La liberté ne s’épanouit que dans des espaces où les droits de toutes et tous sont garantis et sont universels

1Je n’ai pas de connaissances médicales, aussi je ne saurais présenter les analyses sur les éléments précis d’enregistrement et de mémoire dans le fonctionnement du cerveau. Il en sera probablement de même pour bien des lectrices et des lecteurs, mais cela ne devrait pas être un obstacle à la compréhension des conséquences psychotraumastiques des violences subies, des blessures psychiques.

En introduction, Muriel Salmona part de son expérience, de sa révolte contre « l’indifférence et l’insensibilité » et le « déni des violences et le désaveu des souffrances des victimes ». Elle souligne que les violences sont un problème de santé publique ignoré par le corps médical et que les violences sexuelles « qui touchent plus spécifiquement les femmes et les enfants sont les plus taboues, les moins repérées et les plus fréquentes, plus de 20% des femmes en subissent au cour de leur vie ». Déni que partagent les médecins qui « adhérent aux stéréotypes, à la loi du silence et au déni que la société véhicule sur les violences sexuelles ».

Il y a donc une véritable « non-assistance à personnes en danger ». L’auteure explique le besoin d’un autre discours « Un discours tout simplement humain, prenant en compte la réalité des violences subies et des souffrances endurées, un discours dénonçant les violences sexuelles et rappelant la loi, un discours remettant le monde à l’endroit ».

Les violences sexuelles ne peuvent être réduites à « des affaires de famille », elles ne relèvent pas du privé, mais de l’organisation des rapports sociaux de sexe (système de genre), du pouvoir des hommes sur les femmes, de la politique. Ces violences ne relèvent pas de la sexualité mais bien des relations de domination.

Et concernant les médecins, l’auteure indique : « Qu’il s’agisse de violences sexistes et sexuelles au travail ou dans les espaces publics, qu’il s’agisse de prostitution ou de pornographie, ces mêmes médecins pensent, comme une bonne partie de la population, qu’elles font partie de la règle du jeu de la séduction entre les hommes et les femmes, et qu’elles sont inhérentes au désir masculin, avec des pulsions et des des besoins sexuels bien particuliers ». Les médecins, certain-e-s d’entre elles/eux, contribuent de plus, à l’enfermement des victimes de violences sexuelles dans les hôpitaux psychiatriques, ou plus généralement dans des camisoles chimiques. Considérer que les maladies mentales sont « endogènes, c’est-à-dire sans cause extérieure » entraîne des traitements, faisant au mieux, disparaître les symptômes. Il s’agit d’une négation des victimes entraînant une interdiction de reconstruction.

L’auteure considère que la psychanalyse est un outil inadapté pour les victimes de violence, car renvoyant la/le patient-e à elle/lui-même « sans chercher à lui rendre justice ni à travailler le lien entre ses symptômes et les violences subies ». Sans oublier des concepts conçus comme universels qui lui paraissent « dépassés, construit sur une vision sexiste des rapports hommes-femmes et sur une vision catastrophique de la sexualité, celle-ci étant envisagée comme une pulsion naturellement violente et prédatrice, que la civilisation et l’éducation devraient arriver à contenir ou à sublimer ». (Pour une autre vison de la psychanalyse, voir par exemple les travaux d’Elisabeth Roudinesco).

Muriel Salmona propose une véritable prise en compte des violences sexuelles. Elle développera dans son livre sur les syndromes post-traumatiques, la mémoire traumatique (« j’ai pu élaborer une synthèse entre clinique psychiatrique et recherche neurobiologique et établir un modèle théorique permettant de mieux comprendre ce qui est à l’origine de toutes les conséquences psychotraumatiques les plus graves : la mémoire traumatique »), la mémoire fantôme, le pouvoir de sidération et de colonisation du psychisme, les réminiscences intrusives, anesthésiste émotionnelle, les conduites dissociantes, la prise en charge des victimes,

Dans les violences sexuelles, il ne faudrait cependant pas oublier les agresseurs, « devenir agresseur est toujours un choix personnel que l’on s’autorise en profitant d’un rapport de force qu’on pense favorable à soi ».

Les violences ne sont pas une fatalité, chacun-e à « le droit de vivre, à exister, à être enfin soi-même ».

Entre les différentes parties du livre sont insérés des témoignages.

  1. La réalité des violences sexuelles et de leurs conséquences

  2. La fabrique des psychotraumatismes

  3. Les violences : entre déni et mystification

  4. Les victimes dans tous leurs états

  5. L’agresseur dans tous ses états

  6. Violence impensée et impensable

  7. La prise en charge et le traitement

Quelques citations, choisies subjectivement :

  • « Il est essentiel d’éliminer toute exception ou condition spéciale donnant à penser que la violence sexuelle envers une femme est acceptable »

  • « Ces systèmes prostitutionnels et pornographiques comportent une atteinte à la dignité et à la valeur de la personne humaine, une atteinte aux droits à l’égalité entre les hommes et les femmes et une atteinte à l’inaliénabilité du corps humain et de la sexualité représentée par l’achat de service sexuel »

  • « En impunité, la famille se révèle comme une des pires zones de non-droit et peut se transformer en un véritable système totalitaire où tous les droits fondamentaux des enfants peuvent être bafoués, où il est possible de commettre des crimes et des délits inconcevables sur des personnes sans défense, totalement dépendantes et privées de liberté »

  • « Désirer, aimer ne signifient pas posséder, ni instrumentaliser pour son propres compte »

  • « La victime est toujours innocente d’une violence prémédité qui s’abat sur elle »

  • « La violence sexuelle est analysée sous l’angle du désir ou de la pulsion, alors qu’il s’agit de violence, de volonté, de destruction et d’érotisation de la haine » (Andrea Dworkin)

  • « Le monstre inhumain est un monstre de pacotille tout simplement humain »

  • « Toutes ces prises en charges font l’impasse totale sur les violences à l’origine des troubles et n’identifient pas les symptômes comme des conséquences psychotraumatiques, les troubles psychiques étant considérés comme endogènes »

  • « La subversion de la psychanalyse, qui s’est opérée avec la révélation de l’inconscient et donc de la remise en question de l’illusion de maîtrise de l’homme sur sa psyché et ses désirs, n’est pas allée jusqu’à la remise en questions des rapports de force sociaux, des inégalités et de la discrimination subie par les femmes »

Un livre pour impulser les débats contre l’invisibilité, les dénis des violences sexuelles contre les femmes et leurs terribles conséquences.

A consulter le site et le blog de l’auteure :

site  : memoire traumatique et victimologie | Accueil et actualités

blog : stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles

site du livre :  http://lelivrenoirdesviolencessexuelles.wordpress.com

Lectures complémentaires possibles :

Patrizia ROMITO : Un silence de mortes, Editions Syllepse 2006, Un silence de mortes

Collectif national pour les droits des femmes : Contre les violences faites aux femmes –Une loi cadre ! Editions Syllepse 2006,

Nouvelles Questions Féministes : Violences contre les femmesEditions Antipodes 2013, Les violences sexuelles sont un problème politique

 

Dr Muriel Salmona : Le livre noir des violences sexuelles

Editions Dunot, Paris 2013, 348 pages, 19,90 euros

Didier Epsztajn

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Une réponse à “La liberté ne s’épanouit que dans des espaces où les droits de toutes et tous sont garantis et sont universels

  1. merci DAOUDA

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