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Les prisonniers palestiniens font reculer les autorités israéliennes

Le Collectif National Pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens salue la victoire des prisonniers politiques palestiniens, en grève de la faim depuis le 17 Avril, et pour certains d’entre eux depuis 75 jours.

L’essentiel de leurs revendications a été satisfait :

• Les détenus administratifs seront libérés si aucune charge contre eux ne leur a été notifiée

• La fin de la mise en cellule d’isolement

• Les familles de Gaza pourront enfin rendre visite à leurs proches emprisonnés et ce après six années de privation.

Cette victoire a été le fruit d’une lutte acharnée des prisonniers palestiniens pour la dignité. Ils ont réussi à l’imposer aux autorités israéliennes qui n’avaient que mépris pour eux et pour leurs justes revendications. L’unité palestinienne autour de ce combat a largement contribué à faire reculer le gouvernement israélien.

Les prisonniers ont pu, par leur détermination et par la justesse de leur cause, mobiliser la population palestinienne et l’opinion publique internationale autour de leurs revendications. Des organismes internationaux, tels que le CICR ou l’OMS ont alerté sur l’état de santé des prisonniers. Par contre, un silence absolu a été observé par les pays occidentaux et la plupart de leurs médias.

Le gouvernement israélien ne manquera , comme à son habitude, aucune occasion pour remettre en cause cet accord. Par esprit de vengeance et parce qu’il jouit d’une injustifiable impunité.

Le Collectif national réaffirme sa solidarité avec la lutte du peuple palestinien en quête de ses droits nationaux universellement reconnus et continuellement bafouées par les autorités israéliennes.

Il continuera sa mobilisation pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens qui viennent de remporter une vraie victoire.

Signataires : Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – Alliance for Freedom and Dignity (AFD) – Alternative Libertaire (AL) – Américains contre la guerre (AAW) – Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) – Association des Tunisiens en France (ATF) – Association France Palestine Solidarité (AFPS) – Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) – Association pour la Taxation des Transactions et pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) – Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) – Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) – Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) – Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) – Cedetim / IPAM – Collectif des Musulmans de France (CMF) – Collectif Faty Koumba : association des libertés, droits de l’Homme et non-violence – Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP) – Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Paix (CJACP) – Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) – Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) – Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5) – Confédération Générale du Travail (CGT) – Confédération paysanne – Droit-Solidarité – Europe-Ecologie / les Verts (EE-LV) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE) – Fédération Syndicale Unitaire (FSU) — Gauche Unitaire (GU) – Génération Palestine – La Courneuve-Palestine – - Le Mouvement de la Paix – Les Alternatifs – Les Femmes en noir – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) – Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Liberty (WILPF) (LIFPL) – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) – Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Mouvement Politique d’Education populaire (M’PEP) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Organisation de Femmes Egalité – Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) – Parti Communiste Français (PCF) – Parti de Gauche (PG) – Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Une Autre Voix Juive (UAVJ) – Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Générale des Etudiants de Palestine (GUPS-France) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) – Union syndicale Solidaires.

La femme, l’homme résigné-e est un-e mort-e vivant-e

« Quatre millions d’hommes et de femmes manifestant dans les rues de France contre la politique néolibérale : impossible ? C’est pourtant ce qui , toutes proportions gardées, s’est produit durant l ’été 2011 en Israël. Et cette vague surfait, à en croire les sondage, sur l’écrasante majorité de la population. Du jamais vu depuis 1948. »

Dominique Vidal et Michel Warschawski soulignent « Certes, les ”indignés” de là-bas ne portaient pas de banderoles affichant leur solidarité avec le combat des palestiniens pour leur autodétermination ».

Quoiqu’il en soit, « Ce soulèvement social sans précédent n’en a pas moins commencé à établir un lien, encore ténu, entre la politique intérieure du gouvernement Netanyahou, contre laquelle il se dressait, et sa politique extérieure. »

Les vingt portraits de ce livre permettent d’entrevoir d’autres facettes de la société israélienne, qui ne saurait se réduire à un bloc homogène sans contradiction. L’élargissement des fissures sociales, conséquences des politiques néolibérales, « En moins de dix ans, ils démantelèrent le système de sécurité sociale, d’assurance maladie, d’allocations familiales, de retraites et privatisèrent les services publics, réduits au minimum », combinées aux budgets de guerre et de colonisation, pourraient ouvrir un espace de radicalisation démocratique.

« Dès les premières manifestations, on a entendu des slogans, repris massivement par les participants, tels que ”le logement n’est pas une marchandise, l’éducation n’est pas une marchandise, la santé n’est pas une marchandise – ce sont des droits” ». Quant au mot d’ordre « Nous sommes le peuple ! », lorsqu’il s’accompagne de « Villes et banlieues, pratiquants et non pratiquants, Ashkénazes et Sépharades, Juifs et Arabes », c’est un début de remise en cause, certes encore très timide, d’une conception ethnique de l’État et une ouverture vers « une conception citoyenne de l’identité israélienne ».

Si ce mouvement se développait, les questions des colonies, de l’occupation des terres et plus largement des droits des palestien-ne-s, se poseraient alors dans un autre contexte que celui de unanimité nationale (sioniste) contre « les ennemis extérieurs ».

Je souligne la franchise et la dureté de certains propos émis. Par exemple Hillel, le pacifiste à la kippa : « Israël présente aujourd’hui des traits fascistes évidents : le militarisme, l’ethnocentrisme, le remplacement des valeurs démocratiques par les valeurs nationalistes, l’osmose du pouvoir et de l’argent, les récentes attaques contre les libertés et les droits de l’homme – tout cela signale un grave glissement vers un régime autoritaire ».

20 portraits :

Daphnee Leef, porte-parole du ” Mouvement des tentes “,

Koby Snitz, militant des Anarchistes contre le mur,

Yehuda Shaul, fondateur de l’ONG, Breaking the silence (Briser le silence),

Hanine Zoabi, députée du parti Balad,

Hillel Ben Sasson, porte-parole du Mouvement Solidarité Sheikh Jarrah,

Raanan Alexandrowicz, cinéaste,

Henriette Dayan et Yvonne Deutsch, militantes féministes,

Hassan Jabareen, directeur général du Centre légal pour les droits de la minorité arabe en Israël,

Léa Tsemel, avocate,

Shlomo Swirski, sociologue,

Zeev Sternhell, historien,

Ilan Greilsammer, politologue, militant de La Paix maintenant

Aida Tuma, rédactrice en chef du quotidien arabe Al-Ittihad,

Dov Hanin, député du Parti communiste israélien,

Avraham Burg, ancien président de la Knesset, voir son livre Vaincre Hitler, Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste (Fayard, Paris 2008) Un prince claque la porte

Gadi Algazi, historien et animateur du mouvement Tarabut-Hithabrut

Nurit Peled, professeure de littérature comparée et militante pacifiste,

Daniel Boyarin, professeur de culture talmudique à Berkeley,

Idith Zertal, historienne, voir son livre La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël (Editions La Découverte, réédition en format de poche, Paris 2004) Bienvenue dans le monde de l’industrie mémorielle

David, lycéen, 15 ans.

Je termine par deux citations l’une d’Idith Zertal, « Tant que nous ne parviendrons pas à connaître le drame de la Nakba, à le reconnaître, à le comprendre, à l’enseigner, bref à le partager, sans pour autant nier l’énormité et l’unicité de la catastrophe juive, cette terre déchirée ne connaîtra pas la rédemption. Et nous ne ne trouverons pas de solution entre égaux à notre tragédie commune, autrement dit la paix » ; l’autre d’Edward Saïd, cité par cette auteure : « Reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens ».

Dominique Vidal et Michel Warschawski : Un autre Israël est possible

Les Editions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine 2012, 174 pages, 19 euros

Didier Epsztajn

De Birwi, 1912, Palestine à la mort de Rachel, Bil’in, Cisjordanie, 4 août 2009

Le préfacier, Avraham Burg, ancien Président de la Knesset, auteur d’un magistral « Vaincre Hitler, Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste » (Fayard, Paris 2008) Un prince claque la porte, indique « Ce livre devait être originellement un livre scolaire, dans lequel Michel Warschawski s’adresse aux enseignants comme aux élèves de France, et leur parle de nous. Ces deux familles sont les deux peuples, juif et palestinien, dont les histoires s’entremêlent de plus en plus tout au long des cent ans de ce conflit sanglant qui déchire ces deux peuples si tristes. Warschawski nous invite à accompagner quatre générations et des dizaines de membres de ces idées et des positionnements qui déchirent depuis tant d’années les deux sociétés. Le livre ne s’achève pas par un ”happy end” car il n’essaie pas d’enjoliver la douloureuse histoire, mais de la décrire de la façon la plus fidèle possible à la vérité des faits. Et au Moyen-Orient les faits ne disent pour l’instant rien de bon. »

Sans discuter, ici, des imaginaires nationaux et de la notion de peuple, je tiens cependant à indiquer que sur le territoire de la Palestine historique, les populations sont, pour la plupart, palestiniennes et israéliennes. Et, quelque soit l’attachement, de celles et ceux qui se reconnaissent comme juives/juifs dans le monde, envers cet État, il ne saurait être « l’État des Juifs » mais uniquement celui de ces habitant-e-s, de ces citoyen-ne-s.

A priori, je ne suis pas friand de l’histoire transposée dans le domaine romanesque. Je dois reconnaître un talent certain à Michel Warschawski dans l’art de conter, de rendre l’épaisseur des faits historiques, des subjectivités, de la vie des membres de ces deux familles.

La connaissance intime de l’histoire, un engagement sans faille pour la reconnaissance des droits du peuple palestinien, et plus généralement pour les politiques d’émancipation radicale, trouvent sous la forme « roman » des dimensions colorées, des souffles d’espérance maintenue derrières les défaites et les catastrophes.

« La mode aujourd’hui est de nier la possibilité de raconter l’Histoire, et de la remplacer par des ”récits” (narratives, disent les chercheurs anglo-saxons), parallèles et contradictoires, qui comporteraient chacun sa part de vérités, toutes égales. Dans ce livre, j’ai fait le pari, certains diraient que j’ai eu le culot, de prétendre ne raconter qu’une seule et unique histoire des deux peuples vivant aujourd’hui en cette terre. Je m’y suis autorisé parce qu’à la frontière de ces deux communautés où j’ai choisi de vivre depuis plus de quatre décennies maintenant, j’ai acquis une solide connaissance de leurs points de vue. »

Un roman, à mettre du même coté que le très beau « Sur la frontière » (Stock, Paris 2002, réédition en format de poche Hachette Pluriel 2004).

