Les réticences au genre

Les textes de ce livre ont été rédigés pour une journée d’étude sur « La place des femmes dans l’enseignement de l’Histoire en Europe ». Le constat est accablant, alors que les recherches sont aujourd’hui particulièrement dynamiques et abondantes, la place faite aux femmes est très pauvre « voire indigente dans les programmes de l’enseignement secondaire et dans les manuels scolaires »

Les premiers articles de ce petit livre mettent l’accent sur les réticences à « l’avènement du genre » et à prendre en compte les dimensions sexuées des phénomènes historiques.

Puis est exposée la situation dans l’enseignement, en lien avec les particularités historiques de l’Espagne, l’Allemagne, la Russie et l’Italie.

Pour inciter à lire ce livre, je voudrais présenter (de façon très résumée) la démarche remarquable et les réponses proposées à la question « Histoire des femmes, histoire des hommes, comment aborder les inégalités à l’école ? » de C. Heimberg et V. Opériol.

Les auteur-e-s explicitent des séquences pédagogiques remettant en cause des représentations stéréotypées en opposant des argumentaires précis à quelques intitulés.

« Parce qu’il y a une spécificité des sexes, leurs différences sont inscrites dans la nature. Hommes et Femmes doivent avoir ainsi des rôles respectifs différents » C. Heimberg et V. Opériol détaillent une démarche qui part de l’origine et de la profondeur des préjugés pour « démontrer l’absence de fondement rationnel de ces discours en précisant qu’ils nous renseignent sur la manière dont les hommes voyaient les femmes et non sur les femmes elles-mêmes »

« L’histoire est un processus orienté dans le sens d’un progrès, continu et inéluctable, vers une émancipation croissante en direction de l’égalité » Les auteur-e-s montrent comment «l’inéluctabilité du progrès des droits des femmes pourrait être critiquée à partir d’exemples précis de remises en question de ces droits »

Contre « Parce que l’émancipation s’est faite naturellement, sans effort, le féminisme est ringard, extrémiste, n’a pas de rapport avec les acquis des femmes », elles et ils opposent une étude de l’histoire du mouvement féministe du XX siècle.

Enfin à « Dans la mesure où les femmes sont aujourd’hui égales aux hommes d’après la loi, il n’y a plus d’inégalités entre hommes et femmes et les tâches domestiques sont répartie de manière équitable » l’étude de quelques statistiques passées et présentes éclaireraient et rendraient toute la profondeur de la réalité des inégalités.

Le livre se termine par l’intervention d’Anne-Marie SOHN « Pour une histoire bisexuée du travail au XXe siècle » centrée autour de la gestion sexuée des emplois et de la flexibilité.

La place des femmes dans l’histoire ne peut être considérée comme un accessoire de l’enseignement de cette matière. Notre compréhension des phénomènes historiques en dépends de même que l’élaboration de réponses satisfaisantes pour combattre les inégalités et les discriminations.

Un nouveau livre passionnant  dans cette collection de l’Institut de recherche de la FSU.

Coordonné par H. LATGER et J.F. WAGNIART : Des femmes sans Histoire ? Enseignement en Europe –

Institut de recherches de la FSU – Nouveaux Regard et Editions SYLLEPSE, Paris 2005, 128 pages, 6 euros

Didier Epsztajn

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