Opérer une révolution culturelle dont l’anticapitalisme à besoin

Première publication d’une nouvelle collection « Clairement ancrés dans la gauche radicale, les Cahiers de l’émancipation ont pour vocation d’établir des liens entre les diversités des générations et des expériences et en extraire les germes des lendemains possibles. »

En cherchant à nouer les réflexions entre écologie, anticapitalisme et mouvement ouvrier, ce petit ouvrage trace quelques pistes. Le volume est composé de huit textes, plus ou moins aboutis. Je me limiterais à quelques éléments traités.

François Chesnais (Écologie, luttes sociales et projet révolutionnaire pour le 21e siècle) revient sur les analyses critiques de l’économie politique, la consubstantialité de la recherche de croissance illimitée du capital et de la marchandise, et prolonge sur les conditions non librement choisies d’activité des hommes et des femmes.

La crise écologique renforce cette dimension et implique de prendre en compte les effets des changements de temporalités « Avancer l’idée de la rencontre entre la crise économique et la crise écologique dans ses différentes dimension soulève la question de leurs temporalités respectives ».

L’auteur insiste sur la nécessité de trouver des « formes de propriétés sociales renouvelées »

L’article de Daniel Tanuro (Marxisme, énergie et écologie : l’heure de vérité) souligne la  discontinuité majeure produite par la transition du bois à la houille comme ressource énergétique. La non prise en compte de la substitution d’une « énergie de flux (renouvelable) » à une « énergie de stock (non renouvelable) » est à ses yeux un défaut majeur dans l’analyse du capitalisme.

L’auteur critique l’absence de prise en compte du « concept de métabolisme social » pour questionner et aborder différemment les problèmes de gestion des ressources.

Je suivrais, moins l’auteur lorsqu’il évoque que « la conscience écosocialiste doit être introduite dans la classe ouvrière de l’extérieur » grosse de bien des dangers de substitutionisme dans les rapports entre ceux et celles qui savent et les autres.

Armand Farrachi avance quelque solutions, alimentées par des exemples, face aux destructions massives et en défense de la biodiversité. « Il importe de rétablir les équilibres naturels : maintien des écosystèmes avec proies et prédateurs, suppression de la notion d’espèce nuisible, réintroduction quand c’est possible d’espèces après avoir remédié aux causes de leur disparition, régénération naturelle (et non commerciale) des forêts, dépollution des cours d’eaux, conservatoires botaniques, etc. »

Plus discutable me semble l’idée de conservation de la nature « pour ce qu’elle est »

Laurent Garrouste (De la lutte contre l’exploitation physiologique à la transformation écosocialiste du travail) suggère d’approfondir la théorie de l’exploitation « un même processus et une même logique conduisent à la destruction de la nature et à l’usure du travailler ».

Tout en soulignant « La soumission du travail humain au rythme de la machine », je pense que l’auteur contourne, en partie, les mécanismes engendrant la souffrance au travail  (domination au travail versus domination du travail). Il décrit cependant en détail, l’intensification du travail, l’augmentation des contraintes liées aux normes et aux délais, les troubles musculo-squelettiques, les atteintes à la santé psychique.

Laurent Garrouste prône une transformation écosocialiste de la production qui implique « une garantie effective du droit à l’emploi, les travailleurs des activités réorganisées conservant leur contrat de travail, leur rémunération et leurs droits sociaux jusqu’au reclassement sur un emploi de rémunération et de qualification au moins égales. »

Manuel Gari dans son article « Le changement climatique : un défi pour le mouvement ouvrier » énonce les implications pour le syndicalisme des nécessaires adaptations des industries et donc des emplois.

« Il existe une responsabilité  »commune mais différenciée » entre les pays industrialisés et le reste du monde, pour reprendre la terminologie utilisée dans les sommets  mondiaux sur le climat. » L’écologisation des différentes sociétés impliquent des ruptures et des conflits. « Le problème est que cette destruction et cette création d’emplois se répercutent de manière différente selon les lieux et les temps, ce qui pose un défi tactique que les syndicats et les gouvernements doivent résoudre. »

Enfin, Vincent Gay replace la naissance de l’écologie politique dans les sillons de mai 68.

Un ouvrage d’une brulante actualité, porteur de débats et qui n’esquive pas les problématiques difficiles.

Cahiers de l’émancipation : Pistes pour un anticapitalisme vert

Coordination Vincent Gay

Editions Syllepse, Paris 2010, 130 pages, 7 euros

Introduction sur le site de Contretemps : http://www.contretemps.eu/lectures/pistes-anticapitalisme-vert

Didier Epsztajn

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