Avant-propos de Thierry Labica à Vasant Kaiwar : L’Orient postcolonial. Sur la « provincialisation » de l’Europe et la théorie postcoloniale

2

Avec l’aimable autorisation des
Editions Syllepse 

Le livre de Vasant Kaiwar propose une intervention marxiste dans le champ des études-postcoloniales. Il prolonge un travail critique entrepris de longue date par l’auteur. Enseignant en histoire à l’Université de Duke en Caroline du Nord, Vasant Kaiwar a fondé puis longtemps dirigé, avec Sucheta Mazumdar1, la revue South Asia Bulletin (de 1981 à 1992) qui devint, à partir de 1993, la revue des Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East. Cette revue (entre les mains d’une autre direction éditoriale depuis 2003), par l’ampleur et la variété de ses objets, sa dimension internationale et la notoriété de nombre de ses participants (dont Fredric Jameson ou Robert Brenner, par exemple), a représenté une contribution importante dans le champ de la recherche historique sur le Sud. Elle s’est également accompagnée de directions d’ouvrages dont (avec Sucheta Mazumdar) Antinomies of Modernity : Essays on Race Orientalism and Nation (2003) et (avec Mazumdar et Labica) From Orientalism to Postcolonialism : Asia-Europe and the Lineages of Difference (2009).

Cette parution en français2 est l’aboutissement d’une collaboration commencée en 2005 avec une première traduction d’un texte de Vasant Kaiwar pour la revue Contretemps (« Des Subaltern Studies comme nouvel orientalisme », Contretemps, n° 12, janvier 2005), traduction suivie d’un compte rendu du livre Antinomies of Modernity pour le numéro « Postcolonialisme et immigration » de la revue Contretemps (n° 16, mai 2006). Ces échanges purent s’approfondir au cours de diverses rencontres à l’université de Nanterre, à l’Université de Duke, puis au cours d’un séminaire de trois mois à Paris en 2008, accueilli dans le cadre du programme IPAS de la Maison des sciences de l’homme et dirigé par Jean-Luc Racine, en collaboration avec Reid Hall Paris Columbia University. On ne peut que saluer ici le rôle qu’a joué Daniel Bensaïd dans ces rencontres et ces collaborations dont il fut lui-même l’initiateur.

L’intervention de Kaiwar dans le champ des études-postcoloniales relève à la fois des registres historique, théorique et polémique, de natures distinctes et cependant d’égale importance. Ces registres s’illustrent pleinement ici comme on va le voir. Cependant, afin de mieux saisir ce qui peut faire la spécificité du propos de Kaiwar, quelques remarques préalables auront peut-être leur utilité quant à l’objet de sa critique et la situation française de cet objet. Les études-postcoloniales occupent depuis environ trois décennies une place reconnue dans le monde universitaire anglo-américain. On peut en outre considérer d’emblée que cette appellation recouvre largement le domaine des « études-subalternes », au centre de l’analyse de Kaiwar, et dont l’essor fut lui-même constitutif du prestige du champ des études-postcoloniales3. Sur le terrain institutionnel, et vues à une certaine distance, les choses paraissent donc relativement claires : il y a des auteurs théoriques de référence, tournés vers les études littéraires, des catégories et des concepts récurrents, un corpus littéraire à caractère canonique et au-delà, tout un domaine d’activités éditoriales constitué autour du postcolonial comme label disciplinaire. Il serait cependant maladroit de voir dans les études-postcoloniales une discipline universitaire à proprement parler et lors de la réception de la théorie postcoloniale en France, il vaut la peine de laisser la question ouverte, d’une part, quant à ce dont on fait la réception, en dépit des éléments de stabilité identifiables, et d’autre part, des conditions de cette réception et du discours que cette réception tient sur elle-même. L’intérêt pour cette configuration théorique en France aujourd’hui semble en effet devoir passer par au moins deux séries de clarifications initiales. Elles peuvent se réduire à deux questions simples : qu’est-ce que ce post ? Et pourquoi maintenant ?

L’une et l’autre de ces questions reçoivent généralement des réponses assez claires et auxquelles il semble que l’on puisse se tenir pour pouvoir passer aux choses sérieuses : le post des études-postcoloniales anglo-américaines ne renvoie pas prioritairement à un « après » chronologique de l’expérience coloniale. Il est plus fondamentalement porteur d’une critique des présupposés jugés communs aux colonisateurs et aux colonisés, qu’il s’agisse de l’orientalisme des uns ou des discours d’émancipation nationale des autres. Les termes qui gouvernent cette confrontation « binaire » entre régimes coloniaux et mouvements nationalistes anticoloniaux sont alors perçus comme pris dans le champ de gravitation d’un savoir, de catégories de la connaissance, fondamentalement porteurs d’une logique eurocentrique de domination. Autrement dit, post renvoie prioritairement au problème des manières dominantes de connaître le monde, à l’horizon épistémique sur lequel s’énoncent les projets politiques que l’on présumait inconciliables : une communauté épistémique plus profonde aurait aligné les projets des élites indépendantistes sur un paradigme « universaliste » spécifique à la « modernité européenne ». Dès lors, l’urgence critique met au premier plan les « Lumières », l’« Europe », la « Raison », l’« Histoire », à travers lesquelles se construit cet universalisme eurocentré, toujours déjà au service de la domination. Le terrain d’exercice des postcolonial studies n’est donc par l’« après » des régimes coloniaux eux-mêmes, mais l’ensemble d’une construction discursive étendue sur plusieurs siècles, des débuts de l’essor colonial européen à la période actuelle. Pour résumer, on pourrait dire qu’en dépit des décolonisations historiques, il reste toujours, pour les postcolonial studies, à décoloniser l’imaginaire politique et culturel d’un colonialisme des catégories du savoir.

