Protester contre les dépenses inutiles et gagner une autre Coupe du monde, celle du progrès social

ASomptueuses dépenses, scandales économiques sociaux et environnementaux, reconfiguration des villes, expulsion de populations…

Jeux olympiques ou mondiaux de foot engendrent des bénéfices considérables pour les sponsors, les grandes sociétés multinationales industrielles ou commerciales et des dettes publiques… à régler par les contribuables.

Comme le rappelle Julie Duchatel, en introduction, « le problème est qu’une fois qu’une grande compétition se termine, aucun (ou presque peu) bilan « indépendant » n’est réalisé, et ce, à dessein, afin de mieux passer à l’organisation de la suivante ».

D’un coté, les paillettes féeriques de la marchandise, du fric, de la dope et du spectacle, de l’autre, plus tard, les réveils douloureux des déficits à (faire) payer. Le sport-spectacle et ses grandes messes régulièrement organisées, sans oublier leurs diffusions télévisuelles, participent du maillage du néolibéralisme. « Largement financé par des subventions publiques, il entraîne une marchandisation de l’espace public, suite à laquelle il est difficile de revenir en arrière. Ce sont ces questions démocratiques et relative à l’émancipation des peuples et à la souveraineté nationale qui sont en jeu et dont il fait traiter ouvertement ».

La Fédération internationale de Football Association (FIFA) le Comité international olympique (CIO) s’allient avec diverses multinationales et « nourrissent un capitalisme prédateur ».

Julie Duchatel indique le sens de cet ouvrage : « mieux comprendre en quoi les grandes messes sportives sont des expérimentations d’une nouvelle planification urbaine et de contrôle de la population ».

Table des matières

Julie Duchatel : Introduction

Partie 1 : Le décor

Fabien Ollier : FIFA et CIO : institutions-pilotes du capitalisme prédateur

Partie 2 : Afrique du Sud : Mondial 2010. Brésil : Mondial 2014 et JO 2016

Patrick Bond : Les Sud-Africains payent l’addition et la FIFA fait des profits

Eddie Cottle et Mauricio Rombaldi : Les leçons du Mondial en Afrique du Sud, le Brésil et l’héritage des syndicats

Partie 3 : Argentine : Mondial 1978. Chine : JO 2008. Inde : CWG 2010

Rodolfo Chisleanschi et Andrés Burgo : Argentine 1978 : Un Mondial lugubre

Xuefei Ren : Pékin 2008. Les Jeux olympiques : les espaces de flux

Équations : New Delhi 2010. Les Jeux du Commonwealth : « Humanité, égalité, destin ? »

Partie 4 : Londres : JO 2012

Ashok Kumar : Les Jeux olympiques de Londres : une destruction créatrice

Stephen Graham : La sécurité des Jeux olympiques 2012 : bienvenue dans un Londres verrouillé

Je ne présente que certains points traités, dans les deux premières parties, par les différents auteurs.

« Considérer que le CIO et ses partenaires multimillionnaires sont des organismes à but non lucratif équivaut à comparer Total, Shell, Areva, Monsanto et quelques autres multinationales prédatrices à des œuvres caritatives. Par ailleurs assimiler Amnesty International au CIO, dont certains présidents – Brundage, réactionnaire notoire, Samaranch, franquiste avéré – n’hésitèrent jamais à collaborer avec les régimes totalitaires fascistes ou staliniens, est une injure aux associations de défense des droits de l’homme ».

Fabien Ollier « FIFA et CIO : institutions-pilotes du capitalisme prédateur » souligne, entre autres, que la FIFA et le CIO sont « au cœur d’affaires de corruption, d’ententes frauduleuses avec leurs partenaires politiques et économiques, de dérives mafieuses ». Pour les uns et les autres, il s’agit de maximiser les profits. L’auteur parle de « foires musculaires où s’affrontent les professionnels – souvent dopés », sans oublier les performances tarifiées, la compétition, le drapeau (ou le maillot) et le nationalisme comme idéologies. Le sport-spectacle est un « écho sordide d’un capitalisme prédateur antidémocratique ». Les États et les villes, « organisateurs »/acheteurs des « produits-phares », se voient dicter des lois : « exonération fiscale et de TVA pour leurs instances, leurs employés et leurs prestataires ; liberté totale d’exportation et de conversion des devises ; accès gratuit aux télécommunications ; suspension des obligations de visa pendant la compétition ; assouplissement ou déni absolu du droit du travail sont autant d’exigences ultra-libérales auxquelles les gouvernements doivent se soumettre s’ils veulent accueillir les événements les plus médiatisés au monde ». Sans oublier les « zones commerciales exclusives » ou « zones d’exclusion de marques ».

