Contre le mythe d’une République sans couleur

Je prends au sérieux l’urgence des débats portés par les auteur-e-s et j’en partage les grands traits. Mais je garde de nombreuses interrogations, en l’instant, sans totalement déterminer ce qui relève de différences de regards (et d’asymétrie dans les regards due, en partie, à la position sociale), ou d’appréciations différenciées, voire de préjugés (les miens) ou de divergences politiques.

Sans évoquer toutes les thématiques abordées par les auteur-e-s, j’essayerais d’en souligner les pertinences en assumant mes choix et donc la partialité de mes indications ou des citations choisies. Ma lecture est concentrée sur les trois premiers articles de l’ouvrage.

Rafik Chekkat « Nous avons parlé trop calmement de choses violentes » indique l’objectif de ce livre « Aider à la construction d’un espace propre aux luttes des descendants d’esclaves et de colonisés et détruire le solide édifice construit patiemment par l’universalisme abstrait de la gauche française ».

Il me semble qu’être « descendants » d’esclave, de colonisé-e, ou d’autres personnes ne saurait permettre une définition de condition, de position sociale. Comme le marquage par le vocable « immigré » pour celles et ceux qui n’ont jamais immigré ou émigré quelque part, cela me semble traduire une essentialisation d’un présent-soudé-au-passé.

Pour paraphraser Simone de Beauvoir, on ne naît pas descendant-e d’esclave, de colonisé-e, on le devient, et en premier lieu par la négation des systèmes ségrégationnistes et/ou discriminatoires, les assignations sociales, sans oublier l’indifférence, le silence des autres face au révisionnisme historique sur la traite des Noir-e-s, le colonialisme et la République « fraternelle », etc. Une histoire écrite par et pour les vainqueurs.

Par ailleurs, je ne nie pas la communauté de ressenti, de « conscience ». Partager une même ségrégation, les mêmes discriminations, les mêmes négations, crée une certaine « fraternité » (« sororité » dans le cas des femmes), qui ne dissoudra pas par la seule force des grands mouvements sociaux d’émancipation. Les traits lourds des inscriptions socio-historiques ne sont pas des épiphénomènes mais des moments fonctionnels du système d’inégalité ou de racialisation.

Se dire descendant de, c’est aussi, un langage de reconnaissance, un parlé par rapport aux silences, aux négations des autres.

Comme je l’avais déjà écrit dans une autre lecture (Coordonné par Josette Trat : Cahiers du féminisme. Dans le tourbillon du féminisme et de la lutte des classe (1977-1998), Editions Syllepse, Paris 2011, Une revue pour toutes et tous, mais négligée par les tous),les problématiques de culture, de religion, de croyance, de non-reconnaissance, etc., entraînent la mise à l’écart, la mise hors norme des autres et sont trop souvent négligées, par les dominé-e-s appartenant aux différents groupes dominants. Il s’agit plus que d’une souffrance, c’est un déni d’égalité. Des hiérarchisations, pas si secondaires, se construisent et divisent profondément celles et ceux qui sont objectivement, sur d’autres points, des semblables. Pour un élargissement à la critique de l’ensemble de l’exceptionnalité française, je renvoie à l’ouvrage de Christine Delphy :Un universalisme particulier. Féminisme et exception française 1980-2010 (Editions Syllepse, Paris 2010) Accaparement de la totalité de l’humanité par une partie de l’humanité ou la rhétorique républicaine comme arme terrible contre l’égalité substantielle

Plus particulièrement, lorsque des groupes sont racialisés, cela induit une universalisation du « neutre » des autres. Ainsi, des femmes et des hommes sont déclaré-e-s de couleur, universalisant le « neutre » de la couleur blanche, acceptée de fait comme la référence non questionnée.

