Une conférence à Dôle, le 3 mai 2013

Cette conférence est écrite à la demande de Françoise Jung Directrice à Interface et Claire Boisson coordinatrice des actions de médiation familiale et de parentalité. Le but de cette ouverture est le lancement d’une série de journées de débats et réalisations culturelles (expo, théâtre, musique, cinéma) « Place aux femmes » consacrées aux femmes sur Dôle, jusqu’à fin décembre 2013. Le Centre socioculturel présente un pôle de services à la population. Ses actions sont soutenues par la Ville de Dôle, la Préfecture du Jura, la CAF du Jura, la maison des solidarités, le CCAS de la Ville de Dôle, La Fédération Nationale et le Réseau régional de Centres sociaux. Le projet de 2013 vise à valoriser les compétences et réussite des Femmes dans tous les domaines : professionnel, familial, sportif, culturel et artistique. « Pour autant les hommes ne seront pas exclus, « c’est ensemble, avec un souci d’équité que nous construisons le présent comme l‘avenir », précise Françoise Jung.

Rédaction :

Ginette Francequin.

Maître de Conférences, Psychosociologue, HDR. Cnam Paris

Laboratoire de sociologie du travail

Associée au Laboratoire du changement social, Paris VII.

Femmes en marche vers l’Égalité

«Les femmes ont le droit de monter à l’échafaud, qu’elles aient aussi le droit de monter à la tribune »

Cette phrase est prononcée en 1791 par Olympe de Gouge. Deux ans plus tard, elle montait à l’échafaud sans avoir eu le droit qu’elle réclamait, les femmes en Franche Comté ne sont pas en reste, comme nous le verrons plus loin. Et pour la même période si on pense Franche Comté, des paroles et de la musique arrivent avec la Marseillaise de Rouget de l’Isle (1760-1836) et avec les revendications des Amies de la Vérité et de l’Égalité en 1793, de Besançon.

En ce qui concerne les femmes de Franche Comté, et du Jura en particulier, à Dôle, n’oublions pas Clarisse Vigoureux, (voir livre « Parole de Providence »). Cette utopiste fut la belle mère Victor Considerant. Le jeune polytechnicien avait rencontré Fourier à l’âge de 18 ans. Devenu le fondateur de la démocratie pacifique et d’idées d’avant-garde (scrutin proportionnel) et droit de vote des femmes demandé par lui seul en 1848. Victor Considerant, homme d’extrême gauche est amoureux de Claire, la première fille de Clarisse. Claire meurt, il épousera la seconde fille Julie. Ces deux utopistes ont pu mettre en œuvre un phalanstère à Dallas, qui a vécu de manière significative en durée.

« Ce droit de citoyenne » est fortement exigé dans le Jura, mais les politiques au niveau de l’État ne le reconnaissent aux femmes que depuis peu, puisque le droit de vote n’a été accordé aux femmes qu’en 1946 et que le droit à l’égalité professionnelle promis, énoncé ne date que depuis la loi Roudy en 1982.

(Loi du 22/12/72 : principe de l’égalité de rémunération et Loi Roudy du 13/07/83 sur l’égalité professionnelle : définition de ce qu’est un travail égal et renversement de la charge de la preuve ; rapport des Représentants du personnel reste à faire)

Le droit existe donc, mais les habitudes résistent aux transformations profondes ! Plusieurs ouvrages récents en témoignent :

  • Les femmes, le travail, la famille, de Louise A Tilly et Joan Scott. Petite bibliothèque Payot, 1978

  • Les mères qui travaillent sont elles coupables ? de Sylviane Giampino. Albin Michel, 2000

  • Les femmes ont toujours travaillé : Une histoire du travail des femmes au XIX° et au XX° siècle de Sylvie Schweitzer Editions Odile Jacob, 2002

  • Travail des hommes, travail des femmes. Le mur invisible L’Harmattan. Cahiers du genre N° 32, 2002, coordonné par Danièle Kergoat

  • Les demoiselles du téléphone aux opérateurs des centres d’appels. Colette Schwartz, Yveline Jacquet, Pierre Lhomme. Le temps des cerises, 2008

  • Revue TRAVAILLER. N° 22, Dossier Femmes, santé, travail, 2009. Ce numéro fait une large place à la précarisation de la santé en milieu de soins, services aux personnes (Messing Karen, Ghislaine Doniol-Shaw, Annie Thébaud Mony) et dans la restauration (Emmanuelle Lada, université de Lausanne)

  • Femmes, hommes, enfin l’égalité ? Sous la direction de Nathalie Pilhes et Gilles Pennequin, Eyrolles, 2012. Contributions de personnalités politiques, responsables d’entreprises, experts en sport, tirent à partir des points communs issus de leur analyse respective allant de la droite à la gauche de la gauche (de NKM à Clémentine Autain en passant par Marie-George Buffet sont déclinées 111 propositions pour l’égalité).

  • Les enfants dans les livres Représentations, savoirs, normes. De Benoît Schneider et Marie Claude Mietkiewicz, Erès, 2013.

Depuis le début du XXI° siècle, des chercheures doivent à nouveau interroger la société à propos du travail des femmes sur les concepts de L’EGALITE et des DISCRIMINATIONS et les problématiques qui touchent la santé, en particulier la gynécologie en médecine d’entreprise ( J-H Soutoul, médecin accoucheur au CHU de Tours).

Petit rappel historique d’un cadre national

Quelques dates clés : depuis 1804, le Code Civil a donné aux femmes des droits civils mais elle leur refuse les droits politiques et leur accorde des droits au travail comme en politique !!

