La culture et la tradition occidentale, esprit du monde, légitimées comme totalité de sens, définissaient l’Autre, le barbare, l’infidèle comme sujet à civiliser

Fernando Matamoros Ponce analyse la pensée des vainqueurs (C. Colomb, Herman Cortés, B. de Sahagun et J. de Mendieta) dans leurs dimensions religieuses, mystiques, messianiques, utopiques et politiques. Destructrice, la pensée coloniale accompagne l’expansion qu’elle pare des vertus de la modernité et de la civilisation.

Pour comprendre des phénomènes comme la « découverte », la conquête, il convient de se replonger dans ce 16ème siècle, début de la « modernité » mais profondément inscrit dans son passé et présent religieux. Ce serait un anachronisme que de réfléchir à ces événements sous les seuls angles du militaire, du territoire ou encore plus du capitalisme naissant. La religion, dans ses multiples dimensions, irriguait la pensée, déterminait pour grande partie les possibles, dominait les actions des hommes.

Les références méthodologiques de ce livre se trouvent chez Walter Benjamin « Écrire l’histoire à rebrousse poil » et chez Nathan Wachtel « Écrire du point de vue des vaincus ».

Comme le souligne Michaêl Löwy dans sa préface « Dans le discours des découvreurs, des conquérants et des missionnaires, se dit le projet d’organisation du temps et de l’espace social, dans lequel ils rêvent d’assurer la domination et/ou l’universalisation de la pensée chrétienne occidentale ».

Malgré les massacres, l’ethnocide (pour utiliser un terme moderne) « le processus de résistance et de reconstruction de sens des pueblos indios fut à l’origine d’un remaniement des identités », l’actualité du soulèvement au Chiapas nous incite « à changer pour mieux vivre, vivre pour changer un monde si arrogant dans ses vérités universelles à l’encontre des formes traditionnelles ».

Dans la première partie de l’ouvrage « Religion et utopie dans les politiques de découverte et de conquête », l’auteur nous expose les actions et les conceptions de Christophe Colomb en particulier de sa vision du « Paradis terrestre », puis de Herman Cortés conquérant et « négateur de l’autre ».

La seconde partie « Prophétie et millénarisme dans la légitimation de la conquête » sera consacrée à deux missionnaires Bernardino de Sahagun et Jeronimo de Mendieta autour des notions de « providence, millénarisme, messianisme et de cité idéale ».

A chaque étape, l’auteur interroge les remaniements et les recréations des mémoires et des événements, les processus constitutifs des communautés et la vision des populations indiennes en lien avec leur négation même,

« Sous le ciel étoilé, des rêves nocturnes basculent en rêves diurnes. Des paroles symboliques et des mythes resurgissent pour se mêler aux modernes et prendre part au réel, une recherche active d’un temps perdu, de dieux bafoués et de héros assassinés. »

Une lecture difficile mais passionnante, à compléter ou à précéder de la lecture des ouvrages de Nathan Wachtel ( La vision des vaincus, Folio Histoire, 1971 et Le retour des ancêtres, Editions Gallimard Bibliothèque des sciences humaines, 689 pages, 1990)

 Fernando MATAMOROS PONCE : La pensée coloniale, Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique

Editions Syllepse, Paris 2006, 453 pages 30 euros

 Didier Epsztajn

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