Une fidélité qui surmonte l’oubli et colore le présent d’un rêve de justice

2« Aller de la poétique à la politique, retourner aux mots les plus simples et aux gestes ordinaires d’une société humaine, suggère aux chercheurs d’apprivoiser la langue des poètes, pour parler des événements du monde et révéler leur trace dans les imaginaires démocratiques »

La langue des poètes et des poétesses, les couleurs arc-en-ciel des mots plutôt que le jargon pseudo savant, sans que cela interdise la précision du sens, le sens de la politique…

« Il fallait revenir à Istanbul, retourner à Taksim, revoir le jardin sauvé de la destruction, arpenter la ville comme si souvent dans le passé sans savoir où on allait, avec la certitude que c’était chaque fois un voyage ».

Un temps de dignité

« Le Gezi Parki est un lieu de liberté au quotidien et un concentré d’imaginaire, politique par sa position de spectateur en surplomb de la place, historique par son rappel de la ville ottomane faite de jardins et de maisons aujourd’hui disparus, social par sa vocation à la sociabilité et à la mémoire ».

Occupation, liberté revendiquée, invention de l’avenir, expérience de l’autonomie. « L’occupation de Gezi Parki débute, et avec elle le commencement d’un mouvement aux configurations indistinctes, mais doté d’une dynamique que personne ou presque n’a imaginée, traversé d’une conviction sans faille, celle d’une liberté revendiquée dans l’invention de l’avenir. »

Vincent Duclert propose une analyse des événements. Il insiste particulièrement sur l’autonomie des participant-e-s et relie ces mobilisations à l’histoire de la Turquie. « Dans les plis de Gezi se réparent les mémoires, s’élèvent les identités multiples qui font vivre les peuples. Ils peuvent regarder leur passé sans honte ni peur, dans la vérité qui tisse les paix futures. Ni le génocide des Arméniens, ni l’écrasement des Kurdes, ni la persécution des Alévis ne sont tabous au Gezi. Les cœurs et les mémoires s’entrouvrent. La peur au quotidien a disparu ».

Dans la seconde partie du livre, l’auteur donne des « Tableaux d’une liberté vécue », petits paragraphes descriptifs ou analytiques, images du temps d’une « commune libre », place des citoyen-ne-s, photos intimes ou murs au soleil, solidarité construite, vivre ensemble, promesse de l’aube et temps des possibles… La beauté d’Istanbul…

Vincent Duclert revient dans la dernière partie, sur « Une résistance au long court », sur la place des intellectuel-le-s dissident-e-s, sur les solidarités. Je regrette, mais ce n’était pas l’objet du livre, le silence sur les luttes ouvrières, féministes, kurdes…

Ces textes sont complétés de photos « Occupy Gezi. Images d’un site », http://occupygezipics.tumblr.com/

Un petit livre chaleureux et un regard plein d’espoir sur ce moment de résistance à Istanbul.

En complément possible :

Vincent Duclert : Occupy Gezi

Un récit de résistance à Istambul

Demopolis, Paris 2014, 120 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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