Pour exemple, rappelons quelques dates clés :

1900 : Une loi prévoit des mesures d’hygiène et de sécurité dans les ateliers, et le 31 décembre la LOI des Chaises oblige que le patron mette autant de chaises que d’employées

1902 : Journée de travail abaissée à 10 heures 30

1909 : Congé de maternité de 8 semaines, mais sans salaire

1910 : Les institutrices obtiennent le congé de deux mois avec traitement

1912 : Les femmes ont le droit de se syndiquer sans l’autorisation de leur mari

1928 : Les femmes qui allaitent ont leur journée de travail diminuée d’une heure

Le congé de maternité avec traitement est étendu à toute la fonction publique, puis dans le privé

1946 : Le préambule de la constitution « garantit à la femme dans tous les domaines des droits égaux à ceux de l’homme »

Par ailleurs, si le 21 avril, l’ordonnance d’Alger donne le droit de vote aux femmes françaises, ce n’est que le 27 octobre 1946 que le préambule de la constitution leur donne des droits « dans tous les domaines « égaux à ceux des hommes». Art 3 mais ce n’est qu’en 1949 que le terme de « salaire féminin » disparaît des textes. Proposé par le Conseil de l’Europe, le concept de PARITE s’impose au mode politique dans les années 90 pour déplorer l’absence des femmes dans les lieux de décision.

Le 8 juillet 1999, on ajoute La loi favorise l’égal accèset invite les partis politiques à mettre le principe en œuvre.

Le 6 juin 2000, l’aide publique aux partis politiques est modulée selon le respect de l’application du principe.

Le 23 mars 2006 est votée la loi sur l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, mais « Les femmes représentent 14% de tous les maires en 2008 contre un peu plus de 5% vingt ans plus tôt. (Selon Philippe Pierre et Evalde Mutabazi. Le cavalier bleu, 2010) et il en est de même dans les postes de direction des grandes entreprises.

Des villes (à majorité de gauche le plus souvent), depuis les élections de 2008 ont mis en place des Délégations Mission Droits des Femmes au conseil municipal pour travailler avec des administratifs et les associations. C’est le cas de Dôle.

Réflexions et recherches : le travail et les femmes

Quelques auteurs en sociologie comme Jean-François Amadieu, Les clés du destin, Odile Jacob 2006, ou Robert Castel. La discrimination négative, Le Seuil 2007 ou François Dubet dans le Travail de sociétés, Le Seuil 2009, ont montré que le monde du travail tient compte du territoire, de la couleur de peau et du sexe et de l’apparence physique ( trop – grosse, grande, petite, maigre – ) ou « du genre » Le genre, c’est un système de normes construites socio-sexuelles et hiérarchisées, donc des références externes qui peuvent être vues en complémentarités, ou en inégalités. Déjà, l’orientation des filles avant d’entrer dans le monde du travail joue un rôle.

Plusieurs chercheurs en psychologie (Isabelle Hermet, Colette Laterrasse, Valérie Capdevielle ) de l’Université de Toulouse ont mis en valeur après avoir analysé des entretiens de doctorants d’histoire et de mathématiques, que ces deux disciplines rendent compte d’une véritable adéquation entre les caractéristiques du savoir et le modalités du fonctionnement psychique du sujet, et que celui-ci est très lié à la position subjective qui se forme dans le creuset de l’histoire socio-familiale que l’on soit Garçon ou Fille ( le choix n’est donc pas du seulement au prestige de la discipline ni à sa rentabilité sur le marché de l’emploi)

Ce rapport au savoir se construit sur la base des représentations qui s’ancrent à partir du milieu éducatif. La construction de l’identité sexuée se fait d’abord dans la tête des parents, et c’est parce que l’enfant est dans la quête de signes de la différence qu’il va accepter les stéréotypes sociaux.

Les uns et les autres concluent :

Affectivement les filles s’autocensurent moins en terme de choix professionnel ; mais des obstacles sociaux existent encore pour exercer des professions car on continue de considérer les femmes comme excellentes dans les métiers de soins, de tendresse, de dévouement, mais ces métiers sont sous-payés, on est dans un cercle vicieux.

Les différences individuelles existent (la force par exemple) mais c’est la manière de les traiter qui importe pour ouvrir des possibilités.

« Égalité » professionnelle et salariale ?

Constats 2000-2010

Les chercheuses Jacqueline Laufer, Catherine Mary, et Margaret Maruani, montrent en 2004 que « le travail féminin a fait son entrée en sociologie du travail sous le sceau de la déqualification et qu’il est urgent de reprendre à bras le corps le concept de qualification en intégrant la différence des sexes pour voir comment la société a pensé la hiérarchie des métiers, les tâches et activités » : en France, la pauvreté se féminise durement pour les femmes « chefs de famille » et pour les plus jeunes. Les disparités de salaires sont également à noter ainsi que les évolutions de carrière à diplôme égal.

« Filles et garçons : égaux et différents ». Brigitte Grésy, auteure du rapport sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et d’un livre incisif /Petit Traité contre le sexisme ordinaire paru en 20O9 chez Albin Michel, nous dit que :« Le féminisme est un nouvel humanisme… car il y a dans les relations depuis les années 75 plus « de jeu », il y a « de la contestation, de la négociation, de l’insolence, de l’impertinence, de la subversion qui enrichissent les rapports humains ». Autre remarque introductive « En Ile-de-France, les femmes actives s’en sortent mieux qu’en province » parait-il et le journal La Croix du 4 janvier 2010 signalait une étude de Pôle emploi soulignant les écarts entre les femmes actives dans la région Ile-de-France et en province.

Au moment où nous allons parler du travail, il est utile également de nous souvenir que les personnes sans activité dépassent le nombre de plus de 4,5 millions en France ! Parmi les chômeurs, « des chômeuses qui veulent TRAVAILLER », comme le disaient les ouvrières de EPEDA au moment où elles apprennent la fermeture de leur usine à Mer dans le Loir et Cher en 2000 qui pourtant est un excellent site (voir le film de Luc Decaster, Rêve d’usine, sorti en 2003)

Types d’emplois occupés par les femmes

Dans les emplois, les moins qualifiées et les plus mal payées, les femmes sont pour plus de la moitié des effectifs ( 51,7 % ) dans douze secteurs d’activités sur 86.