Parmi les autres publications de l’auteur :

Au pied du mur (Editions Syllepse, Paris 2010) Le silence sur les choses suffit à cesser de les faire exister

Présentation et choix de textes : La révolution sioniste est morte. Voix israéliennes contre l’occupation, 1967 – 2007 (La Fabrique éditions, Paris 2007) Critiques israéliennes juives du sionisme

En collaboration avec Gilbert Achcar : La guerre des 33 jours – La guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban et ses conséquences (Textuel, Paris 2007) Combien de morts et d’horreurs faudra-t-il encore avant que cessent définitivement les guerres, occupations et ingérences coloniales ?

En collaboration avec Leila Shahid et Dominique Vidal : Les banlieues, le Proche-Orient et nous (Les Editions de l’Atelier, Paris 2006) Taayoush ou vivre ensemble

Michel Warschawski : Destins croisés

Israéliens – Palestiniens, l’histoire en partage

Préface d’Avraham Burg

Riveneuve Editions, Paris 2008, 234 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

Le tout n’est pas réductible à une question nationale

D’un coté un État surpuissant et une population juive israélienne qui semble très majoritairement adhérer aux fondements idéologiques du sionisme, donc à un État juif niant l’Autre, les palestinien-ne-s dans leurs droits d’hier et d’aujourd’hui.

De l’autre, un peuple palestinien profondément divisé en trois composantes : palestinien-ne-s israélien-e-s, palestinien-e-s de Cisjordanie et de Gaza, palestinien-e-s en exil, sans oublier les autres considérants sociaux, l’occupation, la ségrégation, l’apartheid et les milliers de morts.

Une véritable asymétrie, d’autant plus que les grands États de la planète ont apporté ou apportent un soutien, une collaboration à l’État d’Israël et ne remettent pas en cause sa politique et ses violations quotidiennes du Droit international.

Les auteur-e-s abordent de multiples sujets. Je n’en évoque que certains :

« Aspects institutionnels et juridiques de la reconnaissance international de l’État de Palestine » Monique Chemillier-Gendreau nous rappelle, entre autres, que « la souveraineté sur l’ensemble du territoire mandataire a été reconnue au peuple arabe de Palestine par les termes mêmes du mandat de la SDN en 1922 » et que « La volonté d’Israël d’être reconnu comme un État juif n’est pas seulement irréalisable, elle est aussi contraire à tous les principes du droit international. »

« Quand la gauche du Yichouv rêvait de binationalisme » (Dominique Vidal)

« L’étonnant renversement des démographies israélienne et palestinienne 1948-2048) » (Youssef Courbage). J’ai une certaine réticence sur ce type d’article, qui indépendamment des orientations de l’auteur, réduit les questions politiques à des dimensions démographiques très aléatoires en terme de projection. Par ailleurs l’analyse aurait gagné en profondeur en introduisant un point de vue de genre et les écarts/contradictions que cela implique, y compris dans les campagnes natalistes.

« Des économies entre séparation et intégration » Julien Salingue décrit les orientations d’origine sionistes sur « le travail juif » et la « préférence ethnique », les économies sous perfusion, les modifications entraînées par l’occupation/annexion de la Cisjordanie. La majorité des aides internationales reçue par les Palestiniens profite à l’économie israélienne (90% des exportations palestiniennes partent en Israël et 80% des importations en viennent). Économiquement, seule une solution régionale semble avoir un minimum de viabilité.

« Jérusalem, deux capitales et un partage » Isabelle Averan montre comment « Une panoplie législative diversifiée permet à Israël, en violation de la légalité internationale, de transformer les habitants palestiniens de Jérusalem en résidents à Jérusalem » et analyse les choix de « confessionnaliser le conflit pour le détourner de ses enjeux politiques ».

« Israël, l’apartheid et l’État palestinien » Leila Farsakh présente les différences et les proximités des régimes sud-africains et israéliens et justifie l’analogie employée (qui sera, par ailleurs, la base de la campagne internationale Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS)). Elle analyse aussi Oslo en regard de la loi international et les impacts de la colonisation, du mur, des bouclages et des checkpoints.

« De la lutte à mort à la dialectique maître/esclave » Raef Zreik indique que « Cette lutte « implique un minimum de convivialité et un sens prospectif d’un ‘nous’ commun qui se substitue à l’opposition habituelle entre ‘nous et eux’ ». Il nous rappelle que l’OLP a reconnu « le caractère national de la présence juive en Palestine ». Il conviendrait plutôt de parler du caractère national acquis de la présence juive israélienne. Si la dimension « nationale juive » extra-territoriale peut-être discutée, elle ne saurait être confondue avec celle des juifs/juives israélien-ne-s.

« Le vrai problème, c’est la décolonisation » Gadi Algazi souligne « insister sur la nature coloniale du conflit ne signifie pas que ce dernier soit unidimensionnel : il s’agit sans doute aussi d’un conflit national » et indique « la décolonisation représente un processus de réparation des erreurs du passé douloureux et imparfait, pas une machine à remonter le temps ». Il précise par ailleurs « Nous ne devons pas l’oublier si nous voulons saper le colonialisme, et c’est pourquoi il convient de se battre en Israël pour les droits universels et l’accès de tous aux services sociaux – indépendamment de l’ethnie, du sexe, de la religion, de la nationalité ou de l’affiliation politique » et j’ajoute que ce combat reste(ra) valide dans tous les États existants ou à venir.

Farouk Mardam-Bey termine par « Palestine démocratique et laïque : les avatars d’un mot d’ordre »

Des lectures importantes, mais à elles seules insuffisantes pour dégager une ou des pistes crédibles et majoritairement acceptées.

Est ce l’air du temps, même les auteur-e-s prenant en compte les questions sociales, n’envisagent l’avenir qu’à l’aune des questions nationales. Pourtant, les modalités d’auto-organisation, de participation de la majorité des femmes et des hommes, au delà de la révolte contre l’ordre colonial, ont toujours des dimensions sociales. Briser les unanimités factices et faire ré-émerger les dimensions de classe et de genre, peut à la fois permettre de fendiller/ désagréger le consensus interne de la société juive israélienne et créer les ponts d’une convergence d’intérêts des populations. Il n’y a jamais de « solution » nationale sans bouleversement des structures sociales.

Sous la direction de Dominique Vidal : Palestine Israël : un État, deux États ?

Études Palestiniennes, Sindbad, Beyrouth 2011, 254 pages, 23 euros

Didier Epsztajn

Ne laissons s’éteindre la lumière de leurs yeux

Je signale pour commencer un désaccord sur l’emploi de certains mots « génocide », « holocauste en devenir », « lent génocide » ou « si ce n’est de génocide complet, d’acte de génocide ». La création de l’État d’Israël s’est faite en violation du Droit International. Cet État, ses gouvernements et son armée devraient être jugés pour Crimes de guerre et probablement pour Crimes contre l’humanité. Sa création est intimement liée à ce que l’on nomme aujourd’hui une « épuration ethnique » et repose entre autres sur une conception « raciste » de la citoyenneté. Cet État a violé à de multiples reprises le Droit international et les résolutions de l’ONU. Depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem, le non respect du Droit international est une politique permanente.

Il ne sert donc à rien de parler de génocide contre les palestinien-ne-s, cela ne rend pas plus insupportables les politiques menées, les massacres réellement organisés et ce qu’il faut bien appeler l’apartheid envers les populations palestiniennes.

Bien sûr l’État d’Israël n’est pas que cela, il n’est pas le pire État au monde, comme le rappelle l’auteur. Ses dirigeants, sont donc en partie sensibles à l’opinion publique internationale.

L’appel au Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), lancé en juillet 2005, définit « les trois droits fondamentaux des Palestiniens qui constituent les conditions minimales nécessaires d’une paix juste : fin de l’occupation militaire de Gaza et de la Cisjordanie (Jérusalem-est comprise) et des autres territoires arabes au Liban et en Syrie ; droits des réfugiés palestiniens (tel qu’ils sont garantis par l’ONU), en particulier droit au retour dans leur foyer et aux compensations ; fin de la discrimination raciale systématique à l’encontre des citoyens palestiniens d’Israël, qu’un nombre croissant d’observateurs décrit comme un ‘régime d’apartheid’. »

L’auteur va détailler le pourquoi et le comment du BDS, en répondant aux différents arguments contre cette mobilisation. A lire entre autres, la belle lettre à Nadine Gordimer « A bas l’apartheid en Afrique du Sud , vive l’apartheid en Israël ! ». Il me faut souligner la qualité des analyses autour du boycott universitaire pour « fournir un moyen de transcender les limites du discours public autorisé » suivant la formule de l’universitaire britannique d’origine israélienne Oren Ben-Dor citée par l’auteur. J’attire aussi l’attention sur la construction du tramway (« Faire dérailler l’injustice ») à Jérusalem « Il s’agit de rendre irréversible la ‘judaïsation’ de Jérusalem » compte tenu de la place d’entreprises françaises (Veolia et Alstom)

Les impacts de la campagne se font sentir dans certains pays, mais encore peu de choses en France, en absence de relais par les organisations syndicales ou politiques qui se réclament de l’émancipation. Pourtant, malgré les manœuvres dilatoires de certains, la justice a réaffirmé à plusieurs reprises le droit à appeler au Boycott.

