L’implicite religieux efface le caractère professionnel ouvrier des étrangers

1982 et 1984 : grèves ouvrières dans les usines Citroën et Talbot de la région parisienne. Quels rôle ont joué les travailleurs immigrés ?

« Le point de départ préalable à cette recherche renvoie à deux types de questionnements. Le premier va à l’encontre d’une vision de la classe ouvrière comme entité réifiée et interroge les différenciations qui peuvent traverser le monde ouvrier, qui peuvent être liées aux rapports sociaux de genre ou raciaux, ou encore à des enjeux politiques et syndicaux. Autrement dit, il s’agit de saisir en situation comment de telles différenciations travaillent le groupe ouvrier et construisent des représentations, tant du point de vue des acteurs mêmes que d’observateurs extérieurs Le second questionnement est lié aux rapports entre travail et immigration. En effet, alors que la question de l’immigration se trouve aujourd’hui de façon récurrente au cœur de l’actualité politique et des discours publics, sont rarement évoquées la place des immigrés dans le monde du travail et donc leur participation à la vie économique. Mon intention initiale a donc d’abord été de resituer la question de l’immigration par rapport à celle du travail, étant entendu que l’histoire de l’immigration est aussi une histoire du monde ouvrier, particulièrement concernant la période étudiée, et que c’est par sa place dans le monde du travail qu’on peut penser la situation des immigrés en France ».

Sommaire :

Introduction

Chapitre I / Les usines Citroën et Talbot : des systèmes sociaux atypiques dans un secteur industriel en restructuration

I.1 Historique des usines

I.1.a Poissy : de Ford à Talbot-PSA

I.1.b Décentralisation industrielle et fondation de l’usine d’Aulnay-sous-Bois

I.2 Subordination et fidélisation : la construction d’un régime intérieur

I.2.a Le paternalisme : une doctrine, un système

I.2.b OEuvres sociales ou contrôle social ?

I.3 Hiérarchies, contrôle et autocontrôle

I.3.a Une hiérarchie hors travail

I.3.b Une sociabilité ouvrière sous contrôle

I.4 Des pratiques syndicales sur fond de peur et de violences

I.4.a Le quotidien du syndicaliste

I.4.b Les élections professionnelles : un moment particulier de conflictualité

I.5 Crise économique et restructuration de l’automobile à la fin des années 1970

Chapitre II / Places assignées et places conquises des OS immigrés à l’usine

II.1 OS et immigrés dans les années 1970 : des usines aux mouvements sociaux

II.2 Des hommes sans qualité

II.2.a Le recrutement dans le pays d’origine

II.2.b Le recrutement par voie individuelle

II.2.c Le recrutement par interconnaissance

II.3 OS à vie : le cas Talbot

II.4 Trajectoires et distinction sociale d’immigrés syndicalistes

II.5 Ambivalences de positions face à la demande d’Islam en usine

II.6 La lente intégration de la question immigrée dans le syndicalisme

Chapitre III / Se construire comme sujet politique dans les grèves de 1982

III.1 Retour historique sur les luttes de l’automobile après 1968

II.1.a Mai 1968 à Citroën et Simca

III.1.b Les OS dans les luttes de l’automobile après 1968

III.1.c Les grèves de l’automobile et la gauche au pouvoir

III.2 1982 : les grèves de la dignité

III.2.a Des tensions latentes aux conflits ouverts

III.2.b Des modes d’actions et des réactions différentes dans les grèves d’Aulnay-sous-Bois et de Poissy

III.2.c Revendications, mots d’ordre, et parole ouvrière

III.2.d La médiation comme mode de résolution des conflits

III.3 Les ouvriers immigrés, acteurs majeurs des grèves

III.3.a L’émergence des délégués de chaîne

III.3.b Un conflit marocain ?

III.4 Les dimensions de classe et de race au cœur des différentes lectures des conflits

III.4.a Une lutte d’ouvriers ?

