« Eco. / Soc. » juin 2012

Combattre la crise

Les joutes électorales ont été dénuées de toute référence à la crise systémique vécue par le capitalisme et même au bilan de déstructuration totale des services publics des politiques gouvernementales, aggravant la récession. La personnalité de Sarkozy, son rejet, a contribué à obscurcir la question des politiques économiques permettant le changement. La fondation Copernic, comme c’est son rôle, veut apporter des contributions à la définition de l’intervention publique dans le contexte actuel d’une conjonction de crises, financière, économique, écologique. D’une crise qui pose aussi la question de la pérennité de la construction européenne. « Changer vraiment ! » – un titre un peu trop utilisé quoique « le changement c’est maintenant » ! – propose un début de programme soumis à la critique mais qui doit intéresser tous les acteurs sociaux à commencer par nos organisations syndicales. Les auteurs – divers – ne sont pas tous d’accord et ils le disent, alimentant plus encore le débat, un débat vital pour notre avenir.

Coordination, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty : Changer vraiment ! Quelles politiques économiques de gauche ?, Syllepse, 138 pages, voir aussi Définir une communauté d’intérêts et d’objectifs

La grande truanderie

La vague libérale des années 1980 a construit une nouvelle forme de capitalisme. Les marchés financiers ont imposé leurs règles, règles d’un capitalisme de plus en plus barbare qui s’abrite derrière des modèles économétriques pour faire semblant d’être « scientifiques ». La déréglementation, soit la suppression de la réglementation antérieure, a eu un effet déstructurant. Tout était permis à condition que « ça » génère des bénéfices spéculatifs. Du coup « le capitalisme de l’ombre » – pour employer le terme de Marc Roche dans « Le capitalisme hors la loi » – est devenu le maître face au capitalisme encore un peu réglementé. L’auteur, correspondant du « Monde » à Londres, décrit ces paradis fiscaux, ce petit monde des agences de notation, des spéculateurs évoluant dans la « zone grise » entre légalité et illégalité. Pour éviter de s’interroger, les traders s’enferment dans leurs tours et refusent de voir le monde tel qu’il est. Les mondes de la pègre et de la finance cohabitent allègrement. Une enquête qui devrait plaider pour plus de réglementation…

Marc Roche : Le capitalisme hors la loi, Points/Seuil

Fable réaliste

Comment raconter le monde, ce monde de la finance qui parle de « ressources humaines » en considérant les êtres humains comme du bétail, comme un stock et un flux à gérer, comme un coût ? Pablo Sanchez, dans « Les damnés du back office » met en scène César, agrégé de philosophie, qui a su mettre ses compétences au service d’une multinationale de la finance comme directeur des ressources humaines. Sa fonction est plutôt celle de fossoyeur. Il vient « restructurer », supprimer des emplois, licencier pour « remettre à flot » une succursale de Barcelone. Tout le discours, les mots clés sont ici repris, mis en situation par un jeu de va et vient entre le dit et le faire. Les mots qui se retrouvent dans tous les préceptes de ces « chasseurs de têtes », « couper des têtes, prendre des décisions drastiques »… font partie intégrante du personnage qui y croît. Et il ne fait pas semblant. C’est aussi leur force. Il fallait, dans cette fable, introduire une personnalité perturbée pour faire voler en éclat toute cette idéologie. Un roman drolatique, proche du pamphlet pour faire prendre conscience de ce monde barbare qui sait se donner bonne conscience tant que la réalité ne vient pas faire s’effondrer ce château de cartes.

Pablo Sanchez : Les damnés du back office, traduit par Jean-Marie Saint-Lu, Actes Sud, 201 pages

Réflexion sur le travail.

Pierre Naville fut à la fois surréaliste et sociologue, créateur de la sociologie du travail en France en compagnie de Georges Friedman. En 1956, il avait commis cette étude pour essayer de cerner les contours de la « qualification ». dans ce milieu des années 50, ce n’était pas l »Ecole – pas encore – qui déterminait le statut du salarié mais son évolution dans l’entreprise. Une grille de salaire – et donc de qualification – entre ouvriers spécialisés, OS, et ouvriers professionnels, OP, existait, la grille dite « Parodi ». Naville, se servant des concepts de Marx ouvre des pistes. Cet « Essai sur la qualification du travail » a perdu de sa pertinence parce qu’il parle d’un monde qui n’existe plus et gagné en intérêt par le biais des concepts et de la méthode qu’il propose.

Voir aussi : “ Mettre un peu d’ordre dans une question où tout relève de l’ordre” : Préface à la réédition du livre de Pierre Naville : Essai sur la qualification du travail

Pierre Naville : Essai sur la qualification du travail, Sens dessus dessous/Syllepse

Pourquoi les restructurations ?

Parler des restructurations d’entreprise revient à construire un cours d’économie d’entreprise dans la période ouverte, dans les années 1980, par la déréglementation financière, l’ouverture des économies qui a conduit à la domination des critères du court terme, ceux des marchés financiers. La tyrannie de l’actionnaire a régné en maîtresse comme l’impératif de la compétitivité. Pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, les restructurations sont devenues permanentes. Avec son cortège de suppressions d’emploi mais aussi de plans sociaux, de prime de départs volontaires… Des inventions pour faire passer cette nouvelle réalité. L’intérêt de la présentation due à ces deux économistes – elles sont spécialistes de gestion – est d’aller au-delà pour décrire les méthodes et les effets de ces restructurations. De quoi nourrir la réflexion.

Rachel Beaujolin-Bellet, Géraldine Schmidt : Les restructurations d’entreprises, Repères/La Découverte

Nicolas Béniès

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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