Pourquoi nous sommes contre la Gestation pour Autrui (GPA) ! (recours aux mères porteuses)

mercredi 30 janvier 2013

Campagne à l’initiative de la Coordination Lesbienne en France, soutenue par la Coordination des associations pour le Droit à l’Avortement et la Contraception et le Planning Familial

Aujourd’hui qu’en est-il de la GPA ?

Notre législation qui s’oppose à la commercialisation du corps humain et qui stipule, sans discussion possible, que « la mère est celle qui accouche » fait barrage au recours à la gestation pour autrui (GPA). Les tenants de la GPA s’emploient donc à faire sauter ces 2 verrous en relançant le débat en sa faveur à chaque révision de la loi de bioéthique. Des associations LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuelles et trans) s’y associent, défendant la GPA comme l’une des réponses à leur demande homoparentale.

Le public, lui, est partagé entre un sentiment de révolte face à ce qui lui semble choquant au plan humain, une tentation compassionnelle vis-à-vis de la dramatisation de l’infertilité et de l’incapacité biologique des hommes à porter un enfant et enfin une sorte d’oblitération critique devant ce qu’on présente, à tort, comme une avancée des méthodes de procréation médicalement assistée (PMA).

La GPA est revendiquée au plan thérapeutique comme palliatif de l’infertilité (sont évoqués les cas de femmes nées sans utérus fonctionnel) mais aussi, de plus en plus, comme demande sociale. Ainsi, le bébé « clef en main » répondrait à une demande homoparentale « gay ». II constituerait une alternative aux procédures d’adoption parfois longues et aléatoires. Enfin, il pourrait satisfaire l’exigence de confort de certaines femmes en épargnant leur carrière et leur physique.

Une régression sociale constatée

Le revers de cette demande est une régression sociale féroce, observée partout où la libéralisation de la GPA s’est instaurée. Une véritable industrie de « location de ventres » et de commerce d’ovocytes se développe ainsi en Inde, en Ukraine et aux USA où des agences proposent une prestation aboutissant à la livraison d’un produit , « un bébé », avec choix sur catalogue des donneuses d’ovocyte en fonction de leur physique, sélection des gestatrices sur leurs performances et procédure juridique organisant la filiation.

Tout y repose sur un dispositif contractuel d’essence libérale qui spécifie les obligations et droits des deux parties : les critères de sélection de la gestatrice, ses obligations tout au long de sa grossesse, les dédommagements financiers, les conséquences de retrait du contrat avant terme… Il est symptomatique d’apprendre que les gestatrices sont, en Inde et en Ukraine, des jeunes femmes pauvres tandis qu’aux USA elles se recrutent parmi les mères au foyer, c’est à dire parmi les femmes sans revenus propres !

Face à ces pratiques perçues comme « choquantes » s’est développée une demande d’encadrement, dite éthique, de la GPA où les conditions d’accès pour les demandeurs/euses et de participation pour les gestatrices seraient fixées, non plus par contrat, mais par la loi. Mais, pour nous, cette démarche « réglementariste » ne saurait faire disparaître l’iniquité fondamentale de la pratique. Il ne faut pas oublier non plus que toute démarche législative d’ouverture de la GPA rendrait de facto cette pratique acceptable socialement.

Une vision de la société que nous ne pouvons partager

Derrière les arguments en faveur de la GPA se profile une vision de la société que, nous féministes et lesbiennes féministes, ne pouvons partager : l’épanouissement de l’individuE passerait par la mise en oeuvre irrépressible d’un projet parental organisé autour de la sublimation du lien génétique. La société devrait s’employer par tout moyen, y compris en légiférant, à satisfaire cette demande, même au prix de l’instrumentalisation d’une partie de nos sociétés, les femmes et de la marchandisation de leur utérus et ovocytes sans égard pour les principes d’égalité et d’équité. Pour y parvenir, on s’appuie sur les ressorts classiques de l’aliénation et de la domination : la glorification de vertus présentées comme « spécifiquement féminines » telles la générosité, l’altruisme, le don de soi, le bonheur et le rayonnement de l’état de grossesse, figeant ainsi les femmes dans ce rôle traditionnel auquel on voudrait les soumettre. Qu’on arrête de jouer les vieux couplets de l’ère patriarcale. !