Voilà pour une première réponse, maintenant assez banale, et pour ainsi dire de type administratif, concernant le post. On va y revenir. Avant cela, la deuxième question : pourquoi maintenant ? Une explication semble devoir devenir consensuelle : le débat théorique et politique français a été trop fermé sur lui-même et aveugle quant aux importantes innovations survenues dans le monde anglophone ; mais les émeutes de la fin octobre et du début novembre 2005 ont contribué à forcer la réflexion sur le terrain du postcolonial avec cette idée que le « modèle républicain » avait trop longtemps interdit de poser les questions de son passé colonial et de la persistance de cet héritage. Suivant cet ordre d’idées, on peut considérer que l’épisode d’octobre-novembre 20054 fait lui-même partie d’une conjoncture dans laquelle se croisent l’appel des Indigènes de la République lancé en janvier 2005, le débat sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, à partir de 2000-2001 (et ses implications, notamment, pour les programmes scolaires de l’Éducation nationale), mais aussi le succès du film Indigènes de Rachid Bouchareb sorti en 2006 et l’émoi qu’il occasionna au chef de l’État et à son épouse (« Jacques, il faut faire quelque chose5 »). Ajoutons l’adoption officielle, en 1999, de l’expression « guerre d’Algérie » (en remplacement des « événements »), mesure législative qui devait rapidement entrer en résonance avec le débat public autour du livre du général Aussaresses (2001) et l’utilisation de la torture pendant cette guerre, maintenant évoquée par ses praticiens eux-mêmes. Cette interaction d’enjeux politiques, sociaux, mémoriels et historiographiques forme un terrain de confrontations entre d’une part, la possibilité de nouveaux rapports au passé colonial français et d’autre part, leurs corollaires hostiles manifestés dans diverses réaffirmations identitaires et dans les dénonciations des discours de la « pénitence » ou de la « repentance6 ». Parler de postcolonial en France depuis quelques années, pourrait donc signifier que l’on se situe à cette jonction nouvelle et conflictuelle entre retour du refoulé colonial dans le débat public et durcissement de type néoconservateur, tel qu’illustré dans plusieurs discours d’un ex-chef de l’État (2007-2012), à Dakar et à Tunis, entre autres.

Les réponses aux deux questions (qu’est ce que post veut dire ? et pourquoi maintenant ?) pourront apparaître relativement crédibles et consensuelles. Malheureusement, en l’état, elles soulèvent l’une et l’autre nombre de problèmes supplémentaires. Reprenons, dans le même ordre. Le post des postcolonial studies, tel qu’évoqué précédemment, pose au moins deux problèmes majeurs. Le premier est immédiat : qu’implique-t-il pour la compréhension de l’ensemble massivement hétérogène et complexe des expériences historiques auquel l’adjectif « colonial » fait référence ? Le renoncement à post au sens chronologique d’« après », présuppose, soit, que la question historique et empirique de la décolonisation ne pose pas de problème particulier et peut être considérée d’un seul tenant : il y avait des empires coloniaux issus de la phase impérialiste classique ; il n’y en a plus et la question, prise dans sa globalité empirique et historique, est réglée. Auquel cas, on concevra sans peine qu’un évitement aussi cavalier de la complexité des situations et des faits a vocation à hérisser les historiens de toutes obédiences. En l’occurrence, au prétexte d’un « post/après » présumé trop simplement chronologique, les postcolonial studies s’autorisent le droit d’une évacuation sommaire du travail historiographique sur les expériences de la décolonisation et la grande diversité de leurs conditions respectives. Une démarche aussi englobante et donc aussi peu sensible à la différence historique, ne peut que renforcer les défiances déjà existantes à l’encontre des études et de la théorie littéraires qui ne seraient donc bien que « littéraires », ne vivant que de leur distance vis-à-vis du bain acide des vérifications empiriques. Bref, le post qui ne serait pas aussi un « après » procéderait d’une simplification outrancière et la première explication du préfixe perd beaucoup de son charme théorique potentiel : ce post d’entrée dans des choses infiniment plus subtiles (la mise en crise de l’épistémé occidentale, etc.) que de la vulgaire chronologie, ne fonctionne qu’à condition d’avoir au préalable fait disparaître l’extrême difficulté de la recherche de compréhension historique, de périodisation et de théorisation du fait colonial et l’on a quelque raison de penser que les deux livres fondateurs d’Edward Saïd – Orientalism et Culture and Imperialism –, avec tous les mérites qui sont les leurs, ont pu constituer une incitation dans ce sens.