Dans chaque secteur, la part des femmes :

  • agents d’entretien ( secteur où il y a 69,2% de femmes)

  • enseignants (secteur où il y a 65% de femmes)

  • employés administratifs C de fonction publique (secteur où il y a 75,6%)

  • vendeurs (secteur où il y a 76%)

  • aides à domicile, aides ménagères (secteur où il y a 97,9% de femmes)

  • secrétaires (secteur où il y a 98%)

  • aides soignants (secteur où il y a 90,7%)

  • infirmiers, sage femmes (secteur où il y a 86,8%)

  • assistants maternels (secteur où il y a 99,1%)

  • professionnels de l’action sociale et culturelle (secteur où il y a 66,4%)

  • employés de la comptabilité (secteur où il y a 85,5%)

  • employés administratifs des entreprises (secteur où il y a 74,8%)

En 2008, les femmes représentaient près de la moitié de la population active (47,6%) et entre 15 et 64 ans, elles sont pour 62,5% actives, contre 74,6 % des hommes. Elles ne s’arrêtent pas de travailler avec un enfant mais le taux d’activité diminue vers le temps partiel avec l’arrivée du 2° enfant.

Temps partiel et flexibilité :

Temps partiel en 2006 : 29% de femmes contre 5% d’hommes.

Loi du 28/01/1981 sur le temps partiel que l’on a dit rendue nécessaire par la demande des femmes en la matière.

Le temps partiel ne se crée pas comme un mode d’aménagement du temps de travail mais comme mode d’emploi flexible.

Il y a une corrélation entre temps partiel, emplois précaires, emplois sous qualifiés, emplois flexibles et secteurs féminins de l’emploi.

En 2008, 29,4% de femmes à temps partiel pour 5,8% d’hommes.

En 2010, la Halde a été saisie par 400 femmes pour des affaires de discrimination liées à la grossesse, en 2009, elles étaient 250 : le nombre augmente parce qu’elles osent le dire.

Autre forme de difficultés rencontrées, les discriminations sournoises, c’est « licenciement abusif, rupture de la période d’essai, non renouvellement d’un CDD, perte de responsabilités au retour d’un congé de maternité »

En 2010, le travail se transforme encore dans son organisation et beaucoup de femmes sont embauchées sur des plates formes téléphoniques, se ressentent comme aliénées ; ( voir 2008, l’ouvrage de Colette Schwartz, Yveline Jacquet et Pierre Lhomme Des demoiselles du téléphone aux opératrices des centres d’appels.) page 331,Yvette raconte les phrases répétitives comme« Terminé, personne je coupe »,ou bien« Chinon ? J’écoute » = Ce sont les phrases qui sortaient spontanément lorsque quelqu’un sonnait à la porte de chez elle)

« Les emplois atypiques « CDD, intérim, emplois saisonniers, contrats aidés… sont à 2/3 des emplois occupés par des femmes. (Notons que 7,7% des femmes s’estiment en sous emploi, à cause de la conjoncture et aimeraient travailler à temps plein)

Chômage : Il n’est jamais au dessous de 10% et toujours supérieur au taux masculin

Une évolution en Mars 2013 ?

Quelques chiffres du département des Hauts de Seine indiquent que 74,5% des femmes travaillent pour 80,1% des hommes, et que 19,7% des femmes sont à temps partiel pour 6,7% des hommes. En moyenne à même qualification, les femmes gagnent moins de 24,5% mais l’écart se creuse après 50 ans (35%). Au niveau national les femmes dans les postes de dirigeants d’entreprises ne sont que 5%.

Pour la zone d’emploi de Dole qui nous concerne, – selon une « Documentation » éditée en janvier 2012 -, fin 2010, sur 3881 demandeurs d’emploi, il y avait 53% de femmes. Après les zones frontalières avec la Suisse et la zone de Gray, c’est la zone de Dôle qui connaît la part la plus importante d’actifs quittant la région pour aller travailler plus loin. Parmi ces personnes, 1 588 dolois travaillent dans la zone de Besançon, et 1 113 dans la zone de Lons le Saulnier, mais moins de femmes que d’hommes effectuent ces déplacements, même avec le TER de qualité et la qualité des routes.

Salaires

En 2008, les femmes sont plutôt salariées pour 92,7% d’entre elles (Hommes : 86,6%) et exercent souvent dans le secteur public et elles occupent dans le privé (plus que les hommes) des CDD ( 10,8% pour les femmes et 6% pour les hommes). Écarts de salaires sur temps complets en 2004 secteur privé : 25% ; secteur public : 14 % (encore plus grands avec temps partiels). Écarts en 2007, secteur public hospitalier : 21,6% !Femmes cadres : écart très grand face aux hommes, soit 18,6% et 17,1% dans le secteur civil de l’état … On parle du plafond de verre.

Retraites

En 2010, les inégalités entre femmes et hommes au moment de la retraite sont amplifiées, car leurs retraites sont inférieures à celles de hommes dans la fonction publique d’État (18%) dans la fonction publique territoriale (16%) et dans la fonction hospitalière (12%) mais dans le privé l’écart peut aller à 52%.

36 % des femmes retraitées perçoivent moins de 700 euros par mois et 64% ont moins de 900 euros (le seuil de pauvreté est à 870 euros)

Pour conclure cette partie, une bonne nouvelle : on apprend le 26 avril 2013 que Najat Vallaud Belkacem, notre Ministre Droits des Femmes vient de déclarer que des sanctions seraient portées aux entreprises qui détournent la loi : les grandes entreprises seraient plus légalistes que les PME.

