Le colonialisme à domicile

Plusieurs lectures possibles ou combinées pour ce joyeux livre.

Tout d’abord, un rappel de ce que furent les luttes des foyers, du groupe Révolution Afrique, des actions et des débats des militant-e-s, dit d’extrême-gauche, ici en France et là en Afrique.

L’auteur met en relation les contextes oubliés, les politiques des organisations ouvrières, syndicales et politiques majoritaires, les actions impulsées par des groupes déterminés à changer le monde, leurs engagements indispensables mais minoritaires, les mains dans le cambouis mais loin des institutions.

Il importe encore et toujours de faire la lumière sur ces réalités bâillonnées, ces oublis de mémoire, les effets toujours sous-estimés des colonisations, de rendre visible les luttes de ces non citoyen-ne-s de la république de l’égalité sans couleur sans sexe et sans catégorie sociale.

Réaffirmer la légitimité de ces actions tournées vers un futur émancipateur. Hier les foyers, aujourd’hui les sans papiers, un soutien toujours minoritaire.

Mais, contre le choix assumé de l’auteur, il faudrait, maintenant en faire une lecture critique, assumer tout en remettant en question les théorisations hâtives, les comportements sectaires et/ou minorisants, les simplismes réducteurs.

D’où une second lecture possible. Comprendre les forces et les faiblesses des organisations qui pensaient le changement, à l’aune d’une révolution russe (des années 20) ou d’une révolution vietnamienne lointaine, pour ne pas parler de références autrement plus désastreuses.

Faire c’est toujours un peu bousculer le temps des contraintes. Sortir du temps figé des renoncements, nécessite cependant de prendre en compte la complexité, non pour s’y fondre mais pour pouvoir espérer penser et créer une (des) alternative(s) crédible(s).

L’étau du stalinisme se desserrait, les possibles ressurgissaient, une nouvelle génération (se) construisait, l’espérance brulante d’un futur émancipateur aveuglait le présent.

Faute d’être accompagnée d’analyses adéquates, de théories approfondies, de choix politiques explicites ou de réelle vision, non substitutive, à vocation majoritaire, les réflexions furent inabouties et très tronquées, les actions utiles mais limitées. La prise en compte du retournement économique au milieu des années 1970 fut tardif et les adaptions nécessaires longtemps (encore) repoussées.

Mais ce qui fut fait n’est ni négligeable ni insignifiant.

Un livre, pour mieux saisir ce passé révolté, et se projeter avec d’autres générations et des mots nouveaux dans le présent en construction, pour essayer de ne pas (re)faire (toutes) les mêmes errances.

En accompagnement souhaitable, la chanson de François Béranger « Mamadou m’a dit »

 Gilles de Staal : Mamadou m’a dit. Les luttes des foyers, Révolution Afrique, Africa fête…

Editions Syllepse, Paris 2008, 217 pages, 20 euros

 Didier Epsztajn

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