Mais vient alors le deuxième problème de post, corollaire du premier : le post de « postcolonialism » est tout sauf une nouveauté dans le champ anglophone et représente même la forme tardive, voire la fin de série, d’une multiplication de post apparus depuis la fin des années 1970 : « post-structuralism », « postmodernism », « postmarxism », « postfeminism », « postfoundationalism », « posthumanism » (et le tableau empire si l’on commence en outre à recenser les « studies » dont les postcolonial studies ne sont qu’un exemple). Si l’on a bien sûr entendu parler de ces divers « post/isms » en France, « postcolonial » est le premier à faire l’objet d’un emprunt et d’une importation en tant que tel. Mais en l’absence d’une utilisation banalisée des nombreux post disponibles dans le débat intellectuel des sciences humaines et sociales anglophones, l’usage de « postcolonial » en version française pourrait sous-estimer l’étroite filiation qui relie ce concept à toute une sphère de discours centrée sur le monde académique anglo-américain. De ce point de vue, il faut alors réinterpréter cette préfixation d’une autre façon : avant même d’avoir une quelconque signification théorique et critique propre aux postcolonial studies, le préfixe post est d’abord un embrayeur rituel permettant d’accéder à tout un ensemble de présupposés théoriques et politiques (souvent sommairement associés à une origine théorique « parisienne »). Bien entendu, une analyse interne de ce vaste champ n’est pas envisageable ici (ni ailleurs pour ce qui concerne l’auteur de la présente préface). En revanche, une approche externe, assistée de la possibilité du regard rétrospectif, permet quelques précisions. Les post correspondent à un mouvement de décollement critique vis-à-vis du référent historique et de la causalité sociale. La possibilité même d’une compréhension centrée sur des rapports matériels, de propriété, de classes, historiquement déterminés s’affaiblit, voire, disparaît au profit d’un déplacement de ces enjeux clés de la matérialité, de l’historicité, voire, de la détermination et de la causalité, vers l’ordre des signes, du discours, du langage. En d’autres termes, les post, dont les postcolonial studies, sont un des points de passage important de ce que l’on appellera couramment le « tournant linguistique », dans un rapport directement concurrent avec – on l’aura compris – le matérialisme historique comme ancien répertoire commun fondamental de l’analyse et de la critique sociale. Cette bifurcation, au nom de la fin du marxisme, des grands récits (et du travail, de l’idéologie, de l’histoire, de l’industrie) est souvent relevée et parfois déplorée. À titre d’exemple, on ne peut que prendre le temps de citer ici cet aveu on ne peut plus éloquent de Stuart Hall, figure tutélaire des cultural studies (et de leur basculement dans un fétichisme théorique post ou antimarxiste aggravé7) et en l’occurrence, défenseur combatif des postcolonial studies dans une très dure polémique contre Arif Dirlik, polémique qui toutefois s’achève sur la concession suivante. Citant d’abord Dirlik, il écrit :

« “Ce qui est remarquable […] c’est que la prise en considération de la relation entre postcolonialisme et capitalisme mondial soit absente des écrits des intellectuels postcoloniaux.” Disons, sans chicaner, de certains de ces intellectuels. Car c’est en effet remarquable. Et cette absence met certainement à mal tout ce que le paradigme postcolonial peut et veut accomplir de positif. […] [L]es discours des post sont apparus et se sont articulés (souvent silencieusement) contre les effets pratiques, politiques, historiques et théoriques de l’effondrement d’un certain type de marxisme économiste, téléologique et pour finir, réductionniste. Mais l’abandon de cet économisme déterministe, loin de produire une pensée alternative sur les relations économiques et leurs effets […] s’est traduit par un désaveu massif, gigantesque et formidablement bavard. Comme si l’économie, dans son sens le plus large, par ce qu’elle ne “détermine” décidément pas, comme on le supposait, le mouvement réel de l’histoire “en dernière instance”, n’existait tout simplement pas. Cet échec de la théorie s’est avéré si profond, si inhibant […] qu’il a permis à des paradigmes conceptuellement bien plus faibles et bien plus pauvres de fleurir et de dominer le champ » (Hall 2007 : 371).

Ce constat particulièrement clair, compte tenu de sa nature et de son auteur, ressemble déjà à un acte de décès, dès le milieu des années 1990 et enregistre le franchissement d’une nouvelle étape dans la trajectoire des discours théoriques et critiques apparus au cours des années 19608.

