Ne pleure pas, mobilise !

2luttes_syndicales_cetriLes luttes sociales et la conflictualité dans les pays du Sud sont rarement évoquées du point de vue des syndicalistes qui, dans des contextes souvent hostiles et répressifs, tentent de faire valoir des droits élémentaires et d’arracher des conquêtes sociales. De la lutte noyée dans le sang des mineurs sud-africains aux manifestations des ouvriers du textile dans le sous-continent indien, ce numéro livre un panorama global. La mondialisation a considérablement modifié la configuration et la marge de manœuvre des mouvements syndicaux, au Sud comme au Nord. Le chômage de masse, la précarisation généralisée de l’emploi et la montée du travail informel, le retour en force du capital, plus mobile et plus fluide, les politiques répressives ou néolibérales antisyndicales, le morcellement et l’éclatement des statuts des travailleurs combinent leurs effets et obligent les syndicats à s’adapter. Au processus mondial de réorganisation et d’unification – notamment avec la création de la Confédération syndicale internationale (CSI) qui représente quelque 175 millions de travailleurs et travailleuses dans 160 États et territoires – correspondent des situations contrastées dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Loin d’y avoir disparu, la conflictualité syndicale a plutôt muté, s’est déplacée, en fonction entre autres de sa fragmentation ou de sa force, de la répression dont elle est l’objet ou de son institutionnalisation, de ses choix stratégiques. L’autonomie et les droits syndicaux y sont régulièrement violés ou détournés. L’économie informelle et les formes de travail « atypiques » sont importantes, sinon dominantes, dans la majorité des pays. Le dialogue social entre employeurs, États et syndicats, quand il existe, se réduit souvent à gérer les dégâts de la crise. Une des questions stratégiques essentielles qui se pose dès lors est le type d’alliance à construire avec les autres mouvements sociaux et/ou avec les gouvernements ? De la Guinée au Chili en passant par la Birmanie et la Turquie, les luttes et les répressions, l’exploitation et les résistances qu’elle provoque, la conflictualité sociale dans des contextes souvent hostiles, est ici évoquée dans toutes ses dimensions, partout à travers le monde

Dans son introduction, Frédéric Thomas parle, entre autres, de la mondialisation néolibérale, d’offensive antisyndicale, de violence « Cette violence se nourrit sur le terrain de la contestation de la légitimité même du syndicalisme,à savoir ses droits et libertés ». Et du coté du droit syndical, l’auteur nous rappelle que 33 pays n’ont pas ratifié la convention 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la liberté syndicale et à la protection du droit syndical. Des dictatures, de ce point de vue, qui se nomment : Chine, Inde, Thaïlande, Kenya, Maroc, Brésil, Etats-Unis… Sans oublier les signataires qui ne la respectent pas…

L’auteur indique que selon la Confédération syndicale Internationale (CSI) « plus de la moitié des travailleurs au niveau mondial occupent un emploi vulnérable et 40% travaillent dans l’économie informelle, parmi lesquels une majorité de femmes ». Il souligne les remodelages des relations de travail : « flexibilisation, externalisation, sous-traitance,intérim, contrats temporaires et/ou à temps partiel, etc. », le renforcement du pouvoir du « capital » au détriment des travailleurs et travailleuses, le brouillage des frontières « entre la catégorie des employeurs et des travailleurs » avec la notion d’entrepreneuriat développée par les néolibéraux, « La décristallisation – partielle ou fictive – des rapports entre travailleurs et employeurs constitue le fil conducteur entre ce brouillage des lignes, la flexibilisation de l’emploi et la multiplication des relations de travail ». Les concentrations ouvrières tendent à être explosées, « les lieux de décision ainsi que les relations de pouvoirs inégaux occultés », les Etats mènent des politiques de délégitimation du syndicalisme, construisent des interdictions de représentation collective, instaurent des critères restrictifs de représentativité…

L’auteur reprend la notion de l’OIT de « travail décent », parle du danger de « glisser de la dénonciation des conditions plus précaires de l’économie informelle vers une posture de dénonciation des travailleurs de l’économie informelle eux-mêmes ». Il souligne quelques questions stratégiques abordées par les différent-e-s auteur-e-s et discute de « la double question de l’autonomie et de la politisation », de recomposition des forces sociales, des luttes encours, des nouvelles convergences…

Le livre est divisé en quatre parties comprenant différents articles :

  • Le monde arabe (Monde arabe, Egypte, Maroc)

  • Afrique (Afrique du Sud, Ghana, Guinée, Mozambique, République démocratique du Congo, Sénégal,)

  • Asie (Birmanie, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Népal, Thaïlande, Vietnam)

  • Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Guatemala, Mexique, Paraguay, Venezuela

Un ouvrage utile sur les organisations et les luttes de travailleurs et travailleuses à travers le monde, sur les violences criminelles des patronats et des Etats contre l’organisation des salarié-e-s.

Alternatives sud : État des résistances dans le Sud. Luttes syndicales

CETRI et Editions Syllepse (http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_623-luttes-syndicales.html), Louvain-La-neuve 2014, 244 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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