Rokhaya Diallo indique quant-à-elle « La majorité a toujours décrété l’universel en fonction d’elle-même. Dans l’histoire du monde telle qu’elle nous est contée dans les livres, c’est la centralité des majoritaires qui oriente le récit. Les minorités n’y apparaissent que comme victimes ou des ennemis. Le curseur de l’universalité est placé sur la norme du majoritaire qui est aujourd’hui en France masculin, blanc et hétérosexuel. Les minorités qui ne correspondent pas à cette norme sont priées de s’y ajuster et de taire toute revendication propre qui serait perçue comme particulariste et donc hostile à l’universalisme ainsi dessiné. » et « La plupart des Blancs ne se perçoivent pas comme blancs » et que « La plupart du temps, être blanc, c’est se payer le luxe de ne pas avoir à y penser » (Racisme mode d’emploi, Editions Larousse, Paris 2011) Le sens que nous donnons à l’ordre que nous créons n’est que pure invention

Cette auteure indiquait aussi « Pour cesser de circonscrire la réflexion antiraciste à la question des minorités, il faut s’interroger sur la norme blanche » et comme l’indiquait Pierre Tévanian cité par Rokhaya Diallo « les Blancs comme les non-Blancs ont un rapport au monde intrinsèquement lié au racisme ».

Je voudrais commencer ma lecture, par ce constat : « Parce que le Blanc se pense comme la norme et n’a pas l’habitude d’être désigné, d’être nommé par d’autres, par les Autres. » rejoignant le propos de Rokhaya Diallo « la  »blanchité » reste un impensé français ».

Rafik Chekkat approfondit la réflexion « le désordre vient principalement du fait qu’en nommant les Blancs nous les renvoyons à leur statut de dominants dans l’ordre social raciste ». Il indique aussi à juste titre « le privilège renvoie plutôt à l’idée d’un communautarisme majoritaire ou de solidarité spontanée entre Blancs. »

La racialisation, ici par la couleur de la peau, construit ou renforce la construction de l’un-e et l’autre, non seulement différent-e, mais encore hiérarchisé-e-s, inégal-e. « Le racisme existe et fait donc exister socialement les races ».

L’auteur traite aussi des « Persitances et continuités coloniales » Oui, la France reste un État colonial (Antilles, Guyane, Réunion, Mayotte et Kanaky). Et « Si le déni colonial fonctionne ainsi à plein pour les territoires situés à des milliers de kilomètres de la France », il ne me semble pas pertinent d’écrire « Ce déni colonial fonctionne tout autant pour ce qui concerne les descendants d’esclaves et de colonisés qui vivent aujourd’hui en France ». J’écarte immédiatement un débat : le colonialisme n’a pas simplement marqué de l’extérieur la République française. Le fonctionnement de cette République est inséparable du colonialisme et de l’impérialisme. Il ne s’agit pas de déformations mais de construction. Mais dire cela ne signifie pas que la condition des Non-Blanc-he-s, soit assimilable à celle des indigènes sous la domination directe des colons (du colonialisme). Les statuts de dominant-e-s ou de dominé-e-s dans l’ordre social raciste ne permettent de saisir, à eux-seuls, les positions des un-e-s et des autres en regard de l’ensemble des dominations.

Le second texte d’Emmanuel Delgado Hoch traite de la couleur du champ politique « ‘Fumeur karlouche égal maquereau manouche’. Notes sur la race, la blancheur et les quartiers populaires ». L’auteur reprend l’analyse précédente, insiste particulièrement sur le déni découlant des particularités de l’impérialisme français et traite « Les Blancs face à la domination blanche ».

Deux extraits :

« Le communautarisme majoritaire blanc a ceci de particulier que ses membres ne se conçoivent pas comme une communauté, mais comme une association d’individus, libres et égaux.»

« En effet, l’insistance sur les actes de racisme individuel et les ‘opinions’ ouvertement ‘xénophobes’ permettent de renvoyer la question du racisme au domaine des préjugés, de l’ignorance, et occulte l’existence d’un racisme structurel, c’est à dire d’un régime racial qui organise la domination. »

Il faut en effet considérer le racisme comme un système. L’auteur élargit le propos sur l’articulation des divers régimes de domination (de classe, de race, de sexe) et sur « la force du régime racial comme instrument de négation des autres dominations. »

Les analyses sur l’articulation des régimes de domination se multiplient, affrontant les non-dits de courants se réclamant de émancipation. C’est du coté des féministes que les élaborations me semblent les plus poussées. À titre d’exemple je renvoie au livre dirigé par Elsa Dorlin (Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination. Actuel Marx, Confrontation, PUF, Paris 2009) Rapports sociaux consubstantiels et coextensifs

Rien de facile à saisir les liens, en recomposition/ré-articulation permanente, entre les domination de classe, de genre et de ‘race’. Et malgré ce qu’en dit Emmanuel Delgado Hoch, cette articulation est globalement sous-estimée dans l’ouvrage.

