La question « régionale » ne fait toujours pas recette

De récentes publications et articles de presse reviennent sur la « question régionale » (La France en miettes. Régionalismes, l’autre séparatisme de Benjamin Morel ; article du Monde, 6-8 Mai 2023, de Benoît Floc’h). Si la question n’est pas nouvelle, les réponses de cet essai tardif ne le sont pas davantage. Elles méritent une mise en perspective.

Ce premier essai de B. Morel, jeune constitutionnaliste (chevènementiste) de la faculté de droit d’Assas, fait litière de la question territoriale avec les raccourcis d’usage. Il est bien dans la tradition d’une droite conservatrice sur cette question rémanente depuis la réforme G. Defferre (1981), (le ver est dans le fruit) et les découpages technocratiques régionaux de F. Hollande (2016). Car il y a un suivi idéologique têtu entre les analyses souverainistes de J-P. Chevènement aboutissant au célèbre épisode des « paillotes » en Corse (et au soutien à E. Macron aujourd’hui) et L. Jospin aux prises avec les contradictions dans l’exercice du pouvoir d’Etat. Celui-ci fit long feu avec le traitement de la « reconnaissance du peuple corse » dans le cadre de la cohabitation avec J. Chirac (2002). Pour B. Morel, ce thème est aujourd’hui relayé par un G. Darmanin confronté à une majorité corse élue favorable à l’autonomie, sous la pression du lobbying des « ethnorégionalistes ». Ce pamphlet, n’échappe pas à l’emploi répété de ce terme (comptez les pages où ce concept idéologique n’est pas repris), amalgamant revendication linguistique, préambule de l’idée autonomiste et propédeutique à l’indépendantisme : bref, « un rapport hypothéticodéductif au réel » (sic) ! C’est ce schéma mécaniste qui irrigue l’analyse, illustrée par les cas similaires en Europe et dans l’hexagone. Car l’essentialisme des revendications « régionalistes » articule toute pensée ethno-régionaliste : l’équation entre les positionnements nationalistes de droite de Maurras (qui s’échoue dans le nationalisme de l’Action française) et la pensée contemporaine de gauche comme celle de Robert Lafont (inconnue de l’auteur) ne change rien à l’affaire [1b, document 2], l’idéologie régionaliste ne peut que renforcer le rôle des Idiots utiles de l’ethnorégionalisme. (sic)

Parallèle à cette idéologie éditoriale, dans le droit fil de la séquence politique, le silence du ministre de l’Intérieur, empêtré dans la question des retraites et son traitement répressif, est bien le résultat d’une situation inédite. L’actualité reste clivante : l’exécutif de l’Assemblée de Corse attend des réponses concrètes aux questions posées sur un statut d’autonomie adapté à cette collectivité territoriale. On attend toujours ses « propositions » au lieu du botté en touche, cette vieille pratique politicienne. Démonstration est faite que la question territoriale qui peut et doit s’inscrire dans une réponse globale de démocratisation n’est en aucun cas une question politique subsidiaire, elle reste fidèle à une « centralité d’histoire » à la française. Mais, sans doute, G. Darmanin s’est fait lui aussi piéger… Continuer à lire … « La question « régionale » ne fait toujours pas recette »

Zahra Agzous : « Il y a aujourd’hui un recul sur la question des violences et une forte contre attaque des masculinistes »

Zahra Agzous est chargée de mission à la Maison des femmes de Paris qui est située dans le 12 ème arrondissement de Paris. Sa principale activité est l’accueil des femmes et des filles qui ont vécu toutes sortes de violences. Comme pour nombre d’associations féministes, le manque de financement de la Maison des femmes empêche ses salariées et ses bénévoles d’aller au bout de leur projet.
Témoignage recueilli par Caroline Flepp 50-50 Magazine

Début avril, nous avons fait le bilan des activités de notre association qu’il faut publier pour les financeurs. Nous, nous sommes une petite association avec un petit budget, mais avec un bilan assez conséquent. 

