L’abandon à la mort… de 76 000 fous sous le régime de Vichy, réponse à quelques historiens qui le nient

L’abandon à la mort…

Sous le régime de Vichy (1940-1945, 76.000 malades mentaux sont morts dans les hôpitaux psychiatriques français. Morts de faim.

 

Dans une tribune du Monde (26.07.2012), un journaliste –Thomas Wieder – énumérait les pièges de l’histoire attendant François Hollande : « … les critiques qui ont accompagné son hommage à Jules Ferry et son discours du Vél d’Hiv apparaîtront sans doute bien fades. D’ici à 2017, trois dossiers historico-mémoriels autrement plus délicats attendent en effet le chef de l’État.

Le premier, par ordre croissant d’intensité, concerne la Grande Guerre, dont on célébrera le centenaire en 2014. […] Autre dossier sensible : le génocide des Arméniens, dont le centenaire tombera en 2015 et dont  M. Hollande s’est engagé à en pénaliser la négation. […] Dernier dossier, enfin : la guerre d’Algérie. C’est à la fois le plus urgent et le plus explosif ».

Un historien (Henry Rousso, qui publia en 1994 Vichy, un passé qui ne passe pas) déclare, dans le même article : « Désormais, ce passé est passé : non pas qu’il soit oublié, mais parce qu’il a enfin trouvé sa place ». Faut-il rappeler la conclusion de son livre ? « Le devoir de mémoire donne-t-il le droit d’ouvrir un procès perpétuel à la génération de la guerre ? D’autant que, pour la nôtre, l’obsession du passé, de ce passé-là n’est qu’un substitut aux urgences du présent ». Pour Henry Rousso aussi, la mort des 76.000 fous pendant la guerre est un non-événement ne méritant aucune attention mémorielle.

Dans cette analyse du journaliste, pas trace de cet autre dossier sensible : l’abandon à la mort par le régime de Vichy, le seul État français d’alors, des dizaines de milliers de fous (76.000 plus précisément). Oubli ou, censure ? Ceci dans le même temps où le même État français arrêtait des juifs de France (76.000 également) et les chargeait dans des trains allant vers les camps de la mort.

 Pétain, Darlan, Laval connaissaient-ils les dangers auxquels les fous étaient exposés ? OUI, dès le printemps 1941. Étaient-ils en mesure de leur accorder quelques suppléments alimentaires représentant pour chaque Français une ou deux miettes de pain par jour ? OUI, puisque cela a été fait en décembre 1942. Trop tard cependant et en quantité insuffisante pour inverser le cours des événements. La population française aurait-elle été mise en danger par une telle action ? NON, bien sûr. Ces trois questions, et les réponses apportées, définissent précisément la notion de non-assistance à personne en danger, notion inventée par Vichy et maintenue depuis dans le code pénal français.

Non-assistance que certains historiens nient. Ce qui autorise un journal d’extrême-droite à s’écrier : « Le régime de Vichy est enfininnocenté… ». Après la reconnaissance par le président Chirac de la complicité active de l’État français de Vichy dans la déportation des juifs de France, la responsabilité directe de ce même régime dans la famine mortelle sévissant dans les hôpitaux psychiatriques doit, elle aussi, donner lieu à une reconnaissance officielle. L’histoire de l’hôpital de Montdevergues-les-Roses par André Castelli est un exemple, au jour le jour, de l’abandon à la mort des fous sous Vichy.

Avec le livre L’abandon à la mort…, et le document ci-joint, où il s’agit de quelques coups de projecteur sur le contenu de celui-ci, c’est de ça qu’il s’agit : l’abandon à la mort par Vichy des malades mentaux sera-t-il exclu de l’histoire comme le préconise certains historiens ? Effacé ? Ou sera-t-il inscrit dans les manuels destinés aux étudiants et reconnu par les plus hautes autorités de l’État d’aujourd’hui ?

Armand Ajzenberg, André Castelli, Michaël Guyader

Les auteurs :

 Armand Ajzenberg : autodidacte, il est l’auteur de Quand 40.000 êtres humains risquent de passer du statut de « malades sans intérêt » à celui de « morts sans intérêt », in Le train des fous de Pierre Durand, préfaces de Lucien Bonnafé et Patrick Tort, Syllepse, 2001.

André Castelli : ancien infirmier psychiatrique du Centre Hospitalier Spécialisé de Montfavet (Vaucluse), aujourd’hui vice-président du Conseil général du Vaucluse et Conseiller municipal d’Avignon.

Michaël Guyader, psychiatre et psychanalyste, ancien Chef de service du 8e secteur de psychiatrie générale de l’Essonne.

Pour en savoir plus…

Voir note de lecture : Abandon à la mort, non assistance à personne en danger et « génocide doux »

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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