L’État comme organe de propagation de réflexes marchands dans l’ensemble des sphères de la vie sociale

Nos ami-e-s québécois-e-s savent écrire des ouvrages, au français abordable, hors de tout jargon parasitant trop d’œuvres d’études politiques. Elles et ils n’oublient pas d’indiquer que des travailleuses et des travailleurs impriment les livres (non les imprimeries). Les choix de converture est souvent judicieux, ici, un détail d’un tableau de George Groz, critique acerbe de l’Allemagne des années 20 et 30 et de ses dominants.

« Mais la résistance aux idées reçues est toujours à reprendre et à entretenir. Voilà pour pourquoi le Réseau pour un discours alternatif sur l’économie entend à son tour participer aux débats pour stimuler les échanges d’idées nouvelles et répondre aux recettes économiques inefficaces prônées par les économistes libéraux et relayées dans les médias. »

Les auteur-e-s indiquent « nous nous sommes concentrés sur dix sujets : le rôle de l’État libéral, le libre-échange, la dette souveraine des États, les baisses d’impôts, l’équité salariale entre les hommes et les femmes, les retraites, la gestion du territoire et celle des ressources naturelles. »

Je n’indique que quelques éléments traités.

Introduction (Bernard Élie et Claude Vaillancourt)

Les grands enjeux

  • L’État néolibéral : la construction politique du désastre (Philippe Hurteau). L’auteur souligne entre autres « ne plus comprendre le néolibéralisme comme une idéologie prônant le démantèlement de l’État, mais s’attarder à saisir les transformations profondes que l’ordre néolibéral lui impose » En fait, il y a eu utilisation de « toute la force coercitive de l’État afin de créer des réflexes de marché devant s ‘appliquer à l’ensemble de la vie en société ». D’un coté un État moins « distributeur », de l’autre un État « compétitif » (construction du « libre marché » y compris dans le fonctionnement étatique avec la « tarification individuelle, basée sur le principe de l’utilisateur-payeur »), enfin renforcement de l’État sécuritaire « l’État sécuritaire néolibéral est un État qui laisse une place toujours plus restreinte à la contestation et à la critique. »

  • La grande illusion des bienfaits du libre-échange (Claude Vaillancourt). « En vérité, le libre-échange ne ressemble à rien de ce qu’on nous promet depuis les premiers grands accords conçus à la fin des années 1980 ». L’auteur insiste sur les liens entre commerce, droit et démocratie : « Les droits du commerce l’emportent alors sur toute autre forme de droit » ou « Aujourd’hui, la démocratie fait si peur qu’on lui tourne le dos ». Sur ces sujets, n’oublions pas le sort du NON au référendum européen ou les réactions à un éventuel référendum en Grèce !!!

  • Un monde dominé par le secteur financier (Bernard Élie) et sa recherche permanente d’une « plus grande liquidité des capitaux ». L’auteur rejoint les nombreuses analyses des économistes dits hétérodoxes sur le sujet.

Analyses sectorielles

  • Vers une fiscalité d’usagers au Québec ? (Pierre Beaulne)

  • Les dette souveraines et la domination des marchands financiers (Louis Gill), voir aussi son La crise financière et monétaire mondiale. Endettement, spéculation, austérité (chez le même éditeur) La médecine imposée tue le malade au lieu de le remettre sur pied. L’auteur traite de illégitimité de la dette et des nécessaires annulations.

  • Baisser les impôts des riches : une réorientation s’impose (Sylvie Morel) à l’inverse de la « doctrine libérale qui voit dans la fiscalité une expropriation abusive ». L’auteur cite, à juste titre, Thomas Piketty, qui ne saurait-être assimilé à un gauchiste « Les périodes où les impôts ont le moins taxé les riches sont celles où la croissance fut la plus faible. Au contraire, les phases où l’impôt progressif a empêché la concentration du patrimoine sont celles où la croissance économique fut la plus soutenue ». Reste a expliquer cette constatation par les modèles productifs et les rapports de forces.

  • Que veulent encore les femmes ? (Ruth Rose). L’auteure analyse le différentiel de salaire, le travail ménager non rémunéré « Ce sont surtout les taches ménagères routinières telle la préparation des repas, les achats, le ménage et la lessive qui occupent le temps des femmes », les impacts de la présence d’enfants, le plafond de verre. Elle insiste particulièrement sur l’impact des programmes dit sociaux et la mise à disposition de services collectifs. Oui, les femmes veulent l’égalité.

  • le système québécois de retraite à la croisée des chemin (Michel Lizée)

  • La gestion des ressources naturelles non renouvelables (Normand Mousseau) . J’ai été très intéressé par les exemples de gestion en Australie au Chili ou au Pérou des extractions de minerai.

Conclusion : Pour une société plus égalitaire ! (Josée Lamoureux)

En espérant que cette présentation incite les lectrices et les lecteurs à faire le détour par ce petit livre, au triple usage : réflexions sur la crise, présentation de propositions alternatives et informations sur des déclinaisons plus « locales », en fonction des organisations concrètes d’un « pays », ici le Québec. Si certaines « revendications » sont en retrait par rapport à celles développées par les forces alternatives en France, leur pertinence devraient être jugées en fonction de leur capacité à regrouper potentiellement une majorité, ce que je ne peux apprécier.

Bernard Élie et Claude Vaillancourt coordonnateurs : Sortir de l’économie du désastre : austérité, inégalités résistances

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2012, 159 pages

Didier Epsztajn

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