III.4.b Des immigrés terrorisés et manipulés ?

III.4.c La référence à l’Islam comme vecteur de racialisation

Chapitre IV / 1982-1984 : De l’émergence d’un contre-pouvoir ouvrier aux grèves contre les licenciements

IV.1 La poursuite des conflits et l’élargissement du répertoire d’actions des salariés

IV.2 Un contre-pouvoir limité par les instances officielles de médiation

IV.3 Les travailleurs immigrés face aux politiques d’immigration

IV.4 Juillet 1983-Septembre 1984 : licenciements, grèves et fractures au sein du groupe ouvrier

IV.4.a Talbot-Poissy : de la violence des licenciements aux affrontements entre salariés

IV.4.b Citroën : échec des grèves contre les licenciements et fin du cycle de luttes dans l’automobile

IV.5 L’aide au retour, ou la réassignation des ouvriers à leur destin d’immigrés

Conclusion

Annexes

« L’ambition de cette recherche est de mettre en lumière les enjeux politiques et sociaux propres aux travailleurs immigrés au début des années 1980, à partir des conflits qui se déroulent pendant plus de deux ans dans les usines Citroën et Talbot de la région parisienne ».

Vincent Gay propose une distinction entre les différentes luttes : « Le premier temps, du printemps 1982 au milieu de l’année 1983 voit une série de conflits qui mettent à mal les régimes de subordination des travailleurs immigrés, et leur permettent d’accéder à un nouveau statut au sein des usines, se construisant ainsi comme sujets politiques. Le second temps, à partir du milieu de 1983, voit l’échec des grèves contre des licenciements massifs qui touchent essentiellement les travailleurs immigrés, mettant fin à ce qu’ils avaient pu conquérir dans la phase précédente ». Il convient en effet de montrer les contextes, les spécificités et les portées sociales et politiques des luttes, et en particulier de ces OS.

Dans le premier chapitre, Vincent Gay présente la situation du secteur automobile en restructuration « permanente » et internationale, l’histoire des usines Citroën et Talbot, les systèmes sociaux atypiques, « leur spécificité, à savoir un système de relations sociales à la fois coercitif et intégrateur, et une utilisation massive d’une main d’œuvre immigrée ». La présentation des régimes disciplinaires et intégrationnistes, des politiques de fidélisation des ouvriers, du rôle des enquêtes et du fichage interne, de la CFT/CSL, soit-disant syndicat libre, de l’utilisation du comité d’entreprise, de la hiérarchie parallèle, etc. souligne les réalités du fonctionnement d’entreprises, loin des contes et légendes des récits des « entrepreneurs », du CNPF hier, du Medef aujourd’hui…

L’auteur insiste sur la coupure territoriale, « Ces entreprises construisent symboliquement et matériellement leur territoire, coupant physiquement les OS du reste du monde, et nourrissant un sentiment d’autonomie, de quasi insularité, vis-à-vis de l’extérieur, extérieur qui mêle l’État, les syndicats contestataires ou le droit du travail ; bref, toutes autorités ou institutions susceptibles de perturber le jeu interne à l’entreprise », la police interne, la surveillance, la coercition physique. Il nous rappellent que ces dimensions ne sont pas seulement circonscrites à l’entreprise, puisque une partie des ouvriers immigrés est logé dans des foyers aux « régimes » similaires.

Contraintes, relations avec les gouvernements, comme celui du Maroc, la sociabilité ouvrière est bien sous contrôle. L’auteur souligne, entre autres, les relations d’« allégeance » aux chefs. Aulnay et Poissy étaient « surnommées les usines de la peur ». Dans cet environnement, le syndicalisme ouvrier a bien du mal à exister.

L’irruption des immigrés dans les luttes ouvrières pose la question de « sortir de la condition strictement immigrée pour investir d’autres champs, se frotter autrement que par une position dominée dans le travail aux réalités de la société française ».

