Maladies chroniques et environnement toxique

3André Cicolella souligne la dimension environnementale des maladies, le coût sanitaire élevé de notre mode de production, de consommation, de notre façon de nous nourrir ou de nous déplacer. « La crise sanitaire mondiale analysée dans ce livre doit donc être comprise comme la quatrième crise écologique au même titre que le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles »

L’auteur met l’accent sur les maladies non transmissibles et leurs conséquences (années de vie en bonne santé perdues, hausse des décès, coûts « économiques », etc.). Il analyse les épidémies de maladies chroniques, les affectations de longue durée (ALD), au niveau mondial. Ces maladies induisent une forte croissance des dépenses de santé. L’auteur invite à se pencher et à agir sur les causes de ces maladies qui ne peuvent être attribuées au seul vieillissement de la population.

Le livre est divisé en quatre parties : « La crise sanitaire », « La pandémie de maladies environnementales », « Vers un nouveau paradigme » et « Vers une révolution de la santé »

J’ai notamment apprécié le chapitre sur l’espérance de vie, « photographie de la durée moyenne de la vie à un moment donné ». André Cicolella souligne, entre autres, les impacts vraisemblables de l’obésité et de la précarité, la diminution probable de l’espérance de vie en bonne santé. Il nous rappelle que cette espérance de vie est marquée socialement.

Après avoir rappelé les composantes sociales et environnementales de certaines maladies infectieuses, comme la tuberculose ou le choléra, l’auteur analyse en détail les maladies cardio-vasculaires, l’obésité, le diabète, les cancers dont les cancers hormono-dépendants, le rôle de l’alimentation carnée et pauvre en fibre, les impacts du tabac, de l’alcool, de la nourriture fast-food, des sodas, etc. Il souligne les liens entre santé et environnement pris au sens le plus large.

André Cicolella traite particulièrement des conséquences des expositions pendant la vie fœtale et périnatale.

L’auteur n’oublie pas les maladies mentales, les troubles neuro-développementaux. Il dénonce les politiques d’enfermement et de stigmatisation.

André Cicolella souligne aussi, la baisse des défenses immunitaires, la diminution de la fertilité ou de l’age de la puberté…

Contre les silences, l’auteur parle de « fabrication sociale de l’ignorance », souligne un facteur occulté, la pollution, discute de « risque avéré ou risque probable ». Il considère que les classifications utilisées sont basées sur des concepts dépassés.

J’ai particulièrement été intéressé par les chapitres sur les perturbateurs endocriniens, les nanomatériaux, les champs électromagnétiques, les OGM ; par son rappel sur « la plasticité » du développement humain, contre les réductions au tout génétique. L’auteur développe sur l’épigénétique, le système endocrinien.

Les pages sur le Bisphénol A sont très éclairantes de la toxicité de notre environnement socio-économique. L’auteur montre comment se construit la négation du caractère cancérigène de certains produits.

André Cicolella n’en reste pas aux analyses, il propose des axes pour « une révolution de la santé ». Il revient sur la nourriture ultra-transformée, l’agriculture productiviste, les excès de sel, sucre et graisses, la diminution des micronutriments et des fibres, l’usage des additifs, des pesticides et reprend des pistes pour réglementer et produire autrement et parle de l’agro-écologie. Nous avons le droit à une alimentation saine.

L’auteur revient aussi sur le scandale de l’amiante, les développement tous azimuts de la chimie. Il insiste aussi sur les inégalités qui « nuisent gravement à la santé »…

Un exposé clair, des analyses percutantes, mêmes si certaines articulations sont discutables, des propositions pour une vision plus globale, une définition écosystémique de la santé. Sans oublier la notion de crime environnemental…

André Cicolella : Toxique planète.

Le scandale invisible des maladies chroniques

 

Anthropocène- Seuil, Paris 2013, 317 pages, 19 euros

Didier Epsztajn

 

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