Ils sont maladroits les mots de l’absence

Des souvenirs d’enfance « Ville, dimanches : d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai su en faire partie », plus que cela : une remémoration/création « C’est possible, car le possible et la limite mouvante de ce qu’on est disposé à admettre ». Naples, le dialogue à travers le temps du fils à la mère « Je suis ton fils, l’étranger dont le profil s’est stylisé entre la vitre d’une maternité, qui sépare le nouveau-né de sa mère, et celle d’un autobus ».

L’auteur est cet adulte penché sur son passé et l’enfant de cette invention « Mes yeux se fermèrent comme ils le font quand une image imprévue pénètre en soi et qu’on cherche à la retenir dans le noir pour bien la comprendre ».

Les mots sortaient difficilement de la bouche, les mots absents pèsent encore au présent « Par les mots : contre eux on ne pouvait pleurer, on ne pouvait répondre et moi, quand tu intervenais, je ne parvenais pas à en prononcer un seul, entre l’apnée et le bégaiement . On apprend bien tard à se défendre des mots ».

Soit c’est toujours un peu l’autre « Une grande partie du destin de chacun dépend d’une question, d’une demande faite un jour par quelqu’un, personne chère ou inconnu : on réalise soudain qu’on attend depuis longtemps cette interrogation, peut-être banale, mais qui sonne comme une annonce et on sait qu’on tentera d’y répondre par toute sa vie », encore des mots, des mots non prononcés.

Naples, la pauvreté, les nouvelles maisons, l’école, ces moments (in)oubliables « L’enfant mettait tout ensemble et sa vie était pauvreté et lutte secrète pour lui résister, le petit tablier qui se couvrait de craie et les engelures, la fièvre et les caresses. Après rien ne fut pareil ».

Un texte d’une grande pudeur, une réelle création littéraire, pas des souvenirs étalés sur la place publique « Beaucoup de détail ne forment pas un souvenir, beaucoup de souvenirs ne constituent pas un passé ».

Erri De Luca : Pas ici, pas maintenant

Traduit de l’italien par Danièle Valin

Editions Verdier, réédition Folio, 128 pages,

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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