D’autres luttes, comme les grèves de la faim dans les foyers Sonacotra, ont déjà montré « la place des immigrés en France ». Pas simplement une place « sociale » mais bien une place politique, « Cette période voit donc l’émergence de la figure du travailleur immigré, pas seulement comme catégorie sociologique, mais comme acteur politique dans la société française », et un thème toujours d’actualité, l’égalité.

Dans le second chapitre, Vincent Gay s’interroge sur la « fonction des OS ». Il montre que la « déqualification est le fruit de phénomènes qui dépassent le fait d’occuper les postes les plus pénibles ». Il décrypte, entre autres, la chosification des étrangers, les modalités de recrutement, d’embauche, l’apparence que le patronat attend d’eux, la non reconnaissance de leurs qualités individuelles, « C’est bien l’absence de qualité qui fait la qualité des travailleurs immigrés », l’absence de formation sur les lieux de travail ou d’avenir professionnel, la « considération utilitaire pour les corps »…

La domination ne peut cependant être considérée comme une « cage de fer », des contradictions existent toujours dans le travail. « Maintenus dans une position extrêmement dominée, ceux qui décident de briser le cercle de l’exploitation et de la répression peuvent reprendre en partie le contrôle sur leur destinée, regagner ainsi la dignité qui leur avait été refusée ».

Le groupe des travailleurs immigrés se caractérise aussi par une « importante proportion de musulmans ». Il est donc compressible que les questions liées à la pratique religieuse, non seulement se posent, mais concourent à la reconnaissance, à la dignité du groupe. L’auteur rappelle que « C’est donc en collaboration avec les gouvernements des pays d’origine que le gouvernement français favorise l’implantation de lieux de prières, notamment sur les lieux de travail et dans les foyers, « c’est-à-dire en dehors des lieux traditionnels d’exercice de cultes religieux », en finançant les salaires d’imams, l’achat de livres religieux et l’affectation de locaux via l’Office national pour la promotion culturelle des immigrés créé en 1976 ». Une façon de préserver la « paix sociale », un maintien du contrôle hiérarchique. Cette « demande d’Islam » est aussi une expression d’autonomie de la part des ouvriers. L’auteur présente les positions des différentes organisations syndicales sur cette nouvelle « visibilité » de l’Islam, leurs lentes intégrations de la « question immigrée ».

Il convient de remarquer que la prégnance, bien visible dans la société française, du christianisme n’est pas évoquée. Je souligne que les faits « sociaux minoritaires » n’existent qu’en rapport à d’autres faits sociaux, invisibilisés parce que majoritaires.

« La pratique de l’Islam existe et est visible avant les grèves, avant l’installation des lieux de prière, et les musulmans doivent trouver individuellement des arrangements avec le temps et l’espace tayloriens. La reconnaissance et la prise en charge des demandes de lieux de prière par les syndicats à un double effet, l’un positif, l’autre plus ambivalent aux yeux des syndicalistes non musulmans. En accédant à un lieu de prières, les musulmans accèdent à une pratique collective de leur religion, contrairement aux arrangements individuels antérieurs, ce que ne mesurent pas nécessairement dans un premier temps certains syndicalistes. Les hésitations des syndicalistes illustrent les frontières des revendications que ces derniers peuvent considérer comme légitimes, ou autrement dit qui sont définies comme revendications syndicales et celles qui ne le sont pas ». Cette « pratique » relève aussi des droits des communautés, réelles ou imaginaires, qui ne sauraient se réduire au cumul de droits individuels.

Sans oublier que ces pratiques, dans l’entreprise, bousculent « le temps et l’espace taylorien ».

Le troisième chapitre « Se construire comme sujet politique dans les grèves de 1982 » commence par un rappel du contexte, l’élection de François Mitterrand. L’auteur resitue aussi ces grèves dans l’histoire des luttes dans l’automobile après la grève de mai 1968.

