Du lointain leur parvenait le son clair d’un xylophone, une mélopée d’arbres abattus

9Certains auteurs écrivent des histoires, d’autres nous offrent des continents d’histoires ouvertes par les croisements des temps, des personnages… « Les ancêtres disent que la vérité est courte mais, sɛbi, si l’histoire est mauvaise, alors même la vérité va s’étaler comme un crapaud écrasé par une voiture sur une de ces routes qu’ils sont en train de construire »

Certains auteurs insèrent leurs récits dans les contingences des lieux et des situations sociales ou politiques, d’autres font des situations des vêtures complexes des mots, des actions, des possibles… « Ces gens ne vous accordaient de jouir de vos droits civiques qu’au gré de leur fantaisie ; l’inspecteur principal n’avait nullement l’intention d’honorer la promesse qu’il lui avait faite dans son bureau ; la liberté ne lui serait réellement rendue que s’il accédait à toutes ses exigences ».

Certains auteurs usent d’une ou de plusieurs langues, d’autres rendent nécessaires les parlers, les aspérités ou les couleurs des mots utilisés, comme autant d’attributs des personnages…

Nii Ayikwei Parkes est bien des seconds. Un écrivain des jours, des choses sous le soleil, de la tranquillité et de l’intranquillité, du respect des anciens, « Mais, après tout, de quel droit aurait-il pu, lui, Kayo, arriver dans ce village et prétendre balayer d’un geste les traditions de ces gens, leurs coutumes, et précipiter dans le chaos tout un monde, au nom d’une science qui, pourtant, n’était pas dénuée d’incertitude ? », de l’ironie joyeuse, des rythmes particuliers des contes, de l’enquête, des mémoires, de l’ancrage dans l’espace, des vérités. « Qu’est ce que je vais vous dire encore ? C’est ça mon histoire. Et comme toutes les histoires, c’est une histoire qui parle d’oublier. Si nous cessons d’oublier, alors il n’y a plus d’erreurs, et il n’y a plus d’histoires ».

Une enquête scientifique, des relations sociales respectueuses dans le village et ironiques avec la puissance policière. Puanteur et odeur, légendes et vin de palme, violence des hommes sur les femmes…

« Je te raconte une histoire seulement. Sur cette terre ici, nous devons bien choisir quelle histoire nous allons raconter, parce que l’histoire là va nous changer. Ça va changer comment nous allons vivre après ».

Des histoires, un rapport, mais quelle vérité ?

Des langues pour plonger dans un quelque part.

Un livre sans crapaud écrasé, même pas par cette voiture « avec assemblée parlementaire intégrée »…

Nii Ayikwei Parkes : Notre quelque part

Traduit de l’anglais (Ghana) par Sika Farambi

Zulma, Paris 2014, 304 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

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