L’analyse historique et politique de cette concurrence des -paradigmes, et l’engagement à la fois philosophique et polémique, ont donné lieu à nombre de contributions marxistes importantes et dans certains cas, marquantes9. D’une manière générale, le post enregistre dans le champ théorique et critique une transition historique profonde au feuilletage certes épais et complexe. Toutefois, pour la gauche intellectuelle, les choses peuvent se dire simplement. Razmig Keucheyan s’en charge avec un aplomb salutaire dans les premières lignes de son Hémisphère gauche :

« Tout commence par une défaite. Quiconque souhaite comprendre la nature des pensées critiques contemporaines doit prendre ce constat pour point de départ » (Keucheyan 2010 : 13).

Nous sommes bien dans un « après » et paradoxalement, par l’abandon revendiqué de l’ordre de la succession historique, le post de « postmodernism » ou de « postcolonial » se signale bel et bien comme cet « après » qu’il ne prétend pas ou plus être. Pourrait-il être déloyal de rappeler qu’il y a bien un avant et un après de l’assassinat de Salvator Allende ; un avant et un après du « ticket » Thatcher-Reagan ; et un avant et un après de la grève des mineurs britanniques de 1984-1985 ? Bref, qu’il y a un avant et un après – et pour ne prendre que cet aspect-là de la séquence de contre-offensive politique (à l’occasion, paramilitaire et terroriste) face à la montée et à la radicalité des revendications sociales, démocratiques et anti-impérialistes, parfois anticapitalistes, depuis la fin des années 1960 en particulier.

Ainsi, et contrairement à ce qui a été envisagé dans un premier temps, le traitement cavalier des difficultés historiques par les postcolonial studies n’est pas le fait d’un raccourci ou d’une négligence : « le postcolonial cesse d’être une catégorie historique » de manière théorisée, comme le montre Neil Lazarus dans le cas de cet auteur de référence des postcolonial studies qu’est Homi Bhabha (Lazarus 2011 : 12). Dans ces conditions, le fait même de ressaisir la mouvance postcoloniale (dans le contexte anglophone) sur un horizon économique et social dont elle serait à nouveau un symptôme, constitue d’emblée en soi, un geste critique radical à l’égard d’une orientation théorique peu disposée au travail de périodisation. On verra quelle version en propose Kaiwar qui prend le temps de rappeler que dans le contexte indien lui-même, les mobilisations de la catégorie de postcolonial doivent faire l’objet d’une histoire sans laquelle, seule resterait la dernière, hégémonique.

On ne saurait prendre ici toute la mesure des effets que produit ce type de défaillance ou d’abandon. On peut au moins prévoir, cependant, que le sabordage du travail d’historicisation est susceptible de favoriser une certaine calcification des catégories et des objets, que l’on parle d’« Europe » (comme lieu et nom paradigmatiques de la « modernité »), de « Lumières » et de « Raison » (qui seraient toujours déjà la raison instrumentale) ou d’« universalisme abstrait » (dont on ne verrait plus l’étincelle qu’il fait jaillir dans le monde de l’appartenance au terroir, au fief et à la lignée). Comment accepter que l’on confonde, d’une manière ou d’une autre, le moment des restaurations ou des réaffirmations dynastiques violemment contre-révolutionnaires dans l’Europe du 19e siècle avec le moment, ou les moments, révolutionnaires eux-mêmes ? Et plus généralement, comment proposer une pensée complexifiée du temps en commençant par l’évacuation des processus de différenciations historiques-temporels ? Ou alors celle-ci est-elle le préalable de celle-là ? Ce qui induit un autre problème au cœur de l’argument de Kaiwar : qu’est-ce qu’une pensée de la différence qui, curieusement, procède par indifférenciation des temporalités et des espaces, de toute l’hybridité spatio-temporelle toujours d’emblée constitutive de la modernité elle-même, comme le montre Kaiwar ? La modernité européenne comme monolithe infra-historique est-elle le contrepoint indispensable à la production d’une altérité intacte et de la singularité de son lieu ?

La réception française des postcolonial studies s’opère par au moins deux canaux privilégiés, celui de l’histoire coloniale et plus encore peut-être, celui de l’étude de la littérature du Commonwealth. Elle ne rencontre pas de milieu « théorique » constitué à la manière de ce qui existe dans l’université nord-américaine où les départements de littérature sont souvent d’importants points de convergence des divers post sous le titre générique de « théorie littéraire ». Les tentatives institutionnelles de se confronter à ces mouvances théoriques en tant que telles restent encore rares10.

