Tristane Banon, communiqué de presse du Collectif national pour les Droits des Femmes

La sentence est donc tombée hier : la plainte de Tristane Banon contre DSK se solde par un classement sans suite. La tentative de viol n’est pas reconnue, seule l’agression sexuelle l’est. L’agression sexuelle est un délit et est donc prescrit au bout de 3 ans. Tristane Banon a porté plainte pour des faits qui remontent à 2003 et qui sont donc prescrits.

Cette situation était prévisible. DSK avait reconnu avoir tenté d’embrasser de force Tristane Banon. Le parquet nous délivre donc une mesure qui « botte en touche » : reconnaissance de l’agression sexuelle et dans la foulée prescription.

Cette décision illustre une fois de plus nos préoccupations quant à la capacité de la justice à appréhender les violences faites aux femmes, notamment sexuelles . La justice sait elle vraiment enquêter sur des plaintes tardives qui nécessitent de mettre en évidence toutes les stratégies de l’agresseur pour arriver à ses fins et à évaluer le psycho traumatisme des victimes ? Comprend-t-elle aussi pourquoi les femmes portent plainte tardivement ? Quel message envoie le système judiciaire aux victimes pour qu’elles n’osent pas porter plainte ?

La lutte contre les violences faites aux femmes nécessite des magistrats formés spécifiquement comme il en existe pour les enfants ou la délinquance financière. Dans notre « proposition de loi cadre contre les violences faites aux femmes » nous préconisions des « tribunaux de la violence à l’encontre des femmes » tels qu’il en existe en Espagne depuis la « loi intégrale contre la violence de genre » de 2004 . La création de ces tribunaux nous semble une mesure d’une grande pertinence à l’heure actuelle.

En revanche, le Collectif national pour les Droits des Femmes ne pense pas que l’imprescriptibilité des délits et des crimes sexuels ou même l’allongement des délais de prescription soient de nature à rendre justice aux femmes victimes de violences. Pour deux raisons au moins : plus le temps passe et moins la justice, dans l’état actuel des choses du moins, est apte à rassembler les preuves. Et pour l’imprescriptibilité, nous pensons qu’elle doit être réservée aux crimes contre l’Humanité.

C’est pour affirmer notre lutte résolue contre les violences faites aux femmes qu’à l’initiative du Collectif national pour les Droits des Femmes, rejoint par de nombreuses associations féministes, syndicats et partis politiques, se tiendra le 5 novembre prochain à Paris une manifestation nationale contre ces violences , 14 h30, place de la Bastille.

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Tristane Banon, communiqué de presse du Collectif national pour les Droits des Femmes »

  1. Bonjour,

    Tristane Banon a expliqué à plusieurs reprises pourquoi elle n’avait pas porté plainte après « l’interview » du 11 février 2003, au 13 rue Mayet (6ème arrondissement parisien) dans la garçonnière mise à la disposition de Dominique Strauss-Kahn par Alex-Serge Vieux, pote et ancien conseiller au ministère de l’Economie du «dragueur lourd», qui a perdu sa « légèreté » (1). Alors que plusieurs amies et copines lui avaient conseillé d’ester en justice, elle avait préféré écouter sa maman qui l’en avait dissuadée. Anne Mansouret, qui avait elle-même cédé une fois en 2000 à l’ex-maire de Sarcelles dans un bureau de l’OCDE, décrit celui-ci comme «un prédateur qui cherche non pas à plaire mais à prendre», se comporte avec «l’obscénité d’un soudard», satisfaisant son besoin sexuel selon « un processus de domination » (2). Elle se souvient de sa « brutalité ». Après la mère, « The perv » voulait accrocher la fille à son tableau de chasse. A l’époque, la jeune femme qui débutait dans le journalisme connaissait évidemment l’influence qu’exerce le politicien dont elle escomptait dresser le portrait dans son essai « Erreurs avouées (au masculin) » (3). Elle voulait également éviter d’apparaître publiquement comme celle qui avait eu maille à partir dans des circonstances plutôt glauques avec le papa de Camille, à l’époque une de ses confidentes. Malheureusement les femmes intériorisent la « honte », jamais les mâles qui abusent d’elles! Je conçois aisément que les événements new-yorkais et le comportement de l’occupant de la suite 2806 au Sofitel de Times Square aient ravivé des souvenirs et déclenché une envie irrépressible de reprendre la parole à propos de ce qu’elle avait subi, de conjurer sans doute aussi le pressentiment de « l’impunité ». Mais je n’imaginais pas que l’action intentée par elle et son avocat, David Koubbi, aboutirait. Sans élément matériel tangible ou témoignages oculaires, une « tentative de viol » est impossible à prouver. Dans un face-à-face où deux versions s’affrontent, le doute ne profite pas à la victime. Que le Parquet de Paris ait retenu le délit « d’agression sexuelle » me semble néanmoins une semi-victoire. Il conviendrait de réviser les délais de prescription. Mais en attendant le renforcement éventuel des dispositions juridiques, je me réjouis que l’assaillant de l’écrivaine ne ressort, pas plus que dans le « dossier » américain, ni blanchi, ni innocenté. Son aura de « Don Juan », de charmeur, de séducteur, auquel peu de femmes résisteraient, est désormais plus qu’écornée. Quelques semaines avant la « rencontre » entre le Directeur général du FMI et Nafissatou Diallo, le « champion » du PS en vue de la présidentielle du printemps prochain s’affichait à la une de magazines people en compagnie de son épouse, interprétant pour la galerie la fiction des tourtereaux qui « s’aiment comme au premier jour ». Le futur couple élyséen autoproclamé s’exhibant par anticipation! La non-concrétisation de cette ambition s’apparenterait presque à de la justice immanente! Exécrant depuis belle lurette cet individu aussi visqueux qu’arrogant, aussi vicieux que méprisant, tant pour ses postures que ses options politico-idéologico-économiques, je me contente dans l’immédiat de cette déconvenue, imputable à son incapacité pathologique à maîtriser ses pulsions. Ce n’est pas le pitoyable panégyrique d’Ivan Levaï (4) qui rectifiera la déconsidération qui s’est abattue sur l’ancien ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur sous l’ère Mitterrand. J’ai hâte de lire « Le bal des hypocrites » que Tristane Banon vient de publier au Diable Vauvert.

    (1) Dixit « l’invité » de Claire Chazal, le 18 septembre, au 20 heures sur TF1.
    (2) Dans leur hagiographie en vente à partir du 19 octobre, « Anne Sinclair, femme de tête, dame de coeur » (Calmann-Lévy, 328 pages, 20,90 euros), Alain Hertoghe et Marc Tronchot citent notamment le mari de l’ex-présentatrice de « 7 sur 7 » (TF1): « J’ai une aptitude à montrer à une femme que je la trouve jolie ». Défense de pouffer!
    (3) L’ouvrage de 200 pages (17 euros) avait paru en novembre 2003 chez Anne Carrière, amputé du chapitre concernant le député du Val d’Oise.
    (4) « DSK. Chronique d’une exécution », au Cherche Midi, octobre 2011, 192 pages, 15 €. Le même éditeur sortira, le 20 octobre, « Le viol, un crime presque ordinaire » d’Audrey Guiller et de Nolwenn Weiler, 208 pages, 14,90 euros.

    René HAMM
    Bischoffsheim (Bas-Rhin)

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