L’action contre les violences masculines à l’encontre des femmes et des mineures est l’action la plus importante à la Maison des femmes de Paris. Les femmes s’y rendent essentiellement parce qu’elles ont été victimes de violences. Pour nous, elles sont toutes les bienvenues, qu’elles veuillent se reposer ou pour une autre demande, il n’y a pas de soucis. Si elles veulent parler, elles parlent, sinon elles reviennent quand elles se sentent prêtes. A la Maison des femme il y a d’autres actions telles que l’insertion, l’accueil.  Continuer à lire … « Zahra Agzous : « Il y a aujourd’hui un recul sur la question des violences et une forte contre attaque des masculinistes » »

Les pauvres responsables de leur sort : une mythologie qui a la vie dure

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Le parcours et les travaux de Michel Husson, économiste et militant ont déjà été évoqués sur ce site [1]. Son décès prématuré à l’été 2021 creuse un vide majeur dans la réflexion et les capacités d’élaboration économiques des marxistes en France, et, au-delà, de tous ceux qui refusent la doxa néolibérale. Il était capable aussi bien, voire mieux, que les économistes mainstream d’utiliser les outils de l’économie quantitative mais pensait simultanément que la maitrise de l’histoire économique et sociale était indispensable à la compréhension des évolutions passées et présentes de notre monde. 

Dans ce livre posthume, ce « portait du pauvre en habit de vaurien », apparait surtout ce second volet, celui de l’économiste qui mobilise une vaste culture pour démasquer les discours mystificateurs sur la pauvreté et le chômage. Nombre d’économistes néolibéraux continuent en effet de prétendre, explicitement ou à mots feutrés, que les pauvres – ou les chômeurs – sont responsables de leur sort et qu’ils constituent une charge indue pour le corps social. Décrypter ces modes de légitimation de l’ordre social est sans doute une condition nécessaire à l’émancipation sociale. C’est ce qui a été tenté dans cet ouvrage.

Dans l’introduction de son livre, Michel Husson en résume ainsi le fil directeur : « comment une société peut-elle tolérer de mettre à l’écart une proportion de «surnuméraires» ? » et il rappelle quelques lignes plus loin le témoignage d’un chômeur « qui avait le sentiment que la société lui adressait ce message : « Je n’ai pas besoin de toi », bref qu’il était « inutile au monde ». » Continuer à lire … « Les pauvres responsables de leur sort : une mythologie qui a la vie dure »

5 heures pour les libertés au Maghreb/Tamazgha

Samedi 10 juin 2023, 12h-17h
Bourse du travail de Paris
86, rue Charlot, 75003 Paris

Il semble que les rêves des peuples de la région se soient évaporés aujourd’hui, après l’espoir suscité par ce qu’on a appelé le « printemps arabe », qui a concerné, à divers degrés, la Tunisie, l’Egypte, la Libye, le Maroc puis, plus tard, l’Algérie, dont le Hirak a réussi non seulement à annuler la reconduction pour un cinquième mandat d’un président malade, épuisé et absent de la scène politique, mais aussi à revendiquer pendant des mois la liberté, la justice, la pluralité et la démocratie. Continuer à lire … « 5 heures pour les libertés au Maghreb/Tamazgha »

« Décivilisation », un terme qui renvoie au mépris de classe et au regard colonial

Par François Gèze et Alain Ruscio. Après les faits divers tragiques ayant suivi l’agression d’extrême droite contre le maire de Saint-Brévin-les-Pins, Emmanuel Macron a fait le 24 mai une étonnante déclaration : « Il faut contrer ce processus de décivilisation ». Un terme qui renvoie au mépris de classe et au regard colonial, et appartient clairement au lexique de l’extrême droite.

