Livres sur le jazz

Le jazz trouve des éditeurs à son service. Étrange. En fonction de sa place sur le marché, 2 à 3% du total des ventes tout support confondu. Larousse publie « La légende du jazz » de Roy Carr, un Anglais. Pourquoi une traduction ? Il existe en France des spécialistes incontestés qui auraient pu réaliser un travail plus pertinent que celui là. Je ne sais si c’est la traduction ou l’original, mais quelque chose comme du mépris flotte sur le texte. Les histoires racontées présentent les jazzmen comme de « grands enfants », et rien ne vient corriger ce sentiment, surtout pas l’histoire de l’esclavage qui ouvrirait des portes à la compréhension de cette musique-art-de-vivre et à la société américaine. Pas une seule mention des origines africaines. Au lieu de cette histoire inscrite dans une réalité sociale, l’auteur multiplie les noms – avec des erreurs dans la chronologie, Buddy Bolden joue bien avant « King » Oliver, un roi autoproclamé – sans donner la moindre once d’analyse des raisons de l’évolution des styles. Aucune référence non plus à la place des Juifs et des Italiens, ces Américains à trait d’union comme on disait dans les années 30 et 40 aux Etats-Unis, une société fortement imprégnée de racisme, d’antisémitisme et même, à certaines époques, de xénophobie. Il faut lire les ouvrages racontant l’arrivée des immigrés à Long Island, le premier choc lorsque le douanier, forcément irlandais, demande brutalement le nom. Et quelques-uns uns de répondre « Ich Vergesse » – j’ai oublié -, qui se traduit par nom de famille inventée par cet agent fier de son ignorance, Ferguson… C’est dommage parce que le travail iconographique est remarquable, notamment sur les reproductions de pochettes de disques.

Les éditions Plume quant à elles viennent de rééditer – avec des ajouts, qui en fait presque un livre nouveau – l’ouvrage d’amour que Michel Boujut a consacré au génie tutélaire du jazz – et peut-être de toute la musique d’aujourd’hui – Louis Armstrong, Satchmo pour les intimes, Pops pour tout le monde. Louis ce n’est pas seulement « Hello Dolly », c’est surtout le trompettiste de « West End Blues », de 1928. Il suffit d’écouter les quelques dix secondes – oui, secondes – de l’introduction pour être transporté sur sa planète. Ce beau livre, « Louis Armstrong », est à la fois un peu historique, mais surtout poétique. Il montre l’influence protéiforme de cet enfant de la Nouvelle-Orléans, plus subtil que ne le veut sa réputation d’Oncle Tom. Sait-on qu’il voulait écrire un traité sur les bienfaits de la Marijuana ? Sur ses rapports avec la Maffia ? Un personnage ! Ce livre permet une première approche par une chronologie, mais aussi par les photos, les citations dont celle de Dizzy Gillespie, « Armstrong c’est le jazz incarné » ou de Julio Cortazar qui en avait fait un de ses personnages principaux. Un génie ordinaire en quelque sorte. Il avait changé l’histoire du monde pour incarner une forme de soumission qu’il savait pervertir de l’intérieur. Pas par hasard qu’il est le chanteur préféré du disc-jockey de « Good Morning Viêt-nam ». Un cas ! Après avoir le trompettiste le plus flamboyant, il l’avait rangé après la deuxième guerre mondiale au magasin des accessoires. Mais sa voix était restée égale à elle-même, un condensé d’émotions, de révolte et d’amour – même si le terme est galvaudé. Un coffret publié par Frémeaux et associés (distribué par Night & Day), « Louis Armstrong, The Vocalist » en témoigne. Le même éditeur a réalisé deux coffrets retraçant la carrière du trompettiste.

Nicolas Béniès

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :