Violences masculines envers les femmes : entretien avec Christine DELPHY et Patrizia ROMITO

Le 30 octobre dernier, vous avez pu lire sur ce site l’histoire de Caroline, une jeune femme victime de violences conjugales. Au cours de deux rencontres, Caroline, victime de divers sévices allant des viols conjugaux aux coups en passant par des violences psychologiques, m’a longuement raconté le combat qu’elle mène pour sortir de cet enfer, sa peur intense et sa difficulté à se convaincre de sa légitimité à porter plainte contre son ex-compagnon. Le billet a suscité un certain nombre de commentaires – non publiés.- niant les violences contre les femmes, rejetant la responsabilité sur elles (« Elle aurait dû partir depuis longtemps (…) je ne vais pas les plaindre ! »), ou préférant cantonner les violences contre les femmes au-delà du périphérique (« Vous feriez mieux de regarder du côté des quartiers dits ‘ difficiles ‘ »).

La lecture de ces commentaires, outre la colère et le découragement qu’ils ont suscités en moi, m’a donné envie de demander à deux chercheuses féministes, Christine DELPHY, sociologue, et Patrizia ROMITO, psychologue, ce qu’elles pensaient de cette négation par des femmes, des violences masculines envers les femmes.

Les Entrailles de Mademoiselle : Tout d’abord, merci à toutes les deux d’avoir accepté de prendre le temps de me répondre. La première question sera pour Patrizia Romito. Ton ouvrage, Un silence de mortes, traite selon tes propres termes du « massacre de femmes et de petites filles » et des « mécanismes mis en acte par la société pour occulter cette tuerie ‘ ordinaire ‘ ». Pourrais-tu nous expliquer quelles formes principales prennent ces mécanismes d’occultation des violences masculines envers les femmes et quels sont leur sens, leur raison d’être selon toi ?

Patrizia Romito : Accepter de voir, de reconnaître la violence masculine est une tache très dure pour tout le monde, et insupportable pour beaucoup d’entre nous. Il ne s’agit pas seulement de se retrouver face à la cruauté humaine, à l’injustice et d’assister à la souffrance des victimes. Reconnaître la violence masculine signifie faire front aux structures mêmes d’une société patriarcale, et remettre en question une idée des relations entre les sexes et de la famille basées sur l’amour et le respect. C’est pour cela que les acteurs sociaux mettent en œuvre des « tactiques » et des « stratégies » d’occultation de ces violences, dont je parle dans mon dernier livre (Romito, 2006).

Les grandes stratégies sont la légitimation de la violence (par exemple le viol conjugal, qui n’existe pas en tant que délit pénal dans beaucoup d’états aux États-Unis, ou les « crimes d’honneur ») et, quand la légitimation n’est plus possible, sa négation. Les tactiques que j’ai décrites sont : l’euphémisation ou les « politiques du langage » (par exemple parler de « violence envers les femmes » plutôt que de « violence masculine ou masculiniste envers les femmes ») ; la déshumanisation des femmes (comme dans la pornographie et dans la prostitution) ; la culpabilisation des victimes, ou des mères des victimes (comme quand on parle des mère « incestueuse », alors que l’inceste a été perpétré par le père) ; la psychologisation et la naturalisation (attribuer les causes des violences aux caractéristiques individuelles – psychologiques ou biologiques – des agresseurs ou des victimes) ; et la séparation (considérer les différentes formes de violences comme des entités distinctes, chacune avec des causes différentes, plutôt que de les voir sur un continuum, ce qui permet justement d’éviter de voir l’ensemble).

« Accepter de voir, de reconnaître la violence masculine est une tache très dure pour tout le monde, et insupportable pour beaucoup d’entre nous. »

Lire la totalité de l’entretien sur le blog les.entrailles.fr

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