Réagissant à chaud à une succession de faits divers tragiques dont la mort de trois policiers à Roubaix par la faute d’un chauffard ivre, l’assassinat à Reims d’une infirmière par un malade mental, la mort d’une fillette percutée par une voiture à Trappes et les fusillades meurtrières à Marseille et à Paris, tous intervenus après l’agression commise par des militants d’extrême droite contre le maire de Saint-Brévin-les-Pins, Emmanuel Macron a fait le 24 mai dernier une étonnante déclaration en Conseil des ministres : « Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit verbale ou contre les personnes. Il faut travailler en profondeur pour contrer ce processus de décivilisation. »

Ce terme de « décivilisation » appartient clairement au lexique de l’extrême droite qui l’utilise notamment pour stigmatiser la « menace migratoire » décrite comme le « grand remplacement ». En témoigne par exemple un livre de l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, Décivilisation (Fayard, 2011). Mais ce qu’on ignore largement, c’est que le terme s’inscrit surtout dans une vieille tradition de l’aristocratie et de la bourgeoisie conservatrices tout au long du XIXe siècle, dont les représentations dépréciatives visaient couramment les gens du peuple ainsi que les étrangers, surtout les musulmans et les colonisés. Continuer à lire … « « Décivilisation », un terme qui renvoie au mépris de classe et au regard colonial »

Exposition des mineur·es à la pornographie : les chiffres édifiants de l’ARCOM

 

ee953635-c142-8346-a717-62ead6264d2b30% C’est la proportion des mineur·es qui accèdent à des sites pornographiques au moins une fois par moisselon l’enquête Médiamétrie, commandée par l’ARCOM et publiée aujourd’hui. C’est presque autant que la proportion de majeur·es (37%). 

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Et l’évolution est nette : en   ans, l’exposition des mineur·es aux sites pornographiques à augmenté de 36%, atteignant 2,2 millions de jeunes. Dès 12 ans, 51% des garçons accèdent à des sites pornographiques,contre 53% des hommes tout âge confondu. La pornographie s’est totalement banalisée dès 12 ans, l’âge où un enfant accède à un téléphone portable. 

Pourtant, selon une étude scientifique, 88% des films pornographiques contiennent des scènes de violences physique, sexuelle ou verbale non-simulées contre les femmes. La pornographie participe directement à la culture du viol, normalisant les violences sexistes et sexuelles, déshumanisant les femmes et les filles, renforçant la haine sexiste et raciste. Tandis que 165 000 enfants sont violé·es chaque année en France, des centaines de milliers de vidéos sur les plateformes ont dans leur titre des mots comme “fantasme familial”, “daddy”, “teen”, « schoolgirl”, érotisant et banalisant la pédocriminalité.  Continuer à lire … « Exposition des mineur·es à la pornographie : les chiffres édifiants de l’ARCOM »

LIP – 2023

Écrire en luttant : Les ouvrier·es de Lip et leur journal

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Pourquoi relire Lip Unité aujourd’hui, cinquante ans après ?
Tout simplement parce que faire revivre la façon dont les ouvrier·es de Lip n’ont eu de cesse de prendre la plume pour se battre est une manière de contribuer, modestement, au renforcement du syndicalisme. Si le récent mouvement contre la réforme des retraites marque un retour en grâce de l’outil syndical, il est indispensable de mener un travail de fond sur son enracinement dans des mobilisations collectives, à l’échelle de l’entreprise et de la société.
Lip Unité permet de comprendre comment la pratique d’un syndicalisme ouvert, démocratique et assumant le conflit de classe est une épreuve de chaque instant, même au cœur des années 1970.
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Des enregistrements en 2021 (5)

Des disques et des musiques récentes. Prendre le temps de s’arrêter, d’écouter des albums. S’éloigner des critères privilégiés par des commerçants, rarement disquaires, ou des productions des majors…
De multiples éditeurs nous permettent d’écouter des musiques et non de la programmation « profitable ». Quelques disques enregistrés, ici en 2021 au hasard des écoutes.
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La Marche des drapeaux fait partie de la guerre sioniste contre Jérusalem

La Marche des drapeaux représente le nettoyage ethnique sioniste de la Palestine et l’imposition de la domination coloniale israélienne sur Jérusalem. Elle fait partie de la guerre sioniste permanente contre Jérusalem.

