Définir une communauté d’intérêts et d’objectifs

« C’est une crise d’un système à bout de souffle, le capitalisme néolibéral, qui s’articule avec une crise écologique et une crise de civilisation, où les bases mêmes du fonctionnement démocratique et de la vie en société sont remises en cause. » Et depuis le début de la crise « c’est une fuite en avant vers la reproduction des mécanismes mêmes qui y ont conduit… »

Pour les auteur-e-s, ce qui devrait être au cœur d’une politique de gauche, c’est la satisfaction des besoins sociaux et les exigences de la transition écologique.

A juste titre, elles et ils concluent leur introduction : « En mêmes temps, il (un tel programme) ne peut être mis en œuvre qu’en s’appuyant sur des mobilisations sociales, elles-mêmes fondées sur les premiers changements tangibles qu’il aura initiés pour la majorité de la population. »

L’ouvrage est composé de trois parties :

« Les conditions de la transformation sociale »

Comme l’indiquent les auteur-e-s, des interrogations légitimes taraudent toute tentative de transformation sociale. « C’est pourquoi il y a trois conditions à tout processus de transformation sociale : retrouver des marges de manœuvre économique, lever l’hypothèque de la dette, réduire le pouvoir de la finance. A défaut, un gouvernement de gauche ne peut au mieux que s’embourber, au pire, et c’est le plus probable, mettre en œuvre des politiques néolibérales ». Elles et ils analysent les réalités et font des propositions sur un autre partage de la richesses produite et un réarmement fiscal. Le chapitre sur « les bienfaits de la création d’emplois et du pouvoir d’achat » est d’autant plus intéressant qu’il indique « Favoriser l’augmentation du taux d’activité des femmes et agir pour l’égalité de salaires entre les femmes et les hommes permettrait d’améliorer radicalement le financement des retraites par la croissance du volume de cotisations ». La place de la réduction du temps de travail et la lutte contre le temps partiel imposé sera traité dans un autre chapitre.

Pour s’attaquer « aux causes de la dette proprement libérale », trois principaux moyens seront analysés « une réforme fiscale radicale, l’examen de la légitimité de la dette et la maîtrise de la création monétaire ». Pour permettre aux lectrices les lecteurs, de s’orienter, une petite présentation synthétique des « débats sur la monétisation de la dette publique » est incluse.

Pour approfondir :

Les notes de la Fondation Copernic : Un impôt juste pour une société juste (Editions Syllepse, Paris 2011) Vive l’impôt réellement et fortement progressif

Attac : 15 idées reçues sur la fiscalité (Les liens qui libèrent, Paris 2012) Contributions communes et non prélèvements obligatoires

Le site « Collectif pour un audit citoyen de la dette publique » http://www.audit-citoyen.org/

ou parmi, les multiples ouvrages sur ce sujet, Damien Millet et Éric Toussaint : AAA Audit Annulation Autre politique. Crise de la dette : la seule façon d’en sortir (Seuil, Paris 2012)

AAA : le ricanement des hyènes

« Engager la rupture »

« En France, la part des dividendes dans la valeur ajoutée est ainsi passée de 3% en 1981 à environ 9% en 2008 tandis que les salaires déclinaient fortement par rapport à eux ». Sans oublier que « Le Smic est devenu une norme, car il permet aux employeurs de s’affranchir de deux institutions constitutives du salaire : les qualifications négociées dans les conventions collectives et les cotisations sociales par le biais des multiples exonérations ».

Les inégalités en terme de salaires se sont amplifiées, et les femmes sont toujours sous-payées « Tous les temps de travail confondus, les femmes touchent en moyenne 27% de moins que les hommes, ou dit autrement les hommes touchent 37% de plus que les femmes. Si on ne compare que les salaires à temps complet, l’écart est de 19%. Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes postes, si l’on compare alors à poste et expérience équivalents, il reste un écart inexpliqué de 10% », comme le soulignent les auteur-e-s c’est une « mesure de discrimination pratiquée par les employeurs à l’encontre des femmes ».

Il faut donc à la fois réduire les inégalités, favoriser le partage des richesses et mener une politique favorable à l’emploi. A la fois sécuriser les salarié-e-s, refaire du CDI la norme, renforcer et étendre les droits des salarié-e-s au sein de l’entreprise et réduire le temps de travail « semaine de quatre jours par exemple, soit 32 heures de travail hebdomadaires ». Les auteur-e-s concluent cette partie sur la « Bataille pour une autre Europe »

Pour approfondir :

Bernard Friot : L’enjeu du salaire (Editions La dispute, Paris 2012) Déplacer nos récit et prendre en compte le déjà-là potentiellement émancipateur

Laurent Garrouste, Michel Husson, Claude Jacquin, Henri Wilno :Supprimer les licenciements (Editions Syllepse, Paris 2006) Élargir les espaces de remise en cause des rapports de subordination

« Amorcer un nouveau mode de développement »