Conditions de travail, compositions du salaire, emploi, organisation du travail, classifications et qualifications, c’est toute l’organisation taylorienne du travail qui est remise en cause.

Diminution du nombre de salariés, baisse du turn-over, augmentation de la production… Les arrêts massifs de travail touchent l’ensemble de l’usine d’Aulnay-sous-Bois, puis les usines Citroën de Levallois, Asnières, Saint-Ouen…

Vincent Gay analyse les modalités concrètes des grèves, les blocages par la direction, les occupations des parkings, « lieu moins propice aux discussions collectives qu’un intérieur clos », la prise en charge des tâches (ravitaillement, préparation de la nourriture, etc.), « Durant ces quelques semaines, l’usine perd sa seule dimension productive pour devenir un espace politique et de vie, où s’élaborent de nouvelles pratiques sociales, où de nouveaux apprentissages, de nouvelles découvertes sont rendus possibles », les choix gouvernementaux, les revendications, les mots d’ordre, les paroles ouvrières, le thème de la dignité, « la dignité relève plus de ce qui se vit à chaque instant dans les ateliers que quelque chose qui peut s’inscrire dans un accord entre salariés et employeurs. Revendiquer sa dignité relève de dimensions individuelle et collective, de façon plus large que les droits syndicaux. Il s’agit alors de revendiquer d’être autre chose qu’un rouage industriel, d’être comme humanisé, accepté comme un sujet ayant des droits dans l’espace social de l’usine ». Être traité comme les autres travailleurs, avoir la liberté de se syndiquer. L’auteur analyse la place des délégués de chaîne.

« Les événements du printemps 1982 et l’élection de délégués de chaîne illustrent donc la fonction intégratrice du conflit social, en particulier dans le monde du travail. Participer à de tels conflits, faire ses premiers pas dans le syndicalisme, c’est quitter sa position de travailleur provisoire, c’est s’inscrire dans un temps qui n’est pas celui de l’immédiat ou de la perspective de retour prochain, mais bien prendre part à ce qui agite la société française ».

Vincent Gay discute aussi des dimensions de classe et de race, de la façon dont sont désignés les travailleurs en lutte, « « Ouvrier » et « immigré » apparaissent comme deux catégories en tension ». Il s’agit donc bien « d’une lutte qui pose le problème des OS et leur devenir, dont la majorité est immigrée »

L’auteur revient sur la référence à l’Islam. « Les années 1982-1984 voient de nouvelles représentations émerger, qui donnent à l’Islam dans le déroulement des grèves sinon le primat du moins une importance considérable ». La question de la dignité concerne tant la sphère dite privée que celle du travail. Le fait religieux en constitue une dimension, au moins pour certains des travailleurs, « Or la religion, quand elle devient objet de revendication, dépasse la sphère privée, position qu’on lui attribue le plus souvent en France. La revendication d’ouverture de lieux de prières peut alors s’expliquer comme l’articulation de deux sphères, permettant de réconcilier deux dimensions de l’être immigré ; la dignité, dont la dimension religieuse est une composante, ne pouvant se scinder et distinguer ces deux dimensions, s’établit ainsi un continuum entre espace privé et espace public ».

Ce qui n’empêchent pas certains d’avoir une lecture réductrice de l’Islam, de construire une « image d’un Islam dangereux ou extérieur, étranger aux réalités françaises », d’altériser des salariés, au nom de cette lecture réductrice et essentialisante de la religion et des liens entre croyances, pratiques sociales, bref de « dénier à ces grèves leur nature de conflits du travail », de dénier à des résidents leur caractère plein et entier de travailleur et de citoyen. « Travailleurs, les immigrés le sont quand ils travaillent. Quand ils usent de modes d’actions revendicatives, pourtant propres au monde du travail, tels que grèves et occupations d’usines, on leur dénie symboliquement cette qualité et les catégories qui servent à les qualifier se déplacent ».