En tentant une première fois de répondre à la question « pourquoi maintenant ? », on a vu quel ensemble d’événements pouvait former un terrain favorable. Il demeure que ces seuls éléments de contexte restent une explication insuffisante. Il faut donc revenir sur la question des motifs et des conditions de cet intérêt tardif. Un motif plausible, déjà suggéré, peut tenir à certains facteurs de conservatisme académique, parmi lesquels, on trouve la relativement faible ouverture de l’Université à des collègues issus de l’ancien monde colonial français. Et sur ce même terrain universitaire, l’inter ou la transdisciplinarité, souvent souhaitée ou affichée, reste encore très loin de l’éclectisme disciplinaire massif pratiqué par toutes les diverses « studies » aujourd’hui en cours, depuis les « cultural studies » apparues dans les années 1960. Jusque dans les plus étranges de ces « studies », toutes les disciplines recensées des sciences humaines peuvent se côtoyer dans un esprit de tolérance dont on ne sait jamais très bien s’il relève de la transgression orgiaque ou de l’anglicanisme bon teint. Quoi qu’il en soit, les motifs de non-recrutement ou de non-promotion d’enseignants chercheurs aujourd’hui ne laissent guère de doute quant à la pérennité du cadastre disciplinaire et de son respect bien -compris. Sur un horizon historique plus large, il faudrait tenir compte de la persistance d’une vie intellectuelle française perçue ici et ailleurs comme centre du monde, depuis les grandes salonnières du siècle des Lumières jusqu’à la génération de la « théorie française » en passant par les « innovations » jacobines (cauchemar d’Edmund Burke) et les diverses visions de Paris « capitale du 19e siècle » (Walter Benjamin) ou « capitale de la modernité » (David Harvey).

D’autres arguments doivent être envisagés, cependant : si les discours du post, dont les postcolonial studies, sont partie prenante dans la trajectoire historique plus longue de la pensée critique, alors il faut tenir compte du fait qu’en France, l’idée même de pensée critique a été profondément marquée par un tropisme continental nettement (franco-) germano-italien. Celui-ci s’explique au moins par la conjonction de la grande influence du marxisme et des organisations s’en réclamant, combinée à une défiance de Guerre froide envers toute chose anglo-saxonne, défiance elle-même peut-être renforcée par ce que l’on a parfois décrit comme le relatif provincialisme d’une vie intellectuelle nationale (dans le cas de la Grande-Bretagne, notamment11), d’une réserve revendiquée à l’égard des abstractions savantes, et par la quasi-inexistence d’organisations socialistes et communistes en capacité de légitimer et de rendre audibles certains débats théoriques aux implications politiques plus ou moins directes. Ce tableau est maintenant transformé. Si un intellectuel (marxiste) d’une envergure exceptionnelle tel qu’André Tosel reste aujourd’hui représentatif de cette géographie théorique à dominante continentale, une rotation s’est opérée en direction du monde anglo-américain en général. Il faudrait observer plus attentivement qu’on ne le fait ici de quelle manière se recoupent plusieurs tendances : une série d’affaiblissements politiques et doctrinaux, des recompositions significatives de la gauche radicale au cours d’une séquence de mouvements sociaux importants commencée en 1995, et l’apparition d’une nouvelle génération éditoriale et militante, souvent de formation universitaire mais dont l’activité éditoriale se fait à distance de l’Université. Prend forme dans ces conditions une conjoncture intellectuelle marquée par la reconnaissance croissante d’un renouveau théorique et critique, marxiste notamment, venu du monde anglophone. Sans entrer dans le détail de cette nouvelle configuration, il faut apprécier à sa juste valeur le fait que c’est l’axe polémique même du débat anglophone qui est aujourd’hui disponible en français : des auteurs de référence du postcolonial tels que Dipesh Chakrabarty12 (dont il sera beaucoup question dans les discussions de Kaiwar), Homi Bhabha ou Partha Chatterjee, et certains de leurs critiques, grâce à la publication d’un important recueil sous la direction de Neil Lazarus13, ou maintenant, du présent livre de Vasant Kaiwar. Il va donc de soi que les lignes de fractures polémiques ne se contentent pas de parcourir des frontières entre des habitudes et des pratiques universitaires nationales distinctes. On voit bien ici même qu’elles traversent déjà en profondeur le débat intellectuel anglophone. La chose était évidente et même tout à fait prévisible. Cependant, la force des prismes nationaux donne des raisons de redire, en l’occurrence, l’évident et le prévisible.

Au regard des considérations précédentes, il faut alors signaler un motif supplémentaire de résistance aux dynamiques éditoriales et intellectuelles en cours. Outre celles qui peuvent émaner des visions les plus « agrégatives » de l’Université et/ou d’attachements intraitables au seul ordre des faits historiques, existent également celles d’inspiration se voulant plus radicale. Les unes et les autres de ces positions peuvent alors communier dans un rejet global de discours « intellectualistes » promus par une gauche éditoriale pas vraiment universitaire de type « radical chic », plus soucieuse de paraître ou de préserver ses intérêts de groupe petit-bourgeois que de faire de la « vraie » recherche ou que de faire la « vraie » révolution. Les soupçons d’imposture et de « parisianisme » ne peuvent plus être très loin. Il faut alors essayer d’être aussi clair que possible en la matière : autant l’affrontement polémique peut-être âpre quant aux contenus, autant les labels visant à jeter d’emblée le discrédit sur l’« adversaire » ne sauraient se justifier de manière honorable. Ce genre de traitement en bloc peine généralement à être autre chose que l’image inversée d’un travail bloqué, soit sur un universitarisme de caste, soit dans un fixisme sociologiste convaincu d’avoir trouvé dans la seule position (plus ou moins rêvée) des agents l’ultime secret des ressorts inavouables de leurs actions (opportunisme commercial, dandysme médiatico-narcissique, etc.). Par contraste, la polémique de Kaiwar contre deux des principaux représentants postcolonialistes issus des subaltern studies est exemplaire dans la manière dont celui-ci prend le temps d’une lecture intensive de textes importants, combinée à une recherche de mise en perspective contextuelle de leurs propos respectifs tant au regard de l’histoire indienne des dernières décennies que de leur place dans l’espace universitaire nord-américain.