Place des femmes en Franche-Comté et à Dôle en particulier

Outre la sœur rebelle et cachée, bannie par son frère Richelieu parce qu’elle épouse le 2 juin 1613 par amour et sans autorisation à Dôle un médecin… il est possible d’associer d’autres noms de femmes contestataires dans le Jura, pendant la Révolution, d’autant que ce travail a déjà été réalisé pour les enseignants d’histoire par Myriam Cour-Drouhard, et Aubin Leroy, et par François-Xavier Laithier.

On apprend en effet, que la première réunion du club des Amies de la Vérité et l’Egalité s’est tenue à Besançon en octobre 1792. Deux ans après l’apparition des sociétés féminines à Paris, les Bisontines qui en sont à l’initiative se réunissent d’abord dans des ateliers de bienfaisance afin de collecter, repriser, et envoyer des vêtements aux bataillons de volontaires. Début 1793, elles sont 60 à 80 à débattre chaque semaine, à signer des pétitions, à participer à l’expression des idées révolutionnaires, sans revendiquer ni la liberté ni l’égalité face au sexe fort.

Un peu plus tard, une artiste s’illustre avec la sculpture et sera remarquée en Russie, c’est Marie-Anne Collot (1748- 1821). La famille Gagneur s’illustre, d’abord avec l’écrivaine Marie-Louise Gagneur ( 1832- 1902) qui publie Une femme hors ligne, puis avec la sculptrice Marguerite Gagneur, dite SYAMOUR ( 1857- 1915) qui réalise les bustes de la République. C’est elle qui sculpte celui de Victor Considerant, enfant de Salins-les-Bains et homme politique, jeune auteur de Destinée sociale à 26 ans (en 1834 ).

A la même période, à Dôle, Madame M-A. Enard, à la suite de la mort de son époux, Marie Amédine est nommée VEUVE, car inconsolable. Elle reprend la direction du journal qu’il a crée l’Hebdomadaire qui deviendra L’Echo de la Montagne.

Citons aussi Césarine Mignerot (1809-1870) épouse d’un vigneron qui devient une fervente adepte du phalanstère de Citeaux, comme Marie-Louise Gagneur (le phalanstère de Citeaux bénéficie du capital de l’utopiste riche et généreux Arthur Young. Voir Souvenirs historiques de Pierre Joigneaux, sénateur de la côte d’or, 1832).

A cette histoire locale emplie d’idées et de dynamisme, il nous faut ajouter de belles ressources locales avec les femmes dans les fruitières qui fabriquent le fromage de Comté, qui depuis janvier 1958, est le premier fromage français à recevoir une appellation d’origine contrôlée (AOC). Cette appellation garantit le respect d’un ensemble de critères concernant les procédés traditionnels d’élevage, de fabrication et d’affinage. Parlant fromage, citons le travail contemporain de Catherine Sauvin, avec la création de la Maison de la Vache qui rit, pour monter des expositions avec des artistes et des fabricants de jouets régionaux. Catherine Sauvin est la petite fille de Léon Bel, qui en 1921 a fabriqué la fameuse Vache qui Rit connue dans le monde entier avec les déclinaisons en cubes fromage pour apéritifs !

Du coup, le rappel que jusqu’en 2011, le préfet du Jura soit une femme prend de l’épaisseur.

Venir à Dôle, c’est aussi découvrir la rue dans la ville qui a vu naître Louis Pasteur en 1822. Il y vécut son enfance sur les bords du canal des Tanneurs jusqu’à l’âge de 9 ans ; on l’imagine près de ses parents tanneurs qui faisaient dans d’énormes cuves du tan pour le cuir, avec de l’écorce de chêne broyée. Plaisir donc de passer devant sa maison natale au Numéro 43 : elle abrite aujourd’hui le Musée en hommage de l’illustre savant et artiste, décédé en 1895. C’est un honneur et du plaisir pour le promeneur de s’imprégner des odeurs de la ville fleurie, où la botanique tisse le bleu et le vert écologique, sachant que Dôle est aussi une des villes reconnues comme « Amie des enfants ».

Venir en Franche-Comté me fait penser à Bernard Clavel qui décrit sa région avec humanisme et talent littéraire et son ampleur journalistique. Par exemple, la Vouivre, « ce long serpent aux ailes noires, ogresse » le lie à Marcel Aymé (1902- 1967) et son roman qui rappelle « l’eau si emblématique dans la région », comme me le dit Danièle Dulmet (Mission Droits des Femmes, préfecture). « La Muse de l’eau renvoie à la pêche à la truite et à la Maison de la pêche qui existe à Dôle ! » Le Jura c’est aussi l’importance du philosophe Jacques Bouveresse et le renvoi émouvant à l’ouvrage de Yvonne Verdier, « Façons de dire, façons de faire » façons qui montrent l’agir au travail avec gestes et paroles des laveuses, couturières et cuisinières, en Bourgogne à Minot.

Venir parler des femmes et du travail et de l’égalité en Franche Comté me confronte à la diversité de votre région puisque entre Besançon, Belfort-Montbéliard et Audincourt où j’étais le 6 mars et Dôle, il y a des différences de fabrication et de richesse économique. C’est émouvant de constater cette diversité du monde du travail. A Dôle, on observe bien comment une cité née aux flancs d’une forteresse s’est développée entre le XII° siècle et le XV° siècle avec un Parlement, une Université, puis au XVII° siècle, un hôpital « Hôtel Dieu » marquant l’impact religieux : on imagine bien le travail des religieuses hospitalières.

Venir à Dôle, dans une région admirée par Marcel Aymé( 1902- 1967), accueilli ici enfant entre 1910 et 1919, à la mort de ses parents par sa tante Léa. Elle fut son éducatrice. Il fait découvrir sa ville d’accueil dans les Contes du Chat perché puisque Dôle est une ville perchée « comme le chat ». Le roman La table aux crevés décrit la région (1929).