Lors de la campagne sur le Boycott de l’Afrique du Sud les mêmes arguments, les mêmes contrevérités ont été déversés. Contre la négation des constructions intolérables, il ne faut plus tolérer et relayer et participer à cette campagne démocratique. « Ce qui aurait pu apparaître au début comme une tentative désespérée de nager à contre courant est en train de devenir un souffle puissant qui pourrait bien inverser le sens du courant lui-même. »

Appel de la Société Civile Palestinienne Appel au Boycott, aux Sanctions et aux Retraits des Investissements contre Israël jusqu’à ce qu’il applique le Droit International et les Principes Universels des Droits de l’Homme

9 Juillet 2005

Un an après que l’avis consultatif historique de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui a jugé illégal le mur qu’Israël construit sur le territoire palestinien occupé, Israël continue sa construction du mur colonial au mépris total de la décision de la Cour. Après trente huit ans d’occupation par Israël de la Cisjordanie palestinienne (y compris Jérusalem-Est), de la Bande de Gaza et des Hauteurs du Golan syriens, Israël continue à accroître les colonies juives. Il a unilatéralement annexé Jérusalem-Est Occupé et les Hauteurs du Golan et annexe maintenant de facto de grandes parties de la Cisjordanie à l’aide du mur. Israël prépare également, dans l’ombre, son redéploiement prévu de la bande de Gaza – pour établir et accroître les colonies en Cisjordanie. Cinquante sept ans après que l’État d’Israël ait été établi principalement sur la terre ethniquement nettoyée de ses propriétaires palestiniens, une majorité de Palestiniens sont des réfugiés, dont la plupart sont apatrides. D’ailleurs, le système de discrimination raciale contre ses propres citoyens Arabes-Palestiniens derrière lequel il s’est retranché demeure intact.

À la lumière des violations persistantes du droit international par Israël,

Étant donné que, depuis 1948, les centaines de résolutions de l’ONU ont condamné les politiques coloniales et discriminatoires d’Israël en tant qu’illégales et ont appelé à des remèdes immédiats, proportionnés et efficaces,

Étant donné que toutes les formes d’intervention internationale et de tentatives de paix n’ont pas jusqu’ici convaincu ou forcé Israël à se conformer à la loi humanitaire, à respecter les Droits de l’Homme fondamentaux et à mettre fin à son occupation et son oppression du peuple de la Palestine,

En raison du fait que les personnes de conscience parmi la communauté internationale ont historiquement endossé la responsabilité morale de combattre l’injustice, comme illustré dans la lutte pour abolir l’Apartheid en Afrique du Sud par diverses formes de boycott, de retrait d’investissement et de sanctions;

Inspirés par la lutte des Sud-Africains contre l’Apartheid et dans l’esprit de la solidarité internationale, de la cohérence morale et de la résistance à l’injustice et à l’oppression,

Nous, représentants de la Société Civile Palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid.

Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos états respectifs afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël. Nous invitons également les Israéliens honnêtes à soutenir cet appel, dans l’intérêt de la justice et d’une véritable paix.

Ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :

  1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres Arabes et en démantelant le Mur

  2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens Arabo-Palestiniens d’Israël à une égalité absolue; et

  3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU

Approuvé par :

Les partis politiques, les syndicats, les associations, les coalitions et les organisations palestiniens ci-dessous représentent les trois parties intégrales du peuple de la Palestine : Réfugiés palestiniens, Palestiniens sous occupation et Citoyens palestiniens d’Israël.

http://www.bdsmovement.net/call#French et voir aussi http://pacbi.org/

Omar Barghouti : Boycott Désinvestissement Sanctions

BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine

La fabrique éditions, Paris 2010, 187 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

Écho de résistance

Me voici « cité à comparaître devant le Tribunal Correctionnel », comme « prévenu ». Un petit papier arrivé par Huissier. « Première audience de fixation ». Tout de suite suinte la menace : gare à l’absence immédiatement punie. Entrée en matière par le « Bureau de l’Exécution des peines » : il faut fournir justificatifs de revenus et moyen de paiement. Je suis convaincu que l’intimidation est l’enjeu de ces multiples citations à comparaître.
Ah oui, mon crime ? Appeler à Boycotter Israël jusqu’à l’application du Droit International, la reconnaissance de la Palestine dans les frontières de 67. BDSiser pour que le gouvernement israélien reconnaisse le peuple palestinien, son droit à un égal respect, à son État indépendant.
C’était le 26 juin 2010. Juste avant un autre procès sur le même thème qui visait Omar Slaouti et Alima Boumédienne. Leur inculpation nous paraissait tellement absurde, tellement dénuée de tout fondement que nous avions décidé de tourner en ridicule cette comparution. Nous avions organisé une pièce de théâtre au milieu des rayons du supermarché Carrefour, les inculpés revêtus d’habits de bagnards. Puis nous avions manifesté dans l’espace commercial appelant au boycott des produits israéliens. Deux policiers devant, deux policiers derrières, sans incident. Dans la dignité. Nous étions une centaine,venus « secrètement ». Le verdict de ce procès avait confirmé le caractère infondé de cette inculpation.
Plusieurs d’entre nous avaient pris la parole pour donner ses motivations. Tout a été filmé, diffusé. Nous assumons nos actes, avec fierté. C’est à partir de ces images que nous avons été 7 convoqués par la Police, puis à ce Tribunal Correctionnel :
  • Alcini Laurent (PCF , Front de gauche),
  • Boumédienne Thiery Alima (EELV, ex-sénatrice),
  • Shahshahani Nicolas (Europalestine),
  • Slaouti Omar (NPA),
  • Amestoy Sylvette (EELV),
  • Desmet Sylvain (EELV)
Nous dénoncions une injustice, une guerre, des crimes, la négation d’un peuple, le Droit bafoué, et nous voilà accusés ignominieusement de « délit de provocation publique à la discrimination à l’égard de personnes à raison de leur appartenance à une nation », « faits prévus et punis par l’article 24 alinéa 8 de la loi d 29 juillet 1881 » (ainsi notifié, mais j’imagine plutôt 1981 ? Je ne suis pas juriste)
Des hommes, des femmes, des enfants sont massacrés et il faudrait se taire ! Des populations sont parqués dans des ghettos, et il faudrait se taire ! Des paysans sont privés de leurs terres, de leur eau, et il faudrait se taire ! JAMAIS !
Nos paroles sont des paroles de solidarité et de refus de l’injustice. Ce sont des mots qui dénoncent et s’indignent d’actes politiques commis par un gouvernement extrémiste, fascisant. Nous sommes l’engagement pour les valeurs humaines. Ceux qui nous menacent devant les tribunaux ne sont que d’ignobles individus, méprisant à l’égard d’un peuple, complices d’une politique guerrière ne cherchant qu’à soumettre. Ce sont d’infâmes totalitaires voulant bâillonner ceux qui les dénoncent.
Comment accepter cela ? Comment tolérer de se soumettre ?
Tout dans ce que je suis, dans mon être, se refuse à cette soumission.
Je suis juif. Ma mère, mon père sont juifs. C’est une histoire longue, profonde, faite d’immigration, de persécutions redoutées et fuies, de frontières franchies sans bien connaître les usages et les langues. C’est cette peur mainte fois exprimée de retrouver l’état de paria et de population exutoire pour les périodes de crises. Tant de siècles de cet état ont marqué en profondeur les consciences et ont nourrit le sentiment que jamais, jamais, la sérénité n’est assurée. Jamais.
Mais pour moi, pour ma famille, être juif ce n’est pas seulement cela. Pas uniquement cette crainte devenue aveuglante. Je suis de cette culture juive de la dignité et de la résistance. Du combat partagé pour la justice et la fraternité. Des leçons de l’oppression pour refuser partout, à l’égard de quiconque, ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Je suis enfant de Raymond Aubrac, de Marek Edelman, de Joseph Epstein.
Parce que je suis juif de cette dignité, je résisterai.
Serge Grossvak

La complicité avec un Etat voyou est inacceptable. Israël doit être sanctionné.

La colonisation de la Palestine, l’occupation, le blocus de Gaza, le Mur, les confiscations de terres, les destructions de maisons, l’emprisonnement de milliers de Palestinien-ne-s, les discriminations, le racisme… sont des violations permanentes des droits humains et du droit international. Le gouvernement français, la “communauté internationale”, l’Union Européenne, le gouvernement grec, le gouvernement des Etats-Unis et le secrétaire général des Nations Unies sont COMPLICES et c’est cette complicité qui permet au gouvernement israélien de refuser ouvertement toute paix juste, tout retrait des territoires occupés et toute égalité des droits.

NON A L’IMPUNITE D’ISRAEL

L’impunité de ce gouvernement est un scandale absolu. Les événements qui viennent de se dérouler montrent comment il a pu externaliser la répression.

– Le gouvernement israélien a dicté sa loi à l’Union Européenne et au gouvernement grec. Ce gouvernement, qui plonge son peuple dans la misère en appliquant les mesures prônées par le FMI, a empêché la flottille internationale, issue d’un grand mouvement unitaire de solidarité et venue briser le blocus de Gaza, de quitter la Grèce alors que le Mossad avait impunément commis des sabotages contre les bateaux.

– Le 8 juillet, des centaines de militant-e-s avaient prévu de se rendre en Palestine par avion dans le cadre de l’opération “Bienvenue en Palestine”. Le gouvernement israélien a dressé des listes d’indésirables. Les gouvernements et les compagnies aériennes ont bloqué plusieurs centaines de personnes dans divers aéroports d’Europe. Et les autres ont été emprisonné-e-s et expulsé-e-s sans pouvoir entrer en Palestine, toujours avec la complicité de fait des gouvernements européens.

– Enfin, le yacht de plaisance “Dignité Al-Karama”, seul bateau de la flottille à avoir pu quitter la Grèce, a été arraisonné dans les eaux internationales par l’armée israélienne. Ses seize passager-e-s ont été kidnappé-e-s et expulsé-e-s.

STOP A LA COMPLICITE AVEC ISRAEL

C’est en toute connaissance et non par manque d’information que les complices du gouvernement israélien protègent en permanence l’occupant. Cet Etat surarmé dépensant l’essentiel de son budget dans les armes et les technologies de pointe, morceau d’Europe à l’intérieur du Proche-Orient, correspond à leurs souhaits. Le gouvernement Nétanyahou vient de faire voter (sans protestation venue d’Europe) à la Knesset une loi punissant d’une amende de 10000 euros quiconque préconise le boycott des produits des territoires occupés. Et il multiplie des campagnes de propagande niant même la réalité de l’occupation et du blocus.

