L’opérateur égalité permet de concevoir et d’inventer les nouveaux rapports entre sexes

fraisse-exces-du-genre« Car l’excès est inhérent à la pensée de la sexuation du monde et à la pratique de l’égalité des sexes. Le féminisme est par lui-même excessif, pour deux raisons simples : il parle de sexualités, il combat les inégalités. Il fait donc face à deux tabous ; rien ne sert de le nier »

Je choisis de commencer par une citation de l’épilogue « Féminisme excessif ». Le titre de cette note est aussi inspiré de deux autres phrases de cette partie. Il en sera de même de la dernière phrase citée.

Je ne vais pas faire ici une présentation détaillée du livre, ni indiquer mes interrogations ou doutes sur certains points…

Très subjectivement, je propose une invitation à lire, à réfléchir, à débattre, par la mise en avant de certains points traités par l’auteure.

« le genre permet de croiser le neutre et la dualité ; le un et le deux, l’être sexué en général et les deux sexes en particulier ». Genre, proposition philosophique, moyen de mise en œuvre de cette proposition, concept, masque possible des hommes et des femmes « dans un universel qui sait mentir »…

Le neutre « soit une abstraction stimulante, soit le masque du mensonge »… Les concepts peuvent faire disparaître les « femmes », les inégalités. « Pris par le neutre, le genre peut perdre tout aiguisage de ce qui fait la ou les différences, il peut effacer la réalité ».

Il faut donc penser, prendre en compte la « sexuation des problèmes », absorber et réutiliser les connaissances ou le savoir produit par les luttes de femmes. Et « le savoir donne le vertige » comme l’écrit très justement l’auteure.

Geneviève Fraisse parle de genre, de sexe(s), de résistance du réel, de ce qui fait histoire, de l’histoire sexuée, du « prisme du genre », de sexuation (« donnée non immobile » et « Il faut produire une analyse de l’historicité de cette sexuation du monde »). Contre les mises à l’écart, les traitements en anecdotique ou secondaire, « Résister à la tentation de traiter cette chose à part, et voir ce qui se passe dans la réflexion quand on comprend que cette sexuation du monde est un axe de lecture, au centre, et non à la périphérie de l’histoire humaine, comme du savoir de cette histoire »

Genre, sexe, l’un ne révoque pas l’autre, l’un et l’autre sont des abstractions. L’auteure parle de définitions multiples et de tensions internes entre ces définitions. Elle refuse la dichotomie nature/culture, la distinction entre un donné et un fabriqué.

Genre, un concept scientifique et une articulation à « une proposition politique des rapports de pouvoir et de domination ». Geneviève Fraisse parle de champ et de hors champ, de présence, de sexe qui déborde et « provoque le désordre »… Faut-il le souligner une fois encore, les élaborations des féministes représentent « de la production de connaissance et non de l’expression d’opinions »

L’auteure souligne le déficit d’analyse de l’émancipation, de construction de cet horizon de pensée fondamental. Pour indispensables qu’elles soient, les analyses et les déconstructions des dominations sont insuffisantes.

Geneviève Fraisse aborde aussi les images, les stéréotypes, les liens entre dénonciation et production, l’importance des lois et le fait « qu’une loi n’est pas la réalité », le féminisme comme subversion, l’image et le sujet, « L’image semble posée dans le ciel des représentations comme un « en soi », et cette image est toujours habillée de son carcan, le stéréotype »…

Un, deux, multiple(s), de nombreuses interrogations stimulantes.

Et encore une fois, l’égalité, le statut d’objet, Poulain de la Barre, l’image et le modèle, la nudité, le geste plutôt que la figure, La Barbe et les Femen, la domination masculine, l’écriture du corps, les signes et la vérité, l’objet sujet, « Devenir sujet, en effet, n’annule pas la position d’objet », l’émancipation, la subversion…

« Avec le féminisme, il y a souvent du contretemps historique. Et dire la vérité est facilement perçu comme un excès ».

Parmi les autres ouvrages de l’auteure :

Du consentement, Seuil 2007, Car dire « oui », c’est aussi pouvoir dire « non »

La fabrique du féminisme. Textes et entretiens, Le passager clandestin 2012, La surdité commune à l’égard du féminisme est comme une « ritournelle »

Service ou servitude. Essai sur les femmes toutes mains, réédition Le bord de l’eau 2009, Rendre au mot service toute son opacité

ainsi que différents textes :

Le « sans conclure » de l’auteure au Le féminisme à l’épreuve des mutations géopolitiques (Sous la direction de Françoise Picq et Martine Storti, Editions iXe, 2012) L’identité, définie une fois pour toutes, n’est qu’une fiction

Voir et savoir la contradiction des égalités, Voir et savoir la contradiction des égalités

Et la présentation de : Fanny Raoul : Opinion d’une femme sur les femmes, Le passager clandestin 2011, Comme une parole donnée à l’espace commun

Geneviève Fraisse : Les excès du genre

Concept, image, nudité

Editions Lignes 2014, 85 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

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