Le jeudi 18 mai, des groupes de colons israéliens ont organisé la « Marche des drapeaux » annuelle à Jérusalem. Cette marche, ou « danse des drapeaux », a été inaugurée pour la première fois en 1968, un an après que les forces israéliennes ont occupé Jérusalem-Est et se sont emparées des terres palestiniennes, syriennes et égyptiennes en Cisjordanie, sur le plateau du Golan et dans le Sinaï. Des responsables israéliens tels que le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et le ministre des finances, Bezalel Smotrich, tous deux membres de la nouvelle coalition israélienne d’extrême droite, se sont joints à la marche de cette année.

Dans le cadre de ce que l’État israélien appelle le « Jour de Jérusalem », la Marche des drapeaux témoigne de l’importance accordée par les colons à la « réunification de Jérusalem ». Cependant, comme les Palestiniens insistent pour rester dans leurs maisons, de Sheikh Jarrah à la vieille ville et aux villes voisines de Jérusalem-Est, la Marche des drapeaux est devenue une tentative de chasser les derniers Palestiniens de Jérusalem.

Dans une déclaration, le porte-parole du bureau présidentiel palestinien, Nabil Abu Rudeineh, a averti que la Marche des drapeaux pourrait conduire à une « explosion », alors que les tensions sont déjà très vives en raison de l’augmentation de la violence israélienne à Jérusalem. Dans une déclaration à la presse, le premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, a condamné la marche comme une tentative de consolider la judaïsation et la conquête de Jérusalem, soulignant que « les Palestiniens continueront à affronter les politiques de l’occupation, quel qu’en soit le prix ».

Cependant, pour les Palestiniens de Jérusalem, la Marche des drapeaux n’est pas seulement une initiative politique et militaire destinée à renforcer la mainmise d’Israël sur Jérusalem, c’est aussi une journée de violence garantie et d’abus de la part des colons. Continuer à lire … « La Marche des drapeaux fait partie de la guerre sioniste contre Jérusalem »

Les traumatismes ne sont pas seulement psychologiques. Ils peuvent aussi avoir un impact sur le corps.

Un article de Sara M Moniuszko, publié sur USA TODAY, traduction par Iris Di Rosa.

Vous pouvez avoir l’impression d’être à bout de nerfs. Vous pouvez commencer à transpirer. Votre cœur peut s’emballer, vos poings se serrer.

Le traumatisme n’est pas seulement la réaction émotionnelle et psychologique d’une personne à un événement intense ou accablant, il peut aussi entraîner des manifestations physiques ressenties dans le corps.

« Ce type de symptômes physiologiques est extrêmement courant dans le SSPT (syndrome de stress post-traumatique), mais il s’agit également d’une réaction plus globale au traumatisme », explique le Dr Rubin Khoddam, psychologue clinicien et fondateur de COPE Psychology. « Et cette réaction physique a, au fil du temps, un impact important sur notre corps ». Continuer à lire … « Les traumatismes ne sont pas seulement psychologiques. Ils peuvent aussi avoir un impact sur le corps. »

Pacifisme, militarisme et solidarité avec l’Ukraine

La guerre en Ukraine est une abomination ! L’espoir qu’a libéré l’effondrement du mur de Berlin à l’Est comme à l’Ouest a été frappé de plein fouet par l’invasion de la Russie en Ukraine ! Ce n’est pas nouveau que des courants à gauche s’opposent sur l’attitude à adopter face à la guerre. Celle en Ukraine ne fait pas exception.

L’histoire n’est pas un long fleuve tranquille et elle ne se répète jamais de la même façon, malgré les ressemblances. Il importe de prendre acte des réalités de cette guerre et de la complexité de la situation. Deux enjeux nous interpellent : la solidarité avec le peuple ukrainien, mais aussi par le refus de la politique militariste de notre propre impérialisme. Continuer à lire … « Pacifisme, militarisme et solidarité avec l’Ukraine »

Témoignage du franco-palestinien Salah Hamouri à Toulouse : Israël m’a déporté de Jérusalem, où je suis né, où j’ai grandi

« La solidarité avec la Palestine est un sport de combat » pour paraphraser Pierre Bourdieu dans un tout autre domaine, et la Bourse du travail de Toulouse en a été le théâtre vivant mardi dernier. Salah Hamouri, franco-palestinien, ex-prisonnier et expulsé, l’année dernière, par Israël de sa ville natale Jérusalem-Est était l’invité de l’UD-CGT, Palestine Solidarité Toulouse et l’Association France-Palestine solidarité (AFPS) pour évoquer son expulsion et le sort des prisonniers politiques palestiniens.

