L’expérimentation collective d’une nouvelle approche de la lecture au CP

1 – Une démarche originale.

Au tout départ de cette histoire, l’expérience pratique d’une psycholinguiste exerçant en Institut de rééducation, puis en CMPP, et réussissant à apprendre à lire en quelques mois à l’aide d’une méthode syllabique à des jeunes en profonde perdition scolaire.

La suite : Je lis, j’écris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture, est réalisé en 2008-2009 et édité par Les Lettres bleues à la rentrée 2009. Les auteurs, ladite psycholinguiste, une formatrice IUFM, et un chercheur, sont partis d’un double principe : qu’une entrée efficace dans la lecture passe par un apprentissage progressif et systématique du déchiffrage, l’acquisition d’une capacité de déchiffrage fluide et autonome étant la clé de l’accès au sens ; et que, quel que soit leur milieu socioculturel, tous les enfants disposent de ressources d’intelligence ordinairement méconnues, étant capables, véritables « éponges », d’absorber bien mieux que ce qu’on leur propose habituellement – à condition bien sûr de dispositifs pédagogiques adéquats.

Destiné au CP, l’ouvrage prend le contre pied de bien des convictions pédagogiques, et de ce qu’est encore aujourd’hui en France la culture scolaire dominante en matière d’initiation à la lecture.

Au plan de l’acquisition du code, il interdit radicalement toute lecture devinette : lire c’est déchiffrer, et rien d’autre. Il s’agit d’apprendre à « déchiffrer », au sens le plus strict du terme, par l’étude des graphèmes de la langue écrite, à l’exclusion de toute « leçon de son » qui part des phonèmes et non des graphèmes. Cette étude des graphèmes est ordonnée et systématique, ne donnant jamais à lire de graphèmes qui n’aient été préalablement étudiés et intégrés. L’école ainsi ne demande rien aux élèves à quoi elle ne leur ait d’abord donné les moyens de répondre. Et elle les place du même coup dans une position d’autonomie face au texte : une fois intégré le graphème de la leçon du jour, ils peuvent tout lire par eux-mêmes, n’ayant besoin d’aide que si, une fois déchiffré un mot de façon fluide, ils n’en reconnaissent pas le sens.

Cette démarche est vivement contestée par les mouvements pédagogiques, qui voient dans son caractère systématique et progressif un « dressage » de l’élève, et lui préfèrent un apprentissage où l’élève serait mis en position de « chercheur » parce qu’on l’invite à deviner ce qu’il ne sait pas déchiffrer. Pour les auteurs de Je lis, j’écris, cet argument n’est guère recevable.

D’abord parce que l’écriture d’une langue est un dispositif purement conventionnel, où il n’y a rien à expliquer, à comprendre, à deviner, et tout à apprendre. Même le « chercheur » Champollion n’a pu déchiffrer les hiéroglyphes que lorsque la pierre de Rosette lui a donné les clés du code.

Ensuite parce que la lecture devinette habitue l’élève à une perception approximative et floue du signe écrit qui obère l’accès au sens de ce qui est « lu ». L’expérience à cet égard est sans appel : l’adoption des méthodes supposées mettre l’élève en position de « chercheur » s’est opérée dans les années 1970/80 au nom du « lire c’est comprendre » ; quatre décennies plus tard 150 000 jeunes sortent chaque année de l’école « en grande difficulté de compréhension de l’écrit »…

Enfin et conjointement parce que la lecture devinette place l’élève en position de dépendance systématique vis à vis du maître qui doit à chaque fois valider s’il a deviné juste ou non.

Je lis, j’écris se démarque tout aussi bien des conceptions pédagogiques dominantes par le crédit qu’il accorde aux ressources intellectuelles des élèves de CP. D’une part en faisant preuve de beaucoup d’exigence à leur égard dans l’apprentissage technique : en leur demandant un travail précis d’écriture et d’orthographe en association étroite avec la lecture ; et en les confrontant dès les toutes premières leçons non seulement à l’apprentissage des lettres et des syllabes simples mais à celui de tous les signes diacritiques (ponctuation, accents, etc.), de l’inversion des syllabes, et des bases du métalangage. En leur donnant à lire, d’autre part, un vocabulaire diversifié et souvent peu familier, ainsi que des phrases et des textes sensiblement décalées par rapport aux historiettes qui font l’ordinaire des manuels de lecture habituellement utilisés. Cette ambition culturelle se retrouve d’ailleurs dans un graphisme lui aussi assez inhabituel, qui oppose au bariolage profus de bien des manuels une mise en page dépouillée et calme, et puise son iconographie dans le patrimoine artistique mondial.

Ainsi, là où les méthodes utilisées par neuf maîtres sur dix invitent l’élève « chercheur » à pratiquer la lecture devinette, Je lis, j’écris propose un apprentissage progressif et systématique qui ne contourne aucune difficulté ; et là où ces méthodes s’en tiennent à un vocabulaire familier et à des récits enfantins, Je lis, j’écris donne à lire un vocabulaire « soutenu » et des textes qui jouent sur les fonctions littéraires, poétiques, humoristiques et réflexives du langage. Trop beau, trop difficile, trop ambitieux pour des enfants de six ans, a fortiori dans les quartiers populaires ? C’est ce qui méritait d’être mis à l’épreuve de la pratique, l’expérimentation étant entreprise à l’initiative des auteurs de l’ouvrage.

Lire l’article complet de Jean-Pierre Terrail sur le site du GRDS : expérimentation collective d’une nouvelle approche de la lecture au CP

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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