Mais si on ne peut oublier la tante Léa de Marcel Aymé, parmi les éducatrices, nous pensons aussi à Madame Andrée Abegg nommée à Dôle en 1937 comme enseignante et qui termine sa carrière au Lycée Charles Nodier en 1971, après avoir reçu la Légion d’honneur.

Que de grands noms ont fait l’histoire de cette région, une histoire de conquêtes sociales (Usine idéale des utopistes aux Usines d’Argues Senars) et la réputation avec les artistes comme Gustave Courbet. Parmi les femmes, des écrivaines se font remarquer avec les textes pour les veillées de chaumières tout au début du XX° siècle, avant la première guerre mondiale : Odette de Chamdivers écrit, ainsi que Blanche de Buxy qui se fait remarquer avec Noces de neige, L’aumône fleurie, Veuve de 15 ans, Le mari de la Veuve.

Citons encore deux romancières nées à Dôle Marguerite Bourlet (décédée en 1938) et Marguerite Henry Rosier et une célèbre productrice de cinéma Madeleine Gouze, ( 1914- 2002) épouse de Roger Hanin et productrice d’une cinquantaine de film. Madeleine Gouze ( connue comme Christine Gouze Renal, fille d’enseignants résistants, résistante elle-même elle a travaillé avec Henri Verneuil, Claude Chabrol et Jacques Demy. Une autre femme issue de la région est reconnue pour son courage, c’est la résistante Simone Michel-Levy, (1906- 1945) qui fut pendue par les allemands après avoir été arrêtée le 5 novembre 1943, déportée à Ravensbrûck et à Flossenburg, c’est dans ce camp qu’elle a saboté les presses qui faisaient des munitions, ce qui lui a valu la mort. (Simone Michel-Lévy est reconnue parmi les Six compagnons de la Libération par décret du 26 septembre 1945)

A côté de l’enfant du pays Courbet, on peut citer des femmes peintres, comme Colette Lombard, et Monique Roy Gaubert. La musique permet de citer la cantatrice Eliette Shenneberg décédée en 1948 et la toute jeune Emilie Mareschal dite Mimi, née à Dôle en 1987 et qui chante, si bien qu’en 2003 elle est élève de la Manufacture chansons de Nanterre.

Me sentir si proche de Lons-le-Saulnier, Dijon et de Lyon et Lausanne m’a permis de redécouvrir en train un trajet très pluvieux mais fait de la beauté des arbres, celle de la nature avec ses plantes sauvages, aromatiques ou médicinales, voir des vergers, avec de l’économie diversifiée, un pôle d’excellence et des pépinières d’entreprises.

Cadre général des tendances de l’emploi

Me renseignant, je comprends que les entreprises sont presque 2000 à Dôle, ville de plus de 25 000 habitants1 à fournir de l’emploi et ces entreprises ont donc une capacité d’accueillir et de développer le tourisme.

Si je regarde les informations régionales je découvre à Dôle « Une population vieillissante forment concentrée sur le territoire, où un salarié sur cinq travaille dans le secteur de la santé ! Le Centre hospitalier Pasteur et le centre hospitalier psychiatrique du Jura ont chacun plus de 1000 salariés. Sur une population de 90 000 salariés, on dénombre alors 4 000 aides à domicile qui sont des femmes (98%) pour s’occuper d’une population de personnes âgées, surtout des femmes pauvres (petites retraites). Dans ce domaine du soin aux autres et service aux personnes, deux associations sont historiquement importantes : PRODESSA et ADMR, qui tenter de bien gérer, former et promouvoir les salariées qui ont des conditions de travail difficiles. Mais la loi Borloo avait permis à côté de ces deux associations, la création de petites structures privées, qui sont d’ailleurs en train de mettre la clef sous la porte car leur but était avant tout lucratif. Il faut savoir que c’est dans ce secteur d’activité que les femmes ont le plus d’accidents du travail (dos cassé, TMS, fatigue importante physique et psychologique car elles sont face à l’isolement et travaille en solo. Le binôme au travail serait un plus !

Il est nécessaire de relever trois dimensions importantes dans cette commune :

Premier point : En 2008, au changement de direction municipale, Dôle est la seule ville du Jura à se doter d’une Délégation à l’Égalité professionnelle entre Hommes et Femmes. La démarche Égalité est soutenue par une conseillère municipale engagée.

Second point : Des femmes dirigeantes d’entreprises ont crée un Réseau associatif sur le thème de la Responsabilité des Femmes. Mais selon mon enquête de terrain, il semble que cette innovation sur l’Égalité professionnelle, le but est de diffuser une information et un rappel de la Loi EGALITE. Mais dans les faits, très peu d’accords ont été signés dans ces entreprises.

Troisième point : La question de l’égalité salariale et de l’égalité professionnelle semble mieux gérée en grosse entreprise (par exemple, Solvay n’a plus de temps partiel subi, et a signé l’accord). Mais, constatons aussi que Solvay embauche peu de femmes (pour des questions encore de retard de formation et qualification dans les métiers offerts)

La mise en place des textes sur l’Égalité salariale et professionnelle demande une formation aux syndicalistes, qui ont eux même parfois du retard sur ce thème pour créer des outils d’observation et d’écoute efficace.

Du travail pour les hommes et les femmes est donc possible que ce soit dans les métiers du tertiaire qui domine ici avec la gestion, le commerce et les transports, du relationnel, technique et du soin et services aux autres (hospitalier, petite enfance, institutions thérapeutiques) ou de l’artisanat (céramiste, potier, métallier, menuisier ébéniste ou éleveur d’escargots) et conservation du patrimoine paysager.

