Irruption nécessaire de profanes

Bienvenue dans l’époque géologique récente, marquée par l’impact du capitalisme, de la croissance industrielle et de l’utilisation massive des énergies fossiles. Une nouvelle époque « Anthropocène » au cours de laquelle « l’humanité devient une force géophysique à par entière ».

 

De la riche introduction, je souligne deux dimensions : la nécessaire place de la démocratie « Il faut permettre au public de penser qu’il n’existe pas d’intérêts propres de la science qui justifieraient qu’on aliène les valeurs de la civilisation. Il faut cultiver chez les citoyens l’audace de se prétendre juges de ce que font les laboratoires » et l’appel à une science ouverte « Mais cela ne changera vraiment rien sans une politique de propriété intellectuelle en faveur de la  »science ouverte » avec l’exclusion du vivant et des savoirs du champ du brevet et la transition des journaux scientifiques vers des publications de libre accès. »

Le premier chapitre « Le tournant de l’anthropocène : la planète laboratoire » fait le point sur les conséquences du réchauffement climatique, du poids de la thermo-industrie, du cycle du carbone. Le livre se poursuit par « Fin du pétrole et défis énergétiques : quelles mutations sociales, technologiques et urbanistiques pour une ville durable ? » J’ai été surpris de la proposition de « mettre aux enchères des quotas de CO² » ou l’emploi inconsidéré de la notion de « gouvernance ». Les constats n’en soient pas moins lucides « La seule solution est de se tourner vers des modes de vie plus sobres » ou « utilisation la plus réduite possible de matière » ou encore « Il paraît illusoire de faire décroître la consommation de matière et d’énergie en ne jouant que sur les mutations technologiques ».

Chose assez rare, il est souligné une dimension subjective, souvent contournée « Mais la représentation de l’énergie renouvelable met également en jeu l’angoisse de revenir à une dépendance vis-à-vis des aléas de la nature. En ce sens elle s’inscrit en faux vis-à-vis de l’héritage d’un siècle et demi de progrès visant à affirmer la maîtrise de l’homme sur la nature. »

Les chapitres suivant me semble plus intéressants, les auteurs discutent de la science, de sa maîtrise, des décisions démocratiques qui devraient présider aux choix, non cédables à la seule « expertise » des scientifiques.

Deux exemples (les recherches sur l’embryon humain et les développements récents de la biométrie) seront analysés dans le chapitre bien nommé « L’homme augmenté ». Les auteurs dénoncent un « programme occulte de reproduction normative », l’absence de discours élaborés sur la biométrie, pour en conclure que ces techniques aujourd’hui présentées « n’ouvrent sur aucun horizon, ne sont habitées par aucun imaginaire » .

La suite est une dénonciation de la « domination du savoir scientifique par l’édification de normes » et une proposition forte d’« intrusion des citoyens dans le débat ».

Contre une appropriation remontant « vers l’amont de la production de connaissances » il conviendrait d’opposer un « modèle d’innovation ouverte, par opposition à l’innovation propriétaire fermée par les brevets, s’apparente au fonctionnement en  »science ouverte » de la recherche fondamentale ».

Il ne faut donc pas accepter l’idée que « dans un monde de plus en plus technologique, l’exercice des droits démocratiques n’est pas possible sans accès aux développements technologiques, que ce soit en participant à leur production ou en décidant de leurs grandes orientations. »

Ce qui permet de poser les questions autour de « Sciences et démocratie », de « l’irruption des profanes », la mise en place de procédures « permettant de dépasser des expertises incomplètes, partiales et difficilement conformes aux intérêts des populations ».

Outre cela, sont aussi traités les nécessaires appels à la pluridisciplinarité, la prise en compte des utilités sociales larges « non réductibles aux seul impératifs économiques » et forcément l’enjeu de « faire ressortir les enjeux politiques ».

De nombreuses pistes de débat y compris sur le rappel qu’« Internet est loin d’être l’innovation écologique que son image immatérielle véhicule. »

Je regrette que les auteur-e-s négligent de nommer la forme politico-économique du système de la « thermo-industrie », à savoir le capitalisme. Sur ce sujet et plus largement sur la crise historique de la relation de l’humanité et son environnement, je renvois au livre de Daniel Tanuro ( L’impossible capitalisme vert, Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, Paris 2010, Crise historique de la relation de l’humanité et son environnement)

Jacques Testard, Agnès Sinaï, Catherine Bourgain : Labo planète

Ou comment 2030 se prépare sans les citoyens

Editions Mille et une nuits, Paris 2010, 175 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

 

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