Voilà pour quelques-uns des très divers motifs possibles de la résistance à la traduction d’auteurs théoriques anglophones et parmi eux, les représentants du postcolonialisme comme développement significatif des dernières décennies. Il reste maintenant à nuancer certains aspects de la nouveauté qu’ils sont susceptibles d’apporter en France. Nous avons déjà insisté sur les dimensions les plus critiques du sens du post de « postcolonial », si le préfixe doit signaler une suspension des paradigmes historiques et des « grands récits » qu’ils auraient vocation à servir. Il est alors temps de rappeler ou d’indiquer qu’en France, ce genre de remise en cause fondamentale et principielle a déjà été largement pris en charge depuis la fin des années 1970, parallèlement à ce qu’a connu le monde anglophone avec les discours du post. Les différences ont été des différences de vocabulaire et de thématiques, de cibles symboliques, mais aussi de contraintes et d’opportunité politiques. Le post anglais a servi, encore une fois, à signaler et embrayer toute une série de « décentrements » et de ruptures vis-à-vis d’articulations des discours critiques et théoriques sur les référents historiques et socio-économiques (rapports de classes, de production, de propriété ; bref, sur l’économie politique marxiste). Des ruptures semblables ont été opérées dans le contexte national français, et ce, de manière notoirement propagandiste si l’on pense à la « critique antitotalitaire » et au groupe des « nouveaux philosophes » et à leurs trajectoires jusqu’à nos jours. Dans le contexte national cependant, plusieurs facteurs induisent des intensités et des durées d’affrontement particulières. On en retiendra principalement trois dans leur ordre chronologique. Le premier tient à la violence exceptionnelle de la guerre d’Algérie (après l’échec du Vietnam) et à son héritage, autrement dit, à la violence d’un processus de décolonisation lourdement militarisé et meurtrier, contrastant nettement avec le mythe d’une décolonisation britannique pacifique14, comme avec l’absence d’empire colonial états-unien (dans une forme comparable aux expériences britannique ou française). Vu l’importance des traumatismes de ce conflit central pour l’ensemble du tiers-monde, on imagine mal ses polarisations profondes aisément déconstruites et dépassées dans le cadre d’une postocolonialité postmoderne. De ce point de vue, les situations britannique ou états-unienne – même si c’est pour de mauvaises ou de très mauvaises raisons – rendent l’idée d’un post comme « au-delà » non chronologique plus immédiatement disponible. Deuxième aspect : alors que la séquence politique ouverte dans les années 1960 se conclut en Grande-Bretagne et aux États-Unis par l’arrivée au pouvoir de deux grands représentants du retour de bâton ultra-réactionnaire (Margaret Thatcher en 1979, Ronald Reagan en 1980), une coalition socialo-communiste s’installe en France en 1981. Celle-ci pouvait ouvrir l’espérance d’un débouché parlementaire à certaines aspirations sociales que les dirigeants anglo-américains allaient, de leur côté, se charger de décourager pour longtemps. En France, la lutte anticommuniste de fin de Guerre froide avait encore une bonne quantité de grain à moudre15. Les conditions de la défaite ne sont en rien identiques même si une logique commune d’ajustement néolibéral devait rapidement imposer son empreinte à travers les limites nationales et politiques. La situation politique française pouvait continuer d’être perçue et vécue comme un lieu de clivages qu’en Grande-Bretagne, aux États-Unis (et un peu plus tôt, au Chili) le pouvoir se chargeait de faire disparaître. La restauration autoritaire du pouvoir de classe et les aménagements coercitifs de l’accumulation flexible se sont chargés de faire « place nette » en constituant la relative invisibilité du monde du travail et des revendications sociales. Pour ce qui concerne le monde anglo-saxon de cette période, l’évanescence de l’économie politique et la disparition des luttes de classes dans le champ théorique paraissent difficilement dissociables de l’engloutissement que connurent le mouvement ouvrier et les organisations qui s’en réclamaient16. La France n’entre pas dans le même scénario comme en témoignera l’activité relativement importante (par comparaison, au moins) des luttes sociales (salariales, étudiantes et même lycéennes). Troisièmement, les fêtes du bicentenaire de la Révolution française constituent un moment supplémentaire d’affrontement historiographique, philosophique et politique autour de l’héritage du projet universaliste jacobin et d’universalisation des droits, projet dont une série de figures intellectuelles voudront décréter l’épuisement, et ce, en phase avec les thématiques nationalistes xénophobes et racistes d’une extrême droite alors durablement installée dans le paysage -politico-électoral (Artous 2010). Ainsi, pour résumer : si la dominante textualiste post anglo-américaine est lue au moins en partie comme expression de l’abandon du registre de l’économie politique, du référent de classe17 et de l’universalisme abstrait, alors, l’arrivée de la coalition de gauche au pouvoir en 1981, la persistance relative des luttes sociales, ou les enjeux liés aux célébrations du bicentenaire, offrent, en contraste, une série de frictions de nature à contrarier ce « décentrement » textualiste tous azimuts. Et de surcroît, l’« après » colonial français n’est pas le même que celui d’autres expériences de décolonisation « réussie » ou dans lesquelles le moment impérialiste « classique » n’a pas eu lieu.

