Sous le masque de l’épanouissement

Le livre de Geneviève Guilhaume paraît dans une nouvelle collection « Sens Dessus-Dessous » qui « propose de comprendre comment les catégories institutionnelle hiérarchisantes se créent et s’entretiennent en s’ancrant dans des mythes et croyances, en renouvelant leur puissance légitime par l’imposition des représentations de  »bon sens » et, enfin, en tentant de parer toutes velléités de controverses autorisant à entrevoir leur possible disparition et remplacement. »

Une nouvelle ère qui promettrait le développement personnel et professionnel, qui favoriserait l’épanouissement au travail, qui, loin des antagonismes sociaux vise à obtenir une mobilisation des salariés dans les  »marchés » intérieurs et extérieurs de l’entreprise.

Sur la base de l’affaiblissement des réponses collectives « Le coaching gagne sa légitimité à travers des discours séduisants qui masquent la violence de leurs pratiques.»

Occultation du pouvoir, despotisme d’entreprise (terminologie non employée par Geneviève Guilhaume), flexibilisation du rapport salarial, consentement narcissique, l’auteure nous montre que « Le coaching est donc à la fois un ensemble de discours sur le management et la communication (s’adressant aux managers notamment intermédiaires) et également un dispositif organisationnel, par lequel s’exerce une violence symbolique…. C’est cette violence qui renvoie à l’organisation actuelle des entreprises, où les jeux de pouvoir entre dominants et dominés sont masqués à travers les discours et dispositifs stratégiques de la communication et du management, alors qu’ils façonnent les rapports de production et les conditions matérielles d’existence, provoquant une réelle souffrance psychique et physiques des salariés. »

Derrière « la mise en avant du caractère très professionnel de la démarche » l’auteure nous montre tout flou masqué la soit disant « professionnalisation des coaches » et l’absence d’évaluation des effets des dispositifs déployés.

Les techniques de management ont bien quelque chose à voir avec la restructuration permanente du capitalisme, les tentatives toujours remodelées de recherche de consentement dans les rapports sociaux d’exploitation. Un petit livre qui éclaire un pan de la « servitude volontaire » et des pratiques de résistance jamais totalement inexistantes.

 Geneviève Guilhaume : L’ère du coaching. Critique d’une violence euphémisée

Éditions Syllepse, Paris 2009, 145 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Sous le masque de l’épanouissement »

  1. Merci pour ce commentaire sur une pratique qui n’est pas condamnable en soi (se connaître et comprendre ce qui nous stresse est utile) mais dans l’usage qui en est fait (la culpabilisation de « l’inadaptaté ».)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :