Concentration des terres, destruction des écosystèmes, fragilisation de la sécurité alimentaire

En introduction François Polet souligne le rôle déterminant des pouvoirs publics dans le développement des agrocarburants. Il analyse précisément les différents impacts « directs » et « indirects » de l’expansion de la culture des agrocarburants au Sud : forte demande globale de matières premières agricoles, hausse des prix de ces matières, enrichissement des gros producteurs et moindre accès à l’alimentation pour les consommateurs pauvres, hausse durable du prix de la terre, compétition autour des terres cultivables et déforestation, etc…

L’auteur insiste particulièrement sur la concentration foncière, la prolétarisation et l’exode rural, ainsi que sur les conséquences pour les populations rurales pauvres « qui en paient le prix fort, sous la forme d’un recul des droits d’accès aux ressources naturelles indispensables à leurs stratégies de survie quotidienne ». François Polet considère que si l’expansion des agrocarburants est un facteur secondaire de la crise alimentaire, elle n’en reste pas moins « une vraie menace pour la souveraineté alimentaire ». Il présente aussi des analyses sur les impacts environnementaux. Il conclue sur l’impossibilité de civiliser la production industrielle d’agrocarburants et sur les illusions de la « certification volontaire » en ajoutant « Les problèmes de sécurité alimentaire, d’accaparement des terres et de respect des droits de base des travailleurs et des communautés locales ne sont pas l’objet de critères contraignants ».

La première partie de l’ouvrage est consacrée à des analyses sur le jatropha et le biodiesel dans le Tamil Nadu en Inde, les agrocarburants en Indonésie, au Mozambique, dans le Wolaita en Éthiopie, les critères de durabilité de l’Union européenne au Guatemala, les politiques publiques et le développement du secteur sucro-énergétique au Brésil. Les différentes présentations font ressortir les conséquences pour les populations (dont les pertes d’autosuffisance alimentaire, les violences des déplacements, les conséquences écologiques, le rôle des instances financières internationales).

Les auteurs démontent les notions de terres « incultes », soulignent les négations des droits et insistent sur « la faim parmi les secteurs les plus vulnérables ainsi que les pénuries et une insécurité alimentaire grandissante…»

Cette partie se termine par une étude sur la mortalité des coupeurs de canne à sucre au Brésil et un plaidoyer contre le travail au rendement.

Les auteurs de la seconde partie reviennent plus globalement sur « Agrocarburants, souveraineté alimentaire, durabilité… »

J’ai particulièrement apprécié l’article d’Eric Holt-Gimenez et Annie Shattuck « Agrocarburants et souveraineté alimentaire » et leurs analyses des mythes construits autour des agrocarburants (propreté et protection de l’environnement, absence de déforestation, moteur potentiel de développement rural, irresponsabilité par rapport à la faim, foi en la seconde  »génération »). Les deux autres articles analysent précisément les soit-disant « certifications durables ».

Des travaux à faire connaître contre les fantaisies et autres mensonges sur les agrocarburants réellement existants et leurs conséquences sociales et écologiques.

Alternatives Sud : Agrocarburants : impacts au Sud ?

Centre Tricontinental et Editions Syllepse, Louvain-la-Neuve 2011, 202 pages, 13 Euros

Didier Epsztajn

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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