L’histoire, elle aussi, est convoquée pour tenter de prouver l’enracinement de cette pratique dans notre culture. A l’appui, des cas de dons d’enfant mais qui relèvent à l’analyse, soit de situations de subordination (Sarah et sa servante Agar dans la bible), soit de partage d’autorité parentale (confier un enfant à un couple infertile ou soulager une famille trop nombreuse en prenant en charge l’un des enfants). Qui plus est, ces exemples viennent d’époques où la justification sociale de l’existence des femmes passait par leur capacité de procréation, l’une des impositions du système patriarcal.

Un détournement des luttes féministes

Argument de choc, les gestatrices et fournisseuses d’ovocytes sont libres, avance-t-on, de cette liberté revendiquée par les femmes dans les années 1970. Voici un exemple typique de récupération et de détournement des luttes unitaires féministes. En affirmant « Notre corps nous appartient » il s’agissait alors de lever la contrainte reproductive que la société imposait aux femmes en permettant à toutes de pouvoir accéder à la contraception, à l’avortement gratuit et ainsi maîtriser la maternité. Échapper à cette astreinte devenait un « levier » pour libérer le corps des femmes, support d’oppression sociale et patriarcale. Avec la GPA, pas de volonté de libération collective, mais la mise en avant d’une vision strictement individuelle « chaque mère porteuse est libre de disposer de son corps », argument utilisé pour faire barrage à une réflexion sociale.

D’autres voies sont possibles

Loin de nous l’idée de juger, a fortiori de condamner, les individuEs qui en tant que gestatrices ou en tant que demandeurs/euses entrent, ou sont entréEs, dans un processus de GPA. Nous ne nous positionnons pas en moralistes, nous ne réfléchissons pas au niveau individuel, mais globalement au niveau de la société toute entière. Comme d’autres, ces IndividuEs subissent la pression de la société et le poids de la norme sociale qui imposent la parentalité dans le cadre du couple, de la sacrosainte famille, au besoin modernisée en y incluant le couple homosexuel. Plus que jamais cette norme est à déconstruire.

Ce qui se construit autour de la GPA est significatif de la progression de ’idéologie néolibérale qui, comme le montre Jules Falquet dans son livre « De gré ou de force, les femmes dans la mondialisation », fait de plus en plus entrer les femmes dans le rôle de femmes de service. Service qui se décline maintenant en service à la personne, service sexuel dans la prostitution et ici service procréatif avec la GPA.

De cela nous ne serons jamais ni les alliées, ni les complices

Pourtant, il est envisageable, en ouvrant le champ du possible et avec une vision progressiste de la société, d’envisager d’autres dispositifs ou de promouvoir d’autres pistes plus centrées sur la question du bonheur de l’enfant.

L’adoption plénière accessible à toutes et à tous, aux homosexuels, aux lesbiennes, aux hétérosexuels …, à toute personne qui remplit les conditions énoncées par la loi, sans exigence de fonctionnement en couple ;

La généralisation de l’accès à la PMA pour les femmes ;

La possibilité d’une éducation collective sans appropriation de l’enfant par le biais de l’adoption simple, de l’accès à la coparentalité ou à la beau-parentalité.

Coordination des Associations pour le droit à l‘Avortement et la Contraception (CADAC)

Coordination Lesbienne en France (CLF)

Planning Familial (MFPF)

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3 réponses à “Pourquoi nous sommes contre la Gestation pour Autrui (GPA) ! (recours aux mères porteuses)

  1. Je ne suis pas assez informée pour accepter ou condamner la GPA.
    Mais il est vrai que porter un enfant implique une dimension émotionnelle forte et un lien mère-enfant qui dure toute une vie, même si les deux ne se revoient plus jamais. Quelles seront la marque, les traces de la GPA et ses conséquences dans l’inconscient de la mère porteuse, liées à la marchandisation de l’utérus, et dans celui de l’enfant?
    J’ai simplement constaté, plusieurs fois dans ma vie, que les filles de femmes qui avaient accouché sous X d’un enfant (généralement le premier) reproduisent inconsciemment, lors de leur premier accouchement, et plus encore si leur bébé est du même sexe que l’enfant né sous X, la situation émotionnelle très difficile de leur mère et une dépression, parfois une envie de suicide.
    Il faut beaucoup d’amour, de générosité et de bon sens pour résoudre de telles situations.
    Et, je suis d’accord avec les analyses ci-dessus, pourquoi ne pas choisir l’adoption ou le parrainage qui redonnerait un avenir à des enfants qui, a priori, n’en ont pas?

