Elles et ils sautent les frontières des nations et ouvrent celles des enclaves

1145-Tarrius-Etrangers de passage-couvLe commerce international et les « commerces internationaux souterrains ». Alain Tarrius nous parle de l’autre face de la mondialisation néo-libérale, le commerce « Poor to poor », « pour les pauvres par les pauvres ». « Indésirables résidents dans les nations riches, les migrants pauvres ont su inventer, depuis les années 1980, de nouvelles présences discrètes sur le mode du transit ».

L’auteur analyse la transformation de migrations en « mobilités transnationales », les migrant-e-s devenu-e-s colporteurs et colportrices « saute-frontières », les solidarités « ethniques », le « cosmopolitisme marchand », les déplacements « sans fin sur les routes », les circulations, les traversées brèves de territoires, le désenclavements et les initiatives, les services de santé « autoproduits », les liens forts de l’entre-soi, les liens entre « l’étranger de passage et le sédentaire pauvre », les communs et les solidarités, les métissages…

Il parle aussi de « gestation de peuples européens sans nations, excédant de toute assignation à frontières », de biens fabriqués pour elles et pour eux « commercialisés par eux-mêmes, hors taxes, contingentements, assurances, stockages, chaines commerciales, etc. », de l’entre-expert-e-s, d’interfaces entre « officialité et subterranité »

Mais il ne faut pas s’y tromper, commercer des produits des firmes hi-tech, être financé-e-s par l’industrie des crime, participer aux va-et-vient de l’argent « ne font pas des transmigrants du poor to poor des criminels : ce n’est pas eux, gagne-petit, qui manient et réinvestissent les gains, mais les grands opérateurs internationaux, firmes du Sud-Est asiatique et leurs commissionnaires émiratis ».

J’ai notamment été intéressé par les analyses sur le financement et le blanchissement d’argent (dont la notion de « moins value positive »), les accointances associant « migrants internationaux, milieux criminels et firmes de l’électronique asiatique », la séparation des tâches dans le domaine de la drogue dont les transformations « en morphine et en héroïne… assumées directement par les milieux criminels, à l’exclusion des transmigrants », les recompositions des groupes de migrant-e-s « dans la plus grande diversité cosmopolite »…

Marchandises licites et d’usages illicites, trafic de drogue et prostitution, « broken english », temporalités, rencontres, transactions, tournées, circulations…

Routes commerciales et annulation des distances, « objets lointains mais logistiques immédiatement proches », histoires partagées, « l’altérité a créé depuis longtemps des frontières paisibles sous forme de parcours hautement socialisés et connectés en territoire transversaux à ceux des nations, européennes ou non ; ces inventeurs d’espaces et de passages nouveaux sont des migrants internationaux étrangers et pauvres, différents de ceux-là mêmes qu’on a inclus dans notre histoire comme populations dépendantes et ségrégées ». Il ne faudrait cependant pas oublier d’autres frontières, d’autres traversées mortelles, les « murs » érigés par l’Europe à la libre circulation des personnes et au droit d’installation parallèlement à la libre circulation des capitaux…

Villes et migrant-e-s, « du lieu-monde au lieu passage », chaleur des rapports interpersonnels, autres sociabilités du commerce, histoire collective de « minorités », « réhabilitation cosmopolite »…

« Il reste à nommer de tels peuples formés de citoyens d’espaces transnationaux, illégitimes dans chaque étape, naturalisés par leurs mobilités dans la globalité des parcours mondiaux »

Au delà de la banalisation inutile de certains termes, comme « travailleuses du sexe », un ouvrage qui décrypte des réalités enfouies derrière la naturalisation néolibérale du marché et de la mondialisation.

Du même auteur :

Alain Tarrius – Olivier Bernet : Mondialisation criminelle, frontière franco-espagnole de la Junquera à Perpignan, entre-le-commerce-le-plus-officiel-et-celui-le-plus-enfoui-masque/

Alain Tarrius, Lamia Missaoui, Fatima Qacha : Transmigrants et nouveaux étrangers, dici-et-de-la-bas-et-de-lentre-deux/

Alain Tarrius : Etrangers de passage

Poor to poor, peer to peer

Editions de L’aube, La Tour d’Aigues 2015, 175 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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