Mais cinq minutes auront suffi pour que les premiers incidents éclatent. La parole sioniste se déchaîne en inter-vagues : « Israël est le seul grand pays démocratique du Proche-Orient », « Israël, c’est pas l’apartheid », « Je ne veux pas entendre le mot déportation », « Vous êtes un terroriste », adressée à Salah Hamouri, qui peine à en placer une, puis est finalement empêché de parler. Des membres du service d’ordre blessés, 200 euros de dégâts à la table de l’association Le Philistin qui commercialise la production artisanale palestinienne. Un dernier attaquant ose dire à l’encontre de celui qui aura passé dix années de sa jeune vie en prison : « Je m’attendais à voir un grand conférencier et je vois un homme qui ne sourit pas. »La bêtise et la haine n’ont aucune limite. Une fois tout ce petit monde évacué, la conférence a pu véritablement commencer dans le respect de l’intervenant, des organisateurs et du public toulousain. Continuer à lire … « Témoignage du franco-palestinien Salah Hamouri à Toulouse : Israël m’a déporté de Jérusalem, où je suis né, où j’ai grandi »

Grèce : raz de marée de droite, effondrement de la gauche. Surprise ou résultat électoral annoncé ?

Comment expliquer la victoire ou plutôt le triomphe de la droite grecque et la défaite ou plutôt l’effondrement de la gauche de Syriza aux élections du 21 mai ? Comment expliquer le fait que la Nouvelle Démocratie (ND) du premier ministre Kyriakos Mitsotakis fait plus que le double (41%) du score de Syriza (20%) ? Et aussi comment expliquer que la gauche – pratiquement de toute obédience – prédisait jusqu’à la veille des élections, des résultats électoraux qui allaient servir de tremplin pour l’assaut final d’un mouvement populaire grec en plein essor contre le pouvoir d’une droite diminuée et en crise ? Continuer à lire … « Grèce : raz de marée de droite, effondrement de la gauche. Surprise ou résultat électoral annoncé ? »

Perdus dans une mer de pixels : Les hommes, la pornographie et l’illusion de la maîtrise

La pornographie sabote-t-elle les liens émotionnels des hommes et leur capacité à vivre une intimité authentique ? Ces conséquences émotionnelles sont souvent négligées dans les débats grand public.

Au cours de trois décennies, les nombreuses présentations sur le sexisme et le racisme dans la pornographie que j’ai faites ont évolué en même temps que le secteur de la pornographie et la culture. Mais une constante était la question qui revenait inévitablement au cours des périodes de discussion, toujours posée par une femme.

« Pourquoi les hommes aiment-ils tant la pornographie ? »

Sur la base d’années de recherche scientifique et d’engagement public, je pense que la réponse est simple : La pornographie produit des orgasmes rapides et fiables sans la vulnérabilité qui accompagne l’intimité. Les hommes peuvent éprouver du plaisir sexuel tout en gardant le contrôle. Ou, plus exactement, en conservant l’impression de garder le contrôle. J’y reviendrai tantôt. Continuer à lire … « Perdus dans une mer de pixels : Les hommes, la pornographie et l’illusion de la maîtrise »

J’ai honte d’avoir eu honte de moi

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« De toute la quincaillerie de cette civilisation, Sandrine a fait du petit bois, pour notre plus grande joie » (Serge Quadruppani dans sa préface)

Errance personnelle dans et par un texte.