C’est dans ces domaines que des jeunes femmes en apprentissage ici, âgées de moins de 23 ans comme Emma Lagier ou Vanessa Prost, ou Caroline Marquet ont pu concourir aux 42° Olympiades des métiers en art floral, esthétique, coiffure, service à la personne. J’ai eu l’occasion de parler avec Vanessa Prost en Formation Brevet Professionnel de Esthétique et avec Solène Guyot, en formation en alternance service à la personne qui ont concouru pour les 42° Olympiades.

Vignette :

Vanessa, 20 ans est esthéticienne dans un institut de beauté et « nous travaillons avec les produits Pier Augé pour les soins du visage et du corps, près de la basilique de Dôle. Contente ! »

Elle explique : « Je suis en 2° année de brevet professionnel et je suis allée aux Olympiades des Métiers. Ce métier je l’ai choisi vraiment et j’en rêvais depuis toujours. Mais en 3° je ne savais pas trop quoi faire lorsque j’ai vu les prix des écoles d’esthétique. Je suis donc allée en BEP comptable, et je n’ai pas aimé du tout. Finalement mes parents se sont débrouillés pour trouver le prix de mes études : 5 000 euros par an et si on ajoute les trajets, la cantine, les frais divers, je suis certaine qu’ils ont dépensé 12 000 euros en tout pour que je sois heureuse dans mon métier. En public, il n’y a rien ici et en privé, c’est vraiment coûteux. Mais au moins j’aime ce que je fais, je suis utile et j’aime tout ce que je fais, particulièrement le soin du corps et les massages, la manucure, le maquillage. Notre clientèle est faite de femmes mais les hommes viennent de plus en plus aussi pour des épilations du visage ou maillot.

Après le BP je ne sais pas si je pourrai devenir maître d’apprentissage car je ne serai que salariée et pas maître d’apprentissage dans mon propre institut mais ce que je ferai sera toujours de la pratique car j’aime ce que je fais. Plusieurs de mes copines ont fait autre chose : commercial, ou parfumerie cosmétique en reprenant des études de BTS, mais moi j’aime mon métier tel qu’il est. Parfois, c’est fatigant car on donne beaucoup d’énergie morale ou physique, on est debout, on masse, mais j’aime la relation avec mes clientes et clients, on se parle, et c’est vraiment souvent très intéressant. »

Le tertiaire me fait penser à l’administration, à la comptabilité ou commerce pour la gestion du patrimoine immobilier, paysager, au commerce de l’élevage bovin, des produits laitiers ou de l’agro-alimentaire et la restauration et aux centres d’appels des compagnies d’assurances. Je pense alors à la fois à la rigueur exigés, et au risque possible lorsque le climat ou la crise ne permettent pas de grands projets. Je crois alors que les femmes sont plus touchées.

Le milieu chimique Solvay Electrolyse concentre aussi un grand nombre de salariés. Les principaux employeurs sont outre Solvay et les centres hospitaliers, la Mairie, les fromageries, l’établissement médico-social Etapes, Codi France, Cora et ITM logistique international.

Le soin aux autres, les services aux personnes me rappelle queles lois de Robien (1996) et Aubry (1998) comme les textes de 2005 placent les aides à domicile pour personnes âgées dans le secteur « Santé et Action sociale », qui est l’un des trois programmes de l’État, ce programme cherchant à s’appuyer fortement sur le réseau associatif pour développer des « enseignes » nationales pour un accès universel à des services de qualité.

Autorisation et agrément définis dans la loi de modernisation sociale de 2002. Une Agence Nationale de Service à la personne est crée en 2005, comme établissement public administratif chargé de promouvoir le développement de la qualité de services à la personne en France et « le plan Borloo » va dynamiser le secteur en 2006 (mais développe aussi le secteur privé qui voit l’aspect « ressources financières » de ce secteur sans penser sérieusement à former et protéger la santé des salariées.

Vignette :

« Solène 18 ans, suit des cours en alternance Services à la personne, elle a été reçue au CAP et BEP suite à des études en Maison familiale à RIOZ. Elle aimerait devenir aide soignante car elle aime l’écoute ; mais « c’est un concours », même sa note de 18 ne la classe que dans la liste supplémentaire selon un rang qui la place derrière les femmes plus âgées qui ont 18 aussi. Ravie de son parcours et de voir que ses efforts soient valorisées par des concours comme Les Olympiades des Métiers (un prix lui a offert 300 euros). Mais, dit-elle « Je travaille en Maison de retraite, les stages sont non rémunérés pour avoir le bac professionnel Services à la personne, option milieu rural, elle doit suivre des cours en école privée, qui est payante ( 1400 euros par an). Dans sa région, elle a le sentiment que la mobilité est importante mais si elle est en stage ailleurs que chez elle, elle est interne et c’est gratuit : dans les études, comme dans ce métier, « la patience compte ».

Le patrimoine paysager me fait penser que « L’art floral et le jardin donnent comme un pouvoir, celui de créer : créer un jardin qui pourrait me faire ressentir un endroit rêvé, le pouvoir de mettre ensuite dans la peinture cet environnement, fait de couleurs froides, chaudes, du blanc, de l’orange, du jaune. On est à la fois architecte et dessinateur -ouvrier du bâtiment, de la forêt, du paysage, homme de goût qui cherche à acheter et planter les arbres, plantations qui correspondent à la clientèle »

L’artisanat merenvoie que « Les métiers et savoir-faire du bois sont souvent associés aux forces du passé mais aujourd’hui les gens qui les pratiquent s’apparentent à des artistes m’a dit une femme qui fabrique des petites tables ». Horlogerie et les LIP de Besançon dont j’ai acheté une montre de la solidarité en 1974, et Fromage que les Québécois sont venus copier !

« Je pense que nous devons transmettre le goût du beau travail. D’ailleurs, mon père était commerçant, sociable et comme la famille des oncles et tantes et cousins était grande, on se transmettait ainsi des savoirs de métiers, une éducation, des règles de politesse, des codes » m’a-t-on dit.

