Le souffle de l’indignation et de la révolte

Le livre compte cinq chapitres « Le premier envisage les similarités et les différences entre deux périodes séparées par une centaine d’années – la première décennie du siècle précédent et la première décennie du nôtre – et compare leurs soulèvements populaires respectifs. Le second plante le décor international : l’impérialisme et son usage du concept d’Étatdéfaillant, les nouvelles guerres et la résistance populaire. Le troisième présente le contexte historique : développement économique inégal, culture politique, classes, clientélisme. Le quatrième évoque le terrorisme génocidaire du capitalisme néolibéral, avec un accent sur l’Alena, le binôme chômage-emploi et la destruction des familles. Le dernier chapitre s’intéresse à la migration, aux droits humains et de la nature, ainsi qu’au jeu politique (politequeria en espagnol, pour bien signifier les intrigues et la corruption) ; il envisage les mouvements de résistance populaire à la veille du scrutin local de juillet 2010 et avant les élections présidentielle de 2012. »

Ce petit livre est à la fois une plongée dans l’histoire et une analyse de la situation des mexicain-nes de part et d’autre de cette frontière qui séparerait la démocratie étasunienne de l’état défaillant, de la corruption. L’auteur nous livre une image autrement plus réaliste que les contes à dormir debout, les descriptions apologiques de journalistes sans indignation. L’ingérence des États-Unis est permanente, le clientélisme se combine à la corruption, la guerre contre les narcotrafiquants militarise ensemble de la société, le refus de reconnaissance des peuples indiens s’accompagne de leur expropriation des terres, sans oublier le chômage, la misère et l’immigration forcément clandestine de l’autre coté de la frontière et de son mur.

Le néolibéralisme réellement existant se traduit par la perte de « l’autosuffisance relative dans le production de denrées alimentaires ». Le libre échange réellement pratiqué est un mélange d’expropriation et de création de formes particulièrement dégradées de travail « ces ateliers sont un produit et un instrument de l’accumulation capitaliste moderne et forment une partie importante de la ‘nouvelle division internationale du travail’ tant acclamée. Ils n’ont rien à voir avec la ‘marginalisation’ des pauvres, puisqu’ils contribuent bien au contraire à leur ‘intégration’ au sein du capitalisme contemporain. ».

James D. Cockcroft n’oublie pas le travail visible et invisible des femmes et nous rappelle que « Une analyse de classe sans une analyse de genre ne reflète pas ‘le monde réel’ » Il traite aussi des droits des immigré-e-s « Malheureusement, dans tous les débats sur l’immigration, les termes ‘illégaux’ et ‘sans papiers’ sont utilisés pour qualifier des êtres humains de façon péjorative, plutôt que de les considérer comme des personnes comme les autres, qui ont le droit d’avoir des droits»

L’auteur insiste sur les résistances, petites et grandes.

Clairement révolté et engagé du coté des opprimé-e-s, véritablement internationaliste, James D. Cockcroft nous invite à penser les confrontations entre classe, le sentiment national bafoué, et les révoltes nécessaires. Comme le disent, en avant-propos, Jean Batou et Stéphanie Prezioso « La révolution mexicaine n’a pas dit son dernier mot ».

Il faut faire connaître ces réalités derrière les images frelatées, soutenir l’auto-organisation au Chiapias comme dans ensemble du Mexique. « Les revendications des mouvements de résistance populaire du Mexique visent simplement à l’avènement d’une justice sociale qui n’existe pas. Par conséquent, les appels se multiplient en faveur d’une grève générale, de grèves partielles, ou d’une assemblée constituante afin de fonder une nouvelle république, de rétablir la souveraineté nationale et de créer une véritable démocratie. »

« Nous ne sommes pas illégaux, nous ne sommes pas criminels, nous sommes les peuples indigènes. »

 Une lecture pouvant être complété par d’autres ouvrages :

Maxime Durand : La tourmente mexicaine. Révolution, miracle et crise (La brèche 1987)

Adolfo Gilly : Notre chute dans la modernité (Syllepse 1992) et Révolution mexicaine 1910 1920 : une révolution interrompue, une guerre paysanne pour la terre et le pouvoir (Syllepse 1995) Que viva Mexico !

et très beau livre de Fernando Matamoros Ponce : La pensée coloniale. Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique (Syllepse 2007) la culture et la tradition occidentale esprit du monde légitimées comme totalité de sens définissaient l »autre le barbare l’infidèle comme sujet à civiliser


James D. Cockcroft : Révolution et contre révolution au Mexique (1910-2010)

Avant propos de Jean Batou et Stéphanie Prezioso

Editions Syllepse, Paris 2011, 158 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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