L’un dit génocide, l’autre pas

« Nous sommes d’accord cependant sur la rupture criminelle qu’a représenté 1915 dans la chaîne des persécutions, des soulèvements et des affrontements politiques, la volonté de destruction qui a été celle du groupe qui dirigeait l’État ottoman, sur la reconnaissance de responsabilité par le gouvernement la république de Turquie et sur le caractère pernicieux pour la démocratie de la dénégation. »

Voilà un petit livre qui permet de réfléchir, sur la mémoire, les parcours personnels entre engagement « universel » et reconstruction communautaire, les histoires des peuples et des nations. S’il s’agit en premier lieu du génocide des arménien-ne-s, il ne faudrait pas oublier les violences des conflits et des échanges de populations entre Turquie et Grèce, le sort fluctuant des différentes minorités (arméniens, juifs, grecs, kurdes en Turquie ou turcs ou musulmans en Grèce…) dans les recompositions territoriales, les singularités religieuses, les négations des autres dans l’affirmation des nationalismes. Ne peuvent pas être oubliées, les interventions des puissances dominantes à l’orée du XXe siècle à savoir l’Angleterre et la France.

Les pages sur la transmission des mémoires à travers les générations, en particulier dans la famille de Michel Marian sont particulièrement évocatrices de l’intériorisation d’une catastrophe, d’autant plus forte qu’elle n’est pas publiquement reconnue. Faire reconnaître le passé devient une condition pour être au présent.

Les engagements politiques des auteurs, leur positionnement très universaliste avant de (re)découvrir des dimensions plus nationales, me semble bien refléter des parcours intellectuels entre engagement « révolutionnaire » et investissements plus intimes.

Les échanges sont riches et offrent de multiples rappels sur le siècle écoulé, dont les années de dictature.

Je regrette cependant un manque de débat sur le nationalisme même, l’absence de recul sur son « invention » récente, sur les contradictions et la violence des affirmations identitaires. Mais probablement faudra-t-il d’abord un long temps de reconnaissance, une pratique de droits réels, dont la reconnaissance par l’État turc du génocide des arméniens par le pouvoir ottoman, pour que les éléments plus universalistes puissent de nouveau être collectivement discutés.

Ahmet Insel, Michel Marian : Dialogue sur le tabou arménien

Animée par Arianne Bonzon

Editions Liana Levi, Paris 2009, 170 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

 

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