Ça suffit ! La fuite en avant d’Israël dans la répression et la colonisation est à la fois criminelle contre les Palestiniens et suicidaire. Elle attise la haine des Juifs qu’Israël prétend représenter. Elle met en péril une solution fondée sur l’égalité des droits.

L’Etat de Palestine doit être reconnu, la France doit soutenir son entrée à l’ONU en septembre.

En 2005, 172 associations palestiniennes ont lancé la campagne internationale BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël. Devant la lâcheté et les complicités qui viennent de s’étaler, la légitimité de cette campagne, qui a déjà remporté de grands succès, est plus évidente que jamais. Il faut développer et renforcer cette campagne que les dirigeants israéliens redoutent.

Nous ne céderons pas et nous demanderons des comptes à tous les complices.

Union Juive Française pour la Paix 

Le 23 juillet 2011

Accès à l’eau : atteintes à un droit fondamental

Dianne est une camarade canadienne de Winnipeg, volontaire EAPPI comme moi. Elle m’a raconté le calvaire de Hussein A J’bour. En 1980, le gouvernement israélien avait déclaré son village “parc de signification nationale”, arguant du fait que selon certains archéologues, des Hébreux auraient habité dans ces grottes il y a quelque 4000 ans. L’armée était venue, et avait déporté 15 km plus au nord ceux de ses habitants installés dans des grottes. Mais Hussein, et quelques autres, étaient revenus, pour défendre leur droit et sauver leurs oliveraies et leurs jardins potagers. L’autorité palestinienne les avait aidés à construire en briques, à l’époque des Accord d’Oslo. Le premier ministre de l’Autorité palestinienne en personne, Salam Fayyad, s’était déplacé pour poser la première pierre. L’armée revint et détruisit ces nouvelles fermes.

La plupart des paysans abandonnèrent leurs terres ancestrales et s’en furent au village de tentes de Susiya, mais Hussein, sous sa tente dressée devant la grotte, s’accrocha. Il tenait à conserver les oliviers plantés là par son grand-père, son père et lui-même. Quant à ses enfants, ils ont émigré aux États-Unis, ce qui est bien l’objectif d’Israël. Lui n’a jamais vu ses petits-enfants.

En juin 2010, l’armée vint une nouvelle fois et anéantit l’unique citerne, y jetant gravier et grosses pierres. Hussein obtint alors du Secours islamique des réservoirs d’eau en plastique noir. L’armée récidiva et emporta ceux-ci le 5 juillet dernier. Au passage, les bulldozers Caterpillar creusèrent un fossé autour de dizaines d’oliviers, les emportant entiers avec leurs racines, et ne laissant à Hussein que les traces profondes des lourds véhicules.1 Le groupe des accompagnateurs œcuméniques EAPPI au sud d’Hébron, basé à Yatta, lui rend visite régulièrement.

Ces récits de démolitions, on pourrait les multiplier. L’agence de Nations Unies pour les réfugiés UNWRA2 rapporte que l’Armée israélienne a intensifié sa pratique de démolitions. Pendant le premier semestre de 2011, 706 Palestiniens ont perdu leur logement, dont 341 enfants. Ces chiffres sont plus élevés que ceux de l’ensemble de l’année 2010.

 Boycott, désinvestissement et sanctions

 [Ce qui suit n'engage que le signataire]

Pendant la préparation de notre tâche d’observateurs, tant en Suisse qu’ici à Jérusalem, j’ai entendu fréquemment l’hypothèse que les autorités israéliennes essaient de franchir le point de non retour, craignant un vote de l’Assemblée générale de l’ONU favorable à la création de l’État palestinien, vote qui aura lieu en septembre prochain à New York. D’après les pronostics qu’on entend et qu’on lit, entre 120 et l40 pays y seraient déjà gagnés. Mais ne péchons pas par un optimisme bleu ciel : ce n’est là qu’une hypothèse.

BDS, ça vous dit quelque chose ? Depuis plusieurs années, des ONGs et autres organismes de défense des Droits humains préconisent des mesures de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions à l’égard d’Israël. Selon les uns, le boycott s’appliquerait à l’ensemble de la production d’Israël, selon d’autres, seulement à celle des colonies de peuplement. Le Parlement israélien (Knesset) a bien senti le vent venir, qui a édicté le 11 juillet une loi interdisant toute propagande en faveur de BDS, sous peine de prison.3

Celles et ceux qui ont lutté pendant des décennies contre le régime discriminatoire d’Afrique du Sud, qui avait instauré la politique d’apartheid en 1948, savent bien que le boycott est une arme redoutable, qui a contribué à mettre fin à la suprématie des blancs minoritaires, en 1994. Dans le cas d’Israël, la campagne vise à la reconnaissance de la solution des deux États, dans les frontières d’avant 1967, réaménagées au cours de négociations paritaires.

Théo Buss4, Jérusalem, 30 juillet 2011

Diffusé par le CETIM www.cetim.ch

1 Le site des Rabbins pour les droits humains rend compte régulièrement des démolitions, voir www.rhr.org/il

2 L’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a été créé par l’Assemblée de l’ONU en décembre 1948, et établi en 1949, pour soutenir exclusivement les réfugiés palestiniens et leurs descendants.

3  La loi a été adoptée par une majorité de 48 contre 37. Le fameux ex-député de la Knesset Uri Avneri, une autorité morale en Israël et loin au-delà de ses frontières, a déclaré que le Parlement, en adoptant cette loi, avait franchi la limite entre un État démocratique et un État anti-démocratique. Des professeurs de droit d’Universités et de lycées israéliens, au nombre de 32, ont signé une pétition demandant au Ministère public de déclarer cette loi anti-constitutionnelle, car elle viole gravement la liberté d’expression politique et la liberté de protestation.

J’ai été mandaté par l’EPER et Peace Watch Switzerland en tant qu’observateur des droits humains dans le cadre du Programme d’accompagnement œcuménique EAPPI. Les opinions émises dans cet article ne reflètent pas nécessairement le point de vue des organisations mandantes. Pour toute information : www.eappi.org et www.peacewatch.ch


Jérusalem : Conflit de voisinage ou logique d’annexion

 

Une famille palestinienne accueillante reçoit dans la cour de sa maison les cinq membres de l’équipe EAPPI basée à Jérusalem. Conversation animée, pastèque, délicieux café arabe. Tout à coup le papa se lève, alarmé par des cris. Nous le suivons devant sa maison. Des colons israéliens et une femme palestinienne s’invectivent violemment, les hommes la menacent avec un batte de baseball. Ils en viennent aux mains, la femme est projetée au sol. Un Israélien corpulent et la femme palestinienne se crêpent le chignon, l’homme saigne d’une blessure à la tête: la femme l’a frappé d’une pierre qu’elle tient à la main. Malgré que nous soyons censés maintenir une attitude d’observateurs, un des volontaires EAPPI ne peut faire autrement que s’ interposer, et parvient à séparer les deux adversaires. La rue du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, où la scène se passe, est remplie de colons et de Palestiniens gesticulant, criant. Deux jeunes soldats sont impuissants à contenir les affrontements oraux chargés de menaces. Le renfort arrive rapidement, au son des sirènes. Un des officiers  intime l’ordre aux colons de rentrer dans la maison qu’ils occupent, et aux Palestiniens de rentrer chez eux. Si c’était aussi simple… les soldats utilisent du gaz au poivre contre les Palestiniens: deux femmes, deux hommes, un enfant sont projetés au sol, le visage défait par le gaz… Peu après, une ambulance municipale arrive – avec l’inscription Don du CICR – et les infirmiers donnent les premiers soins aux personnes touchées par le gaz au poivre et l’homme blessé à la tête.

La toile de fond de cet incident est emblématique. Le propriétaire qui nous a reçus avait construit une annexe à sa maison. Les autorités municipales de Jérusalem empêchèrent la famille grandissante de s’y installer. Dix ans plus tard, elles remirent les clefs de cette annexe à un groupe de colons orthodoxes, tous sepharadim. Imaginez un peu la situation des propriétaires, qui ont en permanence ces adversaires provocants dans leur jardin, sous la protection de la police et de l’armée israéliennes.

Installés depuis trois générations

De tels incidents se produisent chaque semaine dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est. Jérusalem-Est est la partie de la ville située à l’Est de la ligne verte, considérée par l’ONU comme un territoire occupé par Israël depuis la guerre de 1967. En 1956, lorsque le quartier était encore administré par la Jordanie, de nombreuses familles palestiniennes revenues d’exil ont reçu l’autorisation de construire leur maison, avec la collaboration de l’UNRWA (agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens). L’accord prévoyait de leur accorder la propriété de leur maison dans un délai de trois ans. Promesse jamais tenue. Après des avatars multiples dus à la guerre des six jours (1967), trop compliqués à résumer ici, deux associations de colons prétendirent que cette terre avait appartenu à des colons juifs depuis 1919, et sur la base d’un document douteux de 1982, ils obtinrent le payement de loyers mensuels de la part de 17 familles palestiniennes, sans que la légitimité de la propriété israélienne ait jamais été établie. En échange, les familles locataires reçurent le statut de “familles protégées”, ce qui excluait toute expulsion.

Sur ces entrefaites, un descendant des propriétaires palestiniens des parcelles disputées soumit des documents ottomans et jordaniens prouvant que les Israéliens n’étaient pas les propriétaires. Cela n’empêcha nullement les autorités d’occupation de prononcer un verdict d’expulsion contre quatre familles palestiniennes, sous l’accusation de non-payement de loyers et de rénovations illégales. Manu militari, la famille Al-Kurd fut expulsée par des policiers armés et masqués, au milieu de la nuit, le 9 novembre 2008. Le propriétaire palestinien mourut une semaine plus tard d’un infarctus. Les familles Hanoun et El-Ghawi subirent le même sort en août 2009. Les deux pères campent depuis lors sous un olivier devant leur parcelle! Ils ne veulent pas redevenir réfugiés, et perdre le droit de vivre dans leur ville. Depuis lors, sept autres familles ont reçu un ordre d’expulsion… Elles doivent s’attendre à une intervention de la police à chaque instant.

