosniaques ont eu le courage d’aller par delà tous les obstacles institutionnels et toutes les limitations que le gouvernement impose à ses citoyens et ont repris les rues et les places. Les peuples de Bosnie-Herzégovine se soulèvent contre le système d’exploitation, l’injustice et l’inégalité au service d’une petite élite politique, économique et financière.

Un siècle après l’assassinat de Franz Ferdinand lorsque les leaders de l’Europe impérialiste ont poussé leurs nations dans la destruction mutuelle, la Bosnie envoie un signal fort à chacun/e. Le monde dans lequel nous vivons est un monde de divisons, dans lequel on assiste à l’expansion du fascisme, à un apartheid politique et social croissant et à la destruction capitaliste continue de la nature comme des biens communs. Les citoyens/ne/s de Bosnie-Herzégovine ont fait l’expérience de cela au quotidien au cours des 20 dernières années. Après la guerre nationaliste entre 1992 et 1995 au cours de laquelle 100.000 personnes ont perdu la vie, l’installation de la paix institutionnelle a restauré le système capitaliste, détruit la classe ouvrière et la classe moyenne et ont mis en place des divisions non seulement sociales mais aussi ethniques qui ont été exploitées avec succès par les élites politiques. Ils ont dit "assez" et nous disons "assez" avec eux.

Nous apportons notre soutien à leurs efforts légitimes pour créer une société de justice et d’égalité en Bosnie Bosnie-Herzégovine. Nous appelons tous les forces sociales et politiques progressistes à soutenir le peuple de Bosnie-Herzégovine dans sa lutte décisive pour un meilleur futur pour tou/te/s.

Signataires

Tariq Ali, écrivain et militant, UK

Gil Anidjar, universitaire, Université de Columbia, USA

Vladimir Arsenijević, écrivain, Serbie

Etienne Balibar, professeur émérite, Université Paris Ouest, France

Franco Berardi Bifo, philosophe, Italie

Alida Bremer, écrivaine, Allemagne

Wendy Brown, analyste politique, UC BUSA

Boris Buden, Université de Weimar, Allemagne

Noam Chomsky, linguiste et militant, MIT, USA

Goran Fejic, écrivain, France

Karl-Markus Gauss, écrivain, Autriche

Costas Douzinas, philosophe, Birkbeck, Université de Londres, UK

Daša Drndić, écrivain, Croatie

Michael Hardt, philosophe, Duke University, USA

David Harvey, géographe, CUNY, USA

Aleksandar Hemon, écrivain, USA

Srećko Horvat, philosophe, Croatie

Saša Ilić, écrivain, Serbie

Rada Ivekovic, philosophe, Université de St. Etienne, France

Mate Kapović, linguiste, Université de Zagreb, Croatie

Naomi Klein, auteure et militante, USA

Maurizio Lazzarato, philosophe, France

Christian Marazzi, économiste, Suisse

Antonio Negri, philosophe, Italie/France

Andrej Nikolaidis, écrivain, Bosnie Bosnie-Herzégovine/Monténégro

Nigel Osborne, professeur émérite, Université d’Édimbourg, Écosse

Costas Lapavitsas, économiste, SOAS, UK

Catherine Samary, économiste, France

Renata Salecl, philosophe, Slovénie

Elke Schmitter, écrivaine, Allemagne

Ingo Schulze, écrivain, Allemagne

Igor Štiks, Université de Bosnie Herzégovine, Écosse

Eric Toussaint, économiste, CADTM, Belgique

Yanis Varoufakis, économiste, Université du Texas, USA

Jasmila Žbanić, réalisatrice, Bosnie Bosnie-Herzégovine

Slavoj Žižek, philosophe, Slovénie

publié le 13 février 2014 sur le site du CADTM