Ces grèves massives ont bouleversé les systèmes sociaux en vigueur dans les usines Talbot et Citroën. Elles ont accentué la visibilité et la place des travailleurs immigrés « Leur position sur leurs lieux de travail peut alors changer car à travers ces conflits, ils accèdent à un statut de sujets politiques, dont la reconnaissance est inévitable pour les directions et l’encadrement des entreprises », leur syndicalisation sera massive…

Aux grèves marquant l’émergence dans les usines concernées d’un « contre-pouvoir ouvrier » face à la version patronale de la « liberté du travail », répond des mobilisations de personnel de maîtrise, de FO et de la CSL.

Baisse de la production, lock-out à Levallois, licenciements refusés par l’Inspection du travail, invention de politiques syndicales de manipulation, de sabotage ou du terrorisme syndical, discours racistes. Comme l’écrit Vincent Gay, « on retrouve ici la figure de l’immigré musulman comme bourreau et victime, sur qui doivent peser les mesures pour mettre fin aux conflits ». Le ministère du travail, socialiste, reprend les thématiques patronales et se prononce « contre les lieux de culte musulman dans les entreprises ». Il faut mettre en relation ces discours avec le tournant de la rigueur… « L’année 1983 marque donc un changement d’attitude du gouvernement, et notamment du ministre du Travail, sur l’appréciation des conflits dans l’automobile. Si le printemps 1982 s’inscrivait dans la conquête de droits nouveaux pour les salariés et l’adoption des lois Auroux, 1983 est celle du tournant de la rigueur et du blocage des salaires. La lecture des grèves s’en trouve modifiée, et c’est désormais surtout à partir de phénomènes extérieurs aux rapports sociaux et aux histoires des entreprises que sont interprétés les mouvements sociaux ».

La mise en avant de « l’immigré » de « l’arabe » souligne le déplacement des discours, comme si ce n’étaient plus les ressorts habituels de l’action salariée qui motivaient les OS mais leur « être » différent, autre par nature.

L’auteur souligne les démarches syndicales qui cherchent « à prendre à bras le corps la situation des OS immigrés dans une période où ils sont menacés par la restructuration de l’industrie automobile ».

Contre le chômage technique, se pose la décision de « faire tourner l’usine sans patron » : « Il s’agit donc de prouver ses capacités à produire, pas tellement pour démontrer la possibilité de travailler sans l’aval du patron, même si cela peut participer de la fierté qui se manifeste alors, mais bien pour prouver que l’entreprise peut s’en sortir en produisant, que les travailleurs sont attachés à cet objectif, et qu’ils ont toutes les capacités pour y répondre ». Mais ce contre-pouvoir potentiel sera limité par les instances officielles de médiation.

Vincent Gay analyse les politiques d’immigration, la transformation du « travailleur immigré » en « immigré », le déplacement du regard « sur l’immigration, les jeunes et leurs supposés problèmes d’intégration », exit les questions de travail.

Il ne faut cependant pas oublier que « La marche contre le racisme et pour l’égalité » permettra finalement d’obtenir le « titre de séjour unique de dix ans », promise par le candidat devenu président.

Il convient aussi d’insister, comme le fait l’auteur, sur la construction des nouveaux discours « L’implicite religieux pour définir le moteur de l’activisme immigré efface le caractère professionnel, ouvrier, des étrangers pour les renvoyer à une dimension cultuelle, en dépit d’erreurs factuelles manifestes », sur les changements rapides de perception des luttes des OS immigrés « la première période, au printemps 1982 se caractérise par un soutien aux revendications des travailleurs (« ils nous ont applaudi »), à des grèves perçues comme des conflits du travail permettant de régler les situations particulières de Talbot et de Citroën. La seconde, 1983-1984, est celle où les revendications sont délégitimées (« ils sont en train de nous gifler »), où la crise industrielle dans l’automobile se traduit par des milliers de licenciements et où la défiance entre les travailleurs et le gouvernement apparaît ».