Il ne s’agit pas pour moi, de définir une hiérarchisation, qui ne saurait exister, dans les dominations. La « priorité » pour les un-e-s et les autres est toujours celle de l’action choisie et nul-le ne saurait la contester au nom de principes supérieurs, de combats plus généraux, etc…

Le(s) front(s) d’action de chacun-e sont ceux qui permettent de réagir, de se révolter, de construire des cadres d’auto-organisation décidables et décidés par celles et ceux qui agissent ensemble. Je reviendrais plus loin sur les problématiques de non-mixité.

Le problème n’est pas non plus la liaison ou la jonction future avec des cadres de mobilisation soit disant plus larges, mais véritables cache-sexes de subordination de certaines luttes aux autres.

Ce que je voulais évoquer c’est plutôt, au delà des réelles difficultés à penser les articulations les asymétries, les risques de non prise en considération des croisements, de sous-estimation des effets matériels de la complexité de l’être construit socialement que nous sommes toutes et tous. C’est un point que, malheureusement, je dois souvent rappeler, en particulier dans les nombreux écrits qui négligent, lorsqu’ils ne les nient pas, la construction de genre, en particulier dans les ouvrages sur le mouvement ouvrier.

En l’occurrence c’est l’articulation entre « race » et « classe » qui me semble problématique dans la présentation des quartiers populaires. Là encore il ne s’agit pas de contourner la véritable ségrégation spatiale des non-Blanc-he-s, et donc la ségrégation privilégiée des Blanc-he-s, mais d’indiquer que cette ségrégation ne concerne pas tous les non-Blanc-he-s, mais celles et ceux qui pourraient être caractérisés comme faisant partie du prolétariat, et non d’un mythique sous-prolétariat. Et il n’y a pas d’un coté les antiracistes blancs de la soit disante classe moyenne et d’autre part les ségrégé-e-s parce que seulement non-Blanc-he-s.

Pourtant comme le souligne l’auteur, territoire et race forme bien un ensemble construit, sans oublier « La racialisation des blancs des quartiers populaires » . J’invite à lire attentivement sa réflexion : « Il nous faut donc penser les choses sur deux niveaux différents : dans l’absolu, un Blanc ‘indigénisé’ conserve des privilèges par rapport aux descendants de colonisés, mais à un niveau collectif et massif, il y a bien une unité objective de classe et de race entre Blancs et non-Blancs des quartiers, que l’on peut voir s’exprimer dans les parcours de vie, dans les confrontations quotidiennes, dans l’émeute, pour certains dans des modes d’organisation dits politiques. La difficulté réside dans le fait que l’identification en tant que Blanc ou non-Blanc (et par là l’attribution quotidienne de privilèges) passe par des signes et des différences, qui sont produites aussi bien par le pouvoir que par la résistance. Ces significations, comportements, politiques de la culture et de l’identité, peuvent autant légitimer l’inégalité que participer à sa contestation. En même temps, l’inégalité est la base matérielle à cette prolifération. Il existe une hiérarchie, quand bien même le Blanc s’efforce de l’effacer. »

Si l’on examine la ségrégation territoriale dans certains quartiers populaires, dans certaines rues de Paris, il ressort qu’elle s’appuie, entre autres, sur des activités, des métiers, traces des anciennes divisions industrielles.

Il est aussi possible d’aborder la question des quartiers du coté de sa création/constitution institutionnelle. Je renvoie au livre de Sylvie Tissot (L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique. Liber Éditions Seuil, Paris 2007) La création des quartiers sensibles

L’auteur indique, par ailleurs, une stratégie ‘antiraciste’ pour les Blanc-he-s : « de mettre le racisme sur la table, de percer le bloc blanc, d’y creuser les lignes de fracture pour briser l’idée d’une unanimité blanche ». C’est en effet une nécessité pour les dominé-e-s du groupe dominant de désarticuler cette pseudo communauté d’intérêts.

