Les accords de libre-échange constitutionnalisent, en quelque sorte, le capitalisme

9« Qualité et diversité de l’offre, bas coûts et création d’emplois. Voilà donc le miracle permanent du libre-échange selon ses théoriciens »

Concurrence libre et non faussée, liberté de circulation des marchandises, protection des investisseurs, dérèglementations…

Pourtant comme le signale Claude Vaillancourt, « l’expérience de près de vingt ans d’accords de libre-échange est en effet peu concluante ». D’autant que ce modèle a amplifié la propagation des crises financières, a contribué à la dégradation de l’environnement (« les politiques environnementales sont vues comme contraignantes, couteuses, discriminatoires, nocives pour le bon roulement de l’économie ») et il en sera demain de même pour les Codes du travail, entraves à la liberté d’entreprendre, discriminatoires, faussant la concurrence, etc.!

Les accords de libre-échange sont « une solide assurance contre les risques entrainés par les décisions démocratiques » ou dit autrement « une charte des droits et libertés pour les entreprises ».

Baisse des prix rime le plus souvent avec exploitation renforcée de salarié-e-s (« Le libre-échange met tous les travailleurs et les travailleuses du monde en concurrence les unEs avec les autres »), dégradation de la qualité, augmentation des coûts écologiques, dépossession…

L’auteur décrypte les différents accords, le secret qui entoure les phases de négociation, l’absence de transparence, les rapports de force, la place des tribunaux arbitraux, cette justice privée qui s’impose aux Etats et qui est donc considérée comme « supérieure » aux choix démocratiques…

Il en souligne les grands axes : la non-discrimination, l’élimination des frontières « la liberté suprême accordée aux capitaux des investisseurs », les « externalités » non prises en compte, la protection des investissements étrangers, la place et l’usage des paradis fiscaux, etc. « Le libre-échange occupe une place importante dans cette entreprise de dépossession ».

 

Dans une seconde partie, Claude Vaillancourt détaille « Les grandes phases du libre-échange » sans oublier les mobilisations contre les traités.

J’ai notamment été intéressé par les pages sur la Charte de la Havane, à laquelle ce sont opposés les USA. L’auteur insiste sur sa lisibilité, la juxtaposition du commerce et de l’emploi, la mise en avant de la collaboration plutôt que de la concurrence, le principe de balance des paiements, la collaboration avec l’Organisation internationale du travail (OIT), le règlement des litiges d’Etat à Etat, etc.

L’auteur examine l’ALENA, l’OMC, les accords bilatéraux, l’AECG entre le Canada et l’Union européenne, le Partenariat transpacifique.

 

En conclusion, Claude Vaillancourt rappelle, entre autres, que les accords conclus n’empêchent pas les guerres commerciales, que le libre-échange est l’un des « principaux fers de lance de l’idéologie néolibérale », que s’opposer au libre-échange ne remet pas en question « la nécessité des échanges commerciaux entre les pays »…

L’auteur souligne aussi que « les droits de la personne et la protection de l’environnement doivent être les véritables priorités », qu’il faut supprimer l’injonction première de la « protection des investissements étrangers », que les services public doivent être exclus des accords, que la priorité doit être accordée à « la souveraineté alimentaire ». Il parle aussi de « discrimination positive », de taxe sur les transactions financières, d’audit et d’annulation de la dette.

 

Au libre-échange, à la liberté d’investissement et de circulation des marchandises, les courants d’émancipation radicale doivent construire des réponses politiques crédibles autour de la coopération et de la solidarité, des biens communs, du respect des choix démocratiques des populations, du droit de circulation et d’installation des êtres humains. Ce qui nécessitera la dénonciation des traités, comme des dettes odieuses, la dissolution de l’OMC et des incursions importantes dans le droit de la propriété lucrative.

Ce petit livre, clair et pédagogique, participe des débats nécessaires contre les « évidences » de la pensée néolibérale et les politiques privatives des droits démocratiques. Nous devrions plus souvent, ici en France, prendre exemple sur la forme très lisible des travaux de nos ami-e-s québécois, sans oublier la féminisation des termes qu’elles et ils n’omettent pas.

A noter, l’illustration de Laszlo Moholy Nagy en couverture.

 

Du même auteur :

Coordination avec Bernard Élie Sortir de l’économie du désastre : austérité, inégalités résistances, M éditeur 2012, L’État comme organe de propagation de réflexes marchands dans l’ensemble des sphères de la vie sociale

Hollywood et la politique, Editions écosociété 2012, Fabrique de rêves et de consensus, la politique dans les images

 

Claude Vaillancourt : L’empire du libre échange

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2014, 157 pages

Didier Epsztajn

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