  2. Je trouve ce texte remarquable dans toutes ses nuances, et je suis en gros d’accord avec ce qu’écrit Martine, que je formulerais ainsi : la maternité VOULUE, avec pleine capacité de l’assumer toute sa vie, car on est mère, ou père d’ailleurs, à vie, est un véritable ÉVÉNEMENT qui, à ce titre, implique une FIDÉLITÉ (au sens que Badiou donne à ces termes), et une très grande responsabilité, dont je comprends fort bien qu’on puisse les refuser. Dans le corps, c’est une expérience forte, qui peut bouleverser biologiquement et psychiquement une femme, positivement ou négativement, mais surtout, c’est très vite- 3è ? 4è mois ?- une expérience à deux, une relation forte et nécessaire entre mère et enfant, c’est pourquoi la gestation froide, à des fins lucratives, pour autrui, est une monstruosité de la société ultra-libérale. Une des raisons de la lutte pour l’avortement était justement d’épargner, NON SEULEMENT À LA MÈRE, MAIS AUSSI À L’ENFANT, CETTE GESTATION NON DÉSIRÉE précisément parce qu’un enfant, ce n’est pas un petit pain qu’on enfourne mais un être humain doté de sens et d’affects dès la vie intra-utérine, comme toutes les études le montrent actuellement. Un enfant, ce n’est pas non plus une poupée avec laquelle on joue un moment, ni un faire-valoir qu’on affiche fièrement, ni une PREUVE, UNE ASSURANCE D’ÉGALITÉ, CONTRE LES DIFFÉRENCES BIOLOGIQUES. Toute instrumentalisation de l’enfant, dans la famille traditionnelle comme dans toutes, est criminelle et néfaste.

  3. joel.martine@free.fr

    Très bon texte!!! Je voudrais y ajouter 2 idées : 1. L’expérience de la grossesse et de l’enfantement, surtout la première fois, est le plus souvent une profonde transformation du rapport émotionnel de la femme à son propre corps, et c’est l’occasion d’une importante « réanimation » de souvenirs d’enfance et de fantasmes inconscients autour du rapport de la femme à sa propre mère, en somme c’est donc une étape non négligeable dans l’histoire d’une vie et dans la construction d’une personnalité. (NB : je ne dis pas cela pour sacraliser la maternité ni pour en faire un passage obligatoire ; la maternité est une potentialité parmi d’autres pour les femmes et il est tout à fait légitime qu’une femme décide de ne pas être mère ; par exemple nous ne vivrions pas mieux, bien au contraire, si Simone de Beauvoir avait décidé de faire des enfants au lieu de mettre son énergie à écrire des livres! J’ai parlé de ça dans un texte intitulé Enfantement, allaitement, féminisme, en ligne sur http://joel.martine.free.fr , répertoire Féminisme). C’est une raison de plus pour affirmer que la maternité doit être un vrai choix dans le chemin de vie de chaque femme, donc NE PAS ETRE MARCHANDISEE, NE PAS ETRE SOUMISE AU POUVOIR D’ACHAT D’AUTRUI. 2. Parmi les pistes pour répondre au désir de parentalité de femmes (et a fortiori d’hommes) qui ne peuvent pas ou ne veulent pas être enceintes, il n’y a pas que l’adoption, il y a aussi le PARRAINAGE ou MARRAINAGE, que l’on pourrait appeler aussi « comparentalité », à partir des mots compère et commère qui signifient à l’origine parrain et marraine. Cette institution, très utilisée au moyen-âge, est très pratique, très souple (on peut imaginer différents statuts quant aux droits et devoirs liant le parrain ou la marraine et son ou sa filleulE). Cette institution peut exister sous une forme laïque (le parrainage républicain) et crée une vraie solidarité (et non un rapport d’extorsion marchande!) entre parent biologique et parrain ou marraine. Avec le parrainage ou marrainage, une femme peut donner unE filleulE à un homme ou une femme qu’elle choisit, et qui élèvera cet enfant comme le sien. C’est un don, pas une vente d’enfant, pas une location d’utérus. Et c’est plus souple que l’adoption pure et simple : la mère (et le père) biologique peut décider soit d’abandonner l’enfant pour qu’il soit adopté « à 100% » par une autre personne ou un autre couple, soit de donner à l’enfant un parrain ou/et une marraine sans être dépossédée de son rapport de filiation. Après, il peut y avoir une solidarité, ou alors des mésententes, des conflits … mais pas plus qu’entre père et mère dans une famille classique, et il faut juste qu’il y ait une jurisprudence. à+! Joël

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