Le troisième article que je voudrais aborder est celui de Saïd Bouamama « L’expérience politique des noirs et des arabes en France. Mutations, invariances et récurrences »

« Pour la première fois dans l’histoire migratoire française, il existe une question de couleur structurelle. Celle-ci est à la fois un héritage imprévu de la colonisation et une production de la mondialisation capitaliste, dont un des ressorts importants est la bipolarisation inégale Nord-Sud. Cette double source d’héritage et de production du présent conduit à une structuration en couche des Noirs et des Arabes de France : sans-papiers, immigrés avec une carte d’un an renouvelable, immigrés avec une carte de dix ans, Français issus de la colonisation. » Cette hétérogénéité est pour l’auteur un frein à l’organisation politique.

Saïd Bouamama ajoute une caractéristique ‘moderne’ : « La reproduction transgénérationnelle du stigmate xénophobe » ou pour le dire autrement « A la différence des immigrations du passé, les enfants français des immigrés issus des anciennes colonies continuent à être perçus comme étrangers et immigrés et à être socialement, économiquement et politiquement traités comme tels, cependant que d’autres immigrations non issues des anciennes colonies françaises subissent le même sort (les Turcs par exemple) »

Ces points me semblent très importants pour comprendre non « les ‘spécificités’ objectives mais les traitements spécifiques. » Et l’auteur de rappeler que la race est un construit idéologique et que « ce construit idéologique a un effet social réel en termes de racisme et de discriminations racistes. »

Puis il revient sur « Plusieurs décennies d’expérimentations politiques », en soulignant les occultations et les sous-estimations des résistances par les organisations dominantes du mouvement ouvrier français. Quelques rappels sont assez ‘succulents’ en regard des mythes colportés sur l’internationalisme des uns et des autres.

Même sans cela, la conclusion serait la même : « L’émancipation des noirs et des arabes sera l’œuvre des noirs et des arabes eux-mêmes ». Saïd Bouamama insiste à très juste terme « c’est l’autonomie d’organisation et de luttes qui a permis, à chaque fois d’obtenir des avancées significatives sur le plan du droits. » Dans son analyse, l’auteur reprend les critiques d’Aimé Césaire au PCF sur le ‘fraternalisme’, il pourfend les approches existentialistes des classes sociales et insiste sur les sous-estimations « de leur diversité interne et des contradictions qui les caractérisent ».

Il en conclut « Il n’y a donc aucune recette possible qui fasse fi de cette contradiction objective qui est celle de l’être social particulier qu’est l’immigration postcoloniale et ses descendants ». Il insiste aussi sur la nécessaire place de la mémoire réelle des combats contre les « opérations de muséification de l’histoire ».

Cette façon d’aborder l’auto-organisation ou le « Comment exister politiquement de manière autonome » me semble très pertinente. Et c’est dans ce cadre que se pose les délimitations concrètes, dont les problématiques de non-mixité (entre Blanc-he-s et non-Blanc-hes) qui ne peuvent être réduite à la seule couleur de la peau. Dans leur lutte pour l’indépendance, les Kanaks ont élaboré une définition du kanak, non figée à l’ascendance nationalitaire.

Quoiqu’il en soit, si l‘auto-organisation des opprimé-e-s passe par des organisations délimitées, le choix de délimitation par les questions de « race », me semble nécessiter ou induire des dimensions autour du concept de nation. Je renvoie, sur ce sujet, à la belle préface de Danièle Obono et Patrick Silberstein à Léon Trotski : Question juive, question noire (Editions Syllepse, Paris 2011). Décisif sont la conscience historique d’un groupe, ses sentiments et ses volontés

Les autres articles que je n’ai pas abordé, dans cette note déjà trop longue :

* De ‘Convergence 84’ à ‘Im’media’ fragments d’histoire

L’antichambre des prétendants (Farida Belghoul)

Convergence 84. Nous nous sommes tant aimés (T. K.)