Interrogeant des amis et collègues dont la région d’origine est la Franche Comté, plusieurs ont cité Dominique Voynet, actuelle maire de Montreuil et des femmes des entreprises et Jean Luc Mélenchon qui travailla comme correcteur puis comme pompiste et peut être même chez LIP.

Égalité. Selon Karine Jourdant, journaliste au Progrès ( 21 :08/2011) :

Dans le Jura bien plus qu’ailleurs en Franche-Comté, les femmes accèdent à la direction de grandes entreprises et en assument la responsabilité sans plastronner. Rencontre avec quelques-unes de ces patronnes :

  • Véronique Rivoire est entrée dans l’entreprise familiale en 1992. Elle en est le p-d-g depuis 2000

  • Amélie Morel codirige une entreprise de 220 personnes qui exporte des lunettes dans 70 pays

  • Nicole Guyot dirige Guyot-Decoup-à Beaufort et préside le Medef du Jura depuis plus de 4 ans

  • Marie-Christine Tarby-Maire qui après son père Henri Maire (Le vin fou ) est une figure incontournable de la viticulture

  • Au décès de son époux, Dany Breuil a repris les rênes de Smoby avant de les confier à son fils

  • Chantal Saget a été une des rares femmes en France présidente de chambre d’agriculture.

« Le jouet, la lunetterie, la plasturgie, le vin, le fromage mais aussi l’agriculture ou le bâtiment : dans le Jura c’est une évidence, les femmes assument la direction d’entreprises sur l’ensemble des secteurs clés.

En France, il a fallu attendre 1924 pour que les filles aient le droit de poursuivre des études secondaires, et 1965 pour qu’elles puissent ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari. C’est dire si la sphère économique et professionnelle n’était guère ouverte aux femmes jusqu’il y a quelques dizaines d’années en arrière tout au plus.

Pourtant déjà dans le Jura, et notamment dans le sud du département, ces dernières ont très vite accédé à l’emploi. Via le travail à domicile notamment. « Parce qu’il fallait bien faire bouillir la marmite l’hiver venu, pendant que les hommes quittaient la maisonnée », souligne Florence Bredin, chargée de mission aux droits des femmes et à l’égalité.

Le secteur santé reste le premier employeur de la zone emploi.

De la même façon ici plus qu’ailleurs, les pères n’ont pas hésité à transmettre leurs entreprises à leurs filles. Et les femmes n’ont que rarement fui devant leurs responsabilités. « Bien avant moi, mon arrière-grand-mère avait dirigé l’entreprise », souligne Véronique Rivoire, p-d-g de la société Rivoire Jacquemin. Les patronnes jurassiennes ne fanfaronnent pas. Certes, le milieu économique est exigeant et difficile. « Mais le genre ne change rien à l’affaire », estime Véronique Rivoire. A son sens, les univers très masculins de la police ou de l’armée sont probablement plus hostiles que celui de l’entreprise.

Pour autant, « lorsqu’on est une femme, la compétence ne suffit pas. Nous sommes sans cesse contraintes de prouver nos qualités, de convaincre », observe Nicole Guyot, présidente du Medef Jura, l’organisme patronal. « J’ai la chance de travailler avec mes deux frères et c’est un gros avantage », indique Amélie Morel. « Diriger une entreprise aujourd’hui, ce n’est pas évident. Être trois, c’est un gros avantage », analyse-t-elle. Dans la lunetterie, les femmes ont leur place depuis longtemps. Et on la leur conteste d’autant moins que « nous sommes dans un métier de mode, la sensibilité féminine est appréciée ». A ces niveaux de responsabilité, on observe que « les femmes ne s’autorisent pas la médiocrité », remarque la déléguée départementale aux droits des femmes. Et ces mères de famille assument sans faillir un emploi du temps qui ne laisse pas de place à l’improvisation.

A la tête de grands groupes, de sociétés emblématiques telles que Smoby, Jeujura, Henri Maire, Millet Plasturgie, la lunetterie Morel et bien d’autres encore, des femmes ont su s’imposer et démontrer leur légitimité. « C’est vrai sur les grandes entreprises, beaucoup moins sur les petites », observe encore Florence Bredin.

Pour autant selon une étude menée par l’Insee en 2009, la part des femmes qui ont le statut de cadre est plus importante dans le Jura qu’ailleurs en Franche-Comté. Un quart des entreprises créées le sont par des femmes. Même si ces dernières se cantonnent souvent dans les secteurs du commerce et des services aux particuliers.

L’enjeu consiste donc aujourd’hui à les encourager à ouvrir des portes et à faire tomber des barrières. Un chantier qu’il ne faut néanmoins pas sous-estimer.

L’enjeu général : assumer le paradoxe de l’égalité et de la différence.

Le rapport de Brigitte Grésy montre que les femmes travaillent de plus en plus, même avec de jeunes enfants et que l’égalité reste un objectif à atteindre en 2010. « C’est l’usage du temps, et lui seul, le facteur clé de l’inégalité entre les sexes ».

Sinon, quelles différences expliqueraient cette infériorisation des femmes dans le monde du travail ? Les compétences ? Elles n’ont pas de sexe. La force physique ? Le progrès technologique, dans la plupart des cas se substitue à la force musculaire. Et pourquoi, si nous valorisons les traits biologiques réellement différenciés entre les femmes et les hommes, comme la force, ne pas valoriser également la minutie, qualité obtenue grâce à la finesse des doigts, et donc bien féminine !

NON ! La seule cause des inégalités est liée à l’enfant et au temps qu’il convient de lui consacrer : la construction des inégalités sexuées est issue de l’assignation quasi exclusive des femmes aux soins des enfants et plus largement aux tâches domestiques.

Femmes sabliers, variables d’ajustement du temps : écoles fermées, nounous malades, transports défaillants, les femmes courent. Femmes sandwiches, prises entre vieux et jeunes, accompagnement à la personne…

Des ajusteuses ajustées !