Pays connu seulement par des images, pays étranger, « ô lumière blanche d’Algérie », histoire personnelle de territoires, mémoire…

Rire, éclats de rire, rires de femmes, « Lancez-vous dans la lumière sortie de son écrin », refus des enfermements, « Ne rasez les murs d’aucune citée », seins dressés sous les chemisiers, cheveux détachés, hourras victorieux…

« Me vider de ton sang / Le tien, qu’il me faut pourtant reconnaître / Et que des hommes me battent à mort / Qu’ils prennent eux, ce sang /Qu’ils le sucent, oui… » Continuer à lire … « J’ai honte d’avoir eu honte de moi »

Exécutions capitales : l’arme redoutable de la répression en Iran

Paris, le 23 mai 2023

Un régime sanguinaire
L’Iran est le pays où le pourcentage d’habitant.es exécutées chaque année est le plus élevé du monde. D’après Amnesty International, il y aurait eu 576 exécutions en 2022, dont officiellement 92% sous l’accusation de meurtre ou d’infraction à la législation sur les stupéfiants [1]. 

En réalité, parmi les victimes figurent nombre de personnes considérées par le pouvoir comme ne se soumettant pas à ses dogmes : militant.es politiques, syndicalistes ou associatifs, partisan.es de l’autonomie des minorités nationales et/ou de la liberté de conscience, LGBTIQ+, etc. De plus, toutes les exécutions n’apparaissent pas dans les statistiques disponibles.  Continuer à lire … « Exécutions capitales : l’arme redoutable de la répression en Iran »

« Un appel à mes amis progressistes occidentaux »

Un militaire russe depuis longtemps à la retraite discutait par téléphone de l’actualité avec un ancien collègue vivant en Ukraine. Tous deux s’indignent de la guerre entre les deux pays autrefois fraternels et expriment l’espoir que cette folie prendra bientôt fin. Quelques jours plus tard, des représentants des services spéciaux ont fait une descente chez le Russe. Il n’a livré aucun secret militaire et personne ne l’en a accusé. En revanche, il a été accusé d’avoir discrédité publiquement les forces armées de la Fédération de Russie. L’ancien officier, qui connaissait les lois, a rétorqué qu’il s’agissait d’une conversation privée. Et qu’une telle accusation n’était censée s’appliquer qu’aux déclarations publiques. « Mais c’était public », ont objecté les officiers de renseignement. « Après tout, nous l’avons entendue ! »

Il ne s’agit pas d’un épisode d’une histoire écrite par un imitateur moderne de Franz Kafka ou de George Orwell, mais d’une affaire qui fait actuellement l’objet de discussions sur les réseaux sociaux russes. On y trouve également de nombreux rapports faisant état d’amendes infligées à des personnes qui avaient peint leur portail en jaune et bleu par hasard il y a de nombreuses années, risquant ainsi d’être associées de manière indésirable au drapeau ukrainien, ou qui sont sorties dans la rue sans réfléchir, vêtues d’un jean bleu et d’une veste jaune. La situation en est arrivée au point où la police a envisagé d’écrire une dénonciation sur une cagette de pommes. Les fruits étaient coupables du fait que les mêmes « couleurs ennemies » étaient présentes sur l’emballage. Continuer à lire … « « Un appel à mes amis progressistes occidentaux » »

Carrefour doit mettre fin à son partenariat avec des entreprises israéliennes acteurs de la colonisation

Le groupe Carrefour a fait savoir fin avril aux organisations signataires du rapport « Les liaisons dangereuses du groupe Carrefour avec la colonisation », qu’il avait décidé de suspendre le partenariat avec des enseignes dans le territoire palestinien occupé, sans plus de précision. Par la suite, le groupe Carrefour n’a pas répondu aux demandes de confirmation des organisations signataires. Celles-ci continuent à appeler le groupe Carrefour à mettre fin à son accord de franchise avec Electra Consumer Products et Yenot Bitan.

