Rroms, multi-identité, nation et Samudaripen

Morgan Garo choisit « malgré son absence de définition juridique, d’utiliser le terme de minorité à territoire non compact, parce que les Rroms ne sont majoritaires sur aucun territoire géographique de la superficie d’une région et qu’ils n’ont jamais, en tant que groupe, revendiqué, ni fait référence à un territoire précis. »

Cet ouvrage est le fruit d’études en Roumanie, République tchèque et France. L’auteure pose les problèmes de la « catégorisation des groupes de population et de la détermination de leur statut et de leur représentation dans l’histoire et le présent des sociétés ». Elle ne renvoie pas seulement aux effets subits mais insiste sur les organisations dont se sont dotés les Rroms.

Je précise que la graphie avec deux r pour Rrom est aujourd’hui couramment la plus usité et que Samudaripen est le nom pour le génocide peu connu des Rroms par les nazis.

Le premier chapitre est consacré à la Roumanie, « De l’esclavage au ghetto ». Morgan Garo analyse l’histoire et particulièrement les politiques menées, après l’abolition de l’esclavage des Rroms, elle insiste sur la permanence des rejets et des discriminations, de l’assignation dans les lieux, de la sédentarisation forcée et des évolutions plus récentes sous « la pression de l’Europe ».

Le chapitre suivant, sur la république tchèque, permet de comparer les évolutions historiques et insiste en particulier sur les interventions des anciens dissidents, comme Vaclav Havel, Petr Uhl ou Anna Sabatova.

« Rroms et la France », permet à l’auteur de présenter en détail la discrimination institutionnelle pour ces français-e-s citoyen-ne-s classé-e-s vraiment à part « Pourtant français, les Gens du voyage sont assimilés aux étrangers dans les préfectures ». L’auteure analyse les formes de relégation spatiale, la liberté de circulation fortement surveillée, la non-application de la loi sur les zones de stationnement, etc.

Peuple européen de 8 à 12 millions de personnes, les Rroms ont participé à l’histoire de ce continent. Leur « passé et leur présent discriminé » fait l’objet du chapitre quatre de l’ouvrage.

L’auteure détaille l’ostracisme, les conditions de vie extrêmement difficiles, les ségrégations spatiales et sociales, avant d’examiner au chapitre cinq « L’émergence du mouvement politique rrom ». Je partage ses réflexions sur la non-ethnicité et sa conception de nation-politique. Le dernier chapitre sert de titre à l’ouvrage en posant la question d’une nation en devenir.

Renouant avec les théorisations du Bund, mouvement ouvrier révolutionnaire juif, des marxistes austro-hongrois, Morgan Garo tente, avec un certain succès de poser l’universalisme dans le respect des autres, la question nationale autrement que dans sa réduction étatique.

Un ouvrage bien venu, dont la richesse déborde largement ma présentation, pour faire connaître l’histoire et les présents de cette nation sans territoire. Une réflexion ouverte sur les notions de nation, d’universalisme et d’auto-organisation des populations minoritaires.

Morgan Garo : Les Rroms. Une nation en devenir ?

Éditions Syllepse,

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_65_iprod_392-les-rroms.html

Paris 2009, 235 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

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