Vasant Kaiwar commence par nous donner les clés d’une compréhension historique de la trajectoire contrastée des études-subalternes postcoloniales au regard de l’histoire indienne depuis la fin de l’ère coloniale britannique. L’argument entre ensuite dans une lecture approfondie de deux ouvrages récents, l’un de Dispesh Chakrabarty, l’autre de Ranajit Guha18. Ce choix s’explique pour au moins trois raisons. D’une part, il s’agit de deux représentants majeurs des études-postcoloniales anglophones contemporaines. L’un et l’autre sont des historiens reconnus dans le champ de l’histoire sociale indienne et entretiennent donc un rapport étroit avec le fait colonial dans sa spécificité historique, intérêts et -expertise historiographiques que partage Kaiwar. Enfin, l’un et l’autre ont un lien explicite et/ou ancien avec le marxisme : Guha fut la figure tutélaire des subaltern studies dont l’inspiration provenait directement d’une pensée du subalterne venue d’Antonio Gramsci et de l’histoire sociale « par en bas » (« from below »). Celle-ci était notoirement représentée par l’historien britannique Edward P. Thompson et, en l’occurrence, par ses réinterprétations marxistes des luttes paysannes pour les ressources forestières de la forêt de Windsor au début du 18e siècle19, réinterprétations qui prenaient en compte l’ensemble de l’« économie morale » gouvernant l’agir de cette paysannerie20. Or, comme le fait apparaître Kaiwar avec insistance, ce lien avec le marxisme nécessite nombre de clarifications théoriques, au point de devoir entreprendre une véritable défense polémique du marxisme (seule approche conséquente de l’hybridité des espaces et des temps constitutive de l’expérience même de la modernité) contre ce qui finit par apparaître comme des dérives théoriques sur le terrain idéologique de l’extrême droite hindouiste en Inde aujourd’hui. À travers le prisme des développements qui suivent, d’une hybridité l’autre, on observera aussi comment cette exploration critique de l’inconscient orientaliste du postcolonial théorique, contribue à faire connaître et illustrer la richesse du marxisme anglophone contemporain.

Thierry Labica

Editions Syllepse, Editions Syllepse – L’Orient postcolonial, Paris 2013, 188 pages, 25 euros

1. Également historienne, professeure dans la même université, spécialiste entre autres, de l’histoire de la Chine et auteure notamment de Sugar and Society in China : Peasant, Technology and the World Market, Cambridge, Harvard University Press, 1998 (traduction en chinois en 2009)

2. Le présent livre est à paraître en anglais chez Brill.

3. À partir du début des années 1980, un groupe de chercheurs réunis autour de Ranajit Guha lancèrent une série de publications collectives : Subaltern studies : Writings on South Asian History and Society. Leur écho fut bientôt considérable notamment grâce au relais que devait leur prêter la théoricienne de la littérature Gayatri Chakravorty Spivak, célèbre traductrice et présentatrice de De la Grammatologie de Jacques Derrida (cf. Jacques Pouchepadass : www.cairn.info/revue-critique-internationale-2004-3-page-67.htm#retournoteno1).

4. Il va de soi que cet épisode à lui seul ne peut suffire à expliquer l’émergence de nouveaux questionnements historiques et théoriques en France sur ces sujets. D’ailleurs, si la place de la rébellion de quartiers pauvres en 2005 avait été si décisive, alors il faudrait s’étonner qu’assez rapidement après la fin de cet épisode, les populations concernées aient pu retourner à leur condition d’invisibilité à peu près complète.

5. Libération, 25 sept 2006 (www.liberation.fr/evenement/010161481-indigenes-fait-craquer-chirac). Le « quelque chose » en question concerna la revalorisation des pensions des combattants étrangers, bloquées depuis 1959.

6. Il est difficile de ne pas faire le lien entre de telles cristallisations du débat public et le retour massif de la militarisation des rapports néo-impérialistes globaux. L’adéquation propagandiste entre les entreprises et les projets d’agressions « préventives » (contre des États dits « voyous », ou « faillis ») et le viril dédain pour la « pénitence », paraît assez nette.

