Contre l’amnésie et l’occultation, en souvenir des Communard-e-s

8Si l’histoire de la Commune de Paris est connue, même si elle est largement défigurée par la glorification catho-militaire de sa défaite et des milliers de fusiliers sommaires (cette honteuse basilique du sacré cœur dressée par les assassins des communard-e-s), les autres Communes sont souvent laissées dans l’ombre. Ce petit livre comble donc un vide.

Comme le rappelle Gérard Leidet, « un livre consacré à la Commune de Marseille ne pouvait occulter la présence de cette langue, celle des représentants du Marseille populaire du 19e siècle », cette langue occitane éradiquée, comme d’autres langues régionales, par cette troisième république née dans le sang des communard-e-s et dont la « gloire » fut aussi d’être colonialiste.

La république est amnésique, ou plutôt occulte volontairement ses fondements, sans oublier qu’elle ne fut jamais « sociale ».

Oubliés aussi ces soldats, ces bataillons qui « mirent crosse en l’air » et fraternisèrent avec les insurgé-e-s.

Au fil des articles, nous retrouverons des acteurs et des actrices peu connu-e-s, des militants de la Première internationale, des communard-e-s de Paris en Provence et des provençaux à Paris, la garde nationale, les relations entre républicains et milieux populaires, l’expérience du pouvoir partiel et limité, Gaston Crémieux dont l’exécution « est l’une des hontes ineffaçables de la répression antipopulaire après le printemps 1871 », la langue occitane « dans ses différentes variétés … utilisée dans la vie quotidienne par les éléments populaires ».

La seconde partie du livre est consacrée au « mouvement communaliste dans le midi et en province », à Aix, Nîmes, dans le Var, à Bordeaux, sans oublier des comparaisons avec Lyon, Narbonne ou Toulouse. Les analyses sur la place de la décentralisation comme « étape nécessaire dans la construction d’un nouvel état démocratique » résonnent avec certains débats d’aujourd’hui.

Les auteurs de la troisième partie « Après la Commune, république, mouvement ouvrier et enjeux de mémoire(s) » abordent les évolutions des rapports entre mouvement ouvrier et république. Ces ouvrier-e-s qui restent « une classe dangereuse ». Une attention particulière est portée à l’amnistie pour les communard-e-s et la célébration de cet « acte insurrectionnel ». Colette Drogoz présente une étude de la mémoire de la Commune de Marseille au filtre de la presse régionale (1901-1951)

Contre l’occultation institutionnelle, pour n’oublier ni les expériences communalistes ni la « volonté de Thiers de tout mettre en œuvre pour éradiquer la révolution à travers le peuple parisien, politique qui aboutira aux massacres de masse de la Semaine sanglante, mis en œuvre par des officiers monarchistes et bonapartistes »

Un livre riche d’illustrations et de petites biographies, où les femmes sont trop souvent absentes (elles ne peuvent être réduite à Louise Michel).

Sous la direction de Gérard Leidet et Colette Drogoz : 1870 1871 Autour de la Commune de Marseille. Aspects du mouvement communaliste dans le Midi

Postface de Jacques Rougerie

Promemo (Provence, mémoire et Monde ouvrier), Editions Syllepse, Editions Syllepse – 1870-1871 Autour de la commune de Marseille, Marseille et Paris 2013, 246 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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