Nés pour perdre, MAIS PAS POUR NEGOCIER

Le poète espagnol Angel Gonzalez a écrit :

Un autre temps viendra distinct de celui-ci

Et quelqu’un dira

Tu aurais dû conter d’autres histoires

La phrase fut peinte telle quelle pendant le

mouvement de 68 sur la porte d’une des salles

du premier étage de la faculté des sciences

politiques. Pendant des années je me suis

demandé : « Mais y avait-il d’autres histoires

à raconter ? »

Écrit dans le même style que les romans noirs que l’auteur affectionne. Des petits chapitres aux titres parfois intrigants « Parfois, nous préférons croire aux vertus informatives de l’air ambiant », « Quand on se rappelle ces jours de gloire, on oublie toujours qu’ils duraient quatorze heures » ? « Où l’on rappelle à ceux qui ont perdu la mémoire comment ébrécher le blindage d’un tank avec un tube » ou « Mêmes les menteurs connaissent la vérité » et toujours une dimension questionnant soit la littérature soit notre construction.

« Si nous sommes tous des personnages d’un roman qui s’écrit sur une putain d’Olivetti sans bande, si nous vivons en essayant d’être fidèle au personnage que nous nous sommes inventés, il n’y a aucun doute que son caractère principal s’est forgé en 68, que ses meilleures attitudes (s’étirer le bras à s’en rompre les muscles, sortir dans la rue malgré la peur qui paralyse, vivre le collectif, se découvrir une vocation à l’insomnie) se sont fabriqués ici, et nous avons vécu en l’imitant avec plus ou moins de bonheur. »

Une lumière plus que chaleureuse sur un pan de l’histoire de la non-acceptation, de la révolte contre l’ordre existant, sans oublier les rêves d’émancipation au Mexique. « Qu’il y a des amours qui durent même pour ceux qui ne les ont pas vécus ».

Un livre aussi pour ne croire pas que nous sommes les ‘uniques’ « On baisait toujours plus avant, là-bas, de l’autre coté, à une autre époque, dans la tribu voisine, en Suède. Mais je suppose que les Suédois disent la même chose de nous et que ceux d’aujourd’hui disent la même chose de ceux que nous étions, de même que ceux que nous sommes aujourd’hui le diront de nos contemporains. »

Paco Ignacio Taibo II : 68

L’Echapée, Montreuil 2008, 124 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s