7. Une des « tragédies intellectuelles mineures des années 1980 » selon Alex Callinicos (1989 : 135).

8. Il resterait cependant à redire sur cette image de l’ossification marxiste (déterministe, réductionniste) qui aurait été le repoussoir à l’origine des discours du post. Entouré qu’il était de figures intellectuelles marxistes telles qu’Edward P. Thompson ou Raymond Williams, dans les années 1960, Hall ne pouvait bien sûr ignorer que le marxisme était largement à même d’évoluer vers autre chose que ses dogmatisations bien connues. Pour une évocation, toujours trop rapide de ces séquences, cf. Labica (2012).

9. On pense par exemple aux interventions de Perry Anderson (1983) ; d’Ellen Meiksins Wood (1986), d’Aijaz Ahmad (1992) plus explicitement en lien avec la théorie postcoloniale alors montante ; ou encore d’Alex Callinicos (1989). Une grande partie du travail de Terry Eagleton, au cours des années 1980-1990, a été consacrée à l’affrontement sur le terrain philosophique avec une doxa postmoderniste de plus en plus cristallisée. C’est dans cet environnement que Fredric Jameson est venu exercer son extraordinaire patience et puissance dialectique qui représentait peut-être aussi le plus net ajournement des préoccupations stratégiques (cf. en particulier Jameson 1991 et 1998).

10. Un séminaire créé en 2011 par François Cusset au département des études anglo-américaines de l’Université de Nanterre en est un exemple.

11. Sur ces divers aspects, cf. Perry Anderson (1983).

12. Dipesh Chakrabarty (1948-) est professeur d’histoire, de langues et civilisation d’Asie du Sud, à l’Université de Chicago. Il fut l’un des membres fondateur du groupe des Subaltern Studies (à l’origine de douze volumes d’études d’histoire sociale sur l’Asie du Sud, parus entre 1982 et 2005). Membre de divers comités éditoriaux de revues théoriques et historiques, il a notamment publié Rethinking Working-Class History : Bengal 1890-1940 (1989, 2000) ; Habitations of Modernity : Essays in the Wake of Subaltern Studies (2000). Son ouvrage le plus connu, et abondamment discuté ici par Vasant Kaiwar, est Provincializing Europe : Postcolonial Thought and Historical Difference (2000, 2007).

13. Chakrabarty (2009) ; Bhabha (2007) ; Chatterjee (2009) ; Lazarus (2006).

14. Christopher Bayly et Tim Harper (2008) apportent des révisions profondes à cette idylle.

15. En comparaison, étrangement, le Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) en déclin terminal, continua de publier un magazine (jusqu’en 1991) dont le succès d’audience devint considérable dans les années 1980 : mais le magazine en question, Marxism Today, loin de constituer un site de contre-feux idéologiques, allait au contraire se charger de fêter sa propre déroute doctrinale dans la célébration pure et simple des mots clés de la « modernisation » thatchérienne et en ouvrant même à l’occasion ses colonnes à des ministres conservateurs en exercice. En cela, un segment symboliquement crucial de la gauche radicale avait effectivement dépassé les vielles « binarités » modernes. Avant même le Parti communiste chinois, le parti britannique avait inventé le communisme capitaliste. Dans ces conditions, il devenait donc possible d’être radical, communiste, voire, marxiste, et de juger avant-gardistes les programmes de privatisation et rétrogrades les luttes syndicales pour la défense de l’emploi industriel.

16. Un jour peut-être, une chaîne de télévision aura l’improbable et lumineuse idée de combler un créneau horaire nocturne avec la diffusion des épisodes de la série anglaise Boys From the Black Stuff (écrite par Alan Bleasdale) et qui propose un tableau douloureusement approprié de cette expérience.

17. Pour ce qui est de ces évolutions au sein des études-subalternes et postcoloniales, cf. Chibber, (2006) ; et Sarkar (2007).

18. Ranajit Guha (1922-) a été professeur d’histoire à l’Université de Sussex en Angleterre, à partir des années 1960, et à l’Université nationale australienne. Il fut le principal initiateur du groupe des études-subalternes et son livre de 1983, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, est généralement considéré comme fondateur pour ce qui sera le courant des études-subalternes. Il est également l’auteur de A Rule of Property for Bengal (1963) et de Dominance Without Hegemony : History and Power in Colonial India (1997) dont il est amplement question ici. Ranajit Guha vit aujourd’hui à Vienne.

19. Le célèbre ouvrage de Ranajit Guha paru en 1983, Elementary aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, se réfère régulièrement au livre de Thompson de 1975, Whigs and Hunters, mais également au Captain Swing d’Hobsbawm et Rudé, paru 1969, qui redécouvre la vague de rébellions paysannes contre les effets combinés de l’introduction du machinisme et du salariat agricoles.

20. En cela le marxisme de Thompson accordait une place centrale aux dimensions culturelles des luttes populaires, avec leurs idées et leurs mobilisations de la justice et du droit, de la croyance et de la culture religieuse, entre autres.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s