Non disponibles, Non mobiles, non flexibles… Cestrois NON suivies de quatre mots dits avec un air catastrophé « elle a des enfants ! » dominent en entreprise.

Elles restent aussi dépendantes des stéréotypes et représentations qui ont construit « l’enfance » modèle, même si depuis les années 1960 ; des historiens, des psychologues et sociologues tente de renverser les normes établies ( je pense par exemple à Gérard Neyrand et à Régine Sirota, enfant acteur et enfant sujet).

Par ailleurs, on sait que les femmes sont plus concernées par la pauvreté, en particulier les mères de famille monoparentales et les femmes plus âgées. (2010 était l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion). La région de Dôle ne pourra pas me démentir lorsque je regarde les statistiques données par l’Observatoire régional Emploi Formation insertion de janvier 2012 : La population est plus dense à Dôle que sur la région (79 habitants au km² contre 72 en moyenne), un actif sur 5 travaille hors de la zone de Dôle, ce qui accentue la notion de mobilité pour les déplacements domicile travail. Et le constat que parmi les demandeurs d’emploi, la part des jeunes (un quart des demandeurs ont moins de 26 ans) et de femmes est importante ( 53% des demandeurs d’emploi sont des femmes ! )

DANS LA PERSPECTIVE D’UNE CAMPAGNE féministe sur le thème du TRAVAIL

  • Partage des tâches domestiques

  • Formation dans toutes les filières professionnelles de manière mixte ; les formations doivent être ou publiques ou privées sous contrat pour garder des prix raisonnables. Stages en alternance rémunérés comme l’apprentissage, car de fortes dérives existent

  • Développement des services publics : accueil petite enfance et prise en charge des personnes dépendantes, qu’ils soient proches de la maison ou du lieu de travail pour avoir le choix et des services soutenus par les entreprises ( crèches) à ouverture souple et paiement au prorata des heures effectuées par l’enfant

  • Réduction du temps de travail pour tout le monde sans réduction de salaire, sans flexibilité avec modalités qui veillent à l’égalité entre hommes et femmes ( par semaine, par mois, par année, la décennie)

  • Aider à l’investissement humain dans la Cité

  • Égalité salariale et développement de la formation continue

  • Abolition de la précarité: suppression du temps partiel subi. Introduire des clauses sociales dans les contrats de sous-traitance

  • Toute nouvelle loi sur l’emploi doit tendre à résorber les inégalités « hommes-femmes » ; raccourcir les délais aux prud’hommes

  • Améliorer les conditions de travail : instaurer un encadrement par taux maximum de recours aux CDD et à l’intérim dans l’entreprise, doubler les effectifs inspecteurs et contrôleurs du travail

  • Mettre en place un REVENU UNIVERSEL = globalement le monde n’a jamais été si riche et on sait que la production dépasse les besoins nécessaires à la vie des humains. Mais ! Le problème est dans l’inégalité de la répartition des richesses produites. On peut faire un constat d’échec des politiques de l’emploi puisque le chômage de masse se développe.

  • Engager la reconversion écologique et sociale de l’économie et relocaliser la production agricole et énergétique. La taxe kilométrique pourrait inciter donc aider à rapprocher les lieux de production et de commercialisation pour la consommation.

  • Généraliser l’appropriation citoyenne et démocratique de l’outil de production par les parties prenantes (salariés, associations, élus, citoyens) pour analyser les finalités et décider des conditions de production

Favoriser les commandes publiques et trouver des monnaies locales complémentaires à l’euro.

Certaines entreprises peuvent être déclarées de « grande utilité sociale » ou entreprise « à fort impact environnemental », des structures coopératives, mutualistes et associatives sont à encourager.

Autres PISTES DE REFLEXION :

  • lutter contre le temps partiel

  • lutter contre le harcèlement (moral ou sexuel) en osant le dire le viol, et les mariages forcés

  • rencontre des femmes dans le cadre des marches mondiales et européennes : rencontre inter syndicales sur l’insertion des femmes dans le monde du travail

  • centralisation des luttes pour avoir des places dans les crèches

  • au niveau syndical, intégrer la dimension « femmes » dans toutes les négociations

  • sensibiliser l’opinion publique notamment en dénonçant l’illusion que les inégalités vont se résorber progressivement. ( L’obtention d’une égalité en 5 ans est un mensonge)

  • lutte contre le manque d’équipements collectifs

  • rattrapage salarial immédiat à hauteur de 5% (% de la discrimination pure).

  • Augmentation du smic (niveau de salaire essentiellement féminin) ; pourquoi pas un smic européen.

Pour cela il est utile et nécessaire de fédérer les forces féministes qui doivent devenir une force de proposition, une force agissante. Les forces syndicales et associatives doivent se joindre à ce combat pour le travail des femmes. L’ouvrage cité en début d’intervention parle de 111 propositions pour une égalité effective, pour égalité de responsabilités, (parité politique) égalité professionnelle et salariale ; articulation des temps de vie, lutte contre les violences ; éducation à l’égalité et lutte contre les stéréotypes ; implication de l’Etat, droit de disposer de son corps, fiscalité et égalité.

Pour réaliser cette petite enquête, j’ai reçu les conseils des directeurs de CIO de Belfort, de Dôle, du COFOM qui organise les Olympiades des Métiers et j’ai bénéficié de la relecture de Danièle Dulmet, chargée de Mission Droits des femmes Dôle, et d’une relecture de Raphaëlle Manière, qui fut conseillère municipale à Dôle en 2008 ( Délégation Égalité Professionnelle). Je les remercie !

Ginette Francequin

1 65 000 avec l’agglomération, la ville de Dôle est passée couleur « socialiste » avec toutes ses composantes de gauche dont Verts depuis 2008. 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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