Mohamed, un de ces chefs de famille que nous avons rencontré, nous a résumé la situation de son point de vue: Les Turcs (ou Ottomans) sont restés ici pendant trois siècles, ils ne nous ont rien pris. Les Anglais sont restés pendant des dizaine d’années, ils ne nous ont rien pris, rien démoli…

Les autorités israéliennes ont essayé d’accréditer la thèse qu’il s’agissait là de conflits purement privés. En fait, le gouvernement a élaboré – sans consulter les Palestiniens – un nouveau plan de la Ville (Master Plan for Jerusalem), qui prévoit de créer une ceinture de colonies juives reliant Jérusalem-Ouest à  Jérusalem-Est, y compris le mont des Oliviers. Ce plan vise à l’éviction systématique des zones d’habitation palestiniennes et à l’expansion consécutive des colonies de peuplement. Il nous faudra y revenir!

Une démolition comme si vous y étiez

Mon récit était à peu près terminé, quand nous avons été alertés tôt le matin du 11 juillet qu’une démolition était en cours à 10 km du Centre de Jérusalem. Notre équipe, basée à Jérusalem, s’est rendue sur place toutes affaires cessantes, et a assisté en direct à la démolition d’une épicerie, d’un magasin de matériaux de construction et du dépôt d’une entreprise de transports.

Des véhicules en quantité, de la police, de l’armée, des véhicules civils conduits par des militaires en uniforme bouclent à la circulation tout un carrefour de la localité d’Al Khalayleh, tout près de la colonie de peuplement Nabi Samwel (Prophète Samuel), avec une troupe peu nombreuse, en gilet pare-balles et fusil mitrailleur en bandoulière. Le propriétaire du magasin d’alimentation se plaint : « Ils ne m’ont rien laissé récupérer. » Des ouvriers – Palestiniens payés pour cette tâche – dévalisent le magasin et en remplissent un fourgon. De même pour le magasin de matériaux de construction voisin. C’est alors qu’un gros bulldozer – dont le marteau-piqueur érigé fait penser à la tête d’un tricératops – entre en action, arrache la toiture, fait tomber rapidement les parois. Avant l’estocade finale, une échauffourée se produit, l’air se remplit de cris : à ce qu’il semble, les Palestiniens, faisant corps autour du propriétaire du magasin de leur quartier, protestent.

Un jeune Palestinien, qui à côté de nous assiste de loin à la scène, la résume: Hallah terrorism! (Voici le terrorisme). De jeunes soldats – parmi lesquels un volontaire suédois de l’armée israélienne – nous maintiennent à distance. Un autre bulldozer entre en action, accueilli par des chiens aboyant furieusement, sur un terrain vague servant de dépôt à une entreprise de transports palestinienne: des conteneurs en contre-plaqué sont écrasés sous le dos de la pelle mécanique. Le propriétaire de l’entreprise s’approche de nous, observateurs internationaux, et commente : « Nous avons été avertis trois jours avant, par un simple papier agrafé sur le treillis de l’entrepôt. De ces trois jours, deux étaient fériés, notre vendredi et leur sabbat. Et ce lundi matin, ils sont passé à l’action, comme si nous représentions une menace. »

Le point de vue des autorités israéliennes est constant : toute nouvelle construction doit obtenir au préalable un permis. Le problème, c’est que ces permis sont accordés dans 4% des cas seulement. Pas étonnant dès lors que les Palestiniens ne les demandent même pas…

Dans la combe tout près, sur la colline en face: des constructions nouvelles occupent le paysage. A 150 m de cette colonie de peuplement, Nabi Samwel, nous visitons encore une maison, dont les propriétaires ont assisté tôt le matin, impuissants, à la démolition au marteau-piqueur de leur parking asphalté, du mur de soutènement en maçonnerie et d’un abri pour leurs deux chèvres et vingt moutons. Toutes les canalisations de la maison sont détruites. Inlassablement, le bouc pousse des cris rauques…

Théo Buss1, Jérusalem, 13 juillet 2011

Diffusé par le CETIM www.cetim.ch

1 J’ai été mandaté par l’EPER et Peace Watch Switzerland en tant qu’observateur des droits humains dans le cadre du Programme d’accompagnement œcuménique EAPPI. Les opinions émises dans cet article ne reflètent pas nécessairement le point de vue des organisations mandantes. Pour toute information : www.eappi.org et www.peacewatch.ch


Loin d’un récit surdéterminé et larmoyant des douleurs de l’exil et de le diaspora

Dans la préface, l’auteur nous indique d’où il parle, il se situe : « Je me reconnais dans la définition du ”Juif non juif” d’Isaac Deutscher, qu’il situe ”sur les limites entre différentes civilisations, religions et cultures nationales”, dont ”les influences culturelles diverses se croisent et se fertilisent réciproquement” ». Il assume aussi faire œuvre d’interprétation. Et il nous précise quelques éléments de son questionnement : « Je fus intrigué par cette rejudaïsation, mesurable au nombre et aux dimensions croissants des talliths portés pour Kol Nidré, qui se tenait désormais dans le majestueux Alexander Hall », « Je trouvais cette subculture juive séparatiste aliénante » ou « Je suis profondément perturbé par le refus d’Israël d’admettre que son avenir ne réside ni dans son Dieu ni dans son glaive, mais dans le concert des puissances mondiales et régionales. »

Il s’agit donc d’un livre qui présente les faits suivant une ligne d’interprétation, en référence à celle d’Ahad Haam, Martin Buber, Judah Magnes qui, longtemps avant la création de l’État sioniste avaient mis en garde contre la non-prise en compte des populations réellement existantes en Palestine. Ils prônaient la coexistence de deux États (juifs et palestiniens) dans la cadre d’un Moyen Orient arabe.

Je ne discuterais pas ici de cette ”solution”, ce sionisme non-sioniste, ni d’ailleurs de l’éventuelle composante de libération nationale de la colonisation par des populations juives de la Palestine. Ces débats doivent se poursuivre, mais ne permettent pas d’élaborer un avenir démocratique, laïc (au sens de séparation des institutions religieuses et de la religion de l’État), non ”ethnique”, pour les palestinien-nes et les israélien-nes, qu’elles et ils soient musulmans, juifs ou chrétiens. Ce qui passe immédiatement par la reconnaissance de l’expropriation et de l’expulsion des palestinien-nes et donc leur droit au retour. A l’inverse, il ne faut cesser de confondre, d’assimiler, les israélien-ne-s juives et juifs avec les autres populations juives à travers le monde. Être juive ou juif, ou se reconnaître comme tel-le, ne devrait donner aucun droit particulier à l’installation dans la région. En ce sens, le futur s’il peut pour les un-e-s, être israélien, ne saurait être sioniste (État des Juifs).

L’auteur a indiqué son point de départ, j’ai énoncé ma position. Il ne saurait y avoir de neutralité axiomatique pour analyser la construction asymétrique et violente de l’État des un-e-s sur l’expulsion hier et aujourd’hui et la négation des droits des autres.

Arno J. Mayer, dans cette histoire critique d’Israël, prend soin, durant tout son récit, de l’ancrer dans les évolutions plus larges, dans les changements sociopolitiques du reste du monde. C’est d’ailleurs un des grands mérites de cet ouvrage. L’histoire des un-e-s est toujours aussi celle des autres et surtout l’histoire de leurs relations.

Les différents chapitres du livre sont :

  • « Le contexte impérial : de 1890 à la Première Guerre mondiale »

  • « Préfiguration : les années 1920 »

  • « Orages à l’horizon »

  • « Réalignements »

  • « Au-devant des affrontements »

  • « La guerre froide : Israël dans le monde »

  • « Le mur de fer diplomatique »

  • « Le salaire de l’hubris ». (d’après le site Le garde-mots : Chez les anciens Grecs, démesure, outrance dans le comportement, sentiment violent né de l’orgueil, et qui allait jusqu’au dépassement des limites)

Ces chapitres sont précédés de longs « Prolégomènes » sur lesquels je m’attarderais, sans pouvoir être exhaustif. Mes choix n’indiquent nulle hiérarchisation dans les analyses de l’historien.

L’auteur se démarque d’un « récit surdéterminé et larmoyant des douleurs de l’exil et de la diaspora ». Il me faut néanmoins signaler que l’axe de développement, le point de vue reste, comme indiqué au début de la note, principalement celui des populations juives, il s’agit bien donc d’une histoire critique d’Israël et non d’une histoire critique et globale de la Palestine qu’il reste toujours à écrire. L’auteur interroge et analyse le sionisme historique, ces différents courants, dont les révisionnistes et les terroristes, en les re-situant dans les évolutions européennes. Il n’oublie pas d’insister sur « Les heurts entre Arabes et sionistes en Palestine se produisirent dans un proche et Moyen-Orient en proie à une déstabilisation générale, la Première Guerre entraînant une reconfiguration des sphères d’influence, des frontières et de religions exceptionnel. »

Deux extraits permettent de présenter les appréciations de l’auteur sur le sionisme : « Le sioniste n’est pas né de Dieu ni d’une vision miraculeuse ; il est né de la violence physique et psychologique des pogromes de la Russie tsariste, la violence rhétorique qui avait entouré l’affaire Dreyfus dans la France républicaine et le règne municipal de même nature de Karl Lueger à Vienne, puis la violence physique, psychologique et symbolique de l’implantation sioniste en Palestine arabo-musulmane, variante de la violence polymorphe de la mission civilisatrice outre-mer de plus en plus contestée de l’Europe impérialiste » et « Chaque mythe fondateur célèbre, édulcore et pare d’une aura romantique la violence primitive employée pour forger un ordre politico-légal nouveau et définir des frontières entre les États, transformant ce faisant la violence illégale en ce qui finit par être accepté comme une force légitime ».

Si, comme d’autres bâtisseurs de nation, « les sionistes firent usage à la fois de violence et de force pour établir l’État d’Israël entre 1945 et 1949 », il ne faut pas omette de préciser « Mais Israël n’a pas agi ainsi ”à l’intérieur d’un territoire donné” : jusqu’à ce jour, ses frontières – un critère essentiel de l’État-nation souverain – ne sont pas délimitées et ne font l’objet d’aucune reconnaissance internationale. » Malgré les résolutions de l’ONU, l’occupation de territoires s’est transformé en intégration, au mépris du Droit international et des populations habitantes, et cela ne date pas de 1967.

