Sous les silences, les irréductibles révoltes et actions

Les statistiques chiffrent la baisse des jours de grèves. Des journalistes, des politologues en déduisent trop rapidement une moindre conflictualité sociale pour utiliser le titre de ce livre.

Mais avant de pouvoir analyser les évolutions, ne faudrait-il pas interroger ce que mesurent réellement les statistiques ? (Cf l’article très documenté de Delphine Brochard) Qui en parle et comment ? (Eric Lagneau décrypte les modalités de médiatisation de conflits). Plus généralement, derrière les conflits du travail, quels antagonismes sociaux se manifestent-ils ?

Les conflits de société ne se substituent pas aux conflits du travail. Les uns et les autres sont alimentés par de salutaires révoltes contre des situations d’exploitation et/ou d’oppression. Ils s’inscrivent dans des recherches de mieux être ou d’émancipation. Il serait vain d’opposer ces différentes expressions mais il est bien utile d’en scruter les évolutions concrètes.

Les déplacements de l’entreprise à la cité ou « les grèves par procuration » pourraient exprimer la combinaison de plusieurs caractéristiques : une difficulté à peser dans les restructurations des procès industriels (au sens le plus large), une intériorisation mais jamais totalement acceptée des rapports de force, une conséquence des divers degrés d’organisation au quotidien (faiblesse syndicale), une recherche de démocratie à l’échelon le plus immédiatement contrôlable, une inscription dans un espace mondialisé omniprésent et pourtant insaisissable, une absence d’alternative, etc.

Les différentes contributions de ce livre s’attachent à décrire les traits les plus spécifiques des actions revendicatives actuelles. Elles abordent, de manière détaillée, de multiples dimensions, à travers des études transversales (oppositions entre « secteur privé » et « secteur public ») ou des exemples sectoriels (transports routiers, EDF, etc).

Pour ma part, je conseillerai de commencer par le beau chapitre de Sophie Béroud et de René Mouriaux qui me semble, par la référence constante à la « grève » inscrire les réflexions au cœur même du fonctionnement du capitalisme.

Cet ouvrage, comme de multiples livres collectifs qui paraissent depuis quelques années, est une riche source d’informations. Ces approches plurielles sont indispensables pour comprendre, débattre et agir.

Sous la direction de Jean-Michel Denis : Le conflit en grève ? Tendances et perspectives de la conflictualité contemporaine

La Dispute, Paris 2005, 358 pages, 26 euros

Didier Epsztajn

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