Discours s’articulant autour d’une vision réductrice, orientaliste et a-historique d’un Islam fantasmé. « l’Islam apparaît comme une donnée importante des nouvelles représentations de l’immigration ». Un Islam qui deviendra le cœur des nouvelles représentations de celles et ceux (ou supposé-es) musulman-e-s. Il s’agit bien d’une fabrication d’un problème musulman par l’administration, des journalistes et des intellectuel-le-s…

Licenciements, grèves, occupation, acceptation syndicale de licenciements déguisés en stages, reclassements, départs volontaires, fractures au sein du groupe ouvrier, démoralisation. Je souligne la qualité de la partie sur « L’aide au retour, ou la réassignation des ouvriers à leur destin d’immigrés ».

En conclusion, Vincent Gay, souligne, entre autres, l’hétérogénéité du groupe ouvrier, les différences entre rapports sociaux et simples relations sociales, les conditions des mobilisations d’un groupe minorisé, le socle de la dignité retrouvée, la lutte contre la déqualification, les points de rencontre entre aspirations individuelles et collectives, la bifurcation que représentent ces luttes pour la société française, les modes d’assignation identitaire, la montée du racisme, les fractures au sein du groupe des salariés, l’absence de solutions crédibles alternatives aux restructurations, la construction du clivage national/étranger, les visibilités sociales permises par les conflits…

Et si il y a bien eu « bifurcation », cela signifie que « d’autres possibles sont décelables dans ces événements ».

« Là où les luttes pour les libertés, les évolutions de carrière ou contre les cadences infernales pouvaient être le ferment d’une unité entre travailleurs français et immigrés, malgré toutes les divisions pouvant exister, les grèves actuelles cantonnent les immigrés dans leur particularisme de sans-papiers ». Un trait commun ressort cependant de bien des mouvements : « on constate ici que c’est à travers le travail que cette légitimité peut être affirmée et reconnue, comme l’exprime le slogan « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici », ou au contraire déniée quand les travailleurs immigrés deviennent les surnuméraires de l’industrie française ».

Une étude qui mériterait d’être publiée en un livre accessible à toutes et tous.

En compléments possibles :

Sur les restructurations dans l’automobile : Stephen Bouquin : La valse des écrous. Travail, capital et action collective dans l’industrie automobile (1970-2004)Editions Syllepse 2006, Transformations du travail, accumulation du capital et action collective

Sur la fabrication de la « question musulmane » : Abdellali Hajjat – Marwan Mohammed : islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », La Découverte 2013, Rejeter une supposée « essence » religieuse des faits observés et s’interroger sur le sens du recours à la référence musulmane par les acteurs sociaux

Vincent Gay : De la dignité à l’invisibilité. Les OS immigrés dans les grèves de Citroën et Talbot – 1982-1984

http://www.masterscontributions.fr/content/de-la-dignite-a-l-invisibilite-les-os-immigres-dans-les-greves-de-citroen-et-talbot1982-1984

Master 2 de sociologie – École des Hautes Études en Sciences Sociales, septembre 2011

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « L’implicite religieux efface le caractère professionnel ouvrier des étrangers »

  1. Passionnant, mais incomplet : c’est à cette époque que le PS les désigne à la vindicte publique comme « chiites » (musulman=fanatique=Iran, qui a fait sa révolution peu avant), en dépit du bon sens le plus élémentaire, le chiisme étant une variante de l’Islam pratiquement inexistante en Afrique.
    Mauroy articule son discours : ils sont « pas français ».
    Face à ça que pèse le soutien à l’antiracisme moralisant style « Touche pas à mon pote » ?

    En janvier 1983, à l’occasion de grèves chez Renault, la perspective change. Pierre Mauroy stigmatise « des travailleurs immigrés […] agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises » (19). Au même moment, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, parle « d’intégristes,
    de chiites ».
    source : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/ChetcutiHatzfeld.pdf

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