Contrairement à d’autres auteurs, Arno J. Mayer ne néglige pas les deux révoltes palestiniennes « Les soulèvements de 1929 et de 1936-1938 – autrement dit la première et la deuxième Intifada – furent l’expression de la conscience et de l’affirmation de soi accrues des palestiniens et marquèrent le début de leur diabolisation en antisémites, en terroristes et en meurtriers » et réaffirme que « la question et la résistance palestiniennes ne disparaîtront pas ».Il nous montre que les logiques initiales du sionisme expliquent les politiques actuelles.

Je voudrais terminer cette présentation par trois citations, montrant l’engagement de l’auteur :

  • « le principe de l’élection divine témoigne d’un profond ethnocentrisme »

  • « Qu’Israël puisse servir de foyer et de bouclier ultime aux juifs de la diaspora relève, de toute évidence du mythe »

  • « En célébrant un souvenir ethno-religieux étriqué, Israël se transforme en un arbre sec bien plus qu’en lumière »

Une somme très impressionnante, qui si elle ne se substitue pas aux multiples ouvrages déjà parus, n’en apporte pas moins, des compléments précieux et une vision plus mondialisée des éléments. J’espère que cette partielle et partiale lecture en suscitera d’autres et je renvoie aux différentes notes déjà publiées sur la Palestine (palestine) et sur Israël (israel).

Arno J. Mayer : De leurs socs, ils ont forgé des glaives. Histoire critique d’Israël

Editions Fayard, Paris 2009, 645 pages, 27 euros

Didier Epsztajn

La BD documentaire

Comme le cinéma, le documentaire permet de donner une nouvelle vie à cet art spécifique qu’est la bande dessinée. Sarah Glidden – né à Boston en 1980 – a commencé à publier son « reportage » qu’elle a intitulé « Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) », sous forme de minicomics, de feuilleton pour parler français. Elle a gagné une récompense qui lui a permis d’éditer l’ensemble de son témoignage sous forme de livre qui vient d’être traduit en français. Elle utilise, pour ses dessins, la technique de l’aquarelle ce qui leur donne une couleur un peu passée qui convient bien au sujet. Elle a aussi le souci du détail tout en l’intégrant dans une vue d’ensemble. Elle raconte son voyage, ses interrogations face à la réalité, ses peurs, ses angoisses, son désir de comprendre qui la pousse à interroger et provoque en elle une sorte de lutte interne entre son attachement à Israël et les droits bafoués des Palestiniens. La naïveté semble réelle, elle permet de dévoiler tous les faux-semblants. A l’arrivée, elle a décrit un pays de fous qui ne savent plus dans quel monde ils vivent…

 

Sarah Glidden : Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

traduit par Fanny Soubiran, Editions Steinkiss

Nicolas Béniès

Piraterie et terrorisme d’État

Thomas Sommer-Houdeville, dans une première partie « Retour sur une idée folle » nous rappelle le contexte et les premières opérations « Code Pink » du Caire, entravées par le pouvoir égyptien. Puis l’auteur analyse la situation et s’interroge sur « Un moment sud-africain pour la Palestine ?». Il rappelle quelques faits, trop souvent oubliés ou tout simplement niés par certain-e-s : « ce conflit n’est pas, n’a jamais été, symétrique », « il y a bien un face-à-face entre un État colonisateur et un peuple opprimé qui lutte pour sa survie et pour son droit » ou « Le slogan sioniste Une terre sans peuple pour un peuple sans terre était bien celui d’un mouvement européen, blanc, colonial, qui ne reconnaissait pas les habitants arabes de la Palestine comme peuple. »

La mémoire toujours nécessaire de la destruction des Juifs en Europe durant la seconde guerre mondiale ne saurait « faire écran à la réalité de l’oppression israélienne ».

La confusion des temps ne saurait faire oublier que « Dans des millions de consciences, l’opération Plomb durci acheva de faire basculer Israël dans le camp des États criminels et, pour tout le dire dans celui des bourreaux », sans oublier la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem « Il ne s’agit pas simplement de prendre leur terre, de repousser les indigènes jusqu’à ce qu’ils finissent par disparaître… »

Si le siège total de Gaza a été mis en place après la victoire électorale du Hamas, « le siège maritime dure, de fait, depuis la prise de Gaza par Israël en 1967. » Les premiers bateaux Free Gaza et Liberty ont été les premiers à « ouvrir » le port de Gaza en 2008

Si le contexte devait être rappelé, le centre du livre reste l’histoire des préparatifs, des difficultés, de la mise en œuvre de cette flottille « Salade Grecque », puis du voyage « Destination Gaza ».

Au mépris, une fois de plus du droit international, les soldats de l’État d’Israël interviendront et se comporteront comme de vulgaires pirates intervenant dan les eaux internationales. Pirates et assassins.

A cet acte de piratage, Israël ajoutera des actes de kidnapping, en emprisonnant les passager-e-s. Les pages « Passer par la case prison » sont particulièrement éloquentes. L’auteur souligne aussi les absurdités de la situation « Votre truc, là, ce ne serait pas Kafka qui rencontre Groucho Marx ? »

L’intervention des commandos israéliens est bien un « acte de piraterie, commis par un État pourtant reconnu par la communauté international ». Ceux qui parlent d’États voyous et terroristes et tentent d’exporter « la démocratie » par les armes, soutiennent néanmoins la politique illégale de l’État d’Israël qui ne « respecte ni le droit international, ni celui qu’il invoque, ni même le sien propre. » Certain sont plus légaux que d’autres !

Comme le dit justement l’auteur « Après des années de confusion et de démoralisation, le mouvement international a enfin trouvé des modes d’action de solidarité citoyenne efficace. Le mouvement Boycott, désinvestissement et sanction (BDS) contre l’apartheid de l’État d’Israël et la Flottille en fond partie »

« En montant sur ce bateau, venus de partout, nous montrons à quoi ressemble une solidarité en acte, nous portons la voix de toutes celles et tous ceux qui n’acceptent pas que l’on enferme un million et demi d’êtres humains, hommes, femmes et enfants, dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde. »

Un livre à mettre entre toutes les mains.

Thomas Sommer-Houdeville : La flottille

Solidarité internationale et piraterie d’état au large de Gaza

Editions Zones, Paris 2011, 192 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

 

Le silence sur les choses suffit à cesser de les faire exister

Les chroniques de Michel Warschawski, publiées dans Siné hebdo, sont un bon antidote aux négations de la situation réelle en Israël et en Palestine. Elles démontent en premier lieu le fictif processus de paix « Or le processus de paix est tout le contraire d’une réalité ; c’est du vent, du virtuel, certains diraient de la propagande. »

Le seul processus encours est « la colonisation de la Palestine », car « sauvages ou légales les colonies sont l’outil de la mainmise israélienne sur des régions entières de Cisjordanie, rendant caduque la perspective d’un État palestinien digne de ce nom ».

Ces petits articles dénoncent le blanchiment des faits et méfaits de l’appareil d’État, la montée de l’extrême droite fascisante, les responsables de la violence dans les territoires occupés, le quotidien de privation de passage pour les palestiniens, la privatisation des services y compris d’une partie des taches de l’armée, le pourrissement interne et la corruption, le silence international face aux crimes israéliens, etc.

L’auteur prend aussi position sur les menées du CRIF contre les cinémas Utopia, salue Marek Edelman, son refus du sionisme et son combat pour l’émancipation ; il analyse les politiques de Sarkozy ou Berlusconi face aux colonies israéliennes.

Un ouvrage pour mieux connaître les réalités quotidiennes politiques, sociales et culturelles de cette région, loin des discours falsificateurs des sionistes et de leurs alliés.

Malgré son pessimisme, l’auteur souligne aussi que rien n’est irréversible « Ce qui rend une situation irréversible, c’est le renoncement de ceux qui en sont victimes ». Les palestinien-ne-s ne renoncent pas et pour l’auteur « une alter-intifada est possible ».

 Michel Warschawski : Au pied du mur

De notre correspondant à Jérusalem

Editions Syllepse, Paris 2010, 142 pages, 9 euros

Didier Epsztajn

Bienvenue dans le monde de l’industrie mémorielle

Je ne vais pas ici discuter de la conception du sionisme de l’auteure ni de l’utilisation du terme « Shoah » qui me semble toujours inadapté à évoquer la destruction des juifs d’Europe par les nazis. Je choisis de concentrer ma lecture sur ce qui me paraît le moins traité dans d’autres ouvrages critiques d’Israël, en espérant que les lectrices et les lecteurs choisiront une lecture complète de cet ouvrage aux multiples facettes.

Le livre d’Idith Zertal traite la façon dont « tout au long du XXe siècle, la biographie de la nation sioniste-israélienne a rassemblé ses catastrophes, ses guerres et ses victimes, les a adoptées et assimilées à travers la remémoration et l’oubli, en a forgé des récits, les a dotées de sens, les a léguées à ses enfants, en construisant son image à travers elles comme si la nation devenait ces catastrophes et ces morts. »

Pour le dire autrement « Il s’agit aussi d’un livre sur la mémoire collective, sur la mémoire comme agent de culture, forgeant la conscience et l’identité et simultanément forgée par elles en un processus constant et réciproque ; sur la façon dont Israël a engendré et produit une mémoire collective des morts et des traumatismes de l’histoire juive, et comment cette mémoire a été élaborée, codifiée et manipulée au sein de l’espace public israélien, en particulier au cours du demi-siècle qui a suivi la destruction des Juifs d’Europe. »

L’auteure va donc particulièrement analyser les manières dont les faits perdront « leur concrétude historique » et se verront octroyer « une aura de sacralité ».