L’auteur insiste aussi sur le gigantisme des installations construites, sans rapport avec les besoins présents et futurs des habitant-e-s, les pratiques de corruption, les explosions des budgets prévisionnels, les ségrégations « spatio-temporelles », la fabrication de nouveaux lieux de vie des marchandises, la relégation des couches populaires « dans les non-lieux d’ennui, d’insécurité et d’envie », la standardisation des espaces, (les villes « subissent une opération de lifting architectural et de détartrage social »), le quadrillage militaro-policier, les états de siège, les trafics en tout genre, la prostitution, les dégâts écologiques, (dont le gaspillage des ressources énergétiques, le bétonnage de sites naturels, les déchets), etc.

Et comme la démocratie « complique » (Jérome Valcke, secrétaire de la FIFA) l’organisation de grands événements sportifs…

Institutions du libéralisme sans limites, du monde soumis au spectacle destructeur sans futur, aux temps courts du profit, la FIFA et le CIO participent à la destruction des choix et des droits démocratiques.

J’ai particulièrement été intéressé par l’article de Patrick Bond : « Les Sud-Africains payent l’addition et la FIFA fait des profits » qui traite à la fois des soulèvements des populations « La mémoire s’est peut-être estompée, mais il y a bien eu des émeutes dans les rues justes avant la Coupe du monde ne commence, représentant une menace telle que le régime de Pretoria de Jacob Zuma fut prêt à appliquer la version suisse des intérêts des multinationales d’un ordre relevant du fascisme » et des conséquences financières « Aujourd’hui les budgets municipaux de nos principales villes sont encore saignés à blanc par les millions de dollars annuellement détournés pour subventionner les coûts d’exploitation des stades ». L’auteur souligne entre autres, la construction d’un train à grande vitesse, pour la coupe du monde, « déconnecté des transports empruntés par la classe laborieuse », l’inutile nouvel aéroport à Durban. La dette extérieure sud-africaine passée de 70 milliards de dollars à 135 milliards.

Il insiste sur les révoltes, les manifestations, les grèves sur les « manquement de l’État à assumer ses services alors que le gouvernement détournait les fonds destinés aux besoins de base pour satisfaire la FIFA ».

Zone de non-manifestation pendant la coupe, traitement judiciaire spécial, il s’agit d’une véritable « perte de la souveraineté nationale » en faveur d’un organisme privé.

Quoiqu’il en soit, « des milliers de travailleurs du domaine de la construction des stades se sont battus pour des salaires plus élevés et ont souvent gagné ».

Patrick Bond fait le lien avec la situation actuelle au Brésil.

Eddie Cottle et Mauricio Rombaldi analysent « Les leçons du Mondial en Afrique du Sud, le Brésil et l’héritage des syndicats ». Je souligne l’intérêt de la partie sur « L’apport des syndicats » : le « précédent international » que représente une grève nationale sur les sites de la coupe du monde de 2010.

Les auteurs détaillent les piliers stratégiques de cette campagne de large ampleur « promue systématiquement par les syndicats à l’occasion d’un grand événement sportif » : l’organisation (dont celle de « l’armée de réserve » de travail autour des syndicats), la recherche (« contre-discours basé sur des preuves empiriques » par des secteurs de la recherche, du soutien éducatif et technique), les négociations (dont la soumission d’un document intitulé « Détermination sectorielle 2 : le secteur de l’ingénierie civile »), la campagne et la solidarité internationale (dont le soutien de syndicats européens de la construction).

L’objectif est donc de réitérer, dans des formes adéquates ces expériences au Brésil où il y a déjà eu 25 grèves entre février 2011 et avril 2013.

Il ne faudrait pas non plus oublier les conditions de travail des travailleurs migrants au Qatar pour la Coupe de 2022.

Deux citations extraites de le conclusion :

  • « Les syndicats sud-africains et brésiliens ont montré comment ces grands shows pouvaient représenter une opportunité pour mettre en œuvre des stratégies de long terme permettant la revitalisation de ces organisations et l’élaboration d’une unité entre les travailleurs et les syndicats »

  • « il est encore plus crucial de questionner la valeur « sociale » de ce complexe d’accumulation du capital, de consommation opulente et dépensière et de la vaste et massive extraction de subventions publiques au profit du capital privé que sont ces grands événements sportifs »

Je regrette que les impacts différencié sur la vie des femmes ne soient pas traités comme une dimension à part entière. Sans oublier le sexisme sportif, les bordels en campagne, et plus généralement la prostitution.

A l’heure où des brésilien-ne-s se mobilisent contre les dépenses somptuaires de construction d’enceintes sportives, au détriment de la satisfaction des besoins sociaux, contre les désastres écologiques et pour des augmentions substantielles de salaire, où le nouvel esclavage des travailleurs migrants au Qatar est (faiblement) dénoncé, il faut faire connaître ce livre et développer la solidarité avec celles et ceux pour qui « la coupe est pleine ! »

CETIM : La coupe est pleine !

Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs

PubliCetim N°38 , Genève 2013, 144 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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