La médecine imposée tue le malade au lieu de le remettre sur pied

Deux remarques préalables au livre paru chez ce nouvel éditeur québécois (http://www.editionsm.info/ ).

En France, sur la dernière page d’un livre figure une indication « imprimé par » suivi du nom de l’imprimerie, ici il est mentionné « par les travailleuses et les travailleurs de l’imprimerie », soit la reconnaissance du travail humain et non son invisibilisation.

La couverture reproduit un tableau de George Grosz de 1931. Je prends cette illustration comme un sinistre rappel, la crise de 1929, terminée de fait en 1945, après une guerre mondiale, a engendré, entre autres catastrophes, le nazisme en Allemagne…

Voici un livre très pédagogique sur les rouages de l’économie et de sa partie financière ;

L’ouvrage comporte trois parties : « Du sauvetage des banques par les États au pillage des États et des peuples par les banques », « Monnaie, crédit, liquidité, solvabilité » et « Une dimension clé de la crise : l’impasse monétaire internationale »

Il s’agit d’une lecture précise, bien documentée de la crise et de ses effets. L’auteur analyse les politiques fiscales, la place de l’immobilier et la transformation du logement en actif financier, les institutions financières, les multiplication du crédit par le système bancaire, les effets bien concrets de l’imaginaire délirant, des nouveaux produits de spéculation, l’expansion des risques et les effets de contagion, le rôle des faibles taux appliqués aux demandes de refinancement,la masse gigantesque de capital volatil, la transformation de la dette privée en dette publique, l’illégitimité des dettes, les politiques d’austérité, etc.

Louis Gill aborde aussi quelques points plus rarement traités dont la nécessaire transformation des valeurs en monnaie « L’argent, qui semble s’effacer derrière le crédit quand tout va bien, redevient la seule valeur recherchée en situation de crise : tout le monde veut vendre et se départir de titres menacés de défaillance et personne ne veut en acheter ; les émetteurs, qui doivent racheter en masse leurs titres, n’ont pas d’argent pour ce faire et s’accrochent à celui qu’ils détiennent. » L’auteur insiste à juste titre sur la nature de la monnaie « en tant que médiation nécessaire par laquelle s’opère la validation sociale des travaux privés dans la société marchande ». Et il étend sa réflexion sur l’absence de monnaie internationale/universelle alors que l’extension géographique de la marchandise, de la production, des transactions est aujourd’hui mondiale « La validation sociale, à l’échelle internationale, des travaux rivés s’exprime dans le règlement ultime des soldes en monnaie universelle »

Loin des rêveries et des légendes sur le risque des actionnaires, sur l’auto-engendrement des richesses, sur le déclin ou l’invisibilité du travail humain, il nous rappelle utilement que « Les transactions financières, portant sur des titres, finissent par rendre invisible le processus qui est à l’origine des dividendes et des intérêts qui en sont les revenus. Dans la sphère financière, l’argent semble faire de l’argent sans rapport avec le processus réel de production de valeurs. »

Je termine sur deux citations sur la propriété privée. La première de l’auteur « Pour aller de l’avant, il faut d’abord prendre conscience de ce qu’une entreprise privée qui serait jugée  »trop grosse pour faire faillite » et dont la survie reposerait sur le soutien de l’État devrait être considérée comme  »trop grosse pour demeurer privée », sous gestion privée et source de profits privés ». La seconde de Frédéric Lordon cité par Louis Gill « Saisir les banques faillies n’a (…) aucun caractère d’attentat à la propriété puisque la propriété a été anéantie par la faillite même (…) Le jeu normal du marché anéantit les actionnaires et cette partie-là du jeu ne sera pas modifiée. Le sauvetage public n’a aucune vocation à les ressusciter, il n’a d’autre finalité que de nous éviter le désastre collectif qui suit particulièrement d’une faillite bancaire. »

Parmi les multiples ouvrages sur la crise et la dette, je suggère en complément :

Michel Husson : Un pur capitalisme (Éditions Page deux, Lausanne 2008) La crise est certaine, mais la catastrophe ne l’est pas

Sous la direction de Damien Millet et Éric Toussaint : La dette ou la vie (CADTM et Editions Aden, Liège et Bruxelles 2011) FMI partout, justice nulle part !

Louis Gill : La crise financière et monétaire mondiale. Endettement, spéculation, austérité

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2011, 141 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.