Comprendre ces phénomènes permet d’éclairer l’autisme permanent de la société israélienne juive à la situation engendrée pour les Palestinien-ne-s et aussi de celles et ceux qui se déclarent « juive ou juif » en fusion mentale, et en partie nationale, avec les destinées de cet État sioniste et israélien. « Israël se dote d’une aura de sacralité, celle de la victime ultime, et s’avère imperméable à la critique et au dialogue rationnel avec le reste de la communauté des nations. »

Des éléments présentés et analysés par l’auteure, il ressort que « A travers un processus dialectique d’appropriation et d’exclusion, de remémoration et d’oubli, la société israélienne n’a cessé de se définir en relation avec la Shoah, de se considérer toute à la fois héritière et procureure des victimes, dans un double mouvement d’expiation de leurs péchés et de rédemption de leur mort. »

Mais cette construction fantasmagorique se couple avec une mise hors histoire, dans une narration en actualité permanente, de ce qui n’est plus un phénomène historico-social abordable par le pensée et la réflexion « C’est ainsi qu’Israël s’est transformé en lieu crépusculaire où la Shoah n’est plus un événement du passé, hétérogène et complexe, mais une éventualité permanente et une idéologie à tout faire. »

Je souligne en particulier les pages sur le procès d’Adolf Eichmann et les analyses des positions d’Hanna Arendt ; mais aussi la critique radicale des télescopages de chronologie qui inventent un présent comme « présent unique, sans fin, hors de l’histoire ».

Avec son vocabulaire, non exempt de messianisme nationaliste, l’auteure conclura ainsi sa très belle introduction : « Tout comme dans le passé, les événements actuels semblent démontrer comment le processus de sacralisation de la Shoah – qui est toujours une forme de dévaluation -, soudé à la sacralité de la terre, et la soumission des vivants à cette double théologie, ont transformé ce qui devait être un refuge, un foyer, une patrie en un temple et un éternel autel. »

 Ce livre confirme, à mes yeux, qu’au delà de la critique d’Israël et de ses politiques, il convient en permanence de dénaturaliser et d’historiciser les génocides (irréductibles les uns aux autres), ou le concept même de nation. Cela passe aussi par la critique, pied à pied, des constructions intellectuelles très imaginatives et très largement imaginaires du sionisme, des inventions mémorielles ou des inscriptions bibliques des temps humains. Mais il faut aussi comprendre que de telles constructions ont des impacts réels sur la vie matérielle des populations qui s’y référent, là-bas, ici, comme dans d’autres contrées.

C’est aussi un livre, qui dépassant le sujet traité jette un regard lucide sur nos relations à la mémoire « Il semble bien que la pathologie de la mémoire et l’obsession pour les rites de commémoration qui caractérisent notre époque constituent en fait une agression concertée contre notre capacité même à nous remémorer le passé. »

 Idith Zertal : La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël

Editions La Découverte, réédition en format de poche, Paris 2004, 288 pages

Didier Epsztajn

Une société qui veut maintenir des millions d’hommes en prison doit évoluer en durcissant progressivement les moyens d’oppression

Ce livre prolonge un précédent ouvrage « Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948 » paru en 2002 chez le même éditeur. Il retrace l’histoire de l’occupation, depuis « la feuille de route » jusqu’aux élections gagnées par le Hamas début 2006.

A partir d’un questionnement « Comment est-il possible que Sharon, le dirigeant le plus brutal, le plus raciste, le plus manipulateur qu’Israël est jamais connu, ait terminé sa carrière en héros de la paix ? », le livre montre que sous des apparences de changement, le désengagement de Gaza, l’état d’Israël poursuit une même politique.

« Derrière la plan de désengagement, l’important était de gagner le temps nécessaire pour faire avancer la construction du mur en Cisjordanie, ce qui permettait l’annexion des grands blocs centraux de colonies. » Il n’est, de plus, pas négligeable que ce plan de désengagement a été pensé et construit, sans aucune concertation avec les palestiniens. Contrairement au sentiment des Israéliens, les dirigeants politiques à Gaza et en Cisjordanie pensent « que le retrait ne fait qu’aggraver le conflit ». L’auteure nous montre que désengagement ne veut pas dire simplement retrait (destructions, surveillance accrue aux frontières, filtrage des transferts économiques, etc.) et arrêt des interventions militaires.

Les logiques propres de l’occupation permanente aggravent les traits de la société israélienne et renforce la place toujours plus importante du pouvoir militaire « Une société qui veut maintenir des millions d’hommes en prison doit évoluer en durcissant progressivement les moyens d’oppression ».

La construction d’un mur en Cisjordanie ne vise pas qu’à isoler les populations grâce à une barrière réelle et mythique censée assurer la sécurité des israéliens. Cette ligne de séparation crée des enclaves isolées, sans continuité territoriale et rend impossible un état indépendant. Le tracé du mur ne conduit pas simplement à exproprier des terres palestiniennes, il a aussi à voir avec la captation de l’eau de la nappe phréatique dont l’alimentation se situe en Cisjordanie mais qui s’étend jusqu’au centre d’Israël.

Le jugement de l’auteure est sans appel : « L’état d’Israël est devenu une force motrice dans la destruction des barrières établies par l’espèce humaine pour sa préservation. »

Ne faut-il pas mettre comme T. Reinhart l’analyse de la situation actuelle de la bande de Gaza en rapport avec ce que prévoyait le philosophe israélien Yeshayahu Leibovitz en 1972, dans le journal Ha’aretz, à propos des zones occupées « des camps de concentration seraient construits par les maîtres israéliens… Israël deviendrait un État qui ne mériterait pas d’exister, qui ne vaudrait pas la peine d’être préservé »

Et pourtant l’espoir. Des mobilisations regroupant des israélien-ne-s et des palestinien-ne-s pour aider ceux-ci à lutter contre les spoliations de terre et contre les destructions liées à la construction du mur existent. Quelques victoires, certes limitées, comme le déplacement du tracé du mur ont été obtenues.

Faire connaître ces réalités, renforcer la campagne internationale contre la construction du mur de la honte est plus que jamais nécessaire. Doit-on rappeler que des entreprises françaises participent à cette construction, relativisant de fait, les déclarations gouvernementales de désapprobation.

Tanya Reinhart : L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine, suite

La Fabrique éditions, Paris 2006, 239 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

Dévalorisation des traits orientaux

Ce petit livre est composé de deux textes, l’un écrit en 1986 et un préambule de 2006.

L’auteur traite essentiellement des misrahim, ces « juifs-arabes », citoyens de seconde zone en Israël, victimes « secondaires » du sionisme.

Il est habituel de classer les juifs en ashkénazes et séfarades. Mais le terme séfarade ne devrait s’appliquer qu’aux descendants des juifs chassés d’Espagne au temps de la reconquête catholique. Des juifs vivaient antérieurement en Afrique du nord, dans la Méditerranée orientale, en Irak ou au Yémen. Ces juifs orientaux, misrahim en hébreu, ne sont donc pas des séfarades, l’auteure les nomme souvent juif-arabes.

Le sionisme est historiquement profondément euro-centré. Sa dimension coloniale rejaillit aussi sur les populations juives venant d’Orient. La direction ashkénaze de l’État a non seulement nié les traits orientaux d’une partie de la population. Mais cette entreprise s’est accompagnée d’une réelle dévalorisation culturelle et sociale.

Ce petit livre, en redonnant place à l’Orient dans la vie juive, révèle une face peu connue, en France, de la réalité interne à l’État d’Israël. En niant l’histoire d’une partie de la population juive, le sionisme a rendu d’autant plus difficile la jonction avec les populations spoliées par sa construction, les palestinien-ne-s en premier lieu mais aussi les misrahim.

Ella SHOHAT : Le sionisme du point de vue de ses victimes juives. Les juifs orientaux en Israël

La Fabrique éditions, 2006, Paris, 124 pages 8 euros

Didier Epsztajn

Critiques israéliennes juives du sionisme

Ce livre est un recueil de texte, de différente nature, qui dénoncent les politiques de l’état d’Israël et démontent la nature du sionisme réellement existant.

Comme indiqué dans l’introduction, « il montre que les Israéliens sont prêts à entendre les critiques les plus dures de la politique de leur gouvernement » sans mise à l’index et encore moins de procès. Contre les assimilations de l’antisionisme à l’antisémitisme par les dirigeants du Conseil représentatif des institutions juives (CRIF) il faut faire connaître ces prises de positions.

Compte tenu du choix de la période débutant en 1967, les textes sont centrés sur l’occupation des territoires palestiniens. A titre d’exemples, je donne simplement quelques citations.

Dans un texte de 1985 de Yeshayahu Leibowitz, biochimiste, théologien et grand intellectuel de l’histoire d’Israël parle de la transformation de « l’état d’Israël de cadre d’indépendance nationale pour le peuple juif en structure de domination juive violente sur un autre peuple » et de « consensus national-fasciste qui domine la société entière ».

En 2002, dans un article intitulé « La révolution sioniste est morte » Abraham Burg, ancien militant et député travailliste, juif pratiquant écrit ces paroles « C’est soit la discrimination ethnique pratiquée par des juifs, soit la démocratie. Ou bien les colonies, ou l’espérance pour deux peuples. Ou bien l’illusion d’un rempart de barbelés, des barrages routiers et des kamikazes, ou bien une frontière internationale consentie mutuellement, et Jérusalem capitale commune de deux états. » ; tout en signalant que cela implique le démantèlement de toutes (l’auteur souligne) de toutes les colonies.

Là bas aussi certain-e-s font preuve de lucidité et d’une espérance commune de liberté et de démocratie.

Une phrase sur la destruction des juifs d’Europe par les nazis m’a profondément touché. Elle est de Yehouda Elkana, né en Yougoslavie et rescapé du judéocide « Pour employer une image, on pourrait dire que deux peuples sont sortis d’Auschwitz : une minorité qui déclare : ”ça ne doit plus jamais arriver ”, et une majorité pétrie de peurs et d’angoisses qui déclare : ”ça ne doit plus jamais nous arriver”. »

Je voudrais aussi signaler un très beau texte de Christine Pirinoli « Genre, militantisme et citoyenneté en Palestine » dans un numéro récent de Nouvelles Questions Féministes (Thème principal « Les perspectives féministes en sciences économiques »). Cet article traite de la « trajectoire historique de la figure de la militante idéale », des femmes dans l’Intifada « entre progression politique et régression sociale » avec un développement sur les codes vestimentaires, le processus d’Oslo « ruptures et continuités » et « Traditionalisation de la société et images des femmes : de l’actrice potentielle à la femme objet du patrimoine » avant de s’interroger « Quelle citoyenneté féminine en absence de citoyenneté palestinienne ? »

La révolution sioniste est morte : textes réunis et présentés par Michel Warschawski

Voix israéliennes contre l’occupation, 1967 – 2007

La Fabrique éditions, Paris 2007, 156 pages 14 euros

Nouvelles Questions Féministes vol 26, n°2 / 2007, Antipodes, Aoste 2007, 159 pages, 19 euros

Didier Epsztajn

Combien de morts et d’horreurs faudra-t-il encore avant que cessent définitivement les guerres, occupations et ingérences coloniales ?

