Création de la pauvreté et de la dépendance

Cet ouvrage est issu d’une collaboration entre le Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) et la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA).

L’étude de Haïti est particulièrement utile pour « pointer les vraies causes de la domination, de la misère et du non-respect des droits humains fondamentaux, tout en développant les revendications des mouvements sociaux sur place et en présentant des alternatives radicales en rupture avec le modèle capitaliste. »

En première partie « Des siècles de colonisation et de domination », conjonction de trois phénomènes : « la connexion au marché mondial, le passage de la culture du sucre à la culture du café et une gestion particulière des fiances publiques et de la souveraineté économique ».

Il convient de s’attarder sur le temps du néocolonialisme et « la rançon de l’indépendance » payée à la France : une somme représentant 21 milliards de dollars d’aujourd’hui soit quatre fois le budget de la France de l’époque, rançon payée jusqu’en 1897 et même 1913 pour les intérêts aux banques françaises. « Les autorités haïtiennes qui se sont succédées tout au long du 19e siècle ont toutes eu à rembourser cette rançon. Les maigres ressources de l’État ont donc principalement été transférées aux créanciers français…. Le paiement de cette rançon est donc l’élément fondateur de l’État haïtien et a débouché sur la constitution d’une dette illégitime. »

La seconde partie traite de l’ajustement structurel, de la création de la dépendance alimentaire au marché et de la paupérisation des populations.

Sophie Perchellet analyse dans la troisième partie « L’étau de la dette extérieure », les mensonges du FMI et la nécessité d’annuler totalement et inconditionnellement la dette de Haïti. Puis, l’auteure décrit la situation après le séisme et le rôle de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) « instrument qui vise à parachever le processus de recolonisation du pays ». Elle souligne qu’« un programme de reconstruction n’est valide que s’il s’inscrit dans une démarche globale de rupture avec le système profondément inégalitaire en place jusque là ». Le livre se termine par l’exposé des alternatives possibles et nécessaires (annulation de la dette, récupération des biens mal acquis, réforme agraire, coopération, décentralisation, satisfaction des besoins élémentaires) et la présentation de la position des mouvements sociaux haïtiens.

Je reste très dubitatif sur un « nouveau projet de Nation » construit au seul niveau de Haïti et non d’une partie ou de l’ensemble des îles de la région.

Un livre pour faire connaître des réalités trop souvent occultées, dont la lourde responsabilité de l’État français dans la construction du sous-développement de Haïti.

Sophie Perchellet : Haïti. Entre colonisation dette et domination

CADTM et PADDA, Liège et Haïti 2010, 159 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

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