L’occupation et l’autogestion démontrent que l’on peut se passer des patrons ! 

1Trop rares sont les récits de militant-e-s ouvriers. Pudeur face à l’exigence de parler de soi, habitude du nous et des expressions collectives ?…

Comme l’indique Pierre Tilly en préface : « L’individu ne peut exister sans le collectif mais celui-ci reste abstrait si l’on « oublie » la place et le rôle de l’individu ». Le préfacier souligne aussi les éléments généraux de cette période : « Dès le milieu des années 1970, la réponse du mouvement ouvrier prit la forme autour notamment de luttes ouvrières, de comité de grève avec occupations d’usines comme à Glaverbel, des tentatives de contrôle ouvrier et d’expériences d’autogestion. Autant de pratiques syndicales qui ont laissé des traces et des marques réelles dans les mémoires et qui peuvent aujourd’hui encore donner à réfléchir dans la période de crise que nous vivons ».

André Henry, ouvrier, militant syndical et politique analyse les actions, les organisations, les grèves des « verriers du pays noir ». Je ne souligne que certains éléments autour de l’organisation des travailleurs en lutte.

1960-1961, l’auteur met l’accent, entre autres, sur la place des piquets de grève, leurs rassemblements à la Maison du peuple, les assemblées de verriers, la protection auto-organisée de l’outil de travail, la solidarité des mineurs, l’auto-défense, les actions radicales…

1965 et le lancement de La Nouvelle Défense, journal pour un syndicalisme de combat. André Henry parle aussi de l’élection et de la révocabilité des délégués, des occupations d’entreprise, de la démocratie syndicale, des assemblées générales…

1966-1971 et les revendications de pré-pension, les assemblées syndicales pour débattre de l’intégration à la Centrale générale (FGTB), les assemblées interprofessionnelles, la participation active des travailleurs, le contrôle ouvrier sur les heures supplémentaires, les votes de confiance…

1972, fonctionnement de la délégation syndicale et « comités au-delà de l’entreprise pour coordonner les luttes », démocratie interne et syndicalisme de combat, le comité de défense de l’emploi, « politique de concertation ou action directe ? »

1973, occupation avec comité de grève, « …l’auto-organisation de la lutte à travers un comité de grève. C’est primordial. Une grève pose plus de questions que le travail routinier de la délégation en temps normal ». Et l’occupation comme « acte politique que les grévistes posent face au patronat », fonctionnement de l’entreprise sous la direction du comité de grève…

1974 et la grève nationale dans le secteur verrier, comité de grève et comité régional, assemblées générales quotidiennes, « double pouvoir réel »…

« Les travailleurs prennent en main la gestion de la grève, occupent et démontrent qu’ils peuvent se passer du patronat ! L’élection de comités de grève par l’assemblée générale des salariés dans les entreprises en lutte, leur coordination au niveau régional dans un comité de grève, composé de délégués élus dans les comités d’usine sont déjà une préfiguration du socialisme que nous voulons, d’un socialisme autogestionnaire, basés sur les conseils ouvriers, contrôlé par les travailleurs ».

1975, élection d’un comité de vigilance, BSN, « pas de licenciement, pas de démantèlement », « réduction de la durée de travail vers 36 heures, sans perte de salaire et avec réduction radicale des cadences », « nationalisation sans condition de tout le trust Glaverbel, sous contrôle des travailleurs », contrôle ouvrier et vérification de la comptabilité, des investissements, des cadences, de l’embauche… André Henry parle aussi de solidarité régionale, de solidarité nationale à travers des comités de soutien et de solidarité internationale sur le terrain de la multinationale, de la vente de produit semi-fini organisée par les travailleurs, « On occupe, on produit, on vend ! »…

1975-1979 et la guerre d’usure, le Congrès des travailleurs du verre, le Front de soutien aux combats des travailleurs ; 1979-1984, la bataille pour l’entreprise publique d’isolation-rénovation, propositions concrètes, stage de formation-reconversion ; 1984-2013, les fruits de notre combat…

Plus qu’un livre de témoignage, une invitation à l’engagement, à l’action collective, à l’auto-organisation. L’émancipation et l’autogestion comme horizon.

« Notre arme essentielle reste l’action directe des travailleurs eux-mêmes et l’organisation démocratique de notre lutte »

André Henry : L’épopée des verriers du pays noir

Luc Pire Éditions / Formation Léon Lesoil, Liège / Bruxelles 2014, 206 pages

Didier Epsztajn

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