La gifle (Farida Belghoul)

* Le feu qui craque avec nous (Entretien avec Cases Rebelles, web-émisssion de révolutionnaires noir.es en colère)

* Rap et police . La police dans le ‘texte caché’ des quartiers populaires (Acontresens)

* Les mobilisations des descendants de l’immigration coloniale dans les quartiers de l’agglomération lyonnaise : essai d’histoire locale (Foued Nasri)

* Collectif mamans toutes égales : la construction d’un ‘antiracisme’ respectable (Rafik Chekkat)

* Retour sur les manifestations de soutien à Gaza et ‘aux ‘révolutions arabes’ : entre patte blanche et cou de griffe (Outrages).

Le livre se termine par un article de Jamel des Lilas à propos du procès en appel qui vient de se terminer par des condamnations qu’il est difficile de ne pas qualifier de racistes. Pour une analyse plus complète, voir le livre du Collectif angles morts : Vengeance d’État. Villiers-le-bel des révoltes aux procès (Editions Syllepse, Paris 2011) Absence de procès pour les uns et condamnation pour les autres

Je voudrais aborder un autre point : l’islamophobie, pour utiliser le terme (très inadéquat à mes yeux) employé par certains auteurs. Il est indéniable que la majorité des propos contre l’Islam relève d’un marquage racialisant, d’une caricature discriminante de la religion des autres, en regard de l’invisible domination de la religion catholique dans la France soit disant laïque (sauf en Alsace, Moselle et dans la colonie de Mayotte et dans les écoles religieuses financées par les deniers publics, etc..)

Je ne reviendrais pas sur l’utilisation racialisante de la question de genre (rapports sociaux de sexe, patriarcat) au nom d’une soit disant libération ici et maintenant des femmes en Europe contre les pratiques des autres, désignées comme barbares.

Je rappelle aussi que l’athéisme n’est nullement neutre ou naturel, mais socialement construit comme les croyances, qu’il ne faut pas confondre les religions (et leurs appareils institutionnels lorsqu’ils existent) avec les pratiques des un-e-s et des autres. Sans oublier le combat toujours nécessaire pour rendre fériés les jours religieux les plus importants des religions minoritaires en France, ou la mise à disposition de lieux de cultes décents pour les croyant-e-s.

Mais cela implique qu’il soit possible de critiquer les fondements des religions (à commencer par les religions majoritaires), sans être en retour associé-e-s aux discours racialisants.

Il en est de même autour des débats autour du « voile ». La loi votée est clairement racialisante, elle doit être combattue et abbrogée. Mais cela n’induit pas que tous les propos sur le sujet soient en eux-mêmes discriminants ou racialisants. Lorque Christine Bard : Ce que soulève la jupe (Editions Autrement, Paris 2010) Sous le vêtement, il y a le corps, moins naturel que jamais, toujours plus travaillé par la culture indique en conclusion que s’habiller n’est pas anodin « Le vêtement nous marque, nous étiquette » ou « Oui, la jupe est sexuée, sexuelle et sexiste », personne n’en déduit que la jupe n’est que la manifestation du sexiste. Et ce qui est vrai pour la jupe l’est tout autant pour la spécialisation genrée de différences, vestimentaires ou non, entre femmes et hommes.

Si les pratiques « majoritaires » doivent être déconstruites (elles ne sont ni plus naturelles, ni plus émancipatrices mais seulement plus visibles ou mieux acceptées), cela doit pouvoir être aussi le cas des pratiques « minoritaires », en prenant bien évidemment en compte les asymétries, les ordonnancements discriminants qui font que tout n’est pas égal à tout.

Ce petit ouvrage est un livre important, bien évidement par le refus de l’inacceptable, accepté par trop (la majorité) des Blanc-he-s, mais surtout par les concrétisations possibles d’auto-organisation autonome de jeunes aujourd’hui ségrégué-e-s, discriminé-e-s, racialisé-e-s et insulté-e-s comme jeunes de banlieue.

Un ouvrage mettant en regard les expériences aux États-Unis, au Canada et dans d’autres pays serait bien venu.

Je remercie Rafik Chekkat pour ses remarques communiquées par courriel. J’assume bien évidement seul, les propos de cette note.

Rafik Chekkat, Emmanuel Delgado Hoch (dir) : Race rebelle

Luttes des quartiers populaires des années 1980 à nos jours

Editions Syllepse, Paris 2011, 160 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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