« La crise capitaliste laisse les sociétés dans un état de délabrement social inouï, et révèle en même temps l’impasse d’une accumulation fondée sur un développement productiviste qui épuise la terre et les ressources, pollue l’eau et l’air, réduit la biodiversité et réchauffe le climat ». Il convient donc à la fois d’étendre « le domaine public à des activités répondant aux besoins sociaux, délaissées par le marché » et mettre en œuvre « une véritable transition écologique ». Et les auteur-e-s ajoutent dans cette approche « La lutte séculaire pour l’émancipation humaine prend aujourd’hui une dimension longtemps négligée : l’égalité entre femmes et hommes est déterminante pour la réussite d’une véritable transformation sociale. Elle est transversale à toutes les luttes sociales et elle donne même à celles-ci une dimension supérieure. Elle implique des politiques publiques instaurant une égalité réelle dans tous les domaines, l’emploi, les salaires, les retraites, l’éducation, le droit, etc. Elle implique aussi une réduction du temps de travail dans les entreprises et un partage des tâches domestiques. L’égalité entre hommes et femmes n’est pas un supplément sur le social, elle en est le cœur ».

J’ai particulièrement apprécié le chapitre 8 « Réindustrialisation écologique, nouvelles coopérations ». Au « produire autre chose, produire autrement », j’ajouterais la dimension de contrôle et d’autogestion.

Les auteur-e-s insistent à la fois sur la durabilité, la modularité et la soutenabilité « La durabilité, c’est mettre fin à l’obsolescence programmée. La modularité, c’est économiser les faux frais résultant de l’absence de standardisation et de réparabilité des produits. La soutenabilité, c’est réduire le coût en énergie et en émission de gaz à effet de serre de la fabrication et de l’usage de ces biens ».

Elles et ils nous proposent, non un repli frileux sur le national, voir l’européen, mais une coopération élargie passant par « des transferts technologiques nécessaires pour accompagner la lutte contre le réchauffement climatique à l’échelle de la planète. »

Le chapitre 9 traite spécifiquement de l’égalité économique entre les femmes et les hommes. Les auteur-e-s développent leurs analyses contre le temps partiel, les horaires atypiques, la notion de conciliation et argumentent pour la réduction du temps de travail. « L’enjeu doit être autant le partage du travail rémunéré que celui du travail non rémunéré accompli dans la sphère privée. »

Comme je l’ai souligné, le refus des inégalités entre femmes et hommes est, pour une fois, pris largement en compte et structure de nombreuses propositions. Le constat « Combattre les inégalités entre les femmes et les hommes n’est donc pas seulement un objectif de justice sociale, ce qui serait en soit suffisant, c’est aussi un moyen de contrecarrer le fonctionnement global du système en s’en prenant à ses profits. L’enjeu des politiques pour l’égalité entre les sexes est ainsi partie intégrante de l’objectif d’une transformation sociale radicale à gauche, ainsi que des moyens pour y parvenir », me semble insuffisant. Il faut attendre la sixième idées-forces, en conclusion, pour lire « Affirmer la centralité de la lutte contre la domination masculine, et de l’égalité entre les femmes et les hommes comme objectifs autant que comme moyens d’une réelle transformation sociale » (souligné par moi). Et en effet, la lutte contre la domination masculine (patriarcat, rapports sociaux de sexe, système de genre), contre toutes les dominations sont une condition, irréductible à la lutte contre le capitalisme, pour permettre d’entrevoir un avenir émancipé pour toutes et tous.

Les différentes propositions relèvent du débat politique démocratique, loin des impostures déguisées en vérité intangible et non discutable du néolibéralisme et de son culte quasi-religieux du marché et de la concurrence libre et non faussée. Si « tout n’est pas possible », « tout » devrait relever de débats et de choix démocratiques, non d’imposition de règles inventées par des experts auto-définis. « Renouer avec l’espoir, celui de la possibilité d’un avenir collectif maîtrisé, c’est de cela, en définitive, qu’il a ici été question. »

Fondation Copernic : Changer vraiment !

Quelles politiques économiques de gauche ?

Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Chritiane Marty (coordination), Guillaume Etievant, Norbert Holcblat, Michel Husson, Alain Lipietz, Jacques Rigaudiat, Stéphanie Treillet

Editions Syllepse (www.syllepse.net), Paris 2012, 138 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Définir une communauté d’intérêts et d’objectifs »

  1. Un seul commentaire, pas très orginal : ouvrage à lire absolument…alors que la crise va aller – car ce n’est pas possible autrement – en s’aggravant, la reproduction des mécanismes d’inspiration néo-libérale (dégressivité de l’impôt, voire application comme en Europe de l’Est (Bulgarie, Roumanie, Rép. Tchèque, Slovaquie) de la poll tax (le même impôt pour tous), qui avait valu, en son temps, la chute de Thatcher au RU ; réduction des dépenses publiques, en fait des dépenses sociales, les dépenses de l’Etat ayant déjà fortement baissé, relativement à la richesse créée ; privatisations de pans entier des secteurs publics et semi-publics…) accélérant la chute déjà ancienne.

    Merci à Didier de le faire connaître.

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