Les pays de l’OCDE ne reçoivent pas « toute la misère du monde »

migration2Les migrations sont devenues une réalité structurelle dans un monde globalisé. Elles concernent aujourd’hui une personne sur sept sur terre et sont de plus en plus diversifiées, multiples et complexes, tant par leurs motifs et leurs origines que par leurs trajectoires. Elles restent pourtant mal comprises, volontiers caricaturées, et surtout souvent réprimées, tant au Nord qu’au Sud. Là sans doute se trouve un paradoxe singulièrement absurde et révoltant : alors que jamais l’aspiration à la libre circulation n’a été aussi forte, les politiques migratoires sont toujours plus restrictives. Le débat politique sur ces questions, particulièrement tendu, reste marqué par un décalage criant entre les réalités empiriques des migrations au Sud et leurs perceptions par les opinions publiques et les gouvernements au Nord.

Or, contrairement à une idée reçue, l’essentiel des migrations dans le monde s’effectuent à l’intérieur ou entre pays en développement. Il importe de mieux connaître les grands corridors migratoires et de comprendre les motifs qui poussent les gens à la migration. Il s’agit aussi d’interroger les réponses politiques qui sont apportées à ces réalités : comment réagissent les États ? Pourquoi et comment les frontières se ferment-elles ? Ces tendances inquiétantes invitent à tracer d’autres perspectives d’avenir, en proposant des alternatives aux politiques répressives actuelles, et en montrant que des politiques plus ouvertes, qui reconnaissent la migration comme un droit fondamental, seraient bénéfiques à tous.

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Dans son éditorial François Gemenne souligne l’écart, la distorsion, entre les réalités et les discours publics et rappelle que les migrations sont un « droit fondamental ». Il parle, entre autres, de l’immigration comme richesse, de la frontière « que nous traçons entre migrations internes et migrations internationales », des 230 millions de personnes vivant aujourd’hui dans un autre pays que celui où elles et ils sont né-e-s, des 740 millions de migrant-e-s « internes », de l’accélération des mouvements migratoires « leur diversification, leur mondialisation et leur féminisation », de l’investissement que nécessite une migration, de contrainte, des 17 millions réfugié-e-s, (« 86 % des réfugiés dans le monde sont accueillis dans les pays en développement »), des 33 millions de personnes déplacées… Il souligne que « un réfugié est un donc un demandeur d’asile dont la demande a abouti », que « l’immense majorité des migrations « illégales » sont le fait d’un séjour prolongé au-delà de la durée autorisée »

Les flux de migrant-e-s Sud-Nord sont légèrement inférieurs aux flux Sud-Sud, les migrant-e-s originaires d’Asie ou d’Amérique latine plus nombreux-es que celles et ceux originaires d’Afrique, les flux actuellement les plus importants étant entre l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient…

François Gemenne indique aussi que « les migrants internationaux ne proviennent pas des pays les plus pauvres, mais des économies en transition » et que la migration internationale est « un luxe accessible uniquement aux catégories les plus nanties et les plus éduquées des pays en développement ». Sans oublier que « Aucune politique migratoire, aucun mur, aucune barrière, ne pourra décourager un projet migratoire ».

Le numéro est divisé en quatre parties : « Analyses transversales », « Amérique Latine », « Asie » et « Afrique ». Je n’aborde que certains points et analyses présentées.

Alejandro Grimson, dans « Douze idées reçues sur les migrations », souligne des réalités occultées : la place des déplacements territoriaux « internes », la réduction des migrations internationales à celles du Sud vers le Nord, les importantes migrations du début du XXe siècle, le dynamisme des migrant-e-s, la confusion entre migration et pauvreté, l’essentialisation des « cultures » ou des « diasporas », le fantasme de l’immigration de deuxième génération, « l’immigrant/l’immigré est celui qui se déplace d’une zone à une autre, non le fils de celui qui se déplace » (cela est aussi valide pour les filles et les migrantes), les liens entre politiques publiques et « intégration » sociale, le fantasme de la « fusion » (assimilation), la citoyenneté des droits…

« Les sciences sociales ont constaté qu’il n’existe pas « d’immigrés illégaux », mais bien des personnes et des groupes sociaux placés dans l’illégalité par des Etats dans des conditions objectives qui échappent à leur volonté ». En effet, « les « sans papiers » renvoient à une catégorisation administrative des personnes »

Le titre de cette note est extraite de l’article de El Mouhoub Mouhoub « Migrations internationales : paradoxes et impasses des politiques ». L’auteur parle de la « libéralisation » des échanges, des possibilités de partir, des liens entre PIB et taux d’émigration, « on observe que plus le pays est pauvre, plus son taux d’expatriation est faible ; plus il approche d’un stade de développement relativement intermédiaire, plus son taux d’expatriation va atteindre un maximum », de la fuite des cerveaux, des diplômes des migrant-e-s, « parmi les migrants et les exilés, nombreux sont ceux qui possèdent des diplômes de niveau élevé, mais cette qualification n’est ni visible ni revendiquée parce que les gens ne parlent pas la langue ou parce qu’ils sont mis dans des situations de clandestinité. Ils sont d’emblée considérés comme non qualifiés », des coûts de la mobilité, des coûts d’insertion, de la féminisation des migrations, de liberté de circulation, de double nationalité…

Amérique Latine. Les auteur-e-s parlent des rapports de genre dans les migrations boliviennes, des flux migratoires historiques et actuels au Brésil, des conséquences de la migration sur l’éducation des enfants au Mexique…

Asie. J’ai notamment apprécié l’article sur la « Sous traitance et exploitation des travailleurs de la construction en Chine » de Pun Ngai et Lu Huilin. Les auteures parlent, entre autres, de « marchandisation de la main-d’oeuvre par le biais de rapports sociaux non industriels », du camouflage du rapport capital/travail.

Les autres articles analysent les changements démographiques et les migrations dans la métropole de Mumbai, l’environnement et le climat comme facteurs croissants de migration au Bangladesh,

Afrique. Les auteur-e-s parlent de la contribution des « diasporas » au développement de l’Afrique centrale, de l’impact des variations environnementales sur les mobilités et les migrations au Sénégal.

En complément possible :

Melik Özden : Pour le respect des droits de tous les travailleurs migrants, la-criminalisation-de-la-migration-irreguliere-provoque-de-nombreuses-violations-graves-des-droits-humains/

Alain Tarrius : Etrangers de passage. Poor to poor, peer to peer, elles-et-ils-sautent-les-frontieres-des-nations-et-ouvrent-celles-des-enclaves/

Alternatives sud : Migrations internationales

Un enjeu Nord-Sud ?

CETRI et Editions Syllepse

(http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_627-migrations-internationales.html), Louvain-La-neuve 2015, 192 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

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