En effet, si la décision de suspendre le partenariat avec des enseignes situées dans les colonies illégales était confirmée et suivie d’effets, il s’agirait d’un premier pas dans le désengagement de Carrefour, et d’un premier résultat de la campagne menée depuis six mois par les organisations signataires du rapport et d’autres partenaires. Toutefois, la suspension de ce partenariat ne suffirait pas à mettre fin à la complicité de Carrefour avec la colonisation car un partenariat avec des sociétés israéliennes qui sont des acteurs directs de la colonisation constitue une liaison très forte avec cette colonisation illégale au regard du droit international. Continuer à lire … « Carrefour doit mettre fin à son partenariat avec des entreprises israéliennes acteurs de la colonisation »

On ne nait pas lesbienne, on le devient : LA CONSTRUCTION D’UNE SEXUALITE

Interview de Paula Dumont par Francine Sporenda

Paula Dumont, Docteure ès-Lettres, a été professeure de Lettres. Elle est l’autrice de l’une des rares autobiographies de lesbiennes, « Mauvais genre » et « La Vie dure ». Elle a également publié « Lettre à une amie hétéro, propos sur l’homophobie ordinaire », un essai philosophique « Le Règne des femmes », un essai littéraire « Les convictions de Colette », un recueil de textes brefs « Contes et nouvelles lesbiennes », un roman « Les premiers pas », « Portée disparue, aller simple pour Alzheimer » et « Autobiographie, féminisme, homosexualité, écriture, milieu social, profession ». Enfin, dans « Entre femmes », elle a consacré quatre volumes à la recension de mille œuvres lesbiennes qu’elle a résumées et commentées. Féministe, elle milite pour l’égalité des droits des LGBT.

FS : Vous êtes lesbienne exclusive et vous dites avoir écrit votre livre « Mauvais genre » pour comprendre comment votre sexualité s’est construite. En même temps, vous dites avoir toujours été attirée par les femmes. N’y a-t-il pas contradiction ? Certains homosexuels prétendent que l’homosexualité est innée, qu’en pensez-vous (un de mes étudiants américains, Chandler Burr, a écrit un livre soutenant cette thèse) ?

PD : Je dois tout d’abord vous dire que, si « Mauvais Genre » est le premier volume que j’ai publié, je l’ai écrit des années après « Les premiers pas » et « La vie dure » : j’avais rédigé le premier à trente ans et le second une quinzaine d’années plus tard. Autant il m’avait été facile de raconter longuement les débuts chaotiques de ma vie sentimentale, autant je répugnais à réfléchir sur mon enfance et mon adolescence tant ces souvenirs m’étaient douloureux. Encouragée par des amies, j’ai fini par y parvenir au moment où j’ai pris ma retraite, à soixante ans, l’euphorie dans laquelle j’ai vécu ma liberté retrouvée m’ayant facilité la tâche. Continuer à lire … « On ne nait pas lesbienne, on le devient : LA CONSTRUCTION D’UNE SEXUALITE »

La « neutralité suisse » à la lumière de l’agression russe contre l’Ukraine

Depuis le 1er mai, la Suisse préside le Conseil de sécurité de l’ONU, fonction largement symbolique mais qui devrait néanmoins conduire à respecter scrupuleusement les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies de 1945. La Russie, qui l’a précédée à ce poste, ne le fait pas, sans que cela doive inciter les autorités suisses à l’imiter.

Or depuis le début de l’agression russe le 24 février 2022, le Conseil fédéral n’a pas brillé par son application rigoureuse de la Charte, et notamment de son article 1, demandant aux parties « de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix ». Sa position a en effet oscillé entre un ralliement timide aux sanctions internationales prises contre la Russie et une réaffirmation rigide du principe de neutralité, et il s’est contenté de dénoncer verbalement l’agression.

Plus d’une année après le début de la guerre, il faut toutefois rappeler quelques vérités historiques que les autorités suisses sont souvent promptes à oublier. La neutralité suisse est un principe qui a fortement évolué au gré des événements internationaux. Il a constamment été réinterprété depuis son instauration en 1815 par les puissances européennes qui voulaient empêcher que l’une d’entre elles s’empare de cette zone tampon importante et déséquilibre le rapport de force entre elles. Depuis deux cents ans, les gouvernements suisses successifs l’utilisent avec une habileté variable, mais en privilégiant toujours les intérêts économiques du pays, et ceux de ses entreprises exportatrices. Continuer à lire … « La « neutralité suisse » à la lumière de l’agression russe contre l’Ukraine »