Bruit de fond assourdissant, solitude et frontières intérieures

Cet ouvrage collectif est anti-guide de variations urbaines. C’est aussi la description précieuse d’un futur déjà présent, de l’étalage nauséeux des richesses dilapidées.

Les libéraux réellement existants fêtent la chute du mur de Berlin, tout en multipliant les constructions de murs, de frontières intérieures visibles et invisibles, de camps retranchés, d’objets fétiches et d’enclaves diverses.

C’est aussi, faut-il le souligner, un usage privatif de biens communs confisqués pour des dépenses somptuaires, des horizons fragmentés ou des imaginaires frelatés « où les riches peuvent traverser en dieux tout-puissants les jardins cauchemardesques de leurs désirs les plus secrets ». C’est enfin une violence redoublée contre les autres, la majorité des populations.« Que nous révèlent les ‘‘mondes de rêve » de la consommation, de la propriété et du pouvoir sur le devenir de la solidarité entre les hommes ? »

Les territoires visités sont divers :

l  Rêve américain d’une ville sans ville, du Mall, immense bloc de béton voué à la consommation, où « les activités publiques comme la promenade s’exercent dans un espace privé »,

l  Barge colossale comme utopie flottante,

l  Grandiloquente Dubaï et sa majorité de serfs invisibles,

l  Chaos militaires et infidèles de Kaboul,

l  Oasis californienne dans l’Iran des mollahs,

l  Pékin et son olympisme néolibéral,

l  Encore une Californie, mais cette fois de pure synthèse à Hong-Kong,

l  Aridité, townships et tours de verre dans Johannesburg

l  Capitalisme de copinage, rêves incontrôlés et violence néolibérale au Caire,

l  Managua, ville délocalisée ou ville palimpseste,

l  Medellin avant et après

l  Budapest au l’heure du kisch néo-habsbourg

Et en guise de conclusion, un beau texte optimiste d’Eric Hazan sur Paris comme ombre portée « Ils sont trop incultes pour savoir que le vieux rêve d’enfermer Paris  et de le vider de ses pauvres, de ses délinquants, de ses fous et de ses étrangers  s’est souvent terminé par un réveil violent. L’ombre portée d’un tel événement s’étend loin devant lui. Ces temps derniers, on la voit avancer tous les jours. »

Les villes hallucinées du néo capitalisme sont les cauchemars des un-e-s, des utopies barbares pour d’autres, des paradis infernaux.

 Sous la direction de Mike Davis & Daniel B. Monk : Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme

Les prairies ordinaires, Paris 2008, 315 pages, 21 euros

 Didier Epsztajn

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