Dans ce petit livre, les auteurs analyse la guerre que vient de mener l’Etat d’Israël contre le Hezbollah au Liban, en précisant le contexte politique et stratégique (tant pour Israël que pour les USA).

Les auteurs nous rappellent l’histoire pas toujours connue de la création du Liban et de son organisation confessionnelle et la précédente invasion par Israël.

G. Achcar et M. Warschawski souligne la transformation de l’organisation intégriste chiite, les contradictions en œuvre et la modification des alliances nouées au Liban, le prestige acquis du Hezbollah et de son leader Hassan Nasralleh auprès des populations palestiniennes et arabes.

Ils analysent les conséquences, au sein même de l’Etat d’Israël, de la politique menée au Liban, en liaison avec la guerre permanente poursuivie contre les populations palestiniennes.

Leurs appréciations s’appuient sur une connaissance approfondie de l’histoire de la région et d’un engagement sans faille pour une solution respectueuse des droits des peuples palestiniens, libanais et plus largement de ceux de toute la région, y compris de ceux de la nation israélienne.

S’ils considèrent que le « navire des dessins impériaux états–uniens est en perdition », ils n’en soulignent pas moins les risques de conflits démultipliés dans la région (avec la volonté de revanche d’Israël) et ses extensions possibles en absence de solution réellement émancipatrice.

Gilbert ACHCAR, Michel WARSCHAWSKI : La guerre des 33 jours – La guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban et ses conséquences

Textuel, Paris 2007, 112 pages 15 euros

Didier Epsztajn

Mythologies et imaginaire national

Dans ce livre, Shlomo Sand s’interroge sur la contribution des intellectuels juifs puis israéliens à l’élaboration de l’idée de nation juive.

Dès l’avant propos, l’auteur se définit comme « non sioniste » en expliquant qu’aujourd’hui « le soutien à Israël en tant qu’Etat juif et non pas en tant qu’Etat israélien comporte un caractère essentiellement non démocratique ». Cet avant propos est construit autour de riches données autobiographiques.

L’auteur dans un ouvrage précédent, « Le XXème à l’écran », avait marqué « une distance critique » avec Shoah, le film de Claude Lanzmann, il revient sur le sujet en insistant dans une formule lourde de sens « l’unicité du grand projet d’extermination ne réside aucunement dans l’identité des victimes (ni même des collaborateurs), mais bien dans la terrible efficacité des bourreaux et la perversité extraordinaire de leurs crimes. »

L’introduction « Les clercs et l’imaginaire national » explique la nouvelle conception de la nation qui se développe en Europe après l’échec du printemps des peuples (1848) et indique que les intellectuels sionistes ont délimité les contours de la nation juive à l’aide « d’un imaginaire fondé sur une origine commune et un lien de sang » (base mythologique-religieuse et/ou biologique) calquée sur la conception allemande de la nation. Il confronte cette conception avec celle du Bund qui « s’est forgé une idée nationale ouverte et souple, fondée sur une culture yiddish riche et vivante. »

Ce principe ethnocentriste juif sera réaffirmé avec l’expansion de la colonisation dans la Palestine sous mandat britannique, puis dans le fonctionnement de l’état israélien.

Le chapitre « Peuple du Livre et gens de lettres » décrit la nature particulière des intellectuels sionistes « Le faible degré d’indépendance des agents culturels agréés par le système politique pré-étatique était directement lié à l’idéologie hégémonique qui allait régner sur la société israélienne à compter du milieu des années trente » et leurs évolutions depuis le début de la colonisation jusqu’à la seconde intifada.

Le chapitre le plus intéressant est probablement « Les mots qui se pensent à travers les hommes » où l’auteur déconstruit successivement les notions de « exil » (Ha-Galut), de « montée » (Ha-Alya), de « terre d’Israël » (Eretz Israël).

Concernant l’exil, Sand nous rappelle que « La dimension du temps contenue dans le concept d’exil selon la loi mosaïque est entièrement différente de la dimension contingente inscrite dans le concept laïc de l’exil » et que « Le lieu saint d’une foi est toujours resté un pôle d’attraction religieux et messianique, mais n’a jamais constitué une patrie nationale où il fallait retourner ». Les intellectuels sionistes ont construit une catégorie mentale fondatrice «exil» pour d’une part créer les bases a-historiques d’une entité laïque définissant les juifs comme peuple et nation depuis la destruction du premier temple, et refuser toute projection collective dans les espaces territoriaux où vivaient réellement les juifs et particulier ceux que l’auteur nomme les « juifs du peuple yiddish ».

L’utilisation du terme hébreu « Alya » (montée) pour désigner l’immigration (terme refusé par les sionistes) en Israël montre « que celui qui l’emploie est adepte d’une croyance traditionnelle sanctifiant ce territoire, ou bien qu’il s’agit d’un homme porteur d’un mythe national spécifique, conférant au lieu de sa réalisation la particularité de dominer tous les autres

Concernant « Eretz Israël » dénomination que l’auteur assimile à une catégorie pseudo-géographique, faut-il, après avoir rappeler que s’il est fréquent de nommer des pays du nom des peuples qui les occupent (ou de nommer des peuples du nom des territoires sur lesquels ils vivent), il est pour le moins inhabituel de nommer des territoires du nom de populations qui n’y vivent plus dans le présent mais y auraient séjourné il y a deux mille ans.

Un exemple de déconstruction particulièrement éloquent est celui d’un événement « Praot tarpat : les pogroms de l’an 5689 ».

La traduction française du texte : « H. N. Bialik (un grand poète) a quitté l’exil et est monté vers la Terre d’Israël quelques années avant les pogroms de l’an 5689 », dans une utilisation plus universelle de la langue pourrait être « Bialik a quitté son pays natal et a émigré en Palestine mandataire avant 1929, année durant laquelle éclata une vague d’émeutes et d’opposition violente à la poursuite de la colonisation sioniste ». Cet exemple nous montre toute le poids de la langue comme vecteur idéologique.

Ces interrogations débouchent sur la mise en cause des mythes fondateurs de l’Etat d’Israël : peuple déraciné par la force, peuple-race errant de par le monde et recherchant un asile.

Fait suite une analyse détaillé des « clercs israéliens » face à la guerre du Golfe qui ouvre sur une réflexion globale sur la place de l’intellectuel dans les sociétés actuelles.

Le dernier chapitre explore les raisons du développement des nouveaux historiens et nouveaux sociologues. La société israélienne est aujourd’hui confrontée à un processus de sécularisation et de banalisation, loin de la mythologie.

Un livre décapant préfacé par Pierre Vidal Naquet, qui permet de mieux comprendre la construction du sionisme juif et de lui confronter « le peuple yiddish » et surtout aujourd’hui la nation israélienne, prélude (de ce coté de la frontière) à « une conceptualisation plus universelle » de l’histoire, de la nation et donc des autres.

Shlomo Sand : Les mots et la terre – Les intellectuels en Israël

Fayard, Paris 2006, 316 pages, 20 euros, réédition en Champs Flammarion

Didier Epsztajn

Une histoire refusant la primauté des points de vue nationaliste, ethnique ou religieux

Il ne s’agit pas en quelques lignes de résumer un livre riche de 350 pages mais de souligner que loin des mythes et des simplifications politiques, l’ouvrage de Ilan PAPPE (L’auteur fait partie de ceux que l’on nomme souvent les nouveaux historiens israéliens) présente, non une combinaison des histoires vues par les palestiniens et les israéliens mais une unique histoire, celle d’une seule terre devenue Israël et Palestine.

A l’encontre des historiens qui confondent l’histoire de la terre et celle de leur nationalisme respectif, l’auteur nous parle des changements de la société « subalterne » et non seulement de celles des élites. Ne faisant pas dériver la construction du présent du passé, exposé par d’autres, trop souvent sous un jour romantique, il peut, sans manichéisme évoquer les violences, les destructions, les coercitions, les outils de pouvoirs utilisés par les israéliens sur le palestiniens, par les israéliens sur d’autres israéliens, par des palestinien sur d’autres palestiniens.

Il ne place pas le conflit au centre de son analyse mais l’inscrit dans les réalités des hommes et des femmes de Palestine et d’Israël.

Pour se faire, l’historien assume « une approche subjective, il prends souvent – mais pas toujours – le parti des vaincus contre les vainqueurs».

Il s’agit d’une histoire moderne, l’exposé commence par une étude sur la fin du XIXème siècle, présentant la société palestinienne à la fin de la période ottomane pour se terminer dans les réalités de l’après OSLO.

Le chapitre IV, central tant dans la géographie du livre que dans le sens de l’argumentation, s’intitule : « Entre Nakba et indépendance : La guerre de 1948 » Ilan PAPPE y décrit, sur la bases des archives et des témoignages, entre autres la purification ethnique.

Ces faits, toujours niés par beaucoup d’israéliens, sont d’une importance capitale car aux yeux de l’historien « pour qu’une initiative de paix, quelle qu’elle soit, puisse réussir, il faut refermer le chapitre de l’expropriation. »

Ce travail historique renvoie aussi à la sédimentation rapide d’une nation (Je préfère utiliser le terme nation à celle de peuple, cette notion me semble s’inscrire plus directement dans la temporalité historique israélienne), phénomène pas toujours compris par certains palestiniens, ni par certaines organisations combinant le soutien à la lutte des palestiniens à la négation du fait israélien (ce qui ne vaux, bien sûr, pas approbation des politiques menées).

Ce livre remarquable tant par son érudition que par la méthodologie utilisée est d’une lecture facile. Il prend parti et fait sens sans gommer les aspérités, sans simplification des réalités historiques et politiques.

Ilan PAPPE : Une terre pour deux peuples, Histoire de la Palestine moderne

FAYARD, Paris 2004, 357 pages, 22 euros

Didier Epsztajn