Identité kanak(e) et destin commun

Ce livre est présenté sous forme d’entretiens autour de plusieurs grands sujets. La première partie est plus autobiographique et revient sur la prise de conscience, les études et l’accès à la direction du FNLKS (Front de libération nationale kanak socialiste) de l’auteur membre du Palika (Parti de libération kanak se réclamant du socialisme et du marxisme) et président de la province nord.

Le chapitre central, le plus développé, revient sur les accords de Nouméa (signés en 1998 entre l’état français, le RPCR et le FLNKS) et ses prolongements actuels. L’auteur expose clairement ses positions et ses appréciations sur les avancées et les difficultés de la situation actuelle, les processus permettant la nécessaire décolonisation tout en réaffirmant un ancrage dans le coutumier et une conception ouverte du « destin commun ».

Il s’agit donc d’un plaidoyer argumenté et détaillé sur les causes et les conditions d’un « processus de décolonisation original et irréversible qui organise le transfert progressif des attributs de la souveraineté jusqu’à l’indépendance ».

Des chapitres sont consacrés plus particulièrement à la question foncière, au nickel et à l’environnement et à la culture avant une conclusion autour des luttes contre la mondialisation capitaliste.

Quelques soient les appréciations portées sur les accords de Nouméa et sur ses débouchés envisageables, il est important de faire connaître les modifications sociales, politiques et économiques qui se sont produites en Nouvelle Calédonie et particulièrement dans les régions dirigées par les indépendantistes.

L’ancrage de la société kanake dans le coutumier n’est pas un obstacle à la modernité, la défense de la culture passe aussi par des évolutions prenant en compte les volontés d’émancipation des individu-e-s (exemple cité du divorce).

Avec toute la prudence qu’un regard d’ici impose, il me semble que l’auteur est très optimiste sur le caractère irréversible vers l’indépendance. Par ailleurs le centrage du livre sur l’indépendance, ne permet pas le traitement d’autres points (question syndicale, contrôle et auto organisation des entreprises) et fait silence sur la place dominée des femmes dans la société actuelle et à construire.

Toujours est-il que cette parution est d’autant plus utile que la Kanaky ne fait plus souvent l’objet de débats et d’actions de soutien, y compris dans les rangs des anticolonialistes.

Pour ceux et celles qui voudraient revenir plus précisément sur les événements et les débats des années 80 et 90 nous renvoyons, entre autres, au beau livre d’Anne Tristan « L’Autre Monde » paru aux éditions Gallimard en 1990, aux deux livres de Claude Gabriel et Vincent Kermel parus aux défuntes Editions La brèche « Nouvelle Calédonie la révolte kanake » et « Les sentiers de l’espoir » qui restent indispensables et à l’ouvrage de Maurice Leenhardt « Do kamo, la personne et le mythe dans le monde mélanésien » lui aussi chez Gallimard.

Paul NEAOUYINE : L’indépendance au présent – Identité kanak et destin commun

Editions Syllepse, Paris 